Les Nouvelles Editions Scala, spécialisées dans les publications en histoire des arts, propose ce petit volume, du format d'un Que-Sais-Je (mais autrement plus riche du point de vue des illustrations), consacré à l'art islamique. Il est signé Dominique Clévenot, professeur à l'université Toulouse-Le Mirail (Toulouse 2), enseignant les arts plastiques et les sciences de l'art, spécialiste de l'art islamique sur lequel il a publié plusieurs ouvrages seul ou en collaboration.
Dans l'introduction, Dominique Clévenot rappelle combien la conquête islamique vit l'avènement pour les populations soumises à l'islam non pas seulement d'une nouvelle religion ou d'une nouvelle domination politique, mais bien d'une nouvelle civilisation, celle de l'Islam. Celle-ci couvre plus de douze siècles d'histoire et s'étend géographiquement du Maghreb à l'Inde : elle est donc extrêmement riche et variée, y compris sur le plan artistique. Et pourtant, malgré les différences, les oeuvres islamiques présentent des caractéristiques communes qui les rapprochent, au-delà du temps et de l'espace. Ainsi, l'ornementation a pris le pas, partout, sur la statuaire. L'artiste islamique cherche à embellir, car le monde terrestre n'est que transitoire, et il faut le rendre le plus agréable possible et souligner son caractère éphémère.
L'ouvrage nous guide à travers cette variété et cette unité de l'art islamique par le choix d'oeuvres, qui sont commentées. D'abord l'islam constructeur, avec les villes, et les mosquées, par l'étude de celle de Kairouan, mais aussi des autres grandes mosquées musulmanes et de leurs différences régionales. L'image est exposé à travers deux exemples, celui de la Taverne d'Anah (XIIIème siècle, Irak) et de la folie du Shayk Sanan (XVIème siècle, Boukhara). La calligraphie est présentée par la comparaison d'une feuille d'un parchemin coufique et par la Tughra (signature officielle) de Soliman le Magnifique. L'art de la calligraphie a ainsi évolué du coufique au cursif. Le chapitre 5 revient sur l'essentiel de l'art islamique avec l'ornementation : Panneau à l'oiseau d'Egypte (IXème siècle), Panneau de céramique, arabesques (Tunisie, XVIIIème siècle) et un frontispice de Coran orné du motif de l'étoile (Espagne, 1304). Les objets et leur langage sont décryptés avec le tapis de prière turc (XVIIème siècle) pour la foi, la pyxide de Cordoue (Xème siècle) pour le pouvoir et l'astrolabe (vers 640) pour le savoir. Le dernier chapitre propose une analyse guidée de miniatures, celles du poème épique persan de Ferdowsi (940-1020), Le Livre des Rois, tirées d'un manuscrit persan du XVIème siècle.
En annexes, on trouvera un plan des principales mosquées -malheureusement un peu sommaires : on aurait aimé avoir plus de détails, même sur un seul exemple, dans la deuxième chapitre-, une présentation détaillée des grands centres culturels et artistiques de l'islam (12), et une double page sur l'intérêt porté à l'art islamique en Occident, curieusement placée à la fin alors qu'on l'attendrait plutôt au début. Elle souligne en tout cas l'essor pris après la campagne d'Egypte de Bonaparte et l'importance en France de la création de l'Institut du Monde Arabe en 1987 et la place du musée du Louvre à partir de 1993. Un lexique est également présent en fin de volume, mais on ne trouve pas de bibliographie indicative, ce qui en soit, pour ce petit ouvrage, n'est pas si grave, tous les documents étant, par exemple, correctement référencés.
Le format se prête idéalement à la démarche pédagogique, et cette sélection commentée de 12 oeuvres importantes de l'art islamique atteint pleinement son but, combinant d'ailleurs oeuvres importantes et plus mineures. L'auteur n'hésite pas aussi à décortiquer la symbolique présente sur les objets (oiseau, étoile, etc), par exemple. Au final, une excellente introduction au sujet, superbement illustrée.

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