dimanche 17 avril 2011

Colonel SPARTACUS, Opération Manta. Les documents secrets, Paris, Plon, 1985, 262 p.

21 juin 1983 : les forces du GUNT (Gouvernement d'Union Nationale de Transition) tchadien de Goukouni Oueddei envahissent le pays à partir du nord, soutenues par la Libye du colonel Kadhafi. Le 10 août 1983, à la demande du président tchadien Hissène Habré, la France met en place l'opération Manta : le dispositif français coupe le pays en deux et empêche la progression des Libyens et de leurs alliés plus au sud, sur N'Djamena, à hauteur du 16ème parallèle. Au total, plus de 3000 hommes, avec des avions et des hélicoptères de combat, sont engagés : c'est alors le plus grand déploiement français sur un théâtre d'opérations extérieur depuis la fin de la guerre d'Algérie. Les troupes françaises ne seront, en fait, quasiment pas impliquées dans les combats, se contentant de préserver la ligne de séparation entre les deux camps, non sans pertes. Un accord sera conclu en septembre 1984 entre le président Mitterrand et Kadhafi, respecté par les Français, mais violé par les Libyens, ce qui donnera lieu à une nouvelle opération française en 1986, Epervier.


Le colonel Spartacus -un pseudonyme, bien sûr- décrit dans son ouvrage, de manière assez critique, les atermoiements de la France, fournisseur d'armes de Kadhafi et partenaire dans l'exploitation pétrolière de la Libye, et qui hésite à s'engager de peur d'affronter frontalement les troupes de Kadhafi. Pour lui, l'opération Manta est un échec car elle est restreinte par des impératifs politiques, et l'armée française ne dispose pas alors des moyens de projection suffisants pour entretenir son corps expéditionnaire qui comprendra, à son maximum, 3500 hommes. Si la démonstration est convaincante sur ces aspects véritablement criants, ce témoignage n'en est pas moins révélateur au sujet de l'institution militaire française de l'époque. La critique du monde politique semble en effet relever d'une sorte de lieu commun, notamment en ce qui concerne l'opération Silure, qui met fin à Manta - et Spartacus rejette beaucoup de choses sur le dos du président Mitterrand. On pourrait dire la même chose à propos des généraux français, qui en prennent pour leur grade tout au long du livre. Une source primaire, donc, à prendre avec des pincettes. D'autant plus que sa bibliographie de référence est réduite au minimum vital. C'est donc un ouvrage très polémique.

Néanmoins, à l'heure de la guerre en Libye depuis février 2011, il peut être intéressant de se replonger dans ce conflit tchadien avec Kadhafi en arrière-plan et l'intervention de la France en plusieurs étapes.

5 commentaires:

  1. Ce conflit - extrêmement peu connu - a tout de même était très important pour le développement à la fois de la Libye de Khaddafi et de la Françafrique. Il serait temps d'avoir un grand livre d'histoire, documenté et plus ou moins neutre, sur le sujet !

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  2. Oui, il est vrai que cela manque un peu.
    Il y a quelques livres en français sur certaines facettes de ce conflit (FROLINAT, etc) mais il n'y a pas de synthèse récente.

    Voilà une idée à creuser !

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  3. Bonjour,
    un forum qui en reparle:http://www.chemin-de-memoire-parachutistes.org/t12428-17-rgp-mortelle-randonnee-9-sapeurs-parachutistes-tombes-au-champ-d-honneur-operation-manta-tchad-1983-1984

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  4. Merci !
    Le Tchad, je ne l'oublie pas, rassurez-vous, c'est dans mes projets.

    Cordialement.

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  5. Moi non plus, je n'oublierai jamais mes frères d'arme qui ont laissés leur vie dans ce désert avec ses tempêtes de sable! !!

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