vendredi 2 août 2013

Morituri (1965) de Bernhard Wicki

Juillet 1942. Les Allemands s'apprêtent à faire appareiller, depuis Tokyo, le cargo SS Ingo, chargé de caoutchouc, matière première vitale à l'effort de guerre nazi. Le capitaine Muller (Yul Brynner), qui le commande, a déjà eu des démêlés avec les nazis suite à la perte d'un autre bâtiment. Son second, Kruse (Martin Benrath), est un nazi fanatique qui rêvait de commander un raider. L'équipage comprend aussi un certain nombre de prisonniers politiques rapatriés en Allemagne (dont Hans Kristian Blech). Ce que les Allemands ne savent pas, c'est que le colonel anglais Statter (Trevor Howard) a fait introduire sur le cargo un Allemand antinazi réfugié en Inde, Robert Crain (Marlon Brando). Ancien artificier, Crain, se faisant passer pour un colonel SS, doit désamorcer les charges qui doivent servir à la destruction du bâtiment en cas de capture, car les Alliés comptent, bien, eux aussi, mettre la main sur la cargaison...


Bernhard Wicki, un réalisateur ouest-allemand, est surtout connu pour son fameux film Le pont (1959), qui figure d'ailleurs dans la collection de DVD du magazine Guerres et Histoire. On sait moins qu'il a collaboré à la réalisation du film Le jour le plus long (pour les scènes allemandes), ayant obtenu la consécration à Hollywood avec Le pont, et qu'il a aussi réalisé cette oeuvre méconnue, Morituri.

C'est un film d'espionnage plutôt bien mené, qui se déroule presque exclusivement sur le bateau lui-même : seules les quinze premières minutes servent à planter le décor et ensuite, c'est la mission. L'ambiance oppressante pour un espion pris au piège dans un milieu confiné est très bien rendue, Brando devant sans cesse se surveiller pour empêcher de se faire prendre, manipulant les autres passagers, jouant enfin la carte de la vérité pour parvenir à ses fins. Le final est particulièrement remarquable.

La force du film réside aussi dans sa galerie assez variée de personnages. Yul Brynner incarne un capitaine allemand pris entre ses contradictions, servir sa patrie, alors même que celle-ci dévoie son fils, commandant d'une vedette lance-torpilles qui coule un navire-hôpital anglais. Brando joue parfaitement le rôle de l'espion malgré lui embarqué dans un jeu périlleux qui laisse peu de place à l'amateurisme. Un autre des personnages phares est celui de la Juive américaine campée par Janet Margolin, transférée sur le cargo après que son navire ait été torpillé par un sous-marin japonais où des officiers de la Kriegsmarine servent de conseiller et suivent discrètement le SS Ingo. Il s'agit alors d'évoquer les tortures infligées aux Juifs par les nazis, qui provoquent chez elle un comportement provocateur confinant au suicide, mais cela permet également d'introduire un discours sur l'antisémitisme aux Etats-Unis, comme on peut le voir chez l'un des marins rescapés également prisonnier. Le thème, pas si fréquent, avait déjà été évoqué par Dmytryk dans son film Feux Croisés (1947). On trouve aussi des personnages plus convenus comme Martin Benrath, dans le rôle du nazi fanatique mais ô combien efficace.

Le film, inspiré du livre de Werner Joerg Ludecke, attaché militaire allemand à Tokyo, s'impose aussi comme une référence du genre espionnage pendant la Seconde Guerre mondiale.

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