mercredi 23 avril 2014

Foreign Fighters, Rebel Side, in Syria. 3/British

The British are a quota of foreign volunteers in Syria among the largest in Western Europe : more than 300 people in January 2014, probably over 400 in April1. Since the beginning of the war in Syria, the British authorities have arrested three men suspected of participating in networks of recruitment and referral of volunteers for jihadist groups2. The British case recalls unpleasant memories, including that of Bosnia. Attention is drawn to the British volunteers at the time of the kidnapping of a British journalist and another Dutch, July 19, 2012, which are eventually released by a group of rebels who helped them enter Syria. However, among their captors, is a dozen of British, including a doctor of the National Health Service, Shajul Islam, from Bengali origin, intercepted on his return to the country via Egypt on 9 October. Other arrests took place in January 2013, including that of Shajul brother, and a man who converted a MAC-10 firing white to an operational weapon. Najul Islam, that is his name, would have provided the financial support of the journey of his brother and his accomplice, who was arrested with him, and had also conveyed in Syria night vision equipment , telescopic sights and other sensitive materials. In another case, Nassim Terreri and Walid Blidi, two Londoners of Algerian origin, are killed in Darkoush, a few kilometers from the Turkish border, March 26, 2012. Both belonged to the British brigade Hisham Haboub, from the Free Syrian Army : they are killed when they opened fire on a convoy system that responded to their fire ; another British of the same group being also injured in the battle.

Volontaires étrangers de l'insurrection syrienne. 3/Les Britanniques


Les Britanniques sont l'un des contingents de volontaires étrangers en Syrie parmi les plus importants d'Europe de l'ouest : plus de 300 personnes en janvier 2014, et sans doute plus de 400 en avril. Depuis le début de la guerre en Syrie, les autorités britanniques ont arrêté trois hommes suspectés de participer à des réseaux de recrutement et d'acheminement de volontaires pour les groupes djihadistes1. Le cas britannique rappelle de fâcheux souvenirs, notamment celui de la Bosnie. L'attention est attirée sur les volontaires britanniques au moment de l'enlèvement d'un journaliste anglais et d'un autre néerlandais, le 19 juillet 2012, qui sont finalement libérés par un groupe de rebelles qui les avaient aidés à pénétrer en Syrie. Or, parmi leurs ravisseurs, se trouve une douzaine de Britanniques, dont un docteur du National Health Service, Shajul Islam, d'origine bengalie, intercepté à son retour au pays via l'Egypte le 9 octobre suivant. D'autres arrestations ont lieu en janvier 2013, dont celle du frère de Shajul, et d'un homme qui avait converti un MAC-10 tirant à blanc en une arme opérationnelle. Najul Islam, c'est son nom, aurait assuré le soutien financier du voyage de son frère et de son complice, arrêté avec lui, et aurait également convoyé en Syrie des équipements de vision nocturne, des lunettes de visée et autres matériels sensibles. Dans un autre cas, Nassim Terreri et Walid Blidi, deux Londoniens d'origine algérienne, sont tués à Darkoush, à quelques kilomètres de la frontière turque, le 26 mars 2012. Les deux Britanniques appartenaient à la brigade Hisham Haboub, de l'Armée syrienne libre : ils sont morts en ouvrant le feu sur un convoi du régime qui a répliqué à leurs tirs, un autre Britannique du même groupe étant d'ailleurs blessé dans l'accrochage.

mardi 22 avril 2014

Syrie : intervention par téléphone ce soir sur France 24

Outre mes interventions radio sur Medi1, antenne du Maghreb, j'ai déjà été sollicité plusieurs fois par les médias télévisés depuis le début de l'année par rapport à mon travail sur le conflit syrien.

Contacté aujourd'hui par France 24, j'ai accepté de répondre par téléphone à quelques questions pour le journal de 22h30. Avis aux amateurs de journaux télévisés tardifs...

dimanche 20 avril 2014

L'autre côté de la colline : L'armée impériale russe (1914-1917)

Aujourd'hui, sur L'autre côté de la colline, vous pouvez lire un article de mon cru sur l'armée impériale russe (1914-1917). Un sujet que je voulais traiter depuis un certain temps et auquel j'ai enfin pris le temps de me consacrer ces derniers mois, à partir d'environ une vingtaine d'ouvrages et d'articles parmi les plus récents, sur une vingtaine de pages, le tout muni d'une soixantaine de notes. Le résultat, je pense, constitue une bonne base de départ. Pour les amateurs du sujet ou les spécialistes authentiques qui liraient ce blog, n'hésitez pas à me faire part de votre avis. Bonne lecture !

vendredi 18 avril 2014

Foreign Fighters, Rebel Side, in Syria. 2/Dutch

At least 20 Dutch went to fight in Syria since the start of the civil war and 6 have found death1. There are no organized networks so far recruiting Dutch Muslims there, but groups like Sharia4Holland, Behind Bars, Hizb al- Tahrir and Ibrahim Millatu use the conflict to promote their cause, which is a potential source of radicalization of their audience. It is also quite possible that the total number of Dutch parties in Syria actually exceeds one hundred. 20 people who were identified are from the Moroccan community, Somali and Turkish communities also, although one of them is from Bosnia. The majority nevertheless is from Moroccan origin. They come from Zeist, Delft, Rotterdam and The Hague (especially from the Schilderswijk neighborhood). Most men were recruited between 23 and 26 years, although two were minors. Support for the cause is expressed via a website and recruitment would be done by activists from Sharia4Holland Behind Bars that have already made the trip to Syria. Volunteers are going to Turkey via the Netherlands or Belgium and fall in northern Syria.

Volontaires étrangers de l'insurrection syrienne. 2/Les Néerlandais

Au moins 20 Néerlandais sont partis combattre en Syrie depuis le début de la guerre civile et 6 y ont trouvé la mort1. Il n'y a pas de réseaux organisés jusqu'à présent qui recrutent les musulmans néerlandais sur place, mais des groupes comme Sharia4Holland, Behind Bars, Hizb-al-Tahrir et Millatu Ibrahim se servent du conflit pour promouvoir leur cause, ce qui est un facteur potentiel de radicalisation de leur public. Il est d'ailleurs fort possible que le nombre total de Néerlandais partis en Syrie dépasse en fait la centaine. Les 20 personnes qui ont été identifiées proviennent des communautés marocaine, somalienne et turque surtout, bien que l'une d'entre elles soit originaire de Bosnie. La majorité est néanmoins d'origine marocaine. Ils viennent de Zeist, Delft, Rotterdam et La Hague (en particulier le quartier de Schilderswijk). La plupart des hommes recrutés ont entre 23 et 26 ans, même si deux étaient des mineurs. Le soutien à la cause s'exprime via un site Internet et le recrutement s'effectuerait par des activistes de Sharia4Holland et Behind Bars qui ont déjà effectué le voyage en Syrie. Les volontaires gagnent la Turquie via les Pays-Bas ou la Belgique et entrent dans le nord de la Syrie.

jeudi 17 avril 2014

Foreign Fighters, Rebel Side, in Syria. 1/Jordanians

Since the beginning of the insurgency, Jordanian activists have reached Syria1. Initially, they planned to overthrow Bashar al-Assad to install a Sunni Islamic state in a strictly religious dimension war. This approach has intensified with the character of increasingly sectarian conflict. Among Jordanians, or Salafi jihadists, who left for Syria, there are some veterans of Afghanistan or Iraq, and some sources speak of several thousand men in all. We know that Zarqawi, a Jordanian, had led al- Qaida in Iraq until his death in June 2006. His spiritual mentor, Abu Muhammad al- Maqdisi, a Jordanian of Palestinian origin, is the leader of jihadism in Jordan. Jihadists seem to be gaining ground around the cities of Maan and Zarqa, the latter being also the hometown of Zarqawi. In October 2012, the authorities dismantle a cell that is about to commit anti-Western attacks in Amman with explosives and weapons from Syria. It must be said at the outset, they have tended to overlook the transit Jordanian fighters towards this country. Mohammed al-Shalabi, a Jordanian jihadist leader, says 700 to 800 fighters left in Syria, a number that is difficult to verify. Other reports speak of 500 men.

Volontaires étrangers de l'insurrection syrienne. 1/Les Jordaniens

Afin de faciliter la lecture et pour éviter de mettre un jour un billet devenu même plus qu'un article de fond, avec plus de 45 pages de fichier texte (!), je mets en ligne une nouvelle série, par nationalité, sur les volontaires étrangers en Syrie, côté insurrection. Les billets seront aussi plus faciles à mettre à jour et par ailleurs plus susceptibles, également, d'être traduits en anglais, comme celui-ci. Je commence donc avec les Jordaniens qui sont sans doute parmi, si ce n'est les plus nombreux aux côtés de l'insurrection syrienne.


Depuis le début de l'insurrection, les militants jordaniens ont gagné la Syrie1. Au départ, ils comptaient renverser Bachar el-assad pour installer un Etat islamique sunnite, dans une dimension guerrière proprement religieuse. Cette approche s'est intensifiée avec le caractère de plus en plus sectaire du conflit. Parmi les Jordaniens, salafistes ou djihadistes, qui sont partis pour la Syrie, il y a certains vétérans d'Afghanistan ou d'Irak, et certaines sources parlent de plusieurs milliers d'hommes en tout. On sait que Zarqawi, un Jordanien, avait dirigé la branche d'al-Qaïda en Irak jusqu'à sa mort en juin 2006. Son mentor spirituel, Abu Muhammad al-Maqdisi, un Jordanien d'origine palestinienne, est le chef de file du djihadisme en Jordanie. Les djihadistes semblent gagner du terrain autour des villes de Maan et de Zarqa, cette dernière étant d'ailleurs la ville natale de Zarqawi. En octobre 2012, les autorités démantèlent une cellule qui s'apprêtaient à commettre des attentats anti-occidentaux à Amman grâce à des explosifs et à des armes venus de Syrie. Il faut dire qu'au départ, elles ont eu tendance à fermer les yeux sur le transit de combattants jordaniens en direction de ce pays. Mohammed el-Shalabi, un des leaders djihadistes jordaniens, affirme que de 700 à 800 combattants sont partis en Syrie, un chiffre qu'il est difficile de vérifier. D'autres rapports parlent de 500 hommes.

lundi 14 avril 2014

L'autre côté de la colline : Sadowa (David François)

Depuis quelques jours, vous pouvez lire sur L'autre coté de la colline un article sur la bataille de Sadowa (1866) écrit par mon camarade David François.

Pour le prochain article de ce blog collectif, je livrerai un gros papier sur l'armée impériale russe (1914-1917). Un sujet méconnu et qui s'est révélé tout à fait passionnant à traiter, à partir de près de 20 sources différentes, le tout avec une soixantaine de notes de bas de page (!). A suivre le 20 avril prochain.

David J. MORRIS, Storm on the Horizon. Khafji-The Battle That Changed the Course of the Gulf War, Presidio Press, 2005, 371 p.

L'intérêt de David J. Morris pour la bataille de Khafji remonte à sa période en tant qu'élève officier à Quantico en 1992. Il se trouve qu'un des sergents instructeurs d'une section présente à ce moment-là était un vétéran de Khafji. Pour Morris, cette bataille rangée, la première pour l'armée américaine depuis la fin de la guerre du Viêtnam, préfigurerait les engagements en Afghanistan, par exemple, où de petites équipes américaines très mobiles guident et encadrent des forces alliées contre un adversaire du tiers-monde -tout en subissant aussi, parfois, les aléas de la puissance de feu de leur propre camp... Morris souligne que rien n'était joué d'avance contre l'Irak en 1990-1991. La prise de Khafji par les Irakiens, le 29 janvier 1991, donne l'occasion à certains Américains de venger l'affront du Viêtnam, selon lui. L'auteur base son récit, essentiellement, sur l'interview de plus d'une centaine de vétérans américains qui ont participé à la bataille de Khafji.


Le mouvement des Irakiens sur Khafji prend par surprise deux sections de reconnaissance profonde des Marines et un groupe de Special Forces stationnés sur la frontière saoudienne avec l'Irak, comme "sonnettes", pour collecter du renseignement et protéger un énorme dépôt de carburant des Marines situé non loin des premières lignes. Par conséquent, la plupart de ces petits groupes situés bien en avant du reste des forces est contraint de se replier dans la ville de Khafji devant l'assaut des blindés irakiens. Avec leurs moyens de communication, les Marines vont guider des frappes aériennes sur les chars et les véhicules blindés irakiens tout en restant dissimulés dans des bâtiments, à la merci d'être découverts et éliminés par les assaillants.

L'assaut de Saddam Hussein comprend en fait trois secteurs d'attaque. Khafji est le point faible parce que la ville est défendue par la Garde Nationale saoudienne et des unités du Qatar. Les forces de reconnaissance des Marines ne peuvent compter que sur des mitrailleuses lourdes et des missiles antichars, et le soutien de LAV. Ils sont hors de portée de leur artillerie et doivent s'appuyer sur leurs alliés arabes pour espérer repousser les Irakiens. Les Marines guident les frappes via une équipe ANGLICO (Air-Naval Gunfire Liaison Company) qui suit les unités arabes qui montent en ligne sur Khafji. Cette équipe comprend à la fois des pilotes et des artilleurs.

Pour Morris, la bataille a tout simplement été oubliée parce qu'elle n'a pas impliqué au moins une grande unité américaine, mais seulement des Saoudiens, des Qataris et une poignée d'Américains. Pourtant, la bataille de Khafji montre à l'évidence les forces mais aussi les grandes faiblesses de l'armée irakienne, en dépit de huit années de guerre contre l'Iran : de quoi dégonfler la baudruche créée depuis le mois d'août 1990 où la contre-attaque est présentée comme devant finir dans un bain de sang face à la quatrième armée du monde (!). Le plan irakien était audacieux, mais les généraux irakiens n'ont pas réussi à complètement le mener à bien. L'USAF tue, selon les statistiques, 2 000 Irakiens pendant les frappes ; 75 véhicules irakiens et 48 soldats sont tués à Khafji et 400 faits prisonniers. Côté américain, les Marines sont surtout victimes de tirs "Blue on Blue" : un LAV-TOW détruit un de ses homologues notamment parce que les TOW n'ont qu'une vision thermique, et que la silhouette de chaleur des véhicules est parfois difficile à distinguer, notamment de nuit en plein milieu d'une bataille. L'aviation américaine, de même, n'est pas exempte de "friendly fire" pendant les combats.

Morris passe beaucoup de temps sur cette partie de la bataille, l'attaque ouest des Irakiens contre le groupe de reconnaissance des Marines stationné sur une digue de sable, appuyé par une compagnie de LAV-25, et qui protège une route menant au coeur de l'Arabie Saoudite ; un peu moins sur l'attaque à l'est contre la ville de Khafji elle-même, où deux équipes ANGLICO des Marines se retrouvent prises au pigèe. L'originalité du livre est qu'il se place du point de vue du combattant, ce qui tranche dans une littérature qui s'intéresse souvent, à propos de la guerre du Golfe, aux décisions stratégiques, etc. Mais le livre est aussi écrit par un ancien officier des Marines et cela se ressent, à plusieurs titres. D'abord, comme souvent dans ces récits américanocentrés, les Irakiens et les alliés arabes de la coalition pilotée par les Etats-Unis sont certes braves, mais mal entraînés et donc ridicules ou inutiles sur le plan militaire. Ensuite, l'US Army n'est pas non plus présentée sous les meilleurs auspices : les Special Forces abandonnent soi-disant les Marines à leur sort, l'USAF ne fait que bombarder tout ce qui est en-dessous d'elle... mais elle aurait suffisamment affaibli les Irakiens pour que la grande offensive terrestre ne soit finalement qu'une "promenade de santé" pour l'US Army. Si l'on ajoute à cela l'utilisation par l'auteur d'un vocabulaire pas forcément expliqué dans le lexique pourtant présent, on comprendra que l'intérêt du livre en soit singulièrement diminué.



samedi 12 avril 2014

Le butin de Lattaquié. L'offensive rebelle al-Anfal

Article publié simultanément sur le site de l'Alliance Géostratégique.

La récente offensive rebelle dans le nord de la province de Lattaquié répond à celles du régime dans la montagne du Qalamoun, au nord de Damas, menée par le Hezbollah depuis novembre 2013, et à l'est d'Alep, dans le but d'isoler les rebelles présents au sud et à l'est de la ville. Il s'agit, comme cela s'est souvent produit par le passé, de détourner les autres forces du régime de ces opérations et d'autres secteurs1.


Une offensive symbolique en passe de se transformer en guerre d'usure ?


L'opération Muarakat al-Anfal (du titre d'une sourate du Coran) débute le 21 mars 2014 dans le nord de la province de Lattaquié. Deux jours plus tard, les insurgés s'emparent du dernier point de passage à la frontière turque contrôlé par le régime : Kassab, puis de la ville du même nom, une des dernières localités syriennes habitées par des Arméniens. Le régime répond d'abord en détournant son aviation d'autres secteurs et en pilonnant Kassab et al-Sakhra, non loin du passage frontalier. C'est lors de cet appui aérien qu'un MiG-23 syrien viole délibéremment l'espace aérien turc avant d'être abattu par un chasseur F-16 d'Ankara, le 23 mars2 ; l'appareil s'écrase en territoire syrien, le pilote étant sauf. Durant les deux premières semaines de l'offensive, les insurgés progressent, s'emparent de la Tour 45, une éminence qui domine le secteur du passage frontalier, des villages de Qastal Maa'f, Nabain, et percent même jusqu'à la côte méditerranéenne le 25 mars, à al-Samra, une première dans le conflit depuis 2011. Le régime syrien accuse rapidement la Turquie d'avoir soutenu l'offensive rebelle, et les insurgés d'avoir lancé l'attaque à partir du territoire turc. En réalité, ceux-ci semblent plutôt avoir utilisé une route insuffisamment surveillée par les Forces Nationales de Défense, le long de la frontière, pour s'emparer du point de passage frontalier, avant de se rabattre vers l'ouest et de filer en direction de la côte, emportant la ville de Kassab dans la foulée (qui n'est pas située au même endroit que le point de passage frontalier). Depuis, le régime syrien a tiré des roquettes sur le territoire turc ; la Turquie a répliqué par des salves d'artillerie.

jeudi 10 avril 2014

Philippe RICHARDOT, Hitler face à Staline. Le front de l'est 1941-1945, Paris, Belin, 2013, 384 p.

Les ouvrages sur le front de l'est, en français, se multiplient depuis l'an passé. Concomitance des parutions ou "effet de mode" devant un certain succès éditorial ? Difficile de trancher. Ainsi, après les ouvrages de J. Lopez qui sortent au rythme d'un par an depuis 2008, avec leurs qualités et leurs défauts, après la somme très réussie -pas parfaite, bien sûr, mais tout de même, c'est un incontournable désormais- de N. Bernard, P. Richardot livre à son tour une synthèse sur le sujet -et la série n'est apparemment pas terminée. Philippe Richardot a signé plusieurs ouvrages chez Economica, notamment celui sur la fin de l'armée romaine, particulièrement intéressant.

Ce livre-ci est moins réussi. Disons-le tout de suite, il est loin d'atteindre la qualité du travail proposé par N. Bernard, et par extension, il est aussi un cran en-dessous du travail de J. Lopez. L'ouvrage se présente comme une synthèse grand public, mais le fait est qu'il n'apporte pas grand chose de neuf par rapport à ce que l'on aurait pu écrire il y a vingt ans. La faute, sans doute, à une bibliographie beaucoup trop sommaire (et lacunaire), réduite à six pages et constituée quasi uniquement de sources secondaires.

Sur l'introduction, rien à redire de particulier, sinon peut-être qu'elle joue un peu trop sur le pathos et pas assez sur un questionnement véritable. La question du décompte des pertes ou de l'historiographie, évoquées par P. Richardot, ne sont pourtant pas traitées de manière exhaustive dans les dernières pages du livre, comme on pourrait s'y attendre. L'historien annonce cependant la couleur : il va traiter la description du conflit et l'analyse opérationnelle. Sauf que, comme on l'a dit, son portrait n'apporte rien de véritablement neuf pour le connaisseur et ne met pas à jour le savoir sur le sujet pour le profane.

mercredi 9 avril 2014

Pierre COSME, Auguste, maître du monde. Actium, 2 septembre 31 av. J.-C., L'histoire en batailles, Paris, Tallandier, 2014, 140 p.

Pierre Cosme, professeur d'histoire ancienne à l'université de Rouen, est un spécialiste de l'armée romaine. Dans ce volume de la collection L'histoire en batailles, il invite à s'interroger, à travers Actium, sur le concept de bataille décisive et sur une histoire écrite par les vainqueurs -ici Octavien bientôt devenu Auguste. Le tout en évitant la téléologie ou l'uchronie. Il cherche aussi à cerner quand Cléopâtre et Marc-Antoine ont perdu la bataille d'Actium.

Au moment de la bataille, César a déjà été assassiné depuis plus de dix ans. Le triumvirat entre Lépide, Octavien et Marc-Antoine se réduit en fait à un duumvirat des deux derniers. Marc-Antoine voit son prestige diminuer après ses campagnes désastreuses contre les Parthes ; Octavien ne se prive pas de s'en servir pour sa propagande, à Rome, où tout se joue. D'ailleurs Marc-Antoine célèbre son triomphe à Alexandrie en 34, reconnaît Césarion et fait de Cléopâtre sa reine.

La situation se tend entre les deux personnages en 33. Octave remodèle déjà le paysage urbain de Rome alors qu'Antoine s'inspire de plus en plus du cérémonial des Lagides et, derrière, d'Alexandre le Grand. En janvier-février 32, les débats sont houleux au Sénat entre partisans d'Antoine et d'Octavien.

mardi 8 avril 2014

Jean-Pierre FILIU, Je vous écris d'Alep. Au coeur de la révolution, Paris, Editions Denoël, 2013, 160 p.

Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences Po Paris, s'est fait un nom en étudiant le "phénomène" al-Qaïda. Il se trouve qu'il a aussi fréquemment séjourné en Syrie à partir de 1980 (Alep), et il parle d'ailleurs couramment la langue locale. En juillet 2013, il décide de retourner à Alep, en pleine guerre civile, pour voir de ses propres yeux la révolution à l'oeuvre en Syrie. Il prolonge, comme il le dit lui-même, les Carnets de Homs de J. Littell, profitant d'une "accalmie" sur Alep alors que Homs est à ce moment-là en proie à de violents combats.

Filiu insiste d'abord sur le fait que le régime syrien, sous Hafez et Bachar el-Assad, n'a laissé finalement que deux espaces de liberté sous la dictature : les mosquées et les stades de football. A côté de la militarisation progressive de l'insurrection, il évoque l'importance de la résistance citoyenne dans les coordinations locales. Alep elle-même, contrairement aux espoirs du régime, entre dans la guerre civile en mai 2012 et surtout à partir de juillet, moment où les rebelles s'emparent de l'essentiel des quartiers est et sud de la ville. Ce qui n'empêche pas les habitants ou les rebelles non armés de manifester contre les insurgés si ceux-ci sont trop autoritaires : les Syriens, ici, ne veulent plus d'une dictature, quelle qu'elle soit.

lundi 7 avril 2014

Monica CHARLOT et Roland MARX, La société victorienne, Paris, Armand Colin, 2002, 222 p.

Il est bon de temps en temps de sortir des lectures d'histoire militaire, pour aborder d'autres champs de la recherche historique et élargir un peu ses horizons... tout en revenant à des souvenirs. J'avais en effet acquis ce livre au moment de ma licence d'histoire, pour suivre un cours d'histoire contemporaine ; un cours comparé entre les sociétés française et anglaise du XIXème siècle. Ce classique a été rédigé par deux universitaires français spécialistes du Royaume-Uni contemporain, Roland Marx (dont j'avais déjà fiché un ouvrage ici) et Monica Charlot.

Y a-t-il une "spécificité" victorienne entre 1837 et 1901 ? C'est la question que posent les auteurs dans l'introduction. L'Angleterre bâtit sa démocratie, conforte son impérialisme. Pourtant la stabilité sociale du pays a été constamment menacée. C'est ici que la reine parvient à incarner les aspirations de divers groupes sociaux, particulièrement dans le dernier quart de siècle alors que la société part quelque peu à la dérive. Victoria a gouverné sur une société renouvelée. C'est la spécificité victorienne d'avoir ses traits propres et en même temps d'encadrer deux époques bien différentes.