lundi 2 janvier 2012

Kellow CHESNEY, Les bas-fonds de Londres. Crime et prostitution sous le règne de Victoria, Texto, Paris, Tallandier, 2007 (1ère édition 1970), 521 p.

Un autre ouvrage que j'avais déjà et que j'ai ressorti au moment où je m'intéressais à Jack l'Eventreur il y a quelques jours. Kellow Chesney, journaliste et écrivain, décrit dans ce livre les bas-fonds de la capitale britannique sous le règne de Victoria, en 1970. Roland Marx le cite d'ailleurs dans sa petite synthèse que je commentais récemment.

Le XIXème siècle victorien marque l'apogée de l'Angleterre, dont l'Empire s'étend sur un territoire "où le soleil ne se couche jamais", tandis que la reine Victoria devient impératrice des Indes en 1876. Grande puissance du moment, dopée par la révolution industrielle, la Grande-Bretagne va pourtant bientôt être rattrapée et dépassée par d'autres nations émergentes. Cependant, cette expansion et cette vitalité masquent mal la grande misère sociale existant au coeur du royaume, Londres, capitale macrocéphale et tentaculaire où la bonne société coexiste avec un monde interlope que s'attache à décrire Kellow Chesney.


L'auteur s'attache, dans les premiers chapitres, à définir un peu plus précisément ce qu'est la pègre et quelles sont ses frontières. Il aborde ensuite les grandes catégories propres à ce milieu : nomades, pickpockets, cambrioleurs et receleurs, mendiants, truqueurs et faux-monnayeurs, pègre sportive, prostitution. Ce faisant, Kellow Chesney utilise nombre de témoignages qui jettent une lumière assez sombre sur la réalité de ce monde des bas-fonds londoniens.

L'auteur conclut sur l'idée que de toutes ces branches, seule la prostitution exerçait une véritable fonction sociale : elle maintenait le discours officiel sur la respectabilité de la société victorienne, jouant le rôle de "soupape de sécurité". Au final, la pègre est étroitement liée à la société dans laquelle elle évolue. Par son action, elle force les autorités britanniques à se pencher sur les délaissés du miracle britannique. La pègre a d'importantes ramifications mais elle n'est pas coupée de la société. Elle a souffert d'ailleurs des nouveaux postes à responsabilité offerts par la révolution industrielle et qui ont affaibli son vivier traditionnel. L'émigration fut aussi, pour elle, un handicap. La conclusion de Chesney est d'ailleurs de dire que la pègre elle-même s'est transformée : elle est devenue, à terme, victorienne, reflétant la société où elle puisait sa substance.

Les références bibliographiques de fin de volume sont un peu datées aujourd'hui, mais on lira avec plaisir cet ouvrage, anecdotique il est vrai par bien des aspects, qui décrit de manière formidable un monde souvent élevé au rang de mythe... comme dans l'affaire de Jack l'Eventreur.


La Grande Attaque du Train d'Or (1979) de Michael Crichton s'inspire de la célèbre attaque contre l'or destiné à payer les troupes britanniques engagées en Crimée, en 1855.





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