mercredi 18 septembre 2013

Greg VAN WYNGARDEN, "Richthofen Circus". Jagdgeschwader Nr 1, Aviation Elite Units 16, Osprey, 2004, 128 p.

Greg Van Wyngarden est un passionné de l'aviation allemande de la Grande Guerre. Il a signé de nombreux volumes Osprey sur le sujet. Dans ce volume, il traite de l'unité la plus mythique de Luftstreitskräfte : la Jagdgeschwader I, la première escadre de chasse allemande formée le 24 juin 1917 par réunion de quatre escadrilles, les Jastas 4, 6, 10 et 11. L'escadre est liée à son premier commandant, Manfred von Richthofen, le Baron Rouge, qui lui impose sa marque. Après sa mort, l'escadre continue le combat : à sa dissolution en novembre 1918, elle est créditée de 644 victoires. La formation de l'escadre vise à ravir aux Alliés une supériorité aérienne reconquise au-dessus de Verdun et de la Somme par les Nieuport 11 et DH 2 sur les Fokker Eindecker. Les premières Jastas sont créées en août 1916 et mettent en application les préceptes du tacticien Boelcke, dont Richthofen est l'un des disciples. En janvier 1917, Richthofen obtient la fameuse médaille Pour le Mérite et prend la tête de la Jasta 11.

Richthofen obtient pour son escadrille quelques-uns des nouveaux Albatros D III et réunit autour de lui les pilotes les plus agressifs et talentueux, comme son propre frère, Lothar. En avril 1917, sur le front d'Arras, la Jasta 11 décime les escadrilles britanniques, utilisant des appareils peints de couleur vive pour mieux se reconnaître dans le ciel : c'est l'origine, entre autres, de la légende du Baron Rouge et du "cirque Richthofen". Progressivement de nouveaux appareils britanniques, comme le SE 5, entrent en scène, et mettent fin à la supériorité allemande. L'escadre est donc formée en juin 1917 afin de créer un groupe de chasse suffisamment important et talentueux pour être déplacé sur les endroits sensibles du front et contrer la supériorité numérique alliée. Au départ, les escadrilles qui la composent sont inégales. La Jasta 4 a une bonne réputation et vole alors sur Albatros D V, en juillet, de même que la Jasta 6. La Jasta 10, en revanche, fait pâle figure comparée aux deux autres.

Dans les Flandres, Richthofen met en place un système de postes d'alerte avancée de façon à ce que ses pilotes, sur le qui-vive, décollent en fonction de l'activité aérienne ennemie. Mais l'attrition parmi les pilotes de l'escadre est importante. Richthofen lui-même est blessé le 6 juillet 1917. A ce moment-là, les Albatros D V allemands sont surclassés par les SPAD ou les triplans Sopwith. Quand Richthofen revient, en août, il est suivi de peu par le premier Fokker Dr I triplan qui doit redonner l'avantage aux Allemands. L'appareil se fait rapidement craindre des aviatieurs alliés mais l'escadre continue de subir des pertes, comme celle de Werner Voss, as légendaire descendu après une rencontre épique contre des SE 5 du Squadron 56. En octobre, le Dr I subit des problèmes structurels : l'aile supérieure se détache suite à des malfaçons, entraînant la mort de plusieurs pilotes. Pendant la bataille de Cambrai, en novembre, la JG 1 vole à la fois sur triplan, sur Albatros D V et sur Pfalz D III.

La JG 1 est à son sommet pendant les offensives allemandes qui commencent le 21 mars 1918. Richthofen lui-même abat 12 appareils en deux semaines. L'escadre se déplace sur des terrains abandonnés par les Britanniques pour suivre la progression des troupes. Mais le 21 avril, dans des circonstances encore disputées aujourd'hui, le Baron Rouge est abattu et tué pendant un combat avec des Sopwith Camel du Squadron 209, probablement par des tirs venus du sol. En mai 1918, les premiers Fokker D VII de nouvelle génération commencent à équiper la JG 1. Commandée par Reinhard, celle-ci soutient l'offensive sur le Chemin des Dames. Elle abat 43 appareils et ballons entre le 31 mai et le 8 juin. Le 9 juin, elle est encore en ligne pour appuyer l'offensive sur Noyon-Montdidier. La Jasta 11 reçoit, fin juin, les premiers D VII à moteur surcompressé. L'escadre descend 24 avions français rien que du 24 au 28 juin. Mais le 3 juillet, Reinhard, qui teste le nouveau monoplan Lindau D I en Allemagne, se tue aux commandes de l'appareil. Il est remplacé à la tête de la JG 1, le 14 juillet, par Hermann Goering. Sa contribution a bien sûr été influencée, dans les témoignages, par son destin ultérieur. Il semble qu'il ait repris en main l'unité pour y instaurer davantage de discipline de vol.

La JG 1 soutient la dernière offensive allemande, ou seconde bataille de la Marne, à partir du 15 juillet. Elle est encore présente au moment de la contre-attaque alliée. La JG 1 doit retraiter, comme les troupes au sol. Le 8 août, le "jour noir" de l'armée allemande, les Jastas abattent encore 60 avions. Mais, dès la mi-août, l'escadre ne compte plus que l'effectif en avions d'une seule escadrille... le Fokker E V monoplan ne donne pas satisfaction. Udet, qui assume le commandement de l'escadre en l'absence de Goering, accumule les victoires, mais, au total, les scores sont bien moins impressionnants qu'en juin, par exemple. Transférée sur le front d'Argonne le 9 octobre, l'unité connaît ses derniers combats aériens le 6 novembre. L'unité, démobilisée le 19 novembre, a volontairement crashé ses appareils pour ne pas les laisser tomber aux mains des Français.

Un récit vivant, agrémenté de nombreux témoignages, complété par des encadrés sur les principaux pilotes et par des annexes sur les commandants d'unités et les décorations reçues, ainsi que par les nombreux profils couleurs centraux. Une bibliographie est même présente page 127, ce qui est rare dans cette collection d'Osprey, c'est à souligner. On regrette simplement, peut-être, que le récit ne s'élève pas parfois jusqu'à évoquer les dimensions tactiques et l'impact tactique également de la JG 1 sur le cours de la bataille.


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