mardi 30 septembre 2014

Peter TREMAYNE, Un calice de sang, Grands Détectives 4632, Paris, 10/18, 2013, 377 p.

670. Dans l'abbaye de Lios Mor, un moine érudit de retour de Terre Sainte est retrouvé poignardé dans sa cellule, fermée de l'intérieur. Les manuscrits qu'il avait ramenés avec lui ont été subtilisés. Soeur Fidelma et son époux, Eadulf, sont envoyés dans l'abbaye pour résoudre, à nouveau, une affaire criminelle plus complexe qu'il n'y paraît...

Peter Tremayne est l'un des pseudonymes du romancier Peter Berresford Ellis, auteur de plus de 90 romans et 95 nouvelles. Sa série la plus fameuse est celle de soeur Fidelma, une religieuse irlandaise, avocate des cours de justice, qui travaille sur des affaires criminelles dans l'Irlande et l'Europe du VIIème siècle de notre ère. Ces enquêtes policières se situent dans la droite ligne du Nom de la Rose d'Umberto Ecco et surtout des enquêtes de Frère Cadfaël, le personnage créé par Ellis Peters et que l'on peut retrouver dans la même collection. La renommée de la série a dépassé les frontières, donnant même naissance à une société internationale de Soeur Fidelma basée à Charleston, en Caroline du Sud, avec son propre site internet.

Le premier tome, Absolution par le meurtre, est sorti en 1994. La série en compte actuellement 24 (dont deux recueils de nouvelles). Si l'essentiel des intrigues a lieu en Irlande, soeur Fidelma voyage aussi dans le reste de l'Europe, à Rome, dans les royaumes francs (Autun), dans la Bretagne (pays de Galles, royaumes angles et saxons) et une des enquêtes a même lieu lors d'un trajet maritime vers l'Espagne. L'un des thèmes fétiches de l'auteur est de mettre en opposition l'Irlande des premiers siècles après la conversion chrétienne, dont la société et la pratique religieuse restent originales, avec les autres sociétés et la religion romaine. Ce thème général se décline en une multitude de sous-thèmes : différences entre les systèmes de gouvernement, entre les systèmes juridiques, place de l'esclavage ou des femmes, etc. Autre thème récurrent : celui des tensions internes à l'Irlande, les conflits entre le Haut Roi et les souverains des 5 royaumes, les guerres entre clans, différents aspects de la société irlandaise, etc. Par dessus cet ensemble se rajoute, quasiment à chaque fois, le conflit entre la chrétienté irlandaise et le pouvoir romain, décliné lui aussi selon différentes thématiques (opposition pour la suprématie dans les îles britanniques, tolérance de l'héritage païen, application des principes chrétiens ou non au cadre juridique, célibat du clergé, valeur de l'astrologie, etc). Le succès de la série vient probablement du fait que ces thèmes renvoient, aussi, à certaines réalités contemporaines : en outre, la dimension historique est soignée, bien que les intrigues soient de qualité inégale, même si globalement, elles sont plutôt bien construites.

Un calice de sang, qui est le 21ème tome paru en français, ne déroge pas à la tradition de soeur Fidelma. Cependant, le thème général abordé ici est traité quasiment pour la première fois, ce qui amène un petit souffle de fraîcheur. D'ailleurs l'auteur s'en explique par quelques pages en fin de volume. L'action se déroule en Irlande, comme souvent, mais l'enquête est bien menée et il est difficile de déterminer exactement toutes les responsabilités -souvent complexes dans les crimes traités par soeur Fidelma- avant la solution. On devine facilement l'identité d'un des coupables mais celle de son complice reste bien dissimulée jusqu'à la fin. J'ai par contre l'impression que l'histoire de Tremayne reprend une des nouvelles du second recueil, La parole des morts, car la ressemblance est furieuse.  Un calice de sang est peut-être un ton en-dessous de la série excellente autour du quinzième volume mais se laisse néanmoins bien lire dans la suite des précédents.

2 commentaires:

  1. Soeur Fidelma...et son époux (!) , l'Eglise était plus libérale au Moyen-Age.

    Vicent

    RépondreSupprimer
  2. Bonjour,

    Oui, c'est lié aux spécificités de la chrétienté irlandaise des premiers siècles, avec des monastères mixtes où les enfants des couples étaient élevés en commun.
    Les aventures de Fidelma commencent d'ailleurs en 664, au concile de Whitby, un des grands moments d'affrontement entre l'Eglise romaine et la chrétienté irlandaise à propos des pratiques en vigueur dans les îles britanniques -le roi de Northumbrie Oswy choisissant alors la règle romaine plutôt que les coutumes irlandaises. Mais l'assimilation totale des usages ne se fait pas vraiment avant la réforme grégorienne.

    Cordialement.

    RépondreSupprimer