mercredi 4 septembre 2013

Pierre JOANNON, Histoire de l'Irlande et des Irlandais, Tempus 272, Paris, Perrin, 2009, 825 p.

Pierre Joannon est un écrivain, diplomate devenu historien et passionné par l'Irlande et les Irlandais, comme l'indique le titre de ce livre paru en 2006 et réédité en Tempus en 2009.

Le livre fait près de 800 pages (!) mais comme souvent, lorsqu'il est question d'histoire d'un pays, on constate un fort déséquilibre entre les périodes. L'Antiquité et le Moyen Age sont expédiés en 50 pages (!) et la période 1800-2005 recouvre à elle seule plus de 500 pages, soit un rapport de 1 à 10. Dans ces conditions, on parlera plutôt d'histoire "contemporaine" de l'Irlande et des Irlandais.

Le rapide passage sur le Moyen Age n'enlève pas au propos de bien expliquer comment le roi anglais Henri II profite des querelles intestines en Irlande pour intervenir et marquer le début d'une domination qui durera près de 800 ans. Les Normands entament alors la colonisation de l'île et se fondent progressivement dans le substrat indigène, à tel point que l'Angleterre tente en vain d'empêcher, en 1366, le mélange entre les deux populations. La période de la Réforme, avec la création de l'Eglise anglicane, conforte la place des catholiques, aussi bien irlandais qu'anglais. En réaction, les Anglais, qui ont déjà développé une batterie de stéréotypes racistes à l'égard des Irlandais, favorisent l'immigration d'anglicans ou de protestants : l'Ulster est la terre des Ecossais à partir de 1609. Les Anglo-Normands se comportent comme de vrais colonisateurs -d'ailleurs des Irlandais sont déportés à la Barbade en 1652 pour cultiver la canne à sucre ! Cromwell livre l'Irlande à ses armées et le XVIIème siècle, jusqu'à l'éviction de Jacques II, voit le début de l'envol des "oies sauvages" à travers toute l'Europe. L'île reste sous la coupe des Anglo-Normands au XVIIIème siècle et maintient la population catholique dans une servitude prononcée.

L'Acte d'Union de 1800 marque un tournant car les Anglo-Normands et les presbytériens de l'Ulster commencent à sérieusement s'opposer à Londres. Alors que la misère et les famines, dont celle, fameuse, de la pomme de terre, vident l'Irlande de sa population vers les Etats-Unis, l'Ulster attrape au vol la révolution industrielle. Les catholiques commencent à s'organiser pour protester, avec Daniel O'Connell. Les tentatives d'insurrection, cependant, depuis la Révolution française, ont toujours échoué. En 1869, l'Eglise anglicane perd sa suprématie et l'Angleterre commence à démanteler les grandes domaines de l'Ascendancy anglo-normande. Charles O'Parnell défend un gouvernement autonome d'Irlande pour ignorer les lois britanniques. Arthur Griffith généralise la résistance passive et crée, en 1903, le Sinn Fein, parti politique promis à un grand avenir. A la veille de la Grande Guerre, les Britanniques sont sur le point d'accorder le Home Rule à l'Irlande, où triomphent les réformateurs. L'Ulster, lui, est prêt à défendre par les armes l'union avec l'Angleterre.

Les Irlandais s'engagent dans l'armée britannique, dans leur grande majorité, et brillent au combat. Mais une minorité refuse toute compromis et fomente l'insurrection de Pâques 1916 à Dublin, vite écrasée, mais qui suscite l'émotion par l'ampleur de la répression, notamment aux Etats-Unis. Eamun de Valera mène les élus du Sinn Fein à proclamer la république d'Irlande en 1919. La guerre avec Londres est inévitable. L'IRA y prend part et pousse l'Angleterre à la négociation après une sanglante guérilla dans les campagnes et dans les villes, marquée, côté britannique, par l'engagement de supplétifs anciens soldats de la Grande Guerre. Le traité de 1921 fait de l'Irlande du Sud un Etat libre, dominion, mais l'Ulster, défendu par les protestants, reste aux Britanniques. Une guerre civile éclate immédiatement en Irlande entre partisans et adversaires du traité et dure jusqu'en 1923. Les traces n'en seront pas effacées avant longtemps à tel point que la question nationale reste prédominante dans le jeu politique irlandais, où la gauche socialisante n'est que peu représentée. Pour obtenir véritablement l'indépendance, l'Irlande n'hésite pas à couper les ponts avec Londres entre 1933 et 1937 et à faire pression en restant neutre pendant la Seconde Guerre mondiale. Il faut attendre les années 1970 pour que l'Irlande décolle enfin économiquement, alors qu'en Ulster, les catholiques, qui prennent conscience de leur marginalisation, sont violemment réprimés par les protestants et par la police et l'armée britannique. Les affrontements durent de 1969 à 1998, date à laquelle un traité commence enfin à apaiser l'infernal cycle de violences. Aujourd'hui, l'Irlande se cherche une place, en dehors de la question nationale, tandis que l'Ulster panse ses plaies.

Le récit de Pierre Joanon, qui a commencé à écrire sur l'histoire de l'Irlande en 1973, s'est enrichi des derniers travaux historiographiques qui ont renouvelé les approches. D'ailleurs, à partir de la partition, l'auteur étudie en parallèle l'histoire du Nord et du Sud et non de manière séparée, comme précédemment. Le livre est dense et en découragera plus d'un mais il s'impose, pour la période contemporaine en tout cas, comme une référence.


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