Louis Pergaud, l'auteur célèbre de La guerre des boutons (1912), récemment réadaptée au grand écran, a servi pendant la Première Guerre mondiale dans le 166ème régiment d'infanterie, avant d'être tué dans la nuit du 7 au 8 avril 1915, près de Marchéville, à quelques kilomètres de Fresnes-en-Woëvre, dans la région de Verdun. Nommé sous-lieutenant, il menait sa section à l'assaut lorsqu'il fut blessé, et peut-être tué ensuite par un "tir ami" de l'artillerie française. Le corps n'a jamais été retrouvé.
Pergaud a laissé un carnet de guerre, où il a jeté ses impressions depuis sa mobilisation jusqu'à la veille de sa mort. Il est l'un des rares écrivains à être tombé au champ d'honneur en 14-18, aux côtés de Charles Péguy, par exemple. Difficile de trancher dans son témoignage entre le débat historiographique sur le conflit côté français, que l'on essaye de dépasser parfois. Les poilus allaient-ils au combat par leur propre consentement ou obéissaient-ils à une forme de contrainte ? Pergaud, par exemple, assiste à une exécution d'un soldat français qui a quitté les lignes. Il montre de l'intérêt et même une certaine compassion pour les soldats allemands, mais n'hésite pas à dire qu'il faut tuer ceux qui tirent dans le dos des soldats français une fois blessés et à terre. Scandalisé par le meurtre de Jaurès, Pergaud part pourtant de son plein gré au front, croyant d'ailleurs en une guerre courte. Le style est quasiment télégraphique : Jean-Pierre Ferrini, qui signe la postface, le compare à un haïku japonais. Le carnet de Pergaud constitue donc un bon exemple de témoignage de la vie au quotidien du soldat français. La vie au front de Pergaud se déroule à l'ouest de Verdun. Il ne connaît son baptême du feu que le 7 octobre 1914, sur la côte 233, où il périra d'ailleurs en avril 1915. Le premier assaut d'envergure, coûteux et sans grand résultat, n'intervient que le 15 mars 1915. Pergaud décrit surtout les conditions de vie des poilus : froid, boue, merde, tirs de l'artillerie ou des mitrailleuses allemandes. Les longues périodes d'attente ou d'inactivité relative expliquent la fréquence de ce genre de carnets, sans parler des lettres.
Ci-dessous, générique et scènes choisies de l'adaptation de La guerre des boutons (1962) d'Yves Robert.
Ci-dessous, générique et scènes choisies de l'adaptation de La guerre des boutons (1962) d'Yves Robert.
Voilà donc une source primaire instructive à lire à bien des titres, historiques mais aussi littéraires. On trouvera en fin d'ouvrage une biographie détaillée de Louis Pergaud.

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