lundi 8 juillet 2013

Stalingrad (1993) de Joseph Vilsmaier

Août 1942. Une unité de sapeurs allemands, retirée du front d'Afrique du Nord, assiste à une cérémonie où plusieurs hommes vont être décorés pour faits d'armes. Un nouveau lieutenant, Hans von Witzland (Thomas Kretschmann), est présent. Le sergent Manfred "Rollo" Rohleder (Jochen Nickel), à la tenue négligée, n'est finalement pas décoré. Rohleder et son ami, le caporal Fritz Reiser (Dominique Horwitz), étaient proches de l'ancien lieutenant, blessé en Afrique. Les sapeurs sont finalement envoyés sur le front de l'est, où fait rage la bataille de Stalingrad. Ils peuvent constater à leur arrivée que les combats n'ont rien d'une partie de plaisir ou d'actions d'arrière-garde, contrairement à ce que prétend la propagande de Goebbels. Von Witzland est témoin de la brutalité de certains soldats allemands contre les prisonniers soviétiques, qui laisse les autres officiers complètement indifférents. Commandés par le capitaine Hermann Musk (Karel Hermanek), les sapeurs attaquent une des usines de Stalingrad et s'emparent de leur objectif, mais au prix de très lourdes pertes. Ils sont alors plongés dans la terrible lutte d'attrition qui dévaste les ruines de Stalingrad...

La bataille de Stalingrad a fait l'objet de nombreuses adaptations cinématographiques, aussi bien en Occident qu'en URSS et en Russie. On retient surtout le film de Jean-Jacques Annaud (2001), mais il avait été précédé par bien d'autres comme celui de Joseph Vilsmaier. A noter que Fedor Bondartchouk prépare un nouveau film sur Stalingrad qui sortira cette année, avec Thomas Kretschmann, qui jouait dans celui de Vilsmaier (je remets la bande-annonce pour ceux qui l'auraient manquée).





Vilsmaier choisit de traiter du côté allemand, quasi exclusivement. Le film a été tourné en Italie, en Finlande et en République tchèque, et le réalisateur a bénéficié d'un conseiller militaire allemand pour le tournage. Celui-ci choisit de focaliser le propos sur une section de sapeurs d'un des bataillons effectivement dépêchés dans Stalingrad juste avant la contre-offensive soviétique du 19 novembre 1942. Ces bataillons devaient permettre de réduire les dernières poches de l'Armée Rouge sur la rive de la Volga. On sait qu'il n'en fut rien. Ces bataillons d'élite furent, eux aussi, décimés dans ce désastre allemand. Vilsmaier a l'intelligence d'élargir le propos et de ne pas montrer simplement la déchéance des soldats de la Wehrmacht encerclés dans la ville et de plus en plus livrés à leur propre sort. Il montre ainsi la brutalité des combattants allemands à l'égard des soldats soviétiques et leur indifférence relative à l'égard du sort des civils pris en plein milieu de la bataille -qui sont d'ailleurs, pour certains, fusillés, une fois l'encerclement réalisé, pour ne pas avoir à les nourrir (une scène d'exécution est montrée dans le film).


Ci-dessous, l'arrivée des sapeurs à Stalingrad, la fameuse scène de la brutalité des soldats allemands contre les prisonniers soviétiques, et l'assaut de l'usine.


 

La reconstitution est impressionnante et les scènes de combat sont devenues quasiment mythiques (assaut des T-34/85, ici mal placés mais qui font tellement plaisir à voir, contre les Pak et les fantassins allemands, notamment). Sur le plan cinématographique, je trouve que le film se tient bien jusqu'à cette dernière scène (le duel face aux chars soviétiques), en revanche, la dernière grosse demi-heure sombre un peu plus dans le pathos -ce qui, vu le sujet, est certes quasiment inévitable- et parfois dans l'invraisemblable (l'exécution du capitaine allemand ; la tentative de sortie désespérée du Kessel avec une Soviétique "retournée" par l'attention du lieutenant von Witzlandà). En revanche, le final résume à lui seul le choc terrible que constitue la défaite de Stalingrad pour Hitler et l'Allemagne nazie. Le Stalingrad de Vilsmaier est d'une certaine façon incontournable pour qui s'intéresse au front de l'est : loin des thèmes choisis par Annaud, il offre, d'une certaine façon, une vision beaucoup plus crue de ce qu'a été cet affrontement titanesque dans les décombres de la ville.


Ci-dessous, la scène mythique où les restes du bataillon disciplinaire allemand affrontent les T-34 soviétiques.



6 commentaires:

  1. Très bon film, qui surpasse sans peine celui de J-J Arnaud, ce dernier étant totalement gâché par cette histoire de triangle amoureux.

    Par contre, certains points m'empêchent de trouver ce film excellent. La moralité exemplaire du lieutenant, à la limite caricaturale. Et surtout les personnages que recroisent de façon improbable les "héros" du film : le jeune, la femme soviétique et l'officier.

    Ça reste quand même un très bon film. Contrairement à vous, j'apprécie grandement la dernière partie du film qui illustre l'agonie de l'armée allemande, à l'exception bien sûr des invraisemblances que vous mentionnez. La scène apocalyptique à l'aéroport de Pitomnik est remarquable à ce niveau.

    Malgré certains petits défauts, ce film est un incontournable du cinéma de guerre. À regarder en version originale pour s'imprégner encore plus.

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  2. Bonjour,

    Le film de J.-J. Annaud souffre, effectivement, de plusieurs problèmes, mais il est réalisé, aussi , à un moment bien précis.

    Il est vrai que dans celui de Vilsmaier, le lieutenant von Witzland est là comme pour contrebalancer les officiers allemands beaucoup plus imprégnés du caractère brutal -et nazifié- de la guerre à l'est. Improbable, également, ces rencontres espacées que vous mentionnez aussi.

    J'ai été un peu vite : j'aime bien la dernière partie -la déliquescence de l'armée allemande est bien montrée- mais je la trouve un peu gâchée par les invraisemblances que je mentionnais. La scène de Pitomnik est très bien, oui.

    On est d'accord, ça reste un classique du film de guerre sur l'Ostfront.

    Cordialement.

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  3. Effectivement, le Stalingrad de Vilsmaier, s'il n'est pas parfait, constitue à ce jour ce qui s'est tourné de mieux sur le sujet.

    Celui de Bondartchouk, longuement attendu et sorti il y a quelques mois est vraiment décevant de la part du réalisateur de la 9ème Compagnie (sur la guerre soviéto-afghane).

    En revanche la mini-série en 6 épisodes de Ursuliak, sortie au même moment, est une véritable réussite. Il s'agit de l'adaptation de "Vie et destin" de Vassili Grossman. Même si elle n'est pas exclusivement dédiée à la bataille, elle reste largement centrée dessus, et malgré quelques erreurs chronologiques (les mois affichés en sous-titres des scènes sont légèrement en décalage par rapport à la réalité), tout le reste est presque sans reproche. Finalement son seul "point faible", comme pour de nombreux autres chefs d'oeuvres du cinéma russe ou soviétique, est l'absence d'adaptation à l'étranger (pour le moment). Ce film-là mériterait bien une note de blog. De telles réussites sont devenues particulièrement rares.

    A. Joly

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  4. Bonjour Anton,

    J'aime beaucoup le Vilsmaier.
    D'accord avec vous : le Stalingrad de Bondarchouk est vraiment décevant, surtout après 9 Rota. J'attendais bien mieux.
    Pour la mini-série de Ursuliak, je ne connais pas, vous avez des liens ou des infos à me donner ?

    Bien à vous,
    Stéphane.

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  5. Bonjour Stéphane,

    Personnellement j'ai vu la série lors de sa diffusion à la TV russe, je ne sais pas ce qu'il en est d'une version export, mais il semble qu'elle soit notamment diffusée sur le site officiel des chaines nationales russes: Russian Television and Radio Broadcasting
    http://sales.vgtrk.com/en/catalog/historical-drama/739/

    Sinon pour la version originale, les termes de recherche google sont "жизнь и судьба 2012".

    Données sur le réalisateur: kinoglaz.fr/u_fiche_person.php?num=326

    Bien a vous,

    Anton

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  6. Ok Anton, j'irai voir ça, donc.

    Merci !

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