jeudi 26 septembre 2013

Yann GALIBOIS, La 7. Panzerdivision, Unités n°2, Caraktère, 2013, 136 p.

Etant donné ma rupture avec les éditions Caraktère, on va sans doute m'accuser de ne pas être objectif dans cette recension du n°2 de la collection "Archives de guerre"... pourtant, je me plie à l'exercice, puisque par "malheur" j'ai reçu le volume juste avant d'être "remercié" avec ma recension du n°55 de Batailles et Blindés. Il ne restera ensuite que le hors-série dédié à la Légion Etrangère du magazine Ligne de front, et j'aurais terminé (si jamais je publie cette recension...). Merci tout de même au groupe de me l'avoir envoyé : je vais essayer malgré tout de conduire cette fiche de lecture correctement -comme je l'ai toujours fait : à chaque fois que Caraktère m'a envoyé un magazine ou un ouvrage, j'ai essayé d'être le plus honnête possible (encore que, je m'autocensurais quand même un peu en tant qu'auteur, je le reconnais... et pas tant que ça finalement, puisque la recension du n°55 de Batailles et Blindés, visiblement trop franche, m'a valu mon remerciement (!) ). Je ne fais pas de recension pour "augmenter" mes réceptions va service presse (j'ai d'ailleurs toujours indiqué quand je recevais quelque chose par ce biais...), mais j'ai souligné les qualités comme les défauts -Caraktère n'a d'ailleurs nullement besoin de moi pour vanter ses mérites...

Ces précautions liminaires posées, revenons au coeur du sujet. La collection Archives de guerre de Caraktère exploitent le fond photographique de cette maison d'édition : clairement, il s'agit donc d'une collection de photographies pour "suivre (...) l'épopée de ces troupes qui ont fait l'histoire". Pour reprendre le propos de M. Degouy, qui a fait une recension bien différente de la mienne (mais qui lui aussi l'a reçu via service presse), aucun signe de complaisance à l'égard du nazisme, effectivement. Cependant, on notera pour mémoire qu'après la Wiking, on nous sert la 7. Panzerdivision... et même si la 2nd Armored Division va suivre, nous trouvons ensuite la division Hermann Goering. Alors, pas de fascination malsaine pour le nazisme (cf le paragraphe final de M. Degouy), j'en conviens, mais un German Bias tout de même très prononcé. Sans doute est-il le résultat, aussi, du fond d'archives photos disponibles.




Disons-le d'entrée, et malheureusement pour moi (au vu de ma situation avec Caraktère, on va me taxer de vengeance gratuite, d'être un "traître", de faire "un coup de poignard dans le dos"... -formules dont on m'a affublé, parfaitement authentiques, je n'invente rien, les connaisseurs de la Dolchstoss Legende apprécieront) ce tome-ci déçoit, plus que le précédent. Même si le texte était court, il y avait dans celui-ci une volonté de contextualiser un peu plus le parcours de la Wiking, notamment au regard des hommes qui y avaient été engagés et des crimes de guerre commis par l'unité. Or, ici, on retrouve les mêmes défauts que dans le tome sur la Wiking (cf ma recension précédente, faite avant mon départ, je précise, ici) et le texte est moins convaincant. Il faut dire qu'il est vraiment court : à peine 20 pages sur 135 (!), ce qui montre clairement qu'on est plus en fait, dans un volume commenté de photographies qu'autre chose. Je croyais que le tome sur la Wiking était plus conséquent au niveau du texte, en fait non : après vérification, 24 pages sur 127 -comme quoi il est bon de vérifier pour ne pas rester sur une impression lointaine !

La formation de la division est expédiée en une page, la campagne de France en 4 (!), ce qui est dommage étant donné, comme le rappelle le texte, que la 7. Panzerdivision, la "division fantôme", a été commandée par Rommel. Or il y a beaucoup à dire avec cet exemple sur l'art de la guerre allemand du moment, et l'on pense aussi aux carnets de Rommel, récemment retraduits, et qui livrent d'intéressantes informations et analyses... une occasion manquée. Généralement les photos sont commentées avec précision mais on trouve dès les p.40-41 un seul encadré pour les 4 photographies de la double page, alors qu'il y aurait eu sans doute un peu à dire sur chacun des clichés. Ceux-ci mettent bien parfois en évidence la "reconstruction" effectuée par Rommel a posteriori, aidé par les Propaganda Kompanie. La question du massacre de tirailleurs sénégalais par l'unité, évoquée au détour d'une légende p.51, est cependant complexe : si l'exécution de soldats coloniaux (mais dans quelles proportions ?) semble avérée, les historiens débattent encore de la responsabilité de Rommel et de l'implication d'unités voisines dans ces massacres commis dans le secteur (Lemay relativise dans sa biographie de Rommel ces exécutions ; Raffael Scheck établit lui clairement que ce sont bien des hommes de la 7. Panzerdivision qui ont mis à mort des coloniaux à Hangest-sur-Somme, les 5 et 6 juin 1940). Il aurait peut-être utile de s'y attarder un peu, comme cela intéresse l'historiographie récente (un encadré ?), et cela aurait collé avec le choix fait dans le volume précédent relatif aux crimes de guerre de la Wiking et aux problèmes de recrutement. On apprécie cependant les nombreux clichés sur la campagne de France -qui avec les profils associés, comptent quand même pour plus de la moitié du livre.

Par la suite, le texte, qui évoque l'engagement de la 7. Panzerdivision dans Barbarossa, le retour en France en 1942 et la participation à l'invasion de la zone libre, le retour en Russie pour la bataille de Koursk (le premier encadré n'intervient cette fois que p.108, contrairement au volume précédent où il y en avait beaucoup plus tôt), les batailles en Ukraine de 1943-1944, en Russie centrale et en Lituanie, enfin en Pologne et en Prusse-Orientale, est très factuel et assez court, vu le format. Le nombre de photos diminue, comme souvent, avec la fin de la guerre. Les légendes des photos se font moins précises, avec encore une fois parfois un ou deux encadrés seulement pour les 4 photographies de double page.

Comme fréquemment, l'ouvrage se dispense de toute bibliographie. C'est certes un trait distinctif assez régulier chez Caraktère. Pourtant, on est déçu en refermant cet ouvrage : je n'avais pas été le seul à remarquer après la lecture du tome sur la division Wiking, qu'on espérait mieux des éditions Caraktère. Les qualités sont identiques mais les défauts accrus : le texte est plus banal, trop factuel, n'apporte rien de nouveau, les cartes sont étrangement décalées à partir d'un certain moment du livre (celle sur Barbarossa, par exemple, se trouve p.91... dans le chapitre sur le repos en France en 1942 !) et la collection semble se résumer à un album photo commenté, ce qui est, il faut quand même le reconnaître, un peu limité. Du moins, les passionnés et amateurs de belles photographies de matériel allemand, seront sans doute satisfaits. Ceux qui comme moi cherchent davantage un propos correspondant à une démarche plus "historienne" seront déçus. Mais ce n'est pas peut-être pas le but des éditions Caraktère, qui souhaitent davantage, visiblement, satisfaire un public de passionnés : ce n'est pas vraiment du journalisme historique, ce n'est pas de l'histoire inspirée des "canons" (sic) universitaires non plus. A chacun de voir si cela lui correspond ou non. Je ne suis d'ailleurs pas le seul à rester sur ma faim.

2 commentaires:

  1. Bonjour Stéphane,
    Sur le fond je suis d'accord avec vous, il y a trop souvent d'article ou de livres sur les "exploits" ou les unités allemandes ou bien encore sur les récits de bataille d'un point de vue allemand. Mais en même temps, je ne connais que quelques ouvrages relatant les faits d'armes des armées françaises. Mais peut être est ce dû à la forte empreinte germanophile dans la seconde guerre mondiale et la mode du moment, d'autant que la France a perdu en 40.... Et que le public reste fasciné par les armes allemandes et ses unités d'élites (parachutistes, waffen SS, tec.) Cependant n'étant pas historien de formation, j'apprécie ce que fait Caraktère même si je n'achète pas systématiquement (les resucées sur la bataille de Normandie ou sur Stalingrad voir Koursk, j'en ai soupé sauf si c'est abordé d'une manière plus originale comme vous l'avez fait une fois je crois)

    Bien à vous,
    François Ginestet

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  2. Bonjour François,

    C'est à la fois lié à l'histoire et à la mémoire du conflit, couplées à des impératifs commerciaux qui semblent se baser sur des réalités supposées (la préférence du lectorat pour les sujets teutons), sans doute exactes, mais comme aucun des magazines ne prend la peine d'en faire un article avec des chiffres précis, par exemple, etc, on peut rester sceptique, comme si le phénomène s'entretenait un peu en cercle vicieux par consentement tacite de tous les acteurs.

    Quant aux éditions Caraktère, vu le passif, je me garderai bien de me prononcer, j'observe simplement qu'elles visent un certain type de lectorat, très ciblé : si on aime, je comprends tout à fait qu'on puisse acheter. J'ai juste essayé de faire bouger les lignes, à mon maigre niveau de pigiste, sans résultat malheureusement. Tant pis, je suis parti et c'est très bien comme ça.

    Cordialement.

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