jeudi 4 juillet 2013

Ordres secrets aux espions nazis (Verboten !) de Samuel Fuller (1959)

1945. Un sergent américain, David Brent (James Best) poursuit avec deux hommes un sniper dans les ruines d'un village allemand. Il parvient à l'abattre mais pas avant que ses deux camarades ne se soient faits tués. Recueilli par une Allemande, Helga (Susan Cummings), qui voit en lui un moyen de subsister et de soigner son jeune frère mutilé, Franz, le sergent doit se cacher des Waffen-SS qui lancent une contre-attaque avant d'être repoussés par les Américains. En dépit de la politique de non-fraternisation, le sergent, tombé amoureux de son hôte, choisit de rester en Allemagne et de l'épouser, tout en servant dans les forces d'occupation. Mais ce qu'il ne sait pas, c'est que tous les Allemands n'ont pas baissé les armes : un mouvement de guérilla clandestin, le Werwolf, se met en place...

Samuel Fuller a combattu, pendant la Seconde Guerre mondiale, dans la 1st Infantry Division "Big Red One". Il fera un film de cette expérience, Au-delà de la gloire, en 1980 seulement. Verboten ! (interdit, en allemand, ce qui renvoie à la politique de non-fraternisation, et mal traduit en français par Ordres secrets aux espions nazis) est le premier retour de Fuller sur le conflit après plusieurs films consacrés à la guerre de Corée. Il aborde un sujet finalement peu connu, celui de la reconstruction et de la dénazification de l'Allemagne occupée.

Fuller joue la carte de l'authenticité en faisant du héros un soldat de la 45th Infantry Division (157th Infantry Regiment), une unité qui a effectivement rencontré une certaine résistance lors de son parcours en Allemagne, d'Aschaffenbourg à Bamberg jusqu'à Nuremberg. Le village fictif de Rothbach, où se situe l'action du film, se situe d'ailleurs au sud-ouest de Nuremberg, en Bavière, un véritable sanctuaire du nazisme, et ce n'est probablement pas par hasard non plus.

Le propos du réalisateur est sans doute de montrer que tous les Allemands n'étaient pas des nazis -on est à l'heure de l'OTAN et de la Bundeswehr... mais aussi de souligner les difficultés de l'administration américaine d'occupation, qui n'a pas beaucoup d'effectifs et qui doit avoir recours à d'anciens nazis pour maintenir l'ordre avec la police ou procéder au déminage des routes ou des bâtiments -ce qui arrange bien, dans le film, les membres du Werwolf. Ce dernier mouvement, de fait, n'a eu qu'un impact bien faible -mais réel, ce n'est pas un mythe- en dépit de ce qu'avait voulu Himmler. Le Werwolf, dans le film, est là pour rappeler que le nazisme est loin d'être mort. La musique participe aussi à cette séparation entre Allemands et nazis : aux premiers correspondent des morceaux de Beethoven et aux seconds, ceux de Wagner. Le personnage d'Helga est peut-être le plus intéressant : opportuniste, elle a accueilli l'Américain pour survivre, mais finit par en tomber amoureux. Elle fait face au passé nazi en décidant finalement d'emmener son frère Franz, qui a rejoint le Werwolf, à une séance du tribunal de Nuremberg (Fuller utilise beaucoup d'images d'archives) pour lui ouvrir les yeux. Le réalisateur montre ainsi l'extermination des Juifs et autres indésirables par le régime nazi, à l'état brut, sans commentaire.

Verboten (!) n'est pas le film le plus connu de Samuel Fuller et pourtant, c'est l'un des plus intéressants. A ne pas manquer.




5 commentaires:

  1. A ne pas manquer? Ce film est une catastrophe scénaristique, le "retournement" de Nuremberg est aussi plausible que mon prochain mariage avec Marius Trésor!

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    1. Félicitation pour votre mariage

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  2. Bonjour,

    C'est vrai, ce "retournement" laisse sceptique, d'autant plus que le fanatisme du Werwolf est bien mis en exergue par Fuller.
    C'est pourtant une des rares erreurs du film : moi, j'ai bien aimé.

    Cordialement.

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  3. Où trouver ce film à un prix peu onéreux ?

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  4. Bonsoir,

    J'ai rajouté le lien vers Amazon, où le DVD peut être acquis pour pas cher.

    Cordialement.

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