jeudi 17 avril 2014

Foreign Fighters, Rebel Side, in Syria. 1/Jordanians

Since the beginning of the insurgency, Jordanian activists have reached Syria1. Initially, they planned to overthrow Bashar al-Assad to install a Sunni Islamic state in a strictly religious dimension war. This approach has intensified with the character of increasingly sectarian conflict. Among Jordanians, or Salafi jihadists, who left for Syria, there are some veterans of Afghanistan or Iraq, and some sources speak of several thousand men in all. We know that Zarqawi, a Jordanian, had led al- Qaida in Iraq until his death in June 2006. His spiritual mentor, Abu Muhammad al- Maqdisi, a Jordanian of Palestinian origin, is the leader of jihadism in Jordan. Jihadists seem to be gaining ground around the cities of Maan and Zarqa, the latter being also the hometown of Zarqawi. In October 2012, the authorities dismantle a cell that is about to commit anti-Western attacks in Amman with explosives and weapons from Syria. It must be said at the outset, they have tended to overlook the transit Jordanian fighters towards this country. Mohammed al-Shalabi, a Jordanian jihadist leader, says 700 to 800 fighters left in Syria, a number that is difficult to verify. Other reports speak of 500 men.

Volontaires étrangers de l'insurrection syrienne. 1/Les Jordaniens

Afin de faciliter la lecture et pour éviter de mettre un jour un billet devenu même plus qu'un article de fond, avec plus de 45 pages de fichier texte (!), je mets en ligne une nouvelle série, par nationalité, sur les volontaires étrangers en Syrie, côté insurrection. Les billets seront aussi plus faciles à mettre à jour et par ailleurs plus susceptibles, également, d'être traduits en anglais, comme celui-ci. Je commence donc avec les Jordaniens qui sont sans doute parmi, si ce n'est les plus nombreux aux côtés de l'insurrection syrienne.


Depuis le début de l'insurrection, les militants jordaniens ont gagné la Syrie1. Au départ, ils comptaient renverser Bachar el-assad pour installer un Etat islamique sunnite, dans une dimension guerrière proprement religieuse. Cette approche s'est intensifiée avec le caractère de plus en plus sectaire du conflit. Parmi les Jordaniens, salafistes ou djihadistes, qui sont partis pour la Syrie, il y a certains vétérans d'Afghanistan ou d'Irak, et certaines sources parlent de plusieurs milliers d'hommes en tout. On sait que Zarqawi, un Jordanien, avait dirigé la branche d'al-Qaïda en Irak jusqu'à sa mort en juin 2006. Son mentor spirituel, Abu Muhammad al-Maqdisi, un Jordanien d'origine palestinienne, est le chef de file du djihadisme en Jordanie. Les djihadistes semblent gagner du terrain autour des villes de Maan et de Zarqa, cette dernière étant d'ailleurs la ville natale de Zarqawi. En octobre 2012, les autorités démantèlent une cellule qui s'apprêtaient à commettre des attentats anti-occidentaux à Amman grâce à des explosifs et à des armes venus de Syrie. Il faut dire qu'au départ, elles ont eu tendance à fermer les yeux sur le transit de combattants jordaniens en direction de ce pays. Mohammed el-Shalabi, un des leaders djihadistes jordaniens, affirme que de 700 à 800 combattants sont partis en Syrie, un chiffre qu'il est difficile de vérifier. D'autres rapports parlent de 500 hommes.

lundi 14 avril 2014

L'autre côté de la colline : Sadowa (David François)

Depuis quelques jours, vous pouvez lire sur L'autre coté de la colline un article sur la bataille de Sadowa (1866) écrit par mon camarade David François.

Pour le prochain article de ce blog collectif, je livrerai un gros papier sur l'armée impériale russe (1914-1917). Un sujet méconnu et qui s'est révélé tout à fait passionnant à traiter, à partir de près de 20 sources différentes, le tout avec une soixantaine de notes de bas de page (!). A suivre le 20 avril prochain.

David J. MORRIS, Storm on the Horizon. Khafji-The Battle That Changed the Course of the Gulf War, Presidio Press, 2005, 371 p.

L'intérêt de David J. Morris pour la bataille de Khafji remonte à sa période en tant qu'élève officier à Quantico en 1992. Il se trouve qu'un des sergents instructeurs d'une section présente à ce moment-là était un vétéran de Khafji. Pour Morris, cette bataille rangée, la première pour l'armée américaine depuis la fin de la guerre du Viêtnam, préfigurerait les engagements en Afghanistan, par exemple, où de petites équipes américaines très mobiles guident et encadrent des forces alliées contre un adversaire du tiers-monde -tout en subissant aussi, parfois, les aléas de la puissance de feu de leur propre camp... Morris souligne que rien n'était joué d'avance contre l'Irak en 1990-1991. La prise de Khafji par les Irakiens, le 29 janvier 1991, donne l'occasion à certains Américains de venger l'affront du Viêtnam, selon lui. L'auteur base son récit, essentiellement, sur l'interview de plus d'une centaine de vétérans américains qui ont participé à la bataille de Khafji.


Le mouvement des Irakiens sur Khafji prend par surprise deux sections de reconnaissance profonde des Marines et un groupe de Special Forces stationnés sur la frontière saoudienne avec l'Irak, comme "sonnettes", pour collecter du renseignement et protéger un énorme dépôt de carburant des Marines situé non loin des premières lignes. Par conséquent, la plupart de ces petits groupes situés bien en avant du reste des forces est contraint de se replier dans la ville de Khafji devant l'assaut des blindés irakiens. Avec leurs moyens de communication, les Marines vont guider des frappes aériennes sur les chars et les véhicules blindés irakiens tout en restant dissimulés dans des bâtiments, à la merci d'être découverts et éliminés par les assaillants.

L'assaut de Saddam Hussein comprend en fait trois secteurs d'attaque. Khafji est le point faible parce que la ville est défendue par la Garde Nationale saoudienne et des unités du Qatar. Les forces de reconnaissance des Marines ne peuvent compter que sur des mitrailleuses lourdes et des missiles antichars, et le soutien de LAV. Ils sont hors de portée de leur artillerie et doivent s'appuyer sur leurs alliés arabes pour espérer repousser les Irakiens. Les Marines guident les frappes via une équipe ANGLICO (Air-Naval Gunfire Liaison Company) qui suit les unités arabes qui montent en ligne sur Khafji. Cette équipe comprend à la fois des pilotes et des artilleurs.

Pour Morris, la bataille a tout simplement été oubliée parce qu'elle n'a pas impliqué au moins une grande unité américaine, mais seulement des Saoudiens, des Qataris et une poignée d'Américains. Pourtant, la bataille de Khafji montre à l'évidence les forces mais aussi les grandes faiblesses de l'armée irakienne, en dépit de huit années de guerre contre l'Iran : de quoi dégonfler la baudruche créée depuis le mois d'août 1990 où la contre-attaque est présentée comme devant finir dans un bain de sang face à la quatrième armée du monde (!). Le plan irakien était audacieux, mais les généraux irakiens n'ont pas réussi à complètement le mener à bien. L'USAF tue, selon les statistiques, 2 000 Irakiens pendant les frappes ; 75 véhicules irakiens et 48 soldats sont tués à Khafji et 400 faits prisonniers. Côté américain, les Marines sont surtout victimes de tirs "Blue on Blue" : un LAV-TOW détruit un de ses homologues notamment parce que les TOW n'ont qu'une vision thermique, et que la silhouette de chaleur des véhicules est parfois difficile à distinguer, notamment de nuit en plein milieu d'une bataille. L'aviation américaine, de même, n'est pas exempte de "friendly fire" pendant les combats.

Morris passe beaucoup de temps sur cette partie de la bataille, l'attaque ouest des Irakiens contre le groupe de reconnaissance des Marines stationné sur une digue de sable, appuyé par une compagnie de LAV-25, et qui protège une route menant au coeur de l'Arabie Saoudite ; un peu moins sur l'attaque à l'est contre la ville de Khafji elle-même, où deux équipes ANGLICO des Marines se retrouvent prises au pigèe. L'originalité du livre est qu'il se place du point de vue du combattant, ce qui tranche dans une littérature qui s'intéresse souvent, à propos de la guerre du Golfe, aux décisions stratégiques, etc. Mais le livre est aussi écrit par un ancien officier des Marines et cela se ressent, à plusieurs titres. D'abord, comme souvent dans ces récits américanocentrés, les Irakiens et les alliés arabes de la coalition pilotée par les Etats-Unis sont certes braves, mais mal entraînés et donc ridicules ou inutiles sur le plan militaire. Ensuite, l'US Army n'est pas non plus présentée sous les meilleurs auspices : les Special Forces abandonnent soi-disant les Marines à leur sort, l'USAF ne fait que bombarder tout ce qui est en-dessous d'elle... mais elle aurait suffisamment affaibli les Irakiens pour que la grande offensive terrestre ne soit finalement qu'une "promenade de santé" pour l'US Army. Si l'on ajoute à cela l'utilisation par l'auteur d'un vocabulaire pas forcément expliqué dans le lexique pourtant présent, on comprendra que l'intérêt du livre en soit singulièrement diminué.



samedi 12 avril 2014

Le butin de Lattaquié. L'offensive rebelle al-Anfal

Article publié simultanément sur le site de l'Alliance Géostratégique.

La récente offensive rebelle dans le nord de la province de Lattaquié répond à celles du régime dans la montagne du Qalamoun, au nord de Damas, menée par le Hezbollah depuis novembre 2013, et à l'est d'Alep, dans le but d'isoler les rebelles présents au sud et à l'est de la ville. Il s'agit, comme cela s'est souvent produit par le passé, de détourner les autres forces du régime de ces opérations et d'autres secteurs1.


Une offensive symbolique en passe de se transformer en guerre d'usure ?


L'opération Muarakat al-Anfal (du titre d'une sourate du Coran) débute le 21 mars 2014 dans le nord de la province de Lattaquié. Deux jours plus tard, les insurgés s'emparent du dernier point de passage à la frontière turque contrôlé par le régime : Kassab, puis de la ville du même nom, une des dernières localités syriennes habitées par des Arméniens. Le régime répond d'abord en détournant son aviation d'autres secteurs et en pilonnant Kassab et al-Sakhra, non loin du passage frontalier. C'est lors de cet appui aérien qu'un MiG-23 syrien viole délibéremment l'espace aérien turc avant d'être abattu par un chasseur F-16 d'Ankara, le 23 mars2 ; l'appareil s'écrase en territoire syrien, le pilote étant sauf. Durant les deux premières semaines de l'offensive, les insurgés progressent, s'emparent de la Tour 45, une éminence qui domine le secteur du passage frontalier, des villages de Qastal Maa'f, Nabain, et percent même jusqu'à la côte méditerranéenne le 25 mars, à al-Samra, une première dans le conflit depuis 2011. Le régime syrien accuse rapidement la Turquie d'avoir soutenu l'offensive rebelle, et les insurgés d'avoir lancé l'attaque à partir du territoire turc. En réalité, ceux-ci semblent plutôt avoir utilisé une route insuffisamment surveillée par les Forces Nationales de Défense, le long de la frontière, pour s'emparer du point de passage frontalier, avant de se rabattre vers l'ouest et de filer en direction de la côte, emportant la ville de Kassab dans la foulée (qui n'est pas située au même endroit que le point de passage frontalier). Depuis, le régime syrien a tiré des roquettes sur le territoire turc ; la Turquie a répliqué par des salves d'artillerie.

jeudi 10 avril 2014

Philippe RICHARDOT, Hitler face à Staline. Le front de l'est 1941-1945, Paris, Belin, 2013, 384 p.

Les ouvrages sur le front de l'est, en français, se multiplient depuis l'an passé. Concomitance des parutions ou "effet de mode" devant un certain succès éditorial ? Difficile de trancher. Ainsi, après les ouvrages de J. Lopez qui sortent au rythme d'un par an depuis 2008, avec leurs qualités et leurs défauts, après la somme très réussie -pas parfaite, bien sûr, mais tout de même, c'est un incontournable désormais- de N. Bernard, P. Richardot livre à son tour une synthèse sur le sujet -et la série n'est apparemment pas terminée. Philippe Richardot a signé plusieurs ouvrages chez Economica, notamment celui sur la fin de l'armée romaine, particulièrement intéressant.

Ce livre-ci est moins réussi. Disons-le tout de suite, il est loin d'atteindre la qualité du travail proposé par N. Bernard, et par extension, il est aussi un cran en-dessous du travail de J. Lopez. L'ouvrage se présente comme une synthèse grand public, mais le fait est qu'il n'apporte pas grand chose de neuf par rapport à ce que l'on aurait pu écrire il y a vingt ans. La faute, sans doute, à une bibliographie beaucoup trop sommaire (et lacunaire), réduite à six pages et constituée quasi uniquement de sources secondaires.

Sur l'introduction, rien à redire de particulier, sinon peut-être qu'elle joue un peu trop sur le pathos et pas assez sur un questionnement véritable. La question du décompte des pertes ou de l'historiographie, évoquées par P. Richardot, ne sont pourtant pas traitées de manière exhaustive dans les dernières pages du livre, comme on pourrait s'y attendre. L'historien annonce cependant la couleur : il va traiter la description du conflit et l'analyse opérationnelle. Sauf que, comme on l'a dit, son portrait n'apporte rien de véritablement neuf pour le connaisseur et ne met pas à jour le savoir sur le sujet pour le profane.

mercredi 9 avril 2014

Pierre COSME, Auguste, maître du monde. Actium, 2 septembre 31 av. J.-C., L'histoire en batailles, Paris, Tallandier, 2014, 140 p.

Pierre Cosme, professeur d'histoire ancienne à l'université de Rouen, est un spécialiste de l'armée romaine. Dans ce volume de la collection L'histoire en batailles, il invite à s'interroger, à travers Actium, sur le concept de bataille décisive et sur une histoire écrite par les vainqueurs -ici Octavien bientôt devenu Auguste. Le tout en évitant la téléologie ou l'uchronie. Il cherche aussi à cerner quand Cléopâtre et Marc-Antoine ont perdu la bataille d'Actium.

Au moment de la bataille, César a déjà été assassiné depuis plus de dix ans. Le triumvirat entre Lépide, Octavien et Marc-Antoine se réduit en fait à un duumvirat des deux derniers. Marc-Antoine voit son prestige diminuer après ses campagnes désastreuses contre les Parthes ; Octavien ne se prive pas de s'en servir pour sa propagande, à Rome, où tout se joue. D'ailleurs Marc-Antoine célèbre son triomphe à Alexandrie en 34, reconnaît Césarion et fait de Cléopâtre sa reine.

La situation se tend entre les deux personnages en 33. Octave remodèle déjà le paysage urbain de Rome alors qu'Antoine s'inspire de plus en plus du cérémonial des Lagides et, derrière, d'Alexandre le Grand. En janvier-février 32, les débats sont houleux au Sénat entre partisans d'Antoine et d'Octavien.

mardi 8 avril 2014

Jean-Pierre FILIU, Je vous écris d'Alep. Au coeur de la révolution, Paris, Editions Denoël, 2013, 160 p.

Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences Po Paris, s'est fait un nom en étudiant le "phénomène" al-Qaïda. Il se trouve qu'il a aussi fréquemment séjourné en Syrie à partir de 1980 (Alep), et il parle d'ailleurs couramment la langue locale. En juillet 2013, il décide de retourner à Alep, en pleine guerre civile, pour voir de ses propres yeux la révolution à l'oeuvre en Syrie. Il prolonge, comme il le dit lui-même, les Carnets de Homs de J. Littell, profitant d'une "accalmie" sur Alep alors que Homs est à ce moment-là en proie à de violents combats.

Filiu insiste d'abord sur le fait que le régime syrien, sous Hafez et Bachar el-Assad, n'a laissé finalement que deux espaces de liberté sous la dictature : les mosquées et les stades de football. A côté de la militarisation progressive de l'insurrection, il évoque l'importance de la résistance citoyenne dans les coordinations locales. Alep elle-même, contrairement aux espoirs du régime, entre dans la guerre civile en mai 2012 et surtout à partir de juillet, moment où les rebelles s'emparent de l'essentiel des quartiers est et sud de la ville. Ce qui n'empêche pas les habitants ou les rebelles non armés de manifester contre les insurgés si ceux-ci sont trop autoritaires : les Syriens, ici, ne veulent plus d'une dictature, quelle qu'elle soit.

lundi 7 avril 2014

Monica CHARLOT et Roland MARX, La société victorienne, Paris, Armand Colin, 2002, 222 p.

Il est bon de temps en temps de sortir des lectures d'histoire militaire, pour aborder d'autres champs de la recherche historique et élargir un peu ses horizons... tout en revenant à des souvenirs. J'avais en effet acquis ce livre au moment de ma licence d'histoire, pour suivre un cours d'histoire contemporaine ; un cours comparé entre les sociétés française et anglaise du XIXème siècle. Ce classique a été rédigé par deux universitaires français spécialistes du Royaume-Uni contemporain, Roland Marx (dont j'avais déjà fiché un ouvrage ici) et Monica Charlot.

Y a-t-il une "spécificité" victorienne entre 1837 et 1901 ? C'est la question que posent les auteurs dans l'introduction. L'Angleterre bâtit sa démocratie, conforte son impérialisme. Pourtant la stabilité sociale du pays a été constamment menacée. C'est ici que la reine parvient à incarner les aspirations de divers groupes sociaux, particulièrement dans le dernier quart de siècle alors que la société part quelque peu à la dérive. Victoria a gouverné sur une société renouvelée. C'est la spécificité victorienne d'avoir ses traits propres et en même temps d'encadrer deux époques bien différentes.

vendredi 4 avril 2014

Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri, Joukov. L'homme qui a vaincu Hitler, Paris, Perrin, 2013, 732 p.

Mise à jour vendredi 4 avril 2014 : un relecture d'un des passages du livre, combiné à mon propre travail, m'a fait prendre conscience que je n'avais pas critiqué correctement le passage concerné. J'ai énoncé des postulats incorrects, une mise à jour s'imposait. Je m'excuse donc pour ces imprécisions. La critique de ce passage n'est pas complètement retirée, mais elle est précisée et, de fait, elle est plus exacte. Je mets en gras le paragraphe concerné ci-dessous.



Avertissement : étant donné les réactions houleuses la dernière fois que j'ai évoqué un livre de Jean Lopez, sur la recension du livre de Jacques Sapir, La Mandchourie oubliée, je préfère prévenir de suite que tout commentaire malveillant sera mis sans autre forme de procès à la corbeille, car je n'ai pas envie de m'embêter avec ce genre de problème cette fois-ci. Avis aux amateurs : vous avez le droit de ne pas être d'accord avec la recension, mais si vous voulez intervenir, vous le faites de manière constructive, argumentée sans polluer le billet. Merci d'avance.


Jean Lopez, depuis quelques années, s'est imposé comme une référence française incontournable sur l'histoire militaire du front de l'est pendant la Seconde Guerre mondiale. Quasiment inconnu en 2008 à la sortie de son premier livre sur Koursk chez Economica (« ancien capitaine de la marine marchande, rédacteur en chef d'un magazine de vulgarisation », selon le quatrième de couverture), il est devenu, au rythme de quasiment un ouvrage par an, Stalingrad, puis Berlin, un des « meilleurs spécialistes français du conflit germano-soviétique » (toujours selon le quatrième de couverture, celui du Berlin), puis, avec sa deuxième édition du Koursk en 2011 et son ouvrage sur la bataille de Korsun/Tcherkassy, « journaliste et historien ». Car entretemps, en mars 2011, Jean Lopez a lancé Guerres et Histoire, magazine de vulgarisation en histoire militaire qui a rencontré un grand succès. Ce n'est d'ailleurs plus comme historien qu'il se présente sur le quatrième de couverture, mais comme fondateur et directeur de la rédaction de Guerres et Histoire.

Le choix du sujet de ce nouveau livre est habile. Il n'y a en effet aucune synthèse française ou presque, récente, et même ancienne, sur Joukov, l'un des principaux chefs militaires soviétiques de la Grande Guerre Patriotique. Jean Lopez peut donc espérer facilement combler un vide dans la bibliographie sur le sujet. Par ailleurs, le manque patent de spécialistes français issus du monde universitaire à propos de la dimension militaire du conflit germano-soviétique peut augurer d'un bon accueil de la critique, ce qui s'est effectivement produit, que ce soit dans la presse quotidienne ou celle plus spécialisée, comme le magazine L'Histoire, ou bien encore sur différents sites web. Or, comme les ouvrages précédents, la biographie de Joukov par Jean Lopez, si elle comporte d'incontestables qualités, souffre aussi de plusieurs défauts, qui empêchent de la présenter comme la référence « ultime », qualificatif que l'on emploie un peu trop volontiers concernant ses livres – Jacques Sapir l'avait déjà noté, en son temps, dans sa recension du Berlin .

Roger SAUVAGE, Un du Normandie-Niémen, J'ai Lu Leur Aventure 23, Paris, J'ai Lu, 1968, 372 p.

Je continue régulièrement de retrouver, dans des brocantes, sur le marché auprès de bouquinistes, ou ailleurs, ces tomes de la collection bleue de J'ai Lu, la collection "J'ai Lu Leur Aventure". Le n°23 est le témoignage d'un ancien pilote du fameux groupe Normandie-Niémen, qui a combattu pendant la Seconde Guerre mondiale aux côtés des Soviétiques sur le front de l'est, Roger Sauvage. Ce dernier fait partie du contingent de renfort expédié d'Alger à l'hiver 1943-1944, pour combler les lourdes pertes subies durant l'année 1943.

Après un passage par Le Caire puis Téhéran, le contingent de pilotes est pris en charge par un Dakota soviétique qui, via Astrakan, les conduit à Moscou. Arrivé sur l'aérodrome de Toula le 6 janvier 1944, Sauvage est bientôt formé aux commandes d'un Yak 7 d'entraînement. Un entraînement qui n'est d'ailleurs pas sans casse.. Sauvage a l'occasion de survoler les champs de bataille de la région d'Orel, où de féroces combats ont eu lieu à l'été 1943.

Transféré vers le front en mai 1944, les pilotes enchaînent les patrouilles. Un des frères Challe abat... un Yak soviétique d'un régiment voisin. Le régiment assure la couverture aérienne de l'opération Bagration, en Biélorussie ; il y remporte des victoires, mais subit également des pertes. Les Français occupent des terrains tout juste abandonnés par les Allemands en retraite ; il manque d'abattre un Pe-2 confondu avec un Do 217 allemand... A partir de juillet 1944, le Normandie-Niémen couvre le franchissement par l'Armée Rouge du fleuve qui va compléter son nom de guerre. Basé à Alytous, les Français troquent ensuite les Yak-9 contre des Yak-3. Le 18 septembre, le régiment déménage à Antonovo. Le 14 octobre 1944, alors que les Soviétiques attaquent la Prusse-Orientale, Sauvage remporte ses premiers succès -Fw 190 et Ju 87. Un mois plus tard, le commandant Pouyade laisse le commandement du régiment à Delfino. Le 27 novembre, le régiment opère à partir du sol allemand, en Prusse-Orientale.

Rapatrié en train à Moscou, les pilotes ont la chance de rencontre le général De Gaulle, venu en URSS en décembre 1944. A partir du 15 janvier 1945, le Normandie-Niémen appui le renouveau de l'offensive soviétique sur la Prusse-Orientale. Les missions s'enchaînent, les victoires pour Sauvage aussi. Le régiment est basé à Labiau, ancien terrain de chasse de Me 109, le 27 janvier. Il opère au-dessus de Königsberg et des champs de bataille de Prusse Orientale, notamment au-dessus du terrain de Heiligenbeil, repaire des "Mölders" (la JG 51), une escadre de chasse allemande particulièrement redoutée des Français. La Flak est terrible, et, le 9 février, Sauvage affronte en duel, match nul, un pilote qu'il pense être un as allemand. Le 25 février, les pilotes atterrissent à Friedland, suivant dans leur parcours encore les traces de la geste napoléonienne... Les missions défilent au-dessus de Köngisberg assiégée, pilonnée par l'aviation, recouverte de fumée, jusqu'en avril 1945. Les Français opèrent au-dessus de Pillau, à travers le "Tunnel", cette masse de fumée que le vent rabat à l'ouest de Königsberg. Sauvage opère aussi au-dessus du Samland lors des derniers combats après la chute de la ville. C'est en Prusse-Orientale que les Français apprennent la capitulation du 8 mai 1945. Les pilotes rentrent à Moscou le 1er juin, puis en France le 20, avec leurs appareils soviétiques.

Un témoignage sur une partie du parcours du Normandie-Niémen, à prendre avec ses qualités et ses limites. R. Sauvage a un regard bien à lui sur les Soviétiques, les pays traversés et leur population, en particulier (ses souvenirs ont été écrits quelques années seulement après la guerre, avant d'être réédités par J'ai Lu dans cette collection). Mais le texte n'en demeure pas moins un témoignage de première main sur l'aventure de ce régiment hors-norme.



jeudi 3 avril 2014

L'autre côté de la colline : L'armée de résistance du Seigneur (A. Fontanellaz)

Sur L'autre côté de la colline, A. Fontanellaz propose un article sur l'Armée de Résistance du Seigneur, la tristement célèbre Lord Resistance Army de Joseph Kony. L'occasion, encore une fois, de varier les sujets traités -et nous nous intéressons, vous l'avez sans doute remarqué, beaucoup à l'Afrique par exemple, à travers les conflits contemporains. De mon côté, mon prochain article sera un gros papier fouillé sur un sujet également méconnu... par beaucoup.

Richard D. NOLANE et MAZA, Wunderwaffen, tome 4 : La main gauche du Führer, Paris, Soleil, 2013, 56 p.

Décembre 1946. Les nazis mènent de mystérieuses recherches dans l'Antarctique, bientôt rejoints par un sous-marin dernier cri attaqué en route par un Sunderland, mais qui échappe à la destruction grâce à l'un des mediums de l'Ahnenerbe. Pendant ce temps, à Berlin, Hitler se fait greffer un nouveau bras gauche pour remplacer celui perdu dans l'attentat de 1945...

Wunderwaffen, une série uchronique de chez Soleil, en est à son quatrième tome. Si j'avais bien accroché au début, du moins jusqu'au deuxième tome, je suis de plus en plus sceptique sur la série. D'abord parce que l'histoire n'avance en réalité pas beaucoup : à la fin de ce quatrième tome, on ne sait toujours pas -même si on le devine- ce qui se cache sous la glace de l'Antarctique. Ensuite, et la coïncidence n'est que plus fortuite pour moi, la lecture de ce quatrième tome intervient alors que je viens de signer un dossier sur le mythe de l'occultisme/ésotérisme nazi dans le magazine 2ème Guerre Mondiale. Or le scénario en use et en abuse : l'Antarctique, les armes secrètes, la recherche de pouvoirs occultes...sans compter ces scènes de combats aériens qui se répètent et qui voient, ici, les Triebflügel massacrer des vagues de bombardiers au-dessus de l'Italie. Sans parler du rebondissement entre Himmler et Hitler... et ce même si Murnau, le pilote nazi, commence à avoir des doutes et à s'interroger sur ce qui se passe à Auschwitz... je crois que c'est ça, fondamentalement, qui me met mal à l'aise. Le scénario utilise tous les poncifs ou presque du mythe -et qui ont d'ailleurs été utilisés jusqu'à la corde-mais on ne sait pas trop où il nous emmène. Même le petit dossier ajouté à la fin du volume -sur l'Ahnenerbe, sans références- montre l'influence de Jacques Bergier, un des propagateurs du mythe, indirectement, via Le Matin des Magiciens. Bref, tout cela me laisse songeur. Les amateurs de combats aériens et de "Wunderwaffen" en auront pour leur compte, moi, je reste sur ma faim.

Source : http://static.skynetblogs.be/media/149064/1637237278.JPG



mercredi 2 avril 2014

Hezbollah in Syria-Interview : E.J. Magnier (english text)

 English text, translated in french on Alliance Géostratégique.



E.J. Magnier is a Political Risk Analyst and a war zone correspondent with over 32 years' experience covering the Middle East and acquiring in-depth experience, robust contacts and political knowledge in Syria, Iran, Iraq, Lebanon, shia Islamists, Libya and Sudan. Specialized in political assessments, strategic planning and thorough insight in political networks in the Middle East and Europe. On Twitter : https://twitter.com/EjmAlrai .Blog : http://elijahjm.wordpress.com


1) Mr Magnier, thanks for answering our questions. First, can you say, in your opinion, why the Hezbollah is currently intervening in the Syrian civil war, aside the regime ?

Hezbollah is a Shia organisation operating mainly in Lebanon, a country with two borders: Israel and Syria. Since 1985, the date Hezbollah declared its momentum, a state of enmity was created between Hezbollah and Israel, following the Israeli invasion to Lebanon in 1982. Since, multiple bloody battles were registered between both Hezbollah and Israel. Due to the military struggle, Hezbollah needs military training and supply on regular basis. This supply, due to heavy military warfare requirement, needs to be transported from abroad either by sea or by air.

mardi 1 avril 2014

Cédric MAS, Rommel, Guerres et Guerriers 24, Paris, Economica, 2014, 159 p.

Mise à jour : comme je publie ce jour une recension de N. Aubin sur le El Alamein du même auteur, qui l'évoque rapidement, et que je fais discrètement allusion à cette polémique à la fin de cette fiche-ci, je reviens sur cet épisode.

Sur la page Facebook de Guerres et conflits, de Rémy Porte, qui a présenté le livre, à lire ici, M. Laurent Henninger s'en est violemment pris à l'ouvrage, dans les termes suivants : "Lu le manuscrit : c'est catastrophiquement mauvais. Cédric Mas nous propose une biographie sur un type à propos duquel il existe déjà 15 tonnes d'ouvrage, et avec une historiographie des années 60. C'est franchement honteux. Lemay, lui, a proposé une bio totalement innovante de Manstein. Ne pas comprendre cela relève de la trisomie 21...". Puis en rajoutant : "Les gens qui perpétuent cette historiographie non seulement éculée mais totalement fallacieuse et malhonnête font un mal fou à la discipline historique. Leur action est néfaste, nocive. Et je signale d'ores et déjà que je serais prêt à TOUT pour ne pas leur céder un pouce de terrain... Ainsi que pour les renvoyer au terminus des prétentieux (à moins que ce ne soit celui des minables)." . Inutile de dire, comme le montre ma fiche, que je suis loin de partager cet avis péremptoire, comme le montre l'échange d'ailleurs.


La collection Guerres et Guerriers d'Economica propose des ouvrages évoquant, au sens large, l'homme dans la guerre ou les situations d'insécurité, selon le général de Bonnemaison. Les biographies de chefs militaires y ont donc leur place. Ici, c'est Cédric Mas, auteur d'une synthèse efficace sur El-Alamein, qui réalise ce court opuscule sur Rommel, aidé de Daniel Feldmann.

L'introduction donne le ton, et on s'y attendait vu le format (court) : le propos sera essentiellement centré sur le militaire, avec les principaux éléments personnels et politiques. C'est dit. Comme le précise l'auteur, le texte est essentiellement bâti à partir de documents d'archives en plusieurs langues, l'ouvrage ne se veut pas définitif, il veut apporter quelques éléments nouveaux et se poser comme un jalon.

Rommel, poussé dans l'institution militaire par son père, gardera une hostilité certaine à l'égard des chefs prussiens -il est originaire du Wurtemberg, qui a encore ses particularités. Au sein de la 5ème armée allemande du Kronprinz, il connaît son baptême du feu le 22 août 1914. Rommel y manifeste déjà les traits de son futur style de commandement : témérité face à l'ennemi, tendance à exagérer la portée de ses actes, mais aussi faiblesse physique parfois, le stress le faisant s'évanouir. Blessé ensuite dans l'Argonne, il mène de nombreux coups de main et reconnaissances offensives, est promu lieutenant en septembre 1915 et passe dans un bataillon de montagne. Au sein de cette unité d'élite qui préfigure les troupes d'assaut, Rommel participe à la campagne foudroyante qui met hors-jeu la Roumanie, entrée en guerre en août 1916. La bataille du mont Cosna sera moins heureuse. Si la carrière de Rommel est atypique -en ce sens qu'il participe aussi à des combats à l'est, plus fluides et mobiles effectivement-, il ne faudrait peut-être pas pousser le constat trop loin, car de nombreux futurs généraux allemands de la Seconde Guerre mondiale ont connu, eux aussi, une guerre différente des tranchées à l'est.