mardi 30 octobre 2012

Petite pause...

... de retour dans quelques jours. Bonnes vacances à ceux qui en ont !

K-19 : le Piège des profondeurs (K-19 : The Widowmaker) de Kathryn Bigelow (2002)

En 1961, au coeur de la guerre froide, l'URSS lance son premier sous-marin nucléaire lanceur d'engins, le K-19, bientôt surnommé le "Faiseur de veuves" en raison des nombreux accidents mortels survenus pendant sa construction et sa mise au point. Le sous-marin est commandé par le capitaine Alexei Vostrikov (Harrison Ford) soutenu par le commandant en second, Mikhail Polenin (Liam Neeson). Polenin a été le premier commandant du bâtiment, mais la nomination de Vostrikov répond, pour l'équipage, à un favoritisme politique, l'oncle de sa femme étant au Politburo. Pendant sa première inspection, Vostrikov découvre l'officier réacteur complètement ivre : malgré les objurgations de Polenin, il demande son remplacement. Le nouvel officier réacteur (Peter Saasgard) sort de l'académie navale et n'a jamais pris la mer. Pendant l'embarquement, le médecin du bord est renversé et tué par un camion et c'est le médecin du port (Donald Sumpter), qui n'a jamais pris la mer et n'a aucune connaissance sur les problèmes posés par la radioactivité, qui prend sa place. Pendant le lancement du sous-marin, la bouteille de champagne jetée sur la coque ne se brise pas, renforçant la guigne aux yeux de l'équipage...

Ce film raconte l'histoire tragique d'un des premiers SNLE soviétiques, de la classe Hotel pour l'OTAN (classe 658 pour l'URSS), le K-19. Mis en en service en 1961, le K-19 connaît une telle série d'accidents pendant sa construction et son service actif que l'équipage le baptise très rapidement "Hiroshima" (et non pas le Faiseur de veuves, d'ailleurs).

Le 4 juillet 1961, commandé par le capitaine Zateyev, le K-19 effectue des exercices dans l'Atlantique Nord, au sud du Groënland, quand une fuite importante apparaît dans le système de refroidissement du réacteur. La température du réacteur monte rapidement : il est impossible de prévenir Moscou car un autre incident a endommagé la radio. Zateyev n'a d'autre choix que d'envoyer 8 hommes, par paires successives, dans la zone exposée à de hautes radiations pour bricoler un nouveau système de refroidissement du réacteur. Malgré le succès de l'opération, une bonne partie du bâtiment est contaminé, de même que l'équipage et les missiles. 7 des 8 hommes ayant effectué les réparations meurent dans les semaines suivantes. 15 autres décèdent dans les deux années suivantes. Zateyev fait mettre cap au sud dans l'espoir de rejoindre un sous-marin soviétique diesel ; il fait jeter les armes de poing par dessus bord pour éviter une mutinerie, conservant seulement 5 pistolets pour les officiers. Finalement le K-19 est contacté par le sous-marin diesel S-270, alors que les Américains l'ont également repéré et ont proposé leur assistance.

L'incident est bien sûr caché par les Soviétiques (jusqu'à la fin de la guerre froide) et les hommes contaminés se voient affublés d'autres causes de maladie. Le changement des réacteurs sur le K-19, qui prendra deux ans, contamine encore d'autres personnes. Ce n'est cependant pas la fin des accidents concernant le sous-marin. Le 15 novembre 1969, le K-19 heurte le sous-marin américain USS Gato dans la mer de Barents, par 60 m de fond. Il réalise une remontée d'urgence : le choc a détruit son sonar avant et endommagé les lance-torpilles. Le 24 février 1972, un feu se déclare sur le K-19 alors qu'il navigue par 120 m de fond, causant la mort de 28 marins. Le K-19 fait surface et l'équipage évacue l'intérieur du navire, avant qu'il ne soit pris en remorque jusqu'à Severomorsk. Le sous-marin n'est retiré du service qu'en 1991, à la chute de l'URSS, et transféré en 1994 au chantier naval de Polyarni. Il est envoyé en mars 2002 à Mourmansk pour être démantelé.

Le film s'inspire largement de l'histoire de l'accident en 1961, mais s'assimile quelque peu au genre du  film catastrophe tel qu'il a pu être décliné en de multiples versions par Hollywood. Il joue bien sûr de la confrontation entre Liam Neeson et Harrison Ford. Cependant l'ensemble n'échappe pas à quelques longueurs. A noter pourtant que le tournage, qui s'est essentiellement déroulé au Canada, utilise un véritable sous-marin (classe Juliett, le K-77) et met à l'honneur les sous-mariniers soviétiques, ce qui n'est pas si fréquent. 


Ci-dessous, départ du K-19.

lundi 29 octobre 2012

[Nicolas MIOQUE] Thierry LENTZ et Pierre BRANDA, Napoléon, l'esclavage et les colonies, Paris, Fayard, 2006, 358 p.

Mise à jour-dimanche 11 mai 2014 : Nicolas Mioque propose une version revue de sa fiche.


Après Adrien Fontanellaz, Nicolas Mioque, du blog Trois-Ponts, a bien voulu, lui aussi, contribuer à ce blog par la mise en commun de fiches de lecture. Ici, un ouvrage de Thierry Lentz et Pierre Branda, historiens spécialistes de la période napoléonienne, en forme de réponse implicite à un livre qui avait déclenché il y a quelques années une vive polémique autour de Napoléon et la question de l'esclavage et des colonies, sujet sensible s'il en est... merci à Nicolas en tout cas pour cette fiche de lecture !


« Les ressemblances entre Napoléon et Hitler ne sont que trop criantes [...] pourtant – et je le dis avec beaucoup de véhémence – les différences, les contrastes, ne sont pas moins évidents. L’histoire ne se répète pas. Entre remarquer un certain parallèle et établir une identité, la marge est grande [...] On ressent presque le besoin de demander pardon à l’ombre de Napoléon d’avoir mentionné son nom et celui de l’autre dans une même phrase. »
Pieter Geyl, historien néerlandais, dans "Napoleon, for and against" (1947).

Cette année, les Russes célèbrent la victoire de 1812 sur la Grande Armée de Napoléon : dés 2009, une commission nationale – rassemblant des membres du gouvernement, des gouverneurs, des dirigeants de grands médias, ainsi que des représentants du domaine des sciences, de la culture et de l’art, présidée par Dmitri Medvedev en personne – est chargée de préparer les célébrations du bicentenaire de la victoire de la Russie dans la « guerre patriotique » de 1812 ; une série de projets, défilés, festivités, et excursions thématiques sont prévus tout au long de l’année 2012, pour un budget de plus de 100 millions de dollars.

dimanche 28 octobre 2012

Ajouts aux pages du blog-dimanche 28 octobre 2012

Blogolistes :


- Etudes Géostratégiques, le blog de la promotion Master II Histoire militaire comparée, Géostratégie, Défense et Sécurité de Sciences Po Aix. Lié à celui de Rémy Porte, Guerres et conflits.




- quelques ajouts supplémentaires. Les éditions Caraktère, en particulier, ont ouvert il y a peu leur page Facebook.




- une nouvelle page qui récapitule les travaux que je suis en train d'effectuer, pour des revues, des sites comme l'Alliance Géostratégique, etc. J'ai choisi ce procédé à l'imitation de mon collègue Vincent Bernard, car cela permettra d'être plus complet que le simple élément que j'avais inséré dans la colonne de droite.

49ème parallèle (49th Parallel) de Michael Powell et Emeric Pressburger (1941)

1941. Le sous-marin allemand U-37 envoie par le fond un pétrolier au large du Canada. Avançant dans la baie de Hudson, le commandant du U-Boote envoie un détachement de 6 hommes à terre, commandés par le lieutenant Kuhnecke (Raymond Lovell) et le lieutenant Hirth (Eric Portman) pour trouver des vivres et du carburant. Mais le sous-marin a été repéré et il est coulé sous les yeux du détachement arrivé à terre par des Lockheed Hudson canadiens. Les 6 survivants du sous-marin, menés par leurs deux officiers, vont alors tenter de s'échapper du Canada et de franchir le 49ème parallèle nord, qui marque la frontière avec les Etats-Unis...

C'est en mai 1940 que le ministère de l'Information du Royaume-Uni crée un département autonome afin de produire des fictions sur le conflit en cours. Le but est de mettre en garde le monde contre le danger représenté par le nazisme. Kenneth Clarke, le chef de ce département, fait donc appel aux plus grands réalisateurs britanniques de l'époque. Ce film, réalisé par des Britanniques, a été expressément réalisé à des fins de propagande, en particulier à destination de l'opinion américaine, les Etats-Unis n'étant pas encore entrés en guerre. Une bonne partie du film a été tourné au Canada, bien qu'une grande partie de l'action n'ait pas lieu sur le 49ème parallèle, contrairement à ce qu'annonce le titre. Pressburger a voulu reprendre l'idée du roman Les dix petits nègres, en traitant du sort des 6 survivants allemands. Le U-Boot, construit sur place pour les besoins du tournage, est véritablement coulé par des Lockheed Hudson de la Royal Canadian Air Force. Les survivants du pétrolier visibles dans le canot de sauvetage au début du film sont d'authentiques marins dont certains avaient connu des torpillages dans l'Atlantique.

Les réalisateurs ont aussi obtenu la permission de tourner parmi les huttérites, un mouvement anabaptiste présent au Canada. Cependant, l'actrice Elisabeth Bergner, qui joue le rôle d'Anna, a été mollestée par une huttérite quand elle s'est peint les ongles et a commencé à fumer : il a donc fallu la remplacer par une actrice moins connue, au pied levé. Lors de la scène du discours du lieutenant Hirth aux huttérites, une bonne partie de ceux-ci sont d'authentiques réfugiés allemands chassés par l'arrivée au pouvoir des nazis !

Evidemment, le film met en scène des personnages assez tranchés : aux paisibles Canadiens, représentés dans toute leur diversité, s'oppose le fanatisme des sous-mariniers allemands (qui ne repose néanmoins pas que sur de la fiction). Il faut dire que le but est de secouer une opinion américaine jugée assoupie, d'où la peinture très noire qui est faite des nazis. Plus précisément, les réalisateurs cherchent à faire passer un message : le nazisme est une menace différente, la Seconde Guerre mondiale n'est pas un conflit identique à la Grande Guerre. Cependant, le fait de mettre les nazis comme personnages principaux et d'en faire une critique plutôt spirituelle au lieu de les diaboliser est assez original dans le cinéma de propagande britannique de la Seconde Guerre mondiale. Paradoxalement, le film, qui sort fin 1941, est un succès en Angleterre... mais est diffusé en Angleterre après l'attaque de Pearl Harbor, qui voit enfin l'entrée en guerre des Etats-Unis. Le film remporte cependant un Oscar et demeure un classique, avec l'apparition remarquée de Laurence Olivier.

Ci-dessous, le film.

samedi 27 octobre 2012

Retour de la rivière Kwaï (Return from the River Kwai) d'Andrew McLaglen (1989)

Février 1945. Des appareils américains du 493rd Squadron détruisent les ponts japonais sur la rivière Kwaï, sur la voie de chemin de fer entre la Birmanie et la Thaïlande. Un avion américain est abattu et son pilote, le lieutenant Crawford (Chris Penn) est recueilli par les partisans méo encadrés par un colonel britannique, Grayson (Denholm Elliott). Pendant ce temps, les prisonniers britanniques, sous les ordres du Lieutenant Commander Hunt (Nick Tate), un marin australien, regagne leur camp où les blessés sont soignés par le médecin-major Benford (Edward Fox). Le camp est dirigé d'une main de fer par l'impitoyable lieutenant Tanaka (George Takei). Celui-ci veut exécuter des prisonniers en représailles du raid aérien. Mais arrive soudain le major Harada (Tatsuya Nakadai), qui annule l'exécution : en effet, il a reçu l'ordre de transférer tous les prisonniers valides au Japon, par bateau. Les Britanniques vont alors chercher à s'évader durant le trajet...


Ce film se présente comme une suite du fameux film de 1957, Le pont de la rivière Kwaï. Inspiré d'un autre roman, beaucoup plus modeste dans ses ambitions, il insiste surtout sur le sort des prisonniers alliés à la fin de la guerre du Pacifique, alors que le Japon est en train de s'effondrer. Les mauvais traitements infligés par les Japonais sont particulièrement mis en valeur, même si le film trouve le moyen de présenter un "bon" Japonais contre un "méchant" Japonais, sans nuance. Autre élément intéressant : le transport par mer des prisonniers de guerre alliée en direction du Japon, dont certains finissent effectivement au fond de l'eau sous les torpilles des sous-marins américains, qui dominent l'océan Pacifique et n'ont parfois aucune information sur la cargaison humaine transportée par les navires japonais. Le sous-marin américain visible à la fin du film a d'ailleurs une drôle d'apparence : est-ce un montage par la production ou un certain modèle de sous-marin postérieur à la guerre ? Pour le reste, rien de bien original, le film se regarde, sans plus. A noter tout de même qu'avec Indiana Jones et la dernière croisade, tourné la même année, c'est l'une des dernières apparition de l'acteur Denholm Elliott, qui meurt du SIDA en 1992.

Ci-dessous, le film.

Guerres et Histoire n°9

Merci tout d'abord à  Patricia Sarramalho, du service marketing de Sciences et Vie, qui m'a envoyé le numéro -j'avais mystérieusement disparu de la base de données (!).


Guerres et Histoire, le nouveau magazine du groupe Sciences et Vie/Mondadori éditions, est avant tout un magazine de vulgarisation de l'histoire militaire. Publication fondamentalement réalisée par des journalistes, elle n'exclut pas le recours à des spécialistes de l'histoire militaire, des historiens ou autres personnes qualifiées. Elle se veut un relais vers le grand public de la "nouvelle histoire bataille", telle que j'ai pu la présenter rapidement dans la page ci-dessus.

Depuis son arrivée sur le marché début 2011, Guerres et Histoire s'est imposée comme une revue incontournable. Ses atouts tiennent au volume d'informations fournies à chaque numéro, à une iconographie abondante et souvent bien pensée, à la couverture de toutes les périodes de l'histoire militaire et d'un maximum d'aires géographiques, et pas seulement l'Europe ou le monde occidental. En outre, les articles sont plutôt fouillés et certains dossiers (Barbarossa, n°2, par exemple) sont venus bien à point pour remettre les pendules à l'heure sur des sujets qui parfois n'avaient pas (ou peu) été abordés par la concurrence. Guerres et Histoire a par contrecoup forcé d'autres magazines a relevé le défi d'une certaine qualité d'écriture, en tout cas d'une certaine profondeur dans l'analyse, défi que quelques-uns ont commencé à relever -je pense en particulier à Batailles et Blindés que je lis depuis quelques temps. La revue a eu l'excellente idée de lancer une collection de 20 DVD rassemblant les "chefs d'oeuvre du livre de guerre" commentés par un livret (les différents livrets s'étant révélés inégaux, ne citant pas leurs sources notamment) qui s'inscrit dans les choix de la rédaction. Elle utilise également des vidéos pour présenter ses articles, ses dossiers, des DVD -une très bonne initiative que j'ai moi-même reprise pour l'adapter à ma sauce. Enfin, sur réclamation de certains lecteurs dont moi-même, Guerres et Histoire a plus ou moins systématisé les encadrés "Pour en savoir +" et mentionné ses sources -je dis plus ou moins car comme je viens de le rappeler, c'est moins vrai dans les livrets accompagnant les DVD, par exemple.

vendredi 26 octobre 2012

Trucks & Tanks Magazine n°33 (juillet-août 2012)

Suite à ma critique du n°32 de TNT, j'ai voulu voir si les qualités que j'avais trouvées dans ce numéro se maintenait en achetant le suivant, le n°33.

Comme cela est indiqué dans l'éditorial, le gros morceau du numéro réside dans le parcours des Tigres II de la Kampfgruppe Peiper pendant l'offensive des Ardennes, soigneusement décortiqué. Ce numéro marque aussi un changement car la revue propose un premier article sur les hélicoptères de combat, au nom de la proximité supposée entre les "chars d'assaut volant" et les blindés terrestres.

- il y a d'abord un erratum consacré à l'ARL 1937 V français, suite à une erreur commise dans le hors-série n°11 sur les chars lourds de la Seconde Guerre mondiale. Un projet qui n'a pas abouti.

- le premier article est dédié aux camouflages allemands de la fin de la guerre, par Yann Mahé et Laurent Tirone. J'avoue avoir survolé, car ce n'est pas un thème qui m'intéresse beaucoup, honnêtement. Mais il y a de beaux profils couleur.

- Jacques Armand évoque le Véhicule de l'Avant Blindé, le fameux VAB. Mis en service en 1976, construit à près de 4000 exemplaires, le VAB équipe l'armée française de la fin de la guerre froide jusqu'à aujourd'hui. Aérotransportable et amphibie, le véhicule reçoit désormais des protections supplémentaires pour faire face à la menace des IED. Il se décline en de nombreuses versions. A terme, il doit être remplacé par le véhicule blindé multirôle (VBMR), vers 2020.

Ci-dessous, tir d'un VAB en Afghanistan.


 

- l'article suivant est une traduction par David Zambon d'un article italien de Daniele Guglielmi, sur le Trattore Leggero TL 37, un tracteur moderne mis en service par l'armée de Mussolini juste avant la Seconde Guerre mondiale. Peu produit, il sera cependant utilisé jusqu'à la fin de la guerre, y compris par les Allemands, et embarquera même des canons de campagne ou antiaériens.

- Hugues Wenkin et Christian Dujardin signent le dossier sur les Tigres II de la Kampfgruppe Peiper dans les Ardennes. Après avoir présenté la composition de cette unité ad hoc, ils reviennent sur son parcours. Ils expliquent ensuite le pourquoi de la présence des Tigres II dans cette unité. Peiper a voulu placer les Tigres II en arrière pour pouvoir s'en servir éventuellement sur un terrain plus ouvert, mettant devant ses Panzer IV et Panther. Mais le Panther et le Tigre II peuvent se révéler peu fiables sur longue distance, et le carburant va vite manquer. Les auteurs reviennent ensuite sur la destruction de plusieurs mastodontes par les Américains, qui tentent de récupérer un premier exemplaire intact, mais l'incendient en poussant trop la machine, ignorant des caractéristiques du char. Ils réussissent à en ramener un deuxième cependant. Au final, l'impact des Tigres II dans le parcours de la Kampgruppe Peiper a été nul ou presque.


Extrait du Deutsche Wochenschau sur la contre-offensive des Ardennes. A la fin de l'extrait, on aperçoit les Tigres II de Peiper.


 

- Laurent Tirone raconte ensuite la genèse et la mise en service du StuH 42, qu'on oublie souvent face aux StuG III. C'est justement pour remplacer ce dernier, devenu plus une arme antichar qu'une arme de soutien d'infanterie, qu'est conçu le Sturmhaubitze. Engagé dès fin novembre 1942, le StuH 42 connaît quelques améliorations avant la fin du conflit. Une page détaille les munitions utilisées. Un regret peut-être : l'absence de développement sur le parcours opérationnel de la machine (engagements, tactiques, doctrine d'utilisation).

 - Dominique Renauddige l'introduction aux hélicoptères de combat. C'est une présentation rapide de l'évolution des matériels depuis 1945 et de leur fonction antichar, avec les cas français, américain et soviétique.

- Laurent Tirone consacre ensuite une double page (avec profils) au kleiner Tiger, un prototype lié au programme du char de rupture allemand avant la Seconde Guerre mondiale. Les tourelles serviront in fine sur le mur de l'Atlantique, notamment.

- le comparatif, par le même auteur, oppose cette fois le Somua S35 au Panzer III Ausf. E. En lisant l'article, je me faisais la remarque, qui ne m'était pas venue à l'esprit la première fois, que cette rubrique ressemble fortement à certains volumes de la série Duel d'Osprey (!). Si le Panzer III Ausf. E est en retard technologiquement parlant sur le char français, il l'emporte en cohérence grâce à sa tourelle triplace et à son équipement radio qui facilite son intégration dans un groupement interarmes.

- le numéro se termine par un reportage photo consacré à l'Eurosatory 2012.


En conclusion, un numéro qui m'a moins intéressé que le précédent. C'est peut-être aussi lié aux thèmes de certains articles. Cependant, si la quasi totalité des articles du n°32 présentait une bibliographie, ce n'est plus le cas ici. C'est dommage pour certains, notamment le dossier sur les Tigres II de la Kampfgruppe Peiper ou l'article sur le VAB. Il m'a semblé que ce numéro revenait plus à la dimension technique et privilégiait moins l'utilisation opérationnelle qui apparaissait davantage dans le n°32. Reste l'abondance des illustrations et autres profils couleurs. Néanmoins, ma préférence irait sans doute à une revue comme Batailles et Blindés, plutôt qu'à TNT, si je devais choisir entre les deux.

Vicken CHETERIAN, War and Peace in the Caucasus. Russia's troubled frontier, Hurst & Company, 2008, 395 p.

Vicken Cheterian est un journaliste suisse, qui travaille sur le Caucase depuis l'effondrement de l'URSS pour de grands journaux européens comme Le Monde Diplomatique.

Dans cet ouvrage, Cheterian cherche à restituer le caractère exceptionnel des conflits survenus dans le Caucase après l'effondrement de l'URSS. Exceptionnel car les habitants du Caucase n'ont pas forcément entre eux un "antagonisme historique" remontant au Moyen Age, comme on a pu le lire parfois. En outre, l'effondrement de l'URSS et les conflits qui en découlent présentent un caractère unique, que l'on ne retrouve pas dans d'autres situations avec lesquelles on a trop souvent fait le parallèle. Autre problème : on explique souvent la victoire de minorités contre un Etat devenu souverain (Arméniens du Haut-Karabagh contre Azerbaïdjan, Abkhazes contre Géorgie) par l'intervention extérieure, et en particulier celle de la Russie. Or, Cheterian montre au contraire que les Arméniens et les Abkhazes ont su se montrer plus cohérents et plus efficaces que de nouveaux Etats déchirés par luttes de pouvoir intestines. D'ailleurs le facteur russe lui-même perd de sa crédibilité quand Cheterian examine l'intervention en Tchétchénie (1994-1996), qui prend la tournure que l'on sait. Cheterian cherche également à montrer comment la disparition de l'URSS en 1991 a souvent créé les conditions des conflits qui vont surgir ensuite, à partir de projets nationaux parfois concurrents.

Dans un premier chapitre, Cheterian revient sur la fin de l'URSS et la montée du nationalisme. Un effondrement que peu de spécialistes occidentaux avait anticipé, et qui ont cherché ensuite, d'après Cheterian, à l'expliquer par de mauvaises raisons, fonction des agendas propres à leurs pays. Ces mêmes spécialistes ne voient souvent pas non plus que la chute de l'URSS a posé les jalons des conflits qui vont éclater dans le Caucase.

Dans son deuxième chapitre, le journaliste suisse explique comment les intellectuels des futures nations du Caucase ont employé l'histoire pour justifier la montée en puissance des nationalismes. La plupart des futurs dirigeants de ces Etats pendant la période de transition post-soviétique, d'ailleurs, est constituée d'universitaires. Les historiens arméniens soviétiques défendent bec et ongles le caractère arménien du Haut-Karabagh, alors que la diaspora est plus marquée par le génocide commis par les Turcs en 1915. Les historiens azéris soviétiques défendent quant à eux l'incorporation du Haut-Karabagh dans leur territoire, mais sont aussi soucieux de revendiquer d'autres morceaux qui selon eux sont azéris et font partie de l'Iran voisin. Les historiens géorgiens de la période soviétique s'attachent à montrer que les Abkhazes et les Ossètes sont des migrants récents et ne peuvent donc prétendre s'ériger en nation. Les Abkhazes, eux, insistent au contraire sur l'ancienneté de leur présence et dans leur rôle sur l'unification de la Géorgie. Dans le Nord-Caucase, les spécialistes ont souvent tendance à lier la résistance tchétchène post-soviétique à celle face à la colonisation russe au XIXème siècle : mais c'est oublier que les deux contextes sont radicalement différents et que le mouvement de l'imam Shamil part surtout du Daghestan voisin, le tout étant intégré dans une logique de confédération tribale, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui.  Pour placer au plus haut leurs nationalités dans l'URSS finissante, les historiens développent tout un discours qui va venir renforcer le sentiment nationaliste et sert d'arrière-plan aux conflits se déroulant ensuite dans le Caucase.

Cheterian analyse ensuite les principaux conflits post-soviétiques dans le Caucase. Dans le cas du Haut-Karabagh, la revendication de la population arménienne intégrée par les Soviétiques à la répubique soviétique d'Azerbaïdjan se heurte au désintérêt des Azéris, plus préoccupés de l'enjeu de "l'Azerbaïdjan du Sud", la partie intégrée à l'Iran. Le massacre de Sumgaït, une banlieue industrielle près de Bakou, en février 1988, met le feu aux poudres pour les Arméniens, réactivant la mémoire du génocide de 1915 alors même que les circonstances du pogrom restent encore aujourd'hui peu claires. Moscou perd le contrôle de la situation : les troupes envoyées dans Bakou en janvier 1990 pour rétablir l'ordre abattent une centaine de personnes. Certaines troupes soviétiques collaborent au nettoyage ethnique réalisé à la même date dans les villages arméniens au nord u Haut-Karabagh lors de l'opération "Kaltso". Le mouvement national arménien du Haut-Karabagh prend alors les choses en main, alors que les Azéris se retournent contre l'URSS. La chute de celle-ci accélère les événements. Fin 1991, les Arméniens passent à l'offensive. Ils occupent l'aéroport de Khojali, puis la ville de Sushi et le corridor de Lachin, non sans mal, mais cela leur permet d'établir un contact direct avec la république d'Arménie, leur principal soutien. Les défaites militaires accentuent la confusion politique du côté azéri ; il faut attendre l'arrivée au pouvoir d'Heydar Aliev en 1993 pour voir la situation se stabiliser. Les dernières offensives azéries sont des échecs coûteux et un cessez-le-feu est signé en mai 1994, maintenant le statu-quo jusqu'à aujourd'hui. Ce n'est pas tant l'intervention russe qui décide du conflit que la faiblesse de l'Etat soviétique et son effondrement, qui permet le déchaînement des nationalismes et la création d'un rapport de forces en faveur des Arméniens, qui tiennent le Haut-Karabagh et occupent une partie de l'Azerbaïdjan.

La Géorgie est une république à part dans l'URSS : c'est le lieu de naissance de Staline et d'autres grands dirigeants soviétiques. Mais elle doit faire face à la contestation abkhaze. Là encore, la revendication nationale géorgienne échappe au contrôle de Moscou, qui réagit par la répression le 9 avril 1989 (19 tués) à Tbilissi. En conséquence, le mouvement national géorgien se retourne contre l'URSS. Le Conseil National géorgien doit cependant affronter la personne de Gamsakhurdia, qui a accepté de jour le jeu des élections soviétiques. Pourtant, c'est en Ossétie du Sud qu'ont lieu les premiers affrontements : les Ossètes craignent en effet le discours nationaliste de Gamsakhurdia, qui lance ses miliciens sur Tskhinvali dès novembre 1990. Gamsakhurdia lui-même finit par tomber après la tentative manquée du putsch à Moscou en août 1991, alors que les luttes politiques en Géorgie sont à leur comble. En définitive, Shevardnadze revient au pouvoir en 1992, non sans mal. Il doit faire face aux pro-Gamsakhurdia, notamment en Mingrélie, région frontalière de l'Abkhazie. En déclenchant une attaque contre ce territoire en août 1992, Shevardnadze réactive chez les Abkhazes la peur de représailles similaires à celles subies au XIXème siècle lors des affrontements avec les Russes. La Géorgie, en pleine guerre civile, lance une offensive contre l'Abkhazie et certains dirigeants militaires géorgiens ne cachent pas leur volonté d'éradiquer (!) les Abkhazes. Bientôt cependant, les Géorgiens sont stoppés ; les Abkhazes contre-attaquent fin août et reprennent la ville de Gagra. Soutenus par des volontaires du Nord-Caucase et par la Russie, ils attaquent Soukhoumi en mars 1993. La ville est reprise en septembre et les Abkhazes en profitent pour chasser une bonne partie des Géorgiens résidant en Abkhazie. La guerre civile continue cependant en Géorgie entre les pro-Gamsakhurdia et les partisans de Sheverdnadze. La Russie, en soutenant l'Abkhazie à partir de l'invasion d'août 1992, a cependant perdu la Géorgie. Shevardnadze évite la désintégration de la Géorgie, parvient à désarmer la plupart des milices, mais le pays stagne dès 1997-1998. La révolution des roses de 2003 porte au pouvoir Mikhaïl Saakachvili qui met bientôt en oeuvre un programme de réunification de la Géorgie. Si l'Adjarie tombe sans difficulté en 2004, il n'en va pas de même pour l'Ossétie du Sud où n'existe pas de sentiment pro-géorgien dans la population ossète.

Pour les Russes, dès 1994, la guerre en Tchétchénie a parfois été baptisée "seconde guerre du Caucase", en référence à la lutte du XIXème siècle. C'est sans conteste le conflit le plus violent survenu dans l'espace post-soviétique. L'indépendance de la Tchétchénie surgit en fait au coeur d'un affrontement au coeur de l'URSS pour le pouvoir, entre Gorbatchev et Eltsine : la Russie ne s'intéresse tout d'abord pas à la Tchétchénie, plus préoccupée par exemple du sort du Tatarstan. Pour les Tchétchènes, l'événement fondateur de leur mémoire est en fait la déportation voulue par Staline en 1944. Celle-ci explique largement pourquoi les Tchétchènes se débarrassent de la structure soviétique dès l'automne 1991. L'envoi de troupes du MVD en novembre se conclut par un échec. En octobre 1992, alors qu'un conflit oppose les Ingouches tout juste séparés de la Tchétchénie à l'Ossétie du Nord, une autre tentative d'envoi des troupes du MVD vers les frontières de la république est également avortée. Le général Doudaïev, qui dirige de fait la Tchétchénie, n'arrive cependant pas à bâtir un Etat sur les ruines de la république soviétique. La situation se dégrade en 1993-1994, Doudaïev devant faire face à une forte opposition sans parler des menées criminelles sur son territoire. Or dans le même temps, Eltsine vient à bout de ses opposants en faisant tirer les chars sur le Parlement (septembre 1993), puis signe un accord avec le Tatarstan qui désamorce un conflit potentiel. L'échec du soutien russe à une opposition tchétchène trop hétéroclite, en novembre 1994, conduit à l'intervention directe de l'armée de Moscou. L'armée russe, mal préparée, peu soutenue, alors même que certains de ses chefs sont contre l'invasion, connaît un échec retentissant dans les rues de Grozny. Elle parvient cependant à prendre le contrôle de la ville puis d'une bonne partie de la république, avant de devoir reconnaître sa défaite en août 1996. En réalité, au-delà de l'aspect militaire, la guerre en Tchétchénie répond d'abord à des préoccupations politiques propres à Moscou.

Dans le sixième chapitre, Cheterian tente d'analyser les origines des différents conflits. Ceux-ci surviennent dans un contexte bien précis : celui de l'effondrement de l'URSS et de la construction de nouveaux Etats. Le vide créé par la chute soviétique laisse la place à de nouvelles idéologies, nationalistes, en grande partie basées sur la mémoire d'événements traumatisants. Les victoires militaires des minorités s'expliquent en grande partie par la cohésion supérieure de ces groupes face à des Etats en devenir ou bien face à un Etat déliquescent (la Russie pour la Tchétchénie). Les conflits étaient-ils évitables ? Difficilement dans le cas du Haut-Karabagh, plus probablement en ce qui concerne l'Abkhazie et la Tchétchénie. Les conflits postérieurs comme la deuxième invasion de la Tchétchénie en 1999 ne s'inscrivent toutefois plus dans le contexte de l'effondrement de l'URSS, qui caractérise véritablement les guerres étudiées ici. La diplomatie a d'ailleurs échoué, comme le constate l'auteur dans le septième chapitre. Dans le cas du Haut-Karabagh, ce sont les vainqueurs, les Arméniens, qui cherchent à obtenir le maximum de garantie, alors que les Azéris boostés par les ventes de pétrole augmentent leur potentiel militaire. En Ossétie, le président Saakachvili tente l'épreuve de force dès l'été 2004, mais recule faute de force militaire suffisante. En Abkhazie, des affrontements ont à nouveau lieu en 1998, liés à la scène politique intérieure géorgienne, et la gorge de Kodori subit une attaque en octobre 2001. En Tchétchénie, le président Maskhavov ne parvient pas à construire un Etat et doit faire face à la montée de l'islam wahhabite, alimentée par des combattants étrangers -qui attaquent le Daghestan en 1999, provoquant l'intervention russe, et jettent dans les bras de la Russie des Tchétchènes soufis hostiles au wahhabisme. Les Russes ont retenu les leçons de la première guerre, même si les pertes restent lourdes : ils contrôlent l'information, recrutent parmi les Tchétchènes. Surtout, la population tchétchène elle-même finit par se lasser de la guerre, affaiblissant la résistance par son manque de soutien.

Dans un dernier chapitre, Cheterian revient sur la nouvelle configuration géopolitique du Caucase liée, entre autres, à l'enjeu du pétrole. Un nouveau "Grand jeu" qui repose au départ sur des réserves pétrolifères sans doute largement surestimées. Il n'en demeure pas moins que l'Azerbaïdjan saisit l'occasion pour se rapprocher des Etats-Unis et gonfler ainsi son potentiel militaire, l'Arménie restant quant à elle dans les bonnes grâces de la Russie. De la même façon, la Géorgie de Saakachvili se rapproche des Etats-Unis et de l'OTAN pour revigorer son armée, insuffisante lors de la tentative de 2004 contre l'Ossétie du Sud.

En guise d'épilogue, Cheterian évoque la guerre entre la Russie et la Géorgie d'août 2008, qui se déroule alors même que son livre va être publié. Visiblement la Géorgie a sous-estimé la résistance ossète et surtout la réaction russe -en tout cas son délai. Il faut dire que Saakachvili comptait sans doute un peu trop  sur le soutien américain. La réaction russe est d'ailleurs aussi un signe envoyé à l'Occident, juste après la reconnaissance de l'indépendance du Kosovo. Mais Moscou ne reconnaît qu'à contrecoeur l'indépendance de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud, qu'elle contrôle en fait depuis belle lurette. L'Azerbaïdjan craint à son tour la reconnaissance par la communauté internationale du Haut-Karabagh, ce qui explique les tensions actuelles. Les conflits présents ne sont plus le fait de foules manifestant ou de milices armées, mais bien celui des élites dirigeants des Etats, à la tête d'armées nationales régulières. L'arrivée d'un nouveau "Grand jeu" dans la région a probablement empêché la résolution de certains conflits, qui ne demeurent pas réglés. L'exemple de la guerre de 2008 montre que de nouveaux affrontements sont possibles à tout moment. 

Ainsi Vicken Cheterian parvient à montrer la spécificité des conflits survenus dans le Caucase post-soviétique, avec la reconversion d'élites communistes dans un discours nationaliste, avec la question de la présence de nombreuses minorités rendant les questions nationales explosives, et la violence propre à des histoires particulières. Tout au plus peut on regretter -quand même !- l'absence totale de cartes et autres documents iconographiques.

mercredi 24 octobre 2012

Décès de Roland de la Poype (1920-2012)

Roland de la Poype, pilote de chasse du groupe Normandie-Niémen pendant la Seconde Guerre mondiale, est mort aujourd'hui à l'âge de 92 ans. Cétait l'un des Compagnons de la Libération les plus décorés.

Son parcours est assez typique des pilotes de chasse de la France libre. Né en 1920 dans le Puy-de-Dôme, il s'engage comme élève-pilote en août 1940 et obtient son brevet en mars 1940. A l'école de chasse quand démarre la campagne de France, il s'embarque pour l'Angleterre à Saint-Jean-de-Luz avec ses camarades de promotion et des aviateurs polonais.

Engagé dans les Forces Aériennes Françaises Libres, il sert d'abord en Afrique Equatoriale Française, avant de revenir en Angleterre en janvier 1941 et d'intégrer le 602 Squadron où il connaît son baptême du feu. Il est Flight Lieutenant en août 1942. Il décide ensuite de rejoindre les volontaires du GC 3 Normandie qui s'embarquent pour l'URSS : il fait partie du premier contingent qui arrive à Ivanovo en novembre. Il sert pendant deux ans dans le groupe, accumulant les victoires (16), les grades et les décorations -il est le premier Français à être fait Héros de l'Union Soviétique. En octobre 1944, il abat deux appareils en une seule journée à deux reprises. On le surnomme affectueusement le marquis. Il a sans doute inspiré l'un des personnages de la BD de Block 109, Etoile Rouge.

Après la guerre, il reste quelques temps dans le "Neu Neu", jusqu'en 1947. Puis, jamais à court d'idées, il se reconvertit dans les emballages plastiques et lance notamment le berlingot "Dop", bien connu des ménages français. Il met aussi au point la carrosserie de la Citroën Méhari. Il a également fondé le Marineland d'Antibes, en 1970. Il avait pris sa retraite en 1985.


Ci-dessous, histoire du GC Normandie-Niémen.

 

2ème Guerre Mondiale n°46 (octobre-décembre 2012)

Je reviens aujourd'hui un peu tard sur le n°46 de 2ème Guerre Mondiale, où j'ai apporté ma première et modeste contribution -mais les lectures et le travail s'accumulent aussi, expliquant ce retard... un numéro que j'ai apprécié. Il est équilibré et la plupart des articles est de qualité. Comme l'annonce Nicolas Pontic dans l'éditorial, on a ici des articles à tonalité "politique", revenant sur des sujets qui fâchent -mais bien. A noter aussi que tous les gros articles comprennent une bibliographie (voire une trentaine de notes de bas de page pour ceux de Franck Ségretain !), excepté celui sur l'aviation finlandaise.

- Franck Ségretain signe un premier écrit sur la police de Vichy au service de la collaboration. Pour sauver les apparences et maintenir la fiction de la souveraineté -qui n'a en fait jamais existé-, Laval et Bousquet mettent les forces de police au service de l'occupant. On notera d'ailleurs que la Police Nationale trouve son origine dans une loi de Vichy datée du 23 avril 1941 qui paradoxalement répond à un souhait de réforme exprimé par les commissaires dès le début du XXème siècle, en rationalisant l'appareil. Une police vichyste plus efficace contre les communistes que contre les autres courants de résistance, selon l'aveu des Allemands eux-mêmes...

- Jean-François Muracciole, dans une première double page Ecrire l'histoire, revient sur le bombardement stratégique (première partie). Décrite avant l'apparition même du bombardier, cette doctrine repose d'ailleurs plus sur l'effet psychologique que sur les résultats réels, du moins jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Seuls les Etats-Unis, avec le B-17, ont alors créé une "forteresse volante" chère à Douhet...

- le dossier est réalisé par Vincent Bernard et porte sur Stalingrad. Fort heureusement ce n'est pas une énième description de la bataille mais plutôt une analyse stratégique de ses répercussions dans chaque camps, pour l'Axe et les Alliés successivement. Du côté de l'Axe, Vincent Bernard montre comment Hitler bat le rappel des alliés pour la campagne d'été de 1942, alliés qui au final, avec la contre-offensive soviétique démarrant en novembre, subissent les pertes les plus lourdes. Si l'on regarde le tableau p.32, on s'aperçoit que le nombre de divisions alliées de l'Allemagne à l'est, qui était à 55 en 1942, retombe à 19 en 1943, soit le niveau de 1941. La saignée est donc énorme. Enfin, le désastre de Stalingrad fragilise évidemment la position de l'Allemagne, qui n'est plus sûre de l'emporter, ce dont les alliés se rendent compte au premier coup d'oeil. Côté allié, après la difficile mise en place de la Grande Alliance, l'entente reste cordiale. Les Soviétiques remportent la bataille de Stalingrad sans bénéficier encore d'un Lend-Lease massif (les effets se font sentir plutôt en 1943 et surtout en 1944 : si l'on regarde le tableau p.39, on voit bien que l'effort d'ailleurs porte plus sur la dimension logistique, avec les camions, que sur les matériels de combat à proprement parler). La victoire soviétique renverse la situation : jusqu'ici les Anglo-Américains craignaient surtout l'effondrement de l'URSS, avec Stalingrad, ils soupçonnent désormais Staline de vouloir éventuellement négocier avec Hitler -d'où l'affirmation de la reddition inconditionnelle à Casablanca quelques mois plus tard. L'URSS est désormais une puissance avec laquelle il faut compter. Le tout est complété par des témoignages, ceux d'un officier roumain et d'une délégation américaine venue en observatrice de la bataille de Stalingrad.


Les actualités françaises de Vichy relaient la progression allemande en direction de Stalingrad.






- dans une deuxième double page Ecrire l'histoire,Vincent Bernard revient sur le problème du German Bias. Je précise que pour ma part, j'ai connu au moins un rédacteur-en-chef qu'on pouvait fortement soupçonner de sympathies coupables envers l'idéologie du IIIème Reich. On trouve aussi quelques auteurs -rapidement identifiés, cependant, comme le dit Vincent Bernard- qui ont les mêmes penchants. Il est vrai cependant que historiographie de guerre froide oblige, l'Allemand fait plus vendre que le Soviétique, le Japonais. L'alternative pour les revues spécialisées n'est pas simple, une couverture Panzer faisant vendre deux fois plus qu'une couverture Sherman, selon l'un des rédacteurs-en-chef d'une revue dominant le marché. Fort heureusement, les auteurs sortent aussi d'une approche datée et sont capables de renouveler les approches, y compris sur des sujets éculés ayant trait à l'armée allemande. Guerres et Histoire, par exemple, avait ainsi consacré le dossier de son n°7 au mythe de la supériorité militaire allemande.

- Frank Ségretain revient ensuite sur le rôle du Parti Communiste Français entre 1939 et 1943. Le pacte germano-soviétique, après le Front Populaire et la guerre d'Espagne, provoque une crise importante au sein de l'organisation. La police de la IIIème République entame une répression après l'interdiction du PCF le 26 septembre 1939 qui jette les bases de celle poursuivie sous Vichy. Il n'y a par contre qu'un seul cas de sabotage avéré, en 1939-1940, avant l'effondrement face à l'Allemagne. Le PCF réorganise ensuite sa structure clandestine mais dénonce plus la guerre impérialiste, l'Angleterre et Vichy, pacte germano-soviétique oblige. Le changement intervient en mai 1941 avec la création du Front National, mais en rejetant encore la résistance gaulliste. La situation change avec Barbarossa : à noter que les Allemands procèdent à des arrestations dans la nuit du 21 au 22 juin, preuve que leur répression est antérieure aux premiers attentats. La lutte armée est lente à se mettre en place tout simplement parce que les communistes n'en ont pas l'expérience et encore moins les effectifs. Le PCF prépare donc le terrain en dressant la population contre les Allemands et Vichy, suite aux représailles consécutives aux attentats. Progressivement, le parti s'implante dans les structures dirigeantes de la Résistance et devient incontournable.

- Jean-Patrick André présente, comme il le dit lui-même, "en contrepoint du SS-Hauptscharführer de la Totenkopf", un capitaine de la 1ère compagnie de chars légers du 35ème bataillon de chars de combat (BCC). Ouf ! Ca fait du bien.

- Philippe Listemann termine sa série sur l'aviation finlandaise en traitant de la guerre de Continuation (1941-1944) puis de la guerre de Laponie (1944-1945). C'est peut-être le seul article en-dessous des autres dans ce numéro. D'abord parce que le sujet est classique, l'article descriptif : le passionné n'apprendra pas grand chose de neuf (sauf peut-être avec le détachement Räty, p.73, comme moi). Ensuite parce que l'approche de l'auteur peut prêter à débat. P.64, Philippe Listemann rappelle que contrairement aux autres satellites de l'Axe, la Finlande est une démocratie : c'est sans doute exact, mais n'oublions pas que les "Blancs" s'imposent en 1918 après une guerre civile qui fait 40 000 victimes... de la même façon, on a l'impression p.64-65 que ce sont les Soviétiques les agresseurs, parce qu'ils ont bombardé la Finlande après que les appareils allemands ayant mené les premiers raids soient partis du sol finlandais... ce qui sert de prétexte côté finlandais au déclenchement de la guerre de Continuation. On retrouve une tonalité déjà présente dans le premier article, comme je l'avais signalé. En revanche, l'auteur met bien en lumière les difficultés apparues en 1943 et le fait que la Finlande doit se rapprocher de l'Allemagne pour obtenir du matériel moderne (Me 109 et Ju 88) qui arrive à point nommé, en 1944, pour repousser l'offensive en Carélie déclenchée le 9 juin. Sur l'efficacité de l'aviation finlandaise (encadré p.71), je reste dubitatif quant aux conclusions : que disent justement "les recherches récentes en Russie" mentionnées par l'auteur ? Finalement, Philippe Listemann rappelle justement que l'aviation finlandaise, pendant toute la guerre, a plutôt eu un rôle défensif qu'autre chose...


Ci-dessous, actualités finlandaises de 1942 montrant les vieux bombardiers Do 17Z fournis par les Allemands aux Finlandais, en action.



 


- Nicolas Pontic présente ensuite deux fiches matériels sur le Bf 109 G-6 et le Fokker D.XXI finlandais, avec les très beaux profils couleur de Thierry Vallet (plus un autre en quatrième de couverture).

- enfin, on trouve ma propre double page Ecrire l'histoire sur Rommel. Pour ma participation, je vous renvoie à la deuxième vidéo que j'ai mise en ligne ayant trait à la revue (ci-dessous).