lundi 30 septembre 2013

2ème Guerre Mondiale Thématique n°33 : témoignage de Serge Andreyevich Otroschenkov

Le supplément pour le thématique n°33 de 2ème Guerre Mondiale : le témoignage d'un tankiste soviétique sur T-26 engagé dans les premiers combats de Barbarossa, tiré du fameux site Iremember.ru.

 
Ostrochenkov est né en 1921 à Demidov, dans l'oblast de Smolensk. Son père, ancien capitaine d'artillerie dans l'armée tsariste avant la Grande Guerre, devient gardien dans une prison locale puis directeur de la prison, avant d'être obligé de démissionner en raison de son passé militaire en 1923. Ostrochenkov garde un bon souvenir des années de la NEP mais se souvient, en revanche, des années terribles de la collectivisation imposée par Staline et du manque de nourriture en 1932-1933. En 1938, il devient ouvrier sur un chantier naval à Léningrad, puis travaille dans une usine de conditionnement de la viande, tout en passant son permis de conduire. Sportif, Ostrochenkov apprécie en particulier la boxe.

En mars 1940, il est appelé pour servir dans l'Armée Rouge. Il fait son service près de Zhitomir, dans le 79ème régiment de chars de la 40ème division. Au déclenchement de la guerre, il est sergent et conducteur d'un T-26. Ostrochenkov apprécie la vie militaire, ses entraînements physiques ; en outre, les tankistes reçoivent des rations plus importantes. L'entraînement au tir des chars, en revanche, ne s'effectue souvent qu'avec la mitrailleuse. Les munitions sont économisées et les T-26 ne tirent avec obus réel que trois ou quatre fois par an ! En revanche, les T-26 procèdent à des manoeuvres, en attaque et en défense, à l'échelle de la section, de la compagnie ou du bataillon. A la fin de l'année, des exercices ont lieu au niveau du régiment. Ostrochenkov pense que les exercices sur la défense, où les T-26 restent cantonnés à un rôle de soutien de l'infanterie, ont été plus efficaces que ceux sur l'offensive.

Le 21 juin 1941, l'unité d'Ostrochenkov est réunie dans un stade pour se préparer à un festival sportif. Le réveil le lendemain est donné par une bombe allemande qui s'écrase sur les cantonnements de l'unité. Les chars sont à moitié assemblés, les canons et les mitrailleuses ne sont pas stockés au même endroit ! Ostrochenkov et son chargeur, Safonov, doivent faire quatre voyages pour récupérer tous les éléments. Son chef de char, un lieutenant chef de section originaire de la région de Zhitomir, ne se présente qu'en début d'après-midi et le mouvement ne se fait qu'à la tombée de la nuit. Ostrochenkov observe avec envie les 30 nouveaux T-34 qui sont arrivés dans son régiment, sévèrement gardés dans un parc. Ils rejoignent le combat plus tard mais la plupart périt enlisée dans les marais... progressant vers l'ouest, Ostrochenkov aperçoit 7 Junkers allemands attaquer un aérodrome ; un I-15 parvient à décoller et force un des avions allemands à se poser sur le terrain. Il observe des avions allemands mitrailler les réfugiés et même une vache solitaire dans un champ !  

Il connaît son premier combat le 26 juin : "La propagande soviétique a parfaitement fonctionné. (...) Beaucoup de personnes pensent alors  qu'il n'est pas nécessaire de connaître mieux l'adversaire. L'ennemi a juste à être chargé une fois et il s'enfuira de lui-même. (...) Une fois, durant un exercice, quelqu'un a tiré un obus réel sur un char qui avait pris la tête. Grâce à Dieu, c'était un obus à fragmentation et personne n'a été blessé, seuls les phares ont été endommagés... c'est ainsi que nous combattons en 1941. (...) Nous approchons de la ville de Dubno et prenons position devant la cité. La petite ville est en feu. Les Allemands la quittent en colonne et ne semblent pas nous prêter attention. Nos commandants décident purement et simplement de charger l'ennemi, comme la cavalerie : Hurrah, pour la Mère-Patrie, pour Staline ! Les moteurs démarrent et le régiment fonce à toute vitesse. Nous sommes pulvérisés ici. Les Allemands s'arrêtent et leur artillerie nous matraque comme au champ de tir. Sur les 70 T-26 ou T-70 qui ont chargé, 20 au plus reviennent indemnes. Même les mitrailleuses lourdes peuvent percer le flanc du T-26. 15 mm, c'est un blindage ? Mon char est mis hors de combat aussi. Un obus détruit le barbotin d'une chenille. Devant notre résistance, les Allemands finissent par s'enterrer et s'arrêter pour la nuit. Pendant la nuit, nous réparons avec des moyens de fortune notre char, et le lendemain, nous sommes prêts au combat."


Pour en savoir plus :


"Otroschenkov Sergei Andreyevich", témoignage recueilli par N. Dormachev et traduit par N. Kulinich, Iremember.ru (http://english.iremember.ru/tankers/70-otroschenkov-sergei-andreyevich.html ) .

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