vendredi 6 septembre 2013

2ème Guerre Mondiale n°50 (septembre-octobre 2013)

Petit tour d'horizon du magazine auquel j'ai moi-même largement contribué, après les suppléments et autres vidéos...

Ce numéro confirme, si besoin il en était, la qualité de 2ème Guerre Mondiale comme magazine de vulgarisation. En effet, quand on regarde le sommaire, on s'aperçoit rapidement que le "militaire" à proprement parler n'y occupe pas une place écrasante. Le grand point fort du magazine est de dépasser la simple histoire militaire pour offrir des perspectives plus larges, plus contextualisées, plus analytiques, le tout fait par des gens formés, la plupart du temps, à l'université, quand ce ne sont pas des historiens, ce qui est évidemment un gage de qualité. Le choix semble porteur. Dans le détail :

- vous trouverez aussi 5 de mes fiches de lecture p.4-7. Il y a aussi une interview de Christophe Prime, l'auteur du livre récent sur les SAS, au même endroit.

- témoignage d'un Letton engagé dans l'armée allemande et qui se retrouve encerclé dans la poche de Kholm, au début de 1942. Pierre Tiquet apprécie beaucoup les témoignages allemands (!) : heureusement, une note et un encadré de la rédaction permettent de remettre un peu dans son contexte ce témoignage qui sinon est livré "brut", ce qui n'a pas grand intérêt.

- l'article qui fait la couverture est audacieux. Nicolas Pontic a demandé à Jean-François Muracciole, historien à Montpellier 3, d'esquisser une comparaison entre la crise des années 1930 et celle d'aujourd'hui. Loin des approximations de certains magazines à sensation, l'historien montre ainsi que la crise actuelle n'a rien voir avec le "tsunami" de 1929 et que les extrême-droites européennes actuelles ne ressemblent que fort peu à celles de la même époque (hormis le mouvement Aube Dorée en Grèce), notamment dans le rapport à la violence ou à l'antisémitisme. Et puis manque aussi le contexte de guerre. Un article intéressant, où l'on n'est pas forcément obligé d'être d'accord avec tout ce qui est dit, mais le pari semble réussi. On appréciera également le rappel de l'historien selon lequel le président Sarkozy, d'ailleurs étrangement oublié par les contempteurs actuels de F. Hollande (ça devient un sport national ces temps-ci, avec beaucoup de défoulement et de gratuité sur la toile), a sauvé les banques en doublant la dette nationale... la situation actuelle (et la "gestion" du PS, que je suis le premier à déplorer bien qu'étant de gauche) n'est pas apparue avec M. Hollande.

- Le même historien termine sa chronique histoire sur le bombardement stratégique dans un quatrième volet. A -t-il été efficace ? Non si on regarde la mobilisation, quasiment jusqu'au bout, de la population et de l'industrie allemandes, voire japonaises. En outre les pertes ont été très élevées chez les pilotes et les bombardiers. Mais l'effort aérien a sérieusement entamé les capacités du IIIème Reich et au Japon, le bombardement stratégique a eu un caractère quasi décisif, prolongé par les bombardements atomiques. L'historien rappelle pourtant que sans ceux-ci, il est fort probable qu'un débarquement au Japon se serait heurté à une résistance tout aussi fanatique que celle d'Iwo Jima ou d'Okinawa.

- David François, collègue et ami de Communisme, violences et conflits, revient sur un thème important, la décision d'Hitler d'entrer en guerre contre l'URSS. Hitler n'a jamais caché, dès Mein Kampf, son obsession de la conquête de "l'espace vital" à l'est. Grâce au pacte germano-soviétique, il s'évite une guerre sur deux fronts. Mais l'Angleterre résiste à l'été 1940 et la situation à l'ouest est bloquée. La stratégie méditerranéenne de l'Axe échoue également : Franco pose des conditions insurmontables pour la capture de Gibraltar, Mussolini surprend ses alliés allemands par ses initiatives intempestives, l'Afrika Korps ne peut emporter la décision.  Les Allemands craignent, au vu des conquêtes soviétiques de 1939-1940, une "attaque préventive" -mythe qui servira à justifier l'invasion et qui sera repris en Occident par Souvorov, ancien du renseignement militaire soviétique passé à l'ouest à la fin de la guerre froide, dans le Brise-Glace. En l'état, comme le rappelle David François, rien, pour l'instant (archives classifiées obligent), ne vient appuyer cette théorie et on a plutôt des arguments pour montrer que l'Armée Rouge était loin d'être prête pour une offensive, Staline ayant d'ailleurs rejeté, parfois violemment, toute initiative plaidant en ce sens. L'auteur montre surtout dans l'article les considérations géopolitiques qui amènent Hitler et ses généraux -qui font chorus- à envisager l'invasion de l'URSS.

- la fiche personnage de Benoît Rondeau est consacré à Ralph Bagnold, le père du LRDG. Fiche toujours bien conçue avec une bibliographie. Bagnold a été employé après la guerre par la NASA pour étudier la question des vents sur Mars (!).

- Vincent Bernard, enfin, relate le parcours des Issei/Nissei, les ressortissants japonais vivant sur le sol américain, pendant la guerre. Un groupe loin d'être homogène d'ailleurs, entre Japonais des îles Hawaï, ceux du continent, ceux immigrés de la première génération et qui conservent des liens forts avec le Japon et ceux nés aux Etats-Unis, plus Américains que Japonais. Tous sont pourtant victimes d'un racisme antijaune plus marqué qu'à l'égard des Italiens ou des Allemands, teinté parfois de considérations économiques. Parqués dans des camps, qui sur le principe ressemblent aux camps de concentration nazis mais n'en ont rien en fait dans le fonctionnement, les Issei/Nissei devront se battre pour former leurs unités militaires, alors qu'un certain nombre est déjà employé comme traducteurs dans le Pacifique... L'amalgame entre les différentes catégories se fait bon gré mal gré, et le 442nd RCT deviendra l'unité la plus décorée de l'armée américaine... après reconnaissance des DSC et Medal of Honor à la fin des années 90 ! La reconnaissance de leurs faits d'armes ne sera pourtant pas si évidente pour l'après-guerre, comme pour d'autres minorités...

- la fiche Uniformes de Jean-Patrick André est consacré à un Private de la 6th US Army.

Au final, un excellent numéro, bien écrit, bien sourcé, avec des thèmes originaux ou traités sous un angle plus "historien". On en redemande !

6 commentaires:

  1. Bonjour,
    je n'ai pas encore trouvé le magazine en kiosque mais j'ai hâte de l'acheter. Sinon, moi je suis de droite mais je soutiens François hollande sur le dossier syrien. Quand à la gestion de la France, le PS et l'UMP sont coupables de la situation... Quand aux extrêmes c'est sans commentaire....

    Bien à vous,
    François Ginestet

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  2. Bonjour,

    Il ne devrait pas tarder à arriver, je pense. Je l'ai déjà vu près de chez moi.

    J'avais bien deviné que vous étiez de droite (lol). Sur la Syrie, c'est extrêmement compliqué, je n'ai pas suffisamment suivi le "dossier" de la guerre civile et je suis en plus loin d'être un spécialiste sur la question, mais je suis partagé, il y a des raisons pour l'intervention et d'autres contre. Il m'est difficile pour l'instant de me faire vraiment une opinion.

    Quant à la dimension politique, je travaille aussi bien avec des gens de droite qu'avec des gens de gauche (encore que... depuis quelques mois, plus avec les seconds qu'avec les premiers). Il est sûr toutefois que les deux grands partis portent une part de responsabilité dans la désaffection des Français pour leurs élites politiques. L'extrême-droite FN a capitalisé dessus et récupéré une bonne part de l'électorat d'extrême-gauche qui est tout de même, en France, moribonde -hors Front de Gauche qui est un cas à part.

    Cordialement.

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  3. Bonjour
    Certains de vos commentaires sont étonnants.
    - Moi qui croyais que l'on s'enrichissait en prêtant de l'argent, je découvre que ça n'augmente que les dettes! Il va falloir que je dise à ma banque d'arrêter de prêter de l'argent car elle va s'endetter!
    - En suite, lorsqu'une crise affecte tout l'espace européen, j'ai beaucoup de mal à croire que le président de la République, l'ancien ou le nouveau, en soit responsable (sinon, il est très fort!).

    Plus sérieusement, comparer les années trente et aujourd'hui, c'est de l'anachronisme pur et simple. Cela ne sert à rien, sauf à habiller des opinions avec les oripeaux de l'Histoire. Vous devriez le savoir.

    Cordialement

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  4. Bonjour,

    Loin de moi l'idée d'être un spécialiste de l'économie (!).
    Ce qui m'énervait, en fait, ce sont les attaques gratuites et à peu de frais contre le président actuel, que certaines de mes connaissances sur le web accablent de tous les maux -un peu facile aussi, vous en conviendrez.

    Sérieusement, J.-F. Muracciole fait une comparaison... qui insiste plus sur les différences que sur les points communs (c'est ce que ma recension tente de montrer). Donc ce n'est pas de l'anachronisme, puisqu'il met en évidence les caractéristiques propres à chaque moment (il explique bien en particulier que les situations de crise économique n'ont absolument rien à voir...).

    Etant un peu remonté, j'ai mal formulé le constat de l'historien : il précisait que l'endettement avait doublé sous le quinquennat Sarkozy pour sauver les banques (sans rejeter la faute sur lui, ça c'est moi qui l'ait dit). Ce qui ne m'empêche pas de penser que le gouvernement de droite, entre 2007 et 2012, a eu sa part dans les problèmes socio-économiques qui sont le lot du PS aujourd'hui -c'est surtout cela que je voulais souligner, le PS héritant d'une situation rien moins que facile, en plus d'avoir obtenu une victoire par défaut aux élections.

    Cordialement.

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  5. Bonjour Monsieur,

    Comme le précise Stéphane, l'auteur de l'article, historien universitaire de renom par ailleurs (je précise cela pour dire que s'il avait cru un seul instant que sa démarche pouvait être vaine ou hors-sujet et donc entacher sa réputation, il n'aurait pas accepter ce sujet, croyez moi),démontre bien qu'il est peu aisé, voir sans réel fondement, de comparer les deux époques, les contextes et les enjeux étant assez éloignés. Cependant, pour pouvoir dire cela, faut-il encore se poser la question ! Et si on se pose la question, c'est qu'il y a peut être une bonne raison, comme le fait que l'on entende cette analogie assez souvent dans les conversation du dimanche comme à la télé, voire dans des journaux d'opinion sérieux.
    Je souhaitais donc qu'un historien réponde à cette question et, surtout, détermine si cette question est pertinente. Pour avoir cette réponse, faut-il encore lire l'article :)
    D'autre part, si comparaison n'est pas raison, il n'en demeure par moins que l'Histoire n'est pas vouée à rester dans du formol et doit, de temps en temps, être relié au présent (l'Histoire sert à expliquer ou à mettre en perspective le présent, sinon, ce n'est que de l'érudition et nous revenons, pour le coup, 100 ans en arrière).

    Bien cordialement,

    Nicolas PONTIC

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  6. Bonsoir Nicolas,

    Merci pour ton commentaire.
    Entièrement d'accord avec la démarche, d'ailleurs après relecture de l'article, puisque je l'avais lu une première fois avant parution, j'ai toujours trouvé cela pertinent, comme la première fois.

    De quoi justement éviter de dire des bêtises quand on procède à cette comparaison : avec cet article, on peut argumenter de bonne foi.

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