mercredi 31 juillet 2013

Christian INGRAO, Les chasseurs noirs. La brigade Dirlewanger, Tempus 286, Paris, Perrin, 2009, 284 p.

Christian Ingrao, historien contemporanéiste, dirige depuis 2008 l'Institut d'Histoire du Temps Présent (IHTP). C'est un spécialiste de l'histoire culturelle du militantisme nazi et des pratiques de violence allemandes, notamment sur le front de l'est. En 2006, il publie cet ouvrage consacré à la Sondereinheit Dirlewanger.

Le travail de Christian Ingrao se situe dans la lignée des nouvelles monographies d'unités, telles celles de Smith ou de Browning. La brigade Dirlewanger a déjà fait l'objet de quelques travaux, notamment dans le monde anglo-saxon, mais d'aucun, alors, qui prennent en compte les nouveaux questionnements de l'historiographie : expérience individuelle et collective de la violence de guerre, culture de guerre, imaginaires cynégétiques et pastoraux, construction sociale des gestuelles de violence, c'est ce que se propose d'étudier ici l'historien à travers le choix de la brigade Dirlewanger. Il s'appuie notamment sur le travail de Bertrand Hell qui traite de l'imaginaire de la chasse. Le problème principal est celui des sources, qui ne couvrent pas toutes les opérations de l'unité et restent donc lacunaires. Il s'agit aussi de rebondir sur la thématique du consentement et de la contrainte qui a agité le monde des historiens français spécialistes de la Seconde Guerre mondiale, et ce d'autant plus que l'unité a un profil bien particulier.



Christian Ingrao commence par retracer le parcours de l'unité. Créée en mai 1940 à partir de détenus condamnés pour braconnage, la Sondereinheit Dirlewanger est expédiée en septembre dans le district de Lublin, dans le gouvernement général de Pologne. Elle n'y accomplit alors que des tâches de surveillance et non, à proprement parler, une activité antipartisans. En février 1942, l'unité est expédiée en Biélorussie où elle prend part cette fois à la lutte contre les partisans, de plus en plus menaçants. Elle est présente dès la première opération de râtissage d'envergure, Bamberg, et devient un bataillon en septembre 1942. Sous couvert de lutte contre les partisans, les Dirlewangers entreprennent en fait des massacres de Juifs et parfois, aussi, de la population civile, pour faire le vide. En quinze mois d'opérations, l'unité abat au moins 30 000 personnes, invente une nouvelle technique de déminage en expédiant les civils russes dans les champs de mines supposés (!). Elle a d'ailleurs maille à partir avec la hiérarchie civile SS, mais Dirlewanger est couvert par certains responsables. A l'été 1943, l'unité, qui comprend des compagnies d'auxiliaires russes, intègre aussi des détenus de camps de concentration, qui forment des compagnies séparées des braconniers. Devenue régiment, elle subit des pertes plus lourdes en raison de l'efficacité grandissante des partisans et de l'inexpérience des nouvelles recrues. L'opération Cormoran est la dernière avant l'offensive soviétique, Bagration, le 22 juin 1944, qui jette la Dirlewanger dans la débâcle. Réfugiée en Pologne et passée au rang de Sturmbrigade, la Dirlewanger est engagée, à partir du 4 août, contre le soulèvement de l'Armée polonaise clandestine à Varsovie. Le combat urbain est coûteux : l'unité y laisse sans doute 2 000 hommes, mais en un peu plus de mois, elle participe probablement à l'exécution de 30 000 civils, autant que sur deux ans pendant les opérations en Biélorussie. Elle est ensuite engagée, fin octobre 1944, contre les derniers feux du soulèvement en Slovaquie. A ce moment-là, le recrutement repose moins sur les camps de concentration et les braconniers que sur les détenus pour motif disciplinaire de la SS et de la Wehrmacht. En novembre 1944 cependant arrive un premier contingent de détenus politiques des camps de concentration. Engagée en Hongrie, la Dirlewanger connaît ainsi ses premières défections à l'ennemi. Placée sur le Vistule, devenue 36ème division de grenadiers de la Waffen-SS en février 1945, la Dirlewanger est emportée dans la tourmente de l'offensive finale des Soviétiques le 16 avril, en Saxe, et laisse moins d'une cinquantaine de survivants.

L'historien s'intéresse ensuite au chef de l'unité lui-même, Dirlewanger, qui est loin du rebut criminel dont les Allemands se sont accommodés pendant la guerre froide. En réalité, il est le produit d'une époque, le reflet de mécanismes sociaux et culturels qui pèsent lourd dans le destin de l'Allemagne. Devenu soldat très tôt, Dirlewanger sert dans une compagnie de mitrailleuses. Blessé au début de la Grande Guerre, devenu instructeur, il finit en 1918 par rejoindre le front de l'est, sauve son unité de la capture. Vétéran, expert des nouvelles techniques de combat, Dirlewanger ne parvient pas à se réinsérer. Il combat dans les corps francs, dirige sa propre troupe à partir d'un train blindé dans le Wurtemberg. Devenu étudiant, il adhère aussi au NDSAP en 1923, puis en 1926, gravit les échelons de la SA à partir de 1932. Sa thèse prolonge son engagement politique et militaire. Il est condamné pour une affaire de moeurs en 1934 et emprisonné, mais il ne devient pas un véritable marginal dans l'Allemagne nazie. Il sert en Espagne dans la Légion Condor entre 1936 et 1939 avant de prendre la tête, en 1940, de l'unité spéciale qui portera son nom.

Dirlewanger est présenté par ses hommes, dans les interrogatoires réalisés après la guerre, comme un chef charismatique, courageux, proche de ses hommes, un lansquenet d'une autre époque. Mais ce postulat est surtout celui des braconniers, pas des détenus politiques. Dirlewanger a droit de vie ou de mort sur ses hommes -en tout cas il s'octroie cette prérogative- mais son comportement encourage les membres de l'unité à transgresser la discipline militaire : leur chef souhaite simplement la discrétion. Cette domination charismatique ambigüe s'étiole avec le gonflement de l'unité. Dès l'été 1943, la discipline est beaucoup plus brutale, et davantage encore à partir de l'été 1944, où le nombre d'exécutions enfle démesurément. Les désertions commencent dès l'été 1943 mais le cas le plus spectaculaire a lieu en Hongrie en décembre 1944, par les détenus politiques.

La formation de l'unité ne doit rien au hasard. Les nazis ont voulu utiliser le savoir-faire des braconniers dans la lutte anti-partisans, mais l'assimilation de la chasse à la lutte antiguérilla n'est pas une spécificité allemande et a été pensée et expérimentée dès le XVIIIème siècle. Himmler, Goering, von dem Bach-Zelewsky et Berger, deux des supérieurs de Dirlewanger, sont des chasseurs consommés. Il s'agit d'utiliser le braconnier, double noir du chasseur, et sa passion violente, dans des territoires à pacifier, à civiliser, donc à l'est. Mais cela n'est pas sans entraîner des conflits avec les autres autorités, dès la période du gouvernement général de Pologne. La Dirlewanger continue d'être mal vue en Biélorussie : sa réputation en fait une indésirable, alors qu'elle est appréciée dans la lutte contre les partisans. Sa pratique de l'incendie fait associer la Dirlewanger au feu. Les soldats allemands, après la guerre, mettent en exergue la cruauté et la violence de l'unité pour rejeter les massacres sur elle et se disculper, parfois. Or, ce sont les soldats "ordinaires" qui ont commis l'essentiel des exactions sur le front de l'est, la Dirlewanger étant de toute façon trop réduite en nombre pour pouvoir être accusée de tous les crimes. En faisant de l'unité une bande de marginaux, de criminels et de sauvages, l'Allemagne d'après-guerre déplace la culpabilité et refuse l'introspection.

La mission de la Dirlewanger peut-elle relever d'une guerre cynégétique ? Les reconnaissances s'assimilent à la Pirsch, les opérations de râtissage à la battue. La guerre contre les partisans rejoint le modèle de la chasse. Les cruautés sans cesse répétées des partisans visent à souligner le danger pour le chasseur, alors que les pertes sont plutôt réduites, en réalité. Cette situation correspond à la période en Biélorussie. Le butin est systématiquement décompté, les femmes sont elles exécutés ou soumises à des sévices sexuels avant d'être abattues plus tard. En revanche, les enfants sont eux aussi tués en nombre par la Dirlewanger, en particulier pendant les râtissages, ce qui constitue une déviance de la chasse. De chasseurs, les Dirlewangers deviennent d'ailleurs "pasteurs" en considérant l'ennemi comme du bétail, à déporter ou à éliminer, par exemple en le faisant sauter sur les mines. Chasse et massacre : les partisans sont tués par balles, les civils par le feu ou d'autres moyens. La grande guerre à l'est s'assimile donc bien à l'imaginaire cynégétique., en particulier en 1942, au moment où la menace des partisans devient croissante. De chasseurs, les Dirlewangers sont ensuite devenus tueurs d'abattoir.

Ces pratiques continuent lors de la répression du soulèvement de Varsovie, qui n'est pas très éloigné, en fait, des dernières opérations menées en Biélorussie contre un ennemi mieux armé. Il s'agit de détruire les fondements mêmes de la Pologne et le processus d'animalisation de l'adversaire, dans un contexte de défaite larvée, s'accentue. Le territoire de chasse urbain, à Varsovie, devient ainsi l'un des plus grands charniers du conflit. En Slovaquie, les massacre sont moindres mais les pratiques perdurent, notamment à travers le pillage. Noyée ensuite dans les affrontements titanesques en Hongrie et en Lusace, la Dirlewanger perd de sa spécificité et est anéantie. Malgré les désertions, certains résistent jusqu'au bout, les braconniers en particulier tentant de rejoindre l'ouest pour ne pas tomber entre les mains des Soviétiques.

C'est après la guerre qu'une légende naquit sur l'unité. Dirlewanger, qui n'était pas présent dans les derniers combats, est capturé en juin 1945, détenu en Souabe, et battu à mort par ses gardiens. Cependant, certains responsables nazis et vétérans de l'unité continuent à croire qu'il s'est enfui en Egypte ou dans un autre pays sûr. La RFA mène un certain nombre d'enquêtes sur la Dirlewanger, en lien avec l'URSS et les pays du bloc de l'est. Mais les survivants, habitués aux interrogatoires, adoptent une ligne de défense consistant à ne rien évoquer des massacres et autres tueries. Le principal dossier est refermé en 1995 sans que personne ait été condamné. La plupart des survivants sont devenus des marginaux et ne se sont jamais réinsérés. Ils furent aussi des marginaux de la mémoire, même si nombre de publications de vulgarisation commence à créer la légende de l'unité. Le roman de Willi Berthold montre la Dirlewanger comme un ramassis de marginaux, de criminels de droit commun, responsables des violences, même si le héros, antinazi, parvient à récupérer les meilleurs éléments. La Dirlewanger, célèbre par sa lutte antipartisans, ne fut pas mis en lumière par l'un de ces grands procès qui ont contribué à fixer la mémoire du nazisme.

L'histoire montre désormais combien Dirlewanger est le symbole d'une Allemagne refusant la guerre perdue de 1918. Il a associé la lutte antipartisans à la dimension cynégétique. Il a un parcours original au sein de l'ordre noir, mais non marginal. En réalité, la Dirlewanger est loin d'être responsable, par exemple, de tous les massacres commis en Biélorussie : de nombreuses autres unités ont été impliquées, même si l'Allemagne d'après-guerre a accusé de manière commode les braconniers d'être seuls responsables. L'étude de Christian Ingrao met en exergue le lien entre cette chasse ou cette domestication vue par les Dirlewangers et cette impulsion de l'Etat nazi pour exploiter les territoires conquis et les germaniser : le braconnier est indissociable de l'ingénieur.

Au niveau des limites de l'ouvrage, on peut signer l'absence d'une bibliographie récapitulative (il n'y a que les notes, nombreuses, en fin de volume) et quelques erreurs sur le vocabulaire militaire allemand. On peut aussi regretter que Christian Ingrao ne s'attache pas davantage à présenter l'ennemi partisan soviétique, pourtant fondamental dans son propos, de même qu'à la question de la supériorité de l'Armée Rouge sur l'armée allemande, en ce qui concerne les derniers mois de l'unité, et à celles des auxiliaires russes servant dans l'unité. Le lien entre l'imaginaire cynégétique, l'idéologie nazie et la guerre elle-même n'est pas abordé. Les conflits pour les stratégies de contrôle du territoire en Biélorussie, notamment, entre partisans et nazis, non plus.

C'est pourtant un essai brillant d'anthropologie historique, essentiellement à partir de sources en langue allemande. Ingrao montre que la contrainte ne suffit pas à expliquer la cohésion de l'unité, sauf dans les tout derniers mois de la guerre : le consentement tient à la personnalité du chef, à la mission qui leur a été assignée (braconniers contre un ennemi "animalisé"), à la mobilisation d'un imaginaire cynégétique.

16 commentaires:

  1. Le film soviétique "Requiem pour un massacre" met en scène une unité allemande de lutte contre les partisans, qui serait inspirée par la brigade Dirlewanger.

    Ce film comporte d'épouvantables scènes de massacres et d'horreur, entrecoupées de très belles séquences poétiques, avec des accents panthéistes qui rappellent Tarkovski.

    Le scénario reprend effectivement sans aucun recul le parti-pris de cette légende noire de soldats psychopathes: Les Allemands y sont représentés sous les traits de véritables flibustiers sans aucune discipline, ni même de chefs. Leur troupe de clowns sadiques s'apparente plus aux dégénérés de la SA qu'on retrouve dans les Damnés de Visconti.

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  2. Merci pour ces précisions.
    Pas encore vu Requiem pour un massacre, que j'ai en stock par ailleurs, et que je connais de réputation.

    Cordialement.

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  3. Bonsoir, Stéphane,

    Je suis très content que tu aies pu acquérir "les chasseurs noirs" de Christian Ingrao.
    Cet ouvrage montre les nombreuses recherches effectuées sur cette unité très particulière.
    Aussi, merci pour cette pertinente analyse qui nous montre son but: combattre les partisans ou les civils avec des spécialistes de la chasse à l'Homme.
    Et,cela avec des soldats au passé dissolu et/ou des meurtriers.

    Alban M.

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  4. Bonsoir,

    De rien, de toute façon c'était un ouvrage important et il fallait que le fiche.

    Cependant, le propos de Dirlewanger est justement de montrer que l'unité n'a pas été si "extraordinaire" que cela : ce récit correspond à la légende acceptée par les Allemands après la guerre. Les braconniers ont en fait été minoritaires, les plus nombreux ont été des soldats de la Wehrmacht ou de la Waffen-SS punis pour motif disciplinaire... et pas forcément des meurtriers, des asociaux et des psychopathes. La Dirlewanger est aussi le produit de l'Etat nazi et de son idéologie et n'est pas seule responsable des violences à l'est, qui ont été le fait de la plupart des unités allemandes engagées sur ce front... on retombe sur les "hommes ordinaires" de Browning et sur les travaux de Bartov.

    ++

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  5. Cordialement bonjour

    C'est intéressant de remarquer que Dirlewanger était originaire de ce centre rural allemand qui fut l'un des bastion électoraux du nazisme, comme j'imagine la majorité des braconniers qui ne devaient pas venir de Hambourg ou de Dortmund.

    En créant une unité de ruraux, c'est à dire composée de ceux qui furent le plus violemment touchés par la guerre de 14 d'abord puis les crises des années 20, automatiquement pour ainsi dire se formait une unité dure idéologiquement et qui avait le plus à gagner dans une expension vers l'Est.

    Cordialement aurevoir

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  6. Bonjour,

    Ingrao ne fait pas ce lien. Par contre, effectivement, Dirlewanger vient d'une région largement acquise au nazisme, comme le montre d'ailleurs son intervention dans sa ville natale en 1921, avec son train blindé et son corps franc, pour nettoyer l'endroit des communistes.

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  7. Avoir son propre train blindé c'est quand même assez classe...

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  8. Oui, si on veut (lol). Dirlewanger, lui, n'était pas classe.

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  9. Pas sûr. Il y a un côté à la fois épique et tragique dans le personnage, un archétype fascinant. Plus utile pour la fiction que pour l'histoire au fond. Un peu comme Eichmann, pas vraiment intéressant en tant qu'homme, répugnant et répréhensible mais utile comme idéal-type.

    C'est d'ailleurs un problème pour l'historien, quand le sujet est fascinant humainement mais sans grand intérêt historique, la plupart des biographies tombent dans ce panneau particulier. En l'espèce, toute cette réflexion sur la guerre comme chasse ne serait-elle pas plus à sa place dans un roman que dans un livre d'histoire?

    Ça me fait penser à l'Armée des Ombres où la différence entre banditisme et résistance s'efface lorsque les personnages sont poursuivis par la police. C'est sublime au cinéma, mais dans un documentaire ça ne vaut peut-être même pas la peine d'être mentionné.

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  10. Je parlais plus de ce que Dirlewanger représentait que de son côté charismatique, évident. Bon personnage pour une fiction en effet.

    En revanche, je ne crois pas que le propos d'Ingrao sur la cynégétique soit inutile, bien au contraire. Il permet aussi de mieux comprendre les comportements allemands à l'est pendant la guerre, et l'historien invite d'ailleurs lui-même à creuser la question pour la Première Guerre mondiale à l'est -on dispose de peu de retours sur l'expérience de Dirlewanger sur ce front, malheureusement.

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  11. Tu as lu le bouquin et pas moi, mais l'apport de l'idée de chasse me semble avoir 90% de chance d'être une simple image, une belle image, parlante mais seulement une image sans vraie portée explicative (une image un peu éculée d'ailleurs, cf First Blood). Le cas contraire demanderait une analyse comparative assez balaise pour montrer que l'image de la chasse est plus importante dans le "discours" de l'unité qu'ailleurs et qu'il se traduit par des tactiques et des comportements qui se démarquent clairement de ceux des unités comparables mais qui sont moins engoncées dans un discours cynégétique... Comme tu le sous-entend dans ton compte-rendu malgré ses agissements ignobles l'unité des chasseurs n'était après tout pas si différente du reste de l'armée.

    D'ailleurs il y a chasse et chasse. Je ne crois pas que nos braves braconniers de la Hesse aient souvent eu à se frotter à autre chose qu'à des canards et quelques lièvres. On pensent ce que l'on veut des partisans soviétiques mais à priori ils s'apparentent plus à l'ours ou au sanglier qu'au lapereau.

    Le terme de chasseur est un topos de l'histoire militaire, des chasseurs alpins aux chasseurs de skins, du trappeur des guerres indiennes aux chasseurs-bombardiers, les pièges ou les battues ne sont pas vraiment des nouveautés, non plus que l'animalisation de l'adversaire... C'est tout le problème de l'association d'idées propre à l'anthropologie vite faite, mal faite: dans quelle mesure le rapprochement, souvent assez sexy par ailleurs, que fait le chercheur contribue-t-il à l'explication? Je ne suis pas un grand fan de Foucault mais au moins quand il eu sa petite idée sur le panoptyque il n'y a pas été avec le dos de la cuiller, il a balancé une grosse étude à travers le temps et l'espace pour éviter de se retrouver en short au milieu des critiques.

    Les études des psy montrent bien sûr que de simples mots peuvent avoir des effets importants sur le comportement des individus (j'aime particulièrement celle qui montre qu'après s'être lavé les mains nous faisons preuve de moins de compassion dans nos jugements), mais ce sont des cas assez rares et et en général on ne note que des effets très marginaux. Je maintiens donc ma réserve thomiste: en l'absence de preuves, je continue à penser que si l'unité de Dirlewanger s'était appelée les Ramasseurs de Cacahuètes ils auraient eu sensiblement le même comportement.

    Pardon je suis trop long, mais c'est un chouette sujet et puis il y a trop d'historiens qui balancent des idée sans les appuyer sur des recherches comparatives pour laisser ce genre de trucs passer. Dernier coupable en date Mary Roberts avec What Soldiers Do qui avance que les GIs voyaient les Françaises comme particulièrement violables pendant la Libération... Non là je suis vraiment trop long...

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  12. Bonjour,

    Une des faiblesses du bouquin c'est qu'il ne fait pas le lien entre imaginaire cynégétique, idéologie nazie et stratégie d'expansion et de contrôle du territoire à l'est.

    Ingrao explique que la relation de la chasse à la guerre n'est pas propre aux Allemands et ce depuis longtemps.

    Par contre, il montre que les hommes de l'unité se sont appropriés leur rôle de chasseur et ont animalisé l'ennemi alors que le contingent de braconniers ne représente qu'une part infime de l'unité.

    Quant au livre de Roberts, pas encore lu, à voir.

    ++

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  13. Cordialement hello

    Je viens de tomber sur ça: http://rha.revues.org/7694?utm_source=alert Une nouvelle reprise de l'idée de chasse pendant WWII.

    Encore une fois, et malgré l'horreur de la situation, d'autant plus insoutenable que je ne crois pas que les soldats impliqués aient jamais été poursuivit pour crimes de guerre, l'usage du prisme cynégétique n'apporte rien au débat.

    Au contraire il distrait du sujet principale. Aucune quantitfication n'est donnée, aucune explication, aucune comparaison. C'est vraiment de l'histoire judiciaire dans sa plus parfaite incarnation, seul importe de savoir qui (les Allemands, sans plus) fait quoi (crime) à qui (les tirailleurs). Le mec devrait être juge d'instruction, pas historien.

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  14. Bonjour,

    J'irai lire ça avant de vous répondre plus longuement, je ne peux pas en ce moment.

    Cordialement.

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  15. Hello,

    Merci pour cette excellente note de lecture. Vraiment bien faite, super intéressante.

    Je ne comptais pas lire ce livre, craignant quelque chose à la fois d'anecdotique et de voyeuriste. Ta note de lecture permet de sentir comment l'auteur propose une réflexion dépassant son simple sujet: c'est réussi.

    Je suis vraiment content d'avoir changé d'appréciation grâce à ton texte.

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  16. Merci.

    Il le fallait, c'est un bouquin intéressant qui illustre bien la thématique de la violence de guerre que l'historiographie française de la période contemporaine développe depuis une vingtaine d'années.

    Il n'est pas parfait et indépassable, mais il faut le lire, je pense.

    ++

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