lundi 8 juillet 2013

Vincent MICHELOT, Kennedy, Folio Biographies 97, Paris, Gallimard, 2013, 294 p.

La collection Folio Biographies est assez inégale, comme de nombreuses autres du même type. Il faut faire attention à qui écrit pour être pleinement satisfait... ce tome dédié à Kennedy, signé Vincent Michelot, agrégé d'anglais, professeur d'histoire politique des Etats-Unis à Sciences Po, fait plutôt partie des bons volumes.

L'hypothèse développée par Vincent Michelot est que le court mandat de Kennedy comme président représente une transition à la fois pendant la guerre froide, entre les deux blocs, mais aussi sur un plan intérieur. Le règne de F.D. Roosevelt marque l'amorce d'un changement américain vers la modernité, mais celle-ci n'est pas encore inscrite dans la loi et le système politique des Etats-Unis. Les deux grands partis, démocrate et républicain, sont de grosses machines, dominées par des Blancs mâles, quasi médiévales. L'élection de Kennedy, âgé seulement de 43 ans, catholique de surcroît, est donc en soi un bouleversement. En 1960, les Etats-Unis restent sous la coupe d'un pôle conservateur de représentants élus qui n'ont pas encore acté de l'aspiration des Noirs à exercer pleinement leurs droits civiques ; en outre, Eisenhower a dénoncé, avant de quitter ses fonctions, le "complexe militaro-industriel" qui prendrait d'autant plus d'importance avec la guerre froide... à la fin de la décennie 1960, les Etats-Unis ont effectué le virage vers la modernité et ressemblent déjà plus à ce que seront ceux de Barack Obama. Pourtant, ce virage doit autant à Lyndon Johnson, le successeur de Kennedy, et à sa "Grande Société", qu'à JFK lui-même. En réalité, les deux présidences se suivent et se complètent : Kennedy a plus marqué la scène sur le plan extérieur, Johnson sur le plan intérieur, comme deux volets complémentaire de l'incarnation de l'Etat américain. Les deux hommes symbolisent l'exception  de la fonction présidentielle américaine. La fin tragique de Kennedy conduit à ce que sa présidence passe rapidement au range de mythe, d'autant plus que les présidents américains sont souvent comparés. Pour Vincent Michelot, Kennedy marque les esprits car il tourne les conventions pour mieux les faire imploser de l'intérieur : c'est ainsi qu'il procède avec le parti démocrate encore largement tributaire des "Dixicrates" (les démocrates sudistes ségrégationnistes). Et Kennedy se construit également par rapport à la figure de son père, de son milieu d'origine, de ses racines irlandaises et catholiques.

Kennedy a manoeuvré avec le pôle conservateur pour faire passer quelques projets importants sur le plan intérieur : le programme spatial, les mesures en faveur des handicapés, le Peace Corps, des baisses d'impôts. En revanche, il ne peut prolonger l'action de l'Etat-Providence tel que l'avait conçu Roosevelt : le barrage est infranchissable. C'est Johnson, plus en faveur auprès des Dixiecrates, qui arrive à légiférer sur l'assistance aux pauvres, sur la couverture médicale, et d'autres projets sociaux. Johnson, profitant de l'émotion suscitée par l'assassinat de Kennedy et par l'avance obtenue aux élections de 1964, parvient aussi à capitaliser sur l'action en faveur des droits civiques. Sur le Viêtnam, Kennedy en a fait un théâtre de choix de containment face au communisme plutôt que le Laos voisin : pour citer Bundy, conseiller national à la sécurité, Kennedy s'engageait au Viêtnam car il ne s'agissait pas d'être bête, Johnson car il ne s'agissait pas d'être lâche.

Peut-être, d'ailleurs, que Vincent Michelot n'insiste pas assez sur ce dernier point -la politique de Kennedy en Asie du Sud-Est : on peut le regretter. De la même façon, il choisit de ne pas aborder la question de l'assassinat de Kennedy, ce qui est plus logique car son propos porte sur le personnage lui-même, son parcours avant et pendant sa présidence, et beaucoup a été dit sur le sujet. J'aurais aimé cependant qu'il y revienne un peu. La bibliographie, citée après la conclusion, est essentiellement anglophone, ce qui est classique pour un tel sujet. Une lecture qui reste stimulante et qui est une excellente introduction à JFK.

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