samedi 9 juin 2012

... and kill F-4's. Les MiG-21 nord-viêtnamiens pendant la guerre du Viêtnam

 De nombreux ouvrages et articles ont été dédiés aux exploits des appareils américains au-dessus du Nord-Viêtnam, pendant l'opération Rolling Thunder (1965-1968), puis durant les offensives Linebacker (mai et décembre 1972), ainsi qu'aux limites de la campagne aérienne menée à cette occasion par les Etats-Unis. L'armée de l'air populaire viêtnamienne, l'adversaire de l'USAF et de l'US Navy, n'a pas reçu le même traitement jusqu'à fort récemment. Avec la chute de l'URSS et l'ouverture de certaines archives ou l'accès à certains témoignages, les récits se sont cependant faits plus nombreux pour dépeindre la défense aérienne réduite, parfois efficace, parfois mise en défaut, de la petite force aérienne nord-viêtnamienne. Exemple avec ces quelques considérations sur l'action des MiG-21 nord-viêtnamiens.


- en juillet 1965, les premières batteries de missiles sol-air SA-2 Guideline deviennent opérationnelles au Nord-Viêtnam, manipulées par des conseillers militaires soviétiques. Les appareils américains participant à "Rolling Thunder" sont obligés de tenir compte de cette nouvelle menace, et donc forcés de voler à plus basse altitude, s'exposant à l'interception par les chasseurs MiG-17 de l'armée de l'air populaire viêtnamienne. Fin 1965 sont introduits les premiers MiG-21F-13 "Fishbed C" et en avril 1966 arrivent les MiG-21PF "Fishbed D". La première unité pourvue du nouveau chasseur est le plus ancien régiment de chasse de l'armée de l'air populaire viêtnamienne, le 921ème "Sao Do". La plupart des pilotes, dont de futurs as, ont reçu une formation en URSS, sur L-29 ou MiG-21U. Au Nord-Viêtnam, les pilotes sont obligés de se servir de MiG-15UTI pour l'entraînement. Des J-5 chinois biplaces (version locale du MiG-17) sont également employés. Fin janvier 1966, le 921ème régiment déploie ses premiers MiG-21F-13 opérationnels, à côté des vénérables MiG-17.



- les pilotes de MiG-21 se font d'abord la main sur les drones de reconnaissance américains Ryan Firebee. L'un d'entre eux est abattu le 4 mars 1966, avec un missile Atoll. Les premiers engagements réels surviennent en avril, contre des F-4. Les MiG-21 ne remportent aucune victoire mais plusieurs sont abandonnés, à court de carburant, en vol. Un MiG-21 est abattu par un Phantom le 26 avril. Tirant l'expérience des déceptions d'avril et mai 1966, les Nord-Viêtnamiens constatent que les MiG-21 peinent à maîtriser à la fois l'acquisition sur le radar de l'appareil et l'engagement de l'ennemi sur les viseurs optiques. Par ailleurs, ils se rendent compte que des paires de MiG-21 embarquant un armement différent (missiles Atoll et pods de roquettes non guidées respectivement) obtiennent de meilleurs résultats. Le 7 juin 1966, une de ces combinaisons de MiG-21PF prétend avoir détruit un F-105, ce qui n'est pas confirmé par les archives américaines. Au départ, les MiG-21 nord-viêtnamiens ne sont pas équipés de canons. Par ailleurs, les règles d'engagement les confinent au combat tournoyant et non à leur rôle d'intercepteur à haute vitesse dans lequel ils excellent. Les MiG-17, en 1966, se montrent plus efficaces contre les appareils américains et les Nord-Viêtnamiens pensent alors que c'est parce que les pilotes maîtrisent mieux leur appareil. Ils décident cependant de combiner les patrouilles de barrage (BARCAP) combinant MiG-17 à basse altitude et MiG-21 à haute altitude. Le 7 juillet, les MiG-21 revendiquent la destruction d'un F-105D, non confirmé par les Américains, au contraire d'un autre abattu le 11- les archives américaines prétendant qu'il s'est crashé à court de carburant suite à l'engagement. Les F-4 prennent leur revanche en revendiquant 2 MiG-21 détruits le 14 juillet.


Ci-dessous, documentaire présentant le MiG-21.

 

- de nombreux combats aériens impliquent les MiG-21 dans la seconde moitié de 1966. Ils réclament un F-105 détruit le 21 septembre, et l'US Air Force reconnaît la perte d'un F-4 contre un MiG-21 le 5 octobre -sans revendication des Nord-Viêtnamiens, cependant. Le 9 octobre, les MiG-21 remportent leurs premières victoires contre l'US Navy en descendant 2 F-4. La marine américaine reconnaît la perte d'un seul F-4, victime de la DCA. Ce même jour, un F-8E de la Navy abat un MiG-21 avec un Sidewinder, et 2 F-4C de l'USAF en abattent deux autres le 5 novembre. Le 2 décembre, l'USAF reconnaît la perte de 2 F-4 due aux SAM, et revendiqués par les MiG. A ce moment-là, les MiG-21 protègent d'abord leur terrain d'aviation et attaquent seulement quand les appareils américains pénètrent dans leur espace défensif. Les conseillers soviétiques demandent l'élargissement du périmètre et l'attaque des formations américaines quand elles sont en route vers leur objectif, alors que les appareils, groupés, présentent des cibles plus faciles. Le 5 décembre, les MiG revendiquent 2 F-105 détruits, 2 de plus le 8 décembre (aucune perte reconnue par l'USAF) et 3 autres le 14 (une seule perte reconnue par l'USAF). Les pilotes de MiG cherchent à prendre les appareils ennemis par surprise, en arrivant dans l'angle mort de leur radar embarqué, et tirent leurs missiles à 1500 m, sur les conseils des Soviétiques. Les MiG-21 opèrent par paire et l'ailier doit prévenir son leader si un Sidewinder est tiré contre lui, car la visibilité de la canopée du MiG-21 est très mauvaise, en particulier vers l'arrière.

Ci-dessous, montage présente le F-4 Phantom II, principal adversaire du MiG-21.

 

- l'année commence mal pour l'armée de l'air populaire viêtnamienne en 1967 : le 2 janvier, 5 appareils sont abattus par des F-4C de l'USAF du 8th TFW mené par le légendaire as de la Seconde Guerre mondiale, le colonel Robin Olds (les Américains revendiquent 7 victoires). 4 jours plus tard, deux autres MiG-21 sont perdus contre le même adversaire. Les Nord-Viêtnamiens décident de changer de tactique et de pratiquer le "hit and run", les MiG-21 attaquant par dessus et les MiG-17 sur les côtés des formations américaines. Le 30 avril, les MiG-21 parviennent ainsi à abattre 3 F-105 de l'USAF, dans un combat auquel participe le futur as Nguyen Van Coc. Les combats contre les F-4 de l'USAF et l'US Navy continuent de faire rage de mai à juillet 1967, la Navy remportant sa première victoire contre un MiG-21 ce mois-là. Les MiG nord-viêtnamiens commencent à sortir en nombre pour s'opposer aux raids américains : ainsi, le 23 août, lors d'une de ces interceptions, Nguyen Van Coc abat un F-4. A partir du mois de novembre, le 921ème régiment maintient en permanence un MiG-21 au-dessus de sa base de No Bai. Le 18 novembre, Nguyen Van Coc abat encore un F-105. Les engagements se multiplient en décembre et les MiG-21 détruisent à nouveau plusieurs appareils américains.

- en 1968, le 921ème régiment reçoit le renfort de 29 pilotes tout juste formés en URSS. L'USAF perd de nombreux appareils en janvier avant d'abattre plusieurs MiG en février. L'activité aérienne américaine décroît en mars-avril et ce n'est que le 7 mai que Nguyen Van Coc remporte une nouvelle victoire contre un F-4 de l'US Navy. Les MiG partent alors parfois à la poursuite des appareils américains qui regagnent leurs porte-avions dans le golfe du Tonkin. Le 9 mai, un MiG-21 est ainsi descendu par un Sparrow tiré par un F-4. Les passes d'armes contre F-4 et F-8 de l'US Navy continuent jusqu'en octobre, lorsque les Etats-Unis suspendent les bombardements sur le Nord. En 1969, quelques MiG sont transférés plus au sud pour contrer l'action des appareils américains au-dessus du Laos, tandis que les pilotes de MiG-17 commencent leur reconversion sur MiG-21. Le 28 janvier 1970, 2 MiG-21 pénètrent dans l'espace aérien laotien et abattent un hélicoptère HH-53 en mission Search And Rescue. A la saison sèche de 1971, les pilotes de MiG reçoivent l'ordre de détourner les B-52 et les AC-130 de leurs frappes sur la piste Hô Chi Minh. Les interceptions de B-52 n'ayant pas été très concluantes jusqu'ici, on envoie les pilotes observer les raids sur la passe de Mu Gia. Le 20 novembre, un MiG-21 endommage un B-52 avec un missile. Les chasseurs-bombardiers américains reviennent dans l'espace aérien du Nord : deux F-4 sont abattus par les MiG-21 le 18 décembre.

- en 1972, la plupart des pilotes est qualifiée sur le nouveau MiG-21MF "Fishbed J" et beaucoup sont désormais aptes au vol de nuit ou par mauvais temps. L'année 1972 va être bien remplie pour les MiG avec la tentative des Américains de s'assurer le contrôle de l'espace aérien au-dessus du Nord-Viêtnam, via les opérations Linebacker. Le 19 janvier 1972, les futurs as de l'US Navy Randy Cunningham et Willie Driscoll s'adjugent le premier MiG-21 abattu. 6 autres sont revendiqués jusqu'en avril, les 3 derniers dans un engagement où Hanoï engage pas moins d'une trentaine de MiG, le 16 avril. Le 3 février par ailleurs, un deuxième régiment de MiG-21 a été formé : le 927ème "Lam Son", équipé de MiG-21PFM "Fishbed F". Jusqu'au 27 avril, les Américains se sont octroyés 7 MiG-21 et 1 MiG-17. Le 10 mai démarre l'opération Linebacker I, destinée à frapper le Nord pour l'empêcher d'alimenter l'offensive en cours au Sud-Viêtnam depuis Pâques. 4 jours plus tôt, deux MiG-21 ont encore été abattus par des F-4 de la Navy. Les Nord-Viêtnamiens se rendent vite compte que les Américains ont mis à profit la pause dans les bombardements pour développer de nouvelles tactiques et contrer leurs chasseurs de construction soviétique : les F-4 recherchent le combat tournoyant horizontal et non les manoeuvres verticales. Ils cherchent également à se placer à basse altitude où le F-4 est plus performant. Le 10 mai voit une intense bataille aérienne à l'occasion des premières frappes américaines. L'USAF revendique 3 MiG-21 détruits et la Navy 7 MiG-17 et 1 MiG-21, les Américains reconnaissant la perte de 2 F-4 (4 revendiqués). Le lendemain, les frappes américaines continuent et les MiG-21 parviennent à abattre un F-105 en mission Wild Weasel et un F-4. En interrogeant les pilotes capturés et en faisant l'analyse des récents combats, les Nord-Viêtnamiens comprennent que les Américains cherchent à paralyser leur aviation en lui infligeant le plus de pertes possibles. Des chasseurs attendent au-dessus des aérodromes des MiG pour les "cueillir" au décollage. Par ailleurs beaucoup de pilotes d'Hanoï sont à peine formés et jetés au feu sans expérience du combat. 

Le carnage de MiG continue jusqu'à la fin mai. Cependant, des leçons sont à nouveau tirées de ces engagements et diffusées auprès des pilotes. Le 27 juin, lors d'un raid sur Hanoï, l'USAF reçoit une sévère correction en perdant au moins 3 F-4 sous les coups des MiG (plus deux autres attribués aux SAM). En juillet, les Nord-Viêtnamiens commencent un intense programme d'entraînement de leurs pilotes et sélectionnent 12 des meilleurs pour contrer les raids nocturnes de B-52. A ce moment-là, l'infrastructure radar a été particulièrement touchée par les raids américains, désorganisant l'action des MiG. Les pertes sont cependant lourdes au mois d'août, malgré la victoire d'un MiG-21 contre le seul F-4 des Marines abattu par un chasseur nord-viêtnamien pendant le conflit. Les frappes américaines cessent en octobre : la force de MiG-21 nord-viêtnamiens, décimée, s'en prend malgré tout aux drones, n'étant pas parvenue à approcher les B-52. Cependant, le 17 décembre, Nixon lance l'opération Linebacker II pour amener Hanoï à négocier dans le cadre des pourparlers se tenant à Paris. Le 28 décembre, un B-52 est enfin abattu par un MiG-21 -les Américains attribuant la perte aux SAM, et alors que le commandement nord-viêtnamien envisageait l'éperonnage comme seule solution restante... la même nuit, 2 F-4 sont également descendus par les MiG. Un deuxième B-52, non confirmé par les Américains, est aussi revendiqué par un autre pilote de MiG-21. Le dernier MiG-21 abattu par l'USAF tombe le 7 janvier 1973.

- à la signature des accords de Paris, le 20 janvier 1973, l'armée de l'air populaire viêtnamienne comprend 4 régiments de chasse, un autre de transport et développe un entraînement capable de former 20 pilotes de MiG-21 simultanément. En 1965, elle ne disposait que d'un régiment de chasse et d'un autre de transport : la croissance de cette force aérienne a été à la mesure de l'affrontement. Après Linebacker II, 42 pilotes de MiG-21 sont expédiés en URSS pour être formés au vol de nuit et par mauvais temps. Les MiG-21 participent à l'offensive finale contre le Sud en 1975 : leur rôle est tenu secret en raison de la présence de conseillers militaires soviétiques... deux mois après la réunification du Viêtnam, les plus anciens pilotes se retrouvent au Sud pour un nouveau défi : former de nouveaux régiments de chasse avec le matériel américain capturé.

- la guerre aérienne entre le Nord-Viêtnam et les Etats-Unis se déroule donc en trois phases, de 1965 à 1968, de 1969 à 1971 et sur l'année 1972 et le premier mois de 1973. Si on prend l'exemple de l'US Navy, elle reconnaît la perte de 91 appareils en combat aérien (dont 6 abattus par des avions chinois après être entrés dans cet espace aérien) contre la destruction de 193 appareils ennemis et au moins un appareil chinois. L'aviation nord-viêtnamienne revendique la destruction de 320 avions ennemis pour la perte de 134 appareils. Les Américains reconnaissent la perte de 22 avions non mentionnés par les archives nord-viêtnamiennes, en revanche 64 pertes américaines trouvent leur confirmation dans le camp d'en face. Les réclamations de victoires sont donc exagérées dans chaque camp, mais pas tant que cela ; on notera que le ratio est plutôt faible en faveur des Américains, confirmant que les MiG-21, entre autres, n'ont pas démérité. 


Pour en savoir plus :


Istvan TOPERCZER, MiG-21 Units of the Vietnam War, Combat Aircraft 29, Osprey, 2001.

2 commentaires:

  1. Sur Air Defense, une question a était posé sur l'efficacité des MiG-21 en général, j'ai rappellé l'existence de cet excellent article :

    http://www.air-defense.net/forum/index.php?topic=18784.0

    RépondreSupprimer
  2. Merci !
    Je vois effectivement qu'Air Defense cite régulièrement mes billets, j'apprécie.

    Sur les MiG-21, peut-être à creuser par un autre billet... à suivre.

    RépondreSupprimer