lundi 22 août 2016

Hyena Road (2015) de Paul Gross

Afghanistan. L'équipe canadienne de snipers du Warrant Officer Ryan Sanders (Rossif Sutherland), qui vient d'éliminer un poseur d'IED sur la route Hyena, que les Canadiens cherchent à prolonger pour enfoncer un coin en secteur taliban, tombe dans une embuscade en faisant sauter un autre IED à longue distance. Cerné dans un village, le groupe est sauvé par l'intervention du "Fantôme" (Neamat Arghandabi), un ancien mujahidin du combat contre l'URSS qui avait disparu et qui est manifestement revenu en Afghanistan. Le capitaine Pete Mitchell (Paul Gross), des renseignements, interroge Sanders : il veut être certain qu'il a rencontré le fantôme, qui pourrait être un allié de poids dans le combat contre les talibans pour finir la route...

Difficile d'être à la fois réalisateur et acteur du même film. Paul Gross s'y essaie pourtant, mais le résultat est décevant. Il hésite entre fiction documentaire sur l'engagement des Canadiens en Afghanistan, qui finit par prendre le pas sur le reste, le scénario et les personnages, peu consistants. Il ne se démarque pas d'autres films cherchant à la fois le réalisme et interrogeant le spectateur sur les mêmes sujets, comme Démineurs que je revoyais il y a peu, en dépit des superbes paysages de la Jordanie et du Canada où a été tourné le film. Mention particulière à l'intrigue amoureuse entre le sniper chef d'équipe et son officier traitant, qui tombe complètement à plat et tombe même à la fin du film dans l'érotisme complètement superflu.


M134D Minigun montée sur hélicoptère CH-46 Griffon.


Fusil de sniper MacMillan TAC-50.

Commando sur la Gironde (Cockleshell Heroes) de José Ferrer (1955)

Le major Stringer (José Ferrer), un civil promu officier chez les Royal Marines, est chargé de concevoir un raid audacieux contre le port de Bordeaux en canoé pour poser des charges explosives sur des forceurs de blocus allemands. Il se heurte au capitaine Thomson (Trevor Howard), son adjoint, un vieil officier des Royal Marines, ancien de la Grande Guerre, qui ne jure que par les vieilles méthodes d'entraînement du corps...

Commando sur la Gironde est une version romancée de l'opération Frankton, le raid sur Bordeaux du Royal Marines Boom Patrol Detachment. Le raid comprend 6 canoés déposés par un sous-marin devant l'estuaire de la Gironde et qui doivent remonter le fleuve pour finir par poser leurs charges Limpet sur les navires allemands, en décembre 1942. Des 10 hommes engagés sur 5 canoés (l'un est perdu au déchargement du sous-marin), seuls 2 survivront, le chef du détachement, Hasler, et son équipier ; 6 autres Royal Marines seront fusillés après leur capture par les Allemands et 2 autres meurent de froid.


C'est le premier film de la Warwick (qui a réalisé d'autres films de guerre, notamment Red Beret en 1953) tourné en Cinemascope. De fait, la Warwick, compagnie basée en Angleterre mais dirigée par des Américains, veut capitaliser sur le succès de Red Beret avec une nouvelle production. La production envisage de reprendre la star de Red Beret, Alan Ladd, puis Richard Widmark. Finalement, c'est José Ferrer qui réalise le film et tient à la fois le rôle principal.


Le tournage a lieu à la fois en Angleterre, notamment au musée des Royal Marines, et au Portugal. Des corvettes britanniques de classe Castle construites pendant la Seconde Guerre mondiale servent pour représenter un chasseur de sous-marin allemand. Hasler et Sparks, les deux survivants du véritable raid, ont servi de conseillers techniques sur le film. Trevor Howard et David Lodge manquent de se noyer dans la scène où leur canoé se retourne. On note la présence de Christopher Lee dans un rôle secondaire, comme commandant du sous-marin qui dépose les Royal Marines.


Film de guerre classique, peut-être un peu trop, avec des personnages qui se cherchent plus qu'autre chose, et pas d'acteur charismatique. Trevor Howard semble un perdu, Ferrer pas très à l'aise.

dimanche 21 août 2016

Djihad au pays de Cham 7/Katibat al Tawhid wal Jihad

Katibat al Tawhid wal Jihad est révélateur de l'importance d'un groupe souvent négligé au regard de l'EI pour ce qui est de la guerre en Syrie : Jaysh Fateh al-Cham, l'ex-front al-Nosra1. Formation aux origines assez obscures, issue des rangs de l'ex-front al-Nosra et peut-être d'une autre formation ouzbèke qui lui est liée, Imam Bukhari Jamaat, Katibat al Tawhid wal Jihad rassemble à la fois des combattants d'Asie Centrale et des Syriens. Cette formation a gagné en effectifs, en matériel et en expérience au fil des années 2015 et 2016, ainsi qu'en visibilité, depuis son ralliement à l'ex-front al-Nosra en septembre 2015. Bien que focalisée sur le combat en Syrie, à terme, son discours djihadiste transnational pourrait se révéler dangereux pour les pays dont ses combattants sont originaires, en Asie Centrale.

samedi 20 août 2016

Gordon L. ROTTMAN, The Rocket Propelled Grenade, Weapon 2, Osprey, 2010, 80 p.

Gordon Rottman est un vétéran des Special Forces américaines : il a servi au Viêtnam et a été confronté directement aux RPG, sujet de ce livre des éditions Osprey. Les RPG sont les armes antichars les plus utilisées dans le monde, et à peu près contre n'importe quelle cible : véhicules blindés, fortification, infanterie, avion, hélicoptère... La famille des RPG comprend des armes rechargeables comme le RPG-7, et des armes à un seul coup comme le RPG-26. Le RPG-7 apparaît dans toutes les vidéos de l'EI en Syrie ou en Irak que j'analyse ou presque, en plus d'autres modèles également utilisés plus ponctuellement. Techniquement, le RPG-2 est une arme sans recul ; les RPG-7 et 16 sont des armes sans recul assistées par une fusée ; et les RPG-18, 22, 26 de véritables lance-roquettes. En russe d'ailleurs le terme RPG s'applique aussi aux grenades antichars de la Seconde Guerre mondiale (40, 43 et 6).

L'URSS dispose, lors de l'invasion allemande, de canons antichars classiques (37 et 45 mm notamment), de fusils antichars (PTRD et PTRS), de grenades à fusil antichars et de grenades à main antichars. C'est durant la Seconde Guerre mondiale que sont développées les armes antichars à charge creuse (HEAT) : un cône au bout de la munition permet de concentrer toute la charge à travers un trou minuscule percé dans le blindage, ce qui autorise à traverser une épaisseur beaucoup plus grande et ce quelle que soit la distance de tir. Les Soviétiques sont influencés par le Panzerfaüste allemands, mais surtout par le Panzerfaust 250, jamais en service, dont ils ont capturé les plans : il faut noter cependant qu'ils avaient tenté avant et pendant la guerre de développer leur propre lance-roquette antichar portable. De fait, ils s'inspirent des Panzerfaüste, Panzerschreck et Bazooka américain pour développer leur propre arme antichar : le RPG-1, dont le développement commence dès 1944, est abandonné en 1948. La même année, le RPG-2 voit le jour et entre en service en 1954. C'est un lance-roquettes de 40 mm, très simple d'utilisation, rapidement copié par la Chine (Type 56) et d'autres pays communistes. Le travail d'amélioration du RPG est un travail d'équipe, contrairement à la conception de l'AK-47par exemple. Le RPG-7, qui entre en service en 1961, a une meilleure munition et un système de visée. Le RPG-7V autorise le tir de nuit et la version D est démontable pour les troupes aéroportées. C'est surtout la munition du RPG-7 qui est plus efficace (toute une gamme est ensuite développée) : le tireur est assisté d'un pourvoyeur qui prépare aussi les roquettes en introduisant la charge de propulsion dans la roquette avant le tir. Le RPG-7 fait ses débuts pendant la guerre des Six Jours ; il apparaît au Viêtnam fin 1967-début 1968 et massivement pendant la guerre du Kippour de 1973. Le RPG-16, adopté en 1970, est conçu pour les forces spéciales et aéroportées et améliore les caractéristiques du RPG-7. Ce dernier est copié par la Chine (Type 69) et par d'autres pays comme l'Egypte, le Pakistan, l'Irak, l'Iran. Les Polonais, les Tchécoslovaques et l'Allemagne de l'Est produisent aussi leurs propres RPG-7 ; la RDA met au point une munition incendiaire, l'AGI. Le Nord-Viêtnam produit également une pâle copie ; plus récemment, une firme américaine a copié le RPG-7 (Airtronics USA, Inc).

Si la partie technique, comme souvent chez Osprey, est satisfaisante, on ne peut malheureusement pas en dire autant de la partie sur l'utilisation opérationnelle de l'arme. Rottman rappelle que de nombreux véhicules en Irak et en Afghanistan ont été détruits à coups de RPG-7 : il souligne que la meilleure tactique contre les chars modernes, beaucoup mieux protégés, est le barrage utilisant au moins 3 RPG à différentes positions autour du véhicule visé. Le RPG-7 a été utilisé contre les hélicoptères dès la guerre du Viêtnam : on se souvient du choc causé par la perte de 2 UH-60 en Somalie, en octobre 1993, abattus par cette même arme, qui a donné lieu à un film célèbre. En Afghanistan, presque tous les hélicoptères américains abattus l'ont été par cette arme, chose visiblement moins vraie en Irak. Le RPG-7 a souvent été utilisé contre les fortifications de campagne : les munitions thermobariques ont été conçues spécialement pour cet emploi dans les années 1990. L'utilisation antipersonnelle n'est pas la plus adaptée mais des munitions ont été développées pour ce faire. Rottman rappelle que dans l'armée soviétique, on trouvait un ou deux RPG-7 par escouade. Le tireur et le pourvoyeur portaient normalement une arme individuelle en plus, pratique que l'on retrouve chez l'EI. L'armée irakienne de Saddam concentrait les RPG-7 dans la compagnie d'armes lourdes (12). Le problème est différent dans le cas des insurrections et autres mouvements armés : chez l'EI par exemple, non évoqué par Rottman (le livre date de 2010 : une édition mise à jour tenant compte des conflits récents serait bienvenue), l'escouade a au minimum un RPG-7 mais le chiffre monte facilement à 2 ou 3, sans parler des groupes complets de RPG-7 (jusqu'à 3 tireurs) manoeuvrant indépendamment. La doctrine soviétique prévoyait l'emploi des RPG-7 en dernière ligne pour la défense antichar, après les missiles guidés, les armes des chars et véhicules blindés et canons sans recul. Au Viêtnam, le Viêtcong et les Nord-Viêtnamiens utilisent les RPG dans leur rôle antichar contre les blindés sud-viêtnamiens et américains : quand ceux-ci deviennent plus lourds et que des parades sont mises en place, les RPG sont utilisés pour des barrages avant les attaques de positions fixes ou les embuscades. Les Israëliens sont surpris par l'emploi des RPG-7 par les Egyptiens, et les Syriens dans une moindre mesure, en 1973. Les mujahidin afghans emploient de nombreux tireurs RPG-7 contre les convois soviétiques, et contre les hélicoptères avant les Stinger. Les Tchétchènes organisent leurs escouades à Grozny autour du tireur RPG-7 (un ou deux par escouade) en 1994-1995. Malheureusement trop peu de place est consacré à chaque exemple et l'auteur ne peut se permettre une analyse détaillée d'un cas particulier ce qui est bien dommage, les études de cas sont trop superficielle - les pages dédiées aux contre-mesures dans le dernier chapitre auraient été peut-être mieux employées à cela.

Bien illustré (même si les dessins cette fois ne sont pas les meilleurs d'Osprey), le volume, bien qu'insuffisant sur la partie opérationnelle, constitue toutefois une bonne entrée en matière sur la catégorie des RPG. L'auteur a listé quelques sources p.79.

vendredi 19 août 2016

Tactiques militaires de l'EI-Synthèse 8

La synthèse n°8 récapitule les vidéos 36, 37, 38, 39 et 40 de propagande militaire de l'EI étudiées avec le questionnaire.

Le partage est toujours plus équilibré entre les théâtre irakien et syrien. Ici l'Irak domine encore, comme dans l'échantillon précédent, avec 3 vidéos, mais la Syrie en a 2. Cela confirme que la situation en Irak n'est pas bonne alors qu'à l'inverse les 2 wilayats syriennes sont parmi les plus productives en vidéos militaires depuis quelques temps. Il faut noter pour l'Irak le retour de la wilayat Diyala, pas vue depuis longtemps, et celle d'al-Anbar qui n'avait pas livré de vidéo depuis un certain temps. La wilayat Kirkouk par contre est une des plus productives depuis quelques mois en Irak. En Syrie, on retrouve de nouveau la wilayat Halab, souvent présente ces derniers mois, et la wilayat Homs qui elle aussi fournit beaucoup de vidéos de propagande militaire à l'EI.

mercredi 17 août 2016

Mourir pour le califat 40/La terre des batailles épiques (2)-Wilayat Diyala

Merci à https://twitter.com/binationale

Titre : La terre des batailles épiques (2).

Durée : 16 minutes 9 secondes.

Lieu(x) : dans la séquence 1, l'EI attaque une caserne de la mobilisation populaire à Shahraban, quartier de la ville d'al-Miqdadiyah, à 35 km au nord-est de Baquba. Dans la séquence 2, les combats ont lieu près du village d'Imam Ways, à 10 km au sud de Baquba, où des miliciens chiites avaient massacré des sunnites en août 2014. Puis on revient à Shahraban. L'attaque nocturne de la séquence 3 a lieu à Buhriz, dans la banlieue sud de Baquba.

Date (sûre par recoupement ou estimée) : pas de recoupement évident, certaines attaques à l'IED ou contre la police remontent peut-être au mois de mai. De toute façon probablement 3 semaines-1 mois minimum d'écart entre certaines opérations montrées et la mise en ligne (15 août).

Type de vidéo : c'est une vidéo mixte, attaque de positions fixes, harcèlements, attaques à l'IED, assassinats ciblés, etc.

Découpage (séquences) :

1 : 13" - 2'46", images d'archives, bombardement sur une caserne.
2 : 2'46" - 6'57", combats à Imam Ways et Shahraban.
3 : 6'57" - 10'10", IED, exécutions avec silencieux, assaut d'une caserne à Buhriz.
4 : 10'10" - 12'13", embuscades et combats de nuit.
5 : 12'13" - 14'36", assaut de nuit.
6 : 14'36"-16'09", exécution d'un membre de l'armée irakienne.

François LAGRANGE et Jean-Pierre REVERSEAU, Les Invalides. L'Etat, la guerre, la mémoire, Histoire 508, Découvertes Gallimard, Paris, Gallimard, 2007, 128 p.

François Lagrange, agrégé d'histoire, membre du musée de l'Armée et Jean-Pierre Reverseau, conservateur général du Patrimoine, signe le volume sur les Invalides dans la collection Découvertes Gallimard, divisé en 4 chapitres.

Les Invalides, fondés en 1670, témoignent du souci de Louis XIV et de son ministre Louvois de disposer d'une armée réglée, qui prenne en charge les vétérans. Bâti dans la plaine de Grenelle, les Invalides sont réalisés par Libéral Bruant. Jules Hardouin-Mansart rajoute l'église et son dôme à partir de 1676. L'inauguration officielle n'a lieu cependant qu'en 1706. Les Invalides ont plusieurs fonctions : c'est à la fois une caserne, un couvent, un hôpital et un atelier. Conçu pour abriter 1500 à 2000 personnes, l'hôtel en accueille plus de 4000 en 1714. La discipline militaire règne dans l'édifice, qui avec l'église Saint-Louis dispose d'une présence religieuse. L'infirmerie dispose de moyens conséquents pour l'époque. Les pensionnaires travaillent : la monarchie veut éviter leur oisiveté. Jusqu'à la Révolution, des changements mineurs surviennent. Parmentier officie aux Invalides comme apothicaire en chef jusqu'en 1774.

L'hôtel joue un rôle important en 1789 puisque les Parisiens y prennent facilement armes et munitions avant l'assaut sur la Bastille. La Constituante instaure une retraite pour les militaires et la vie de l'établissement est quelque peu tourmentée jusqu'à l'ordre rétabli par le Directoire. Napoléon s'associe étroitement à l'édifice : c'est là qu'a lieu la première remise de légions d'Honneur en 1804. Il donne au bâtiment une dimension funéraire en y plaçant les restes de Turenne et Vauban, pour se donner des ancêtres militaires prestigieux. La monarchie de Juillet fait ramener les cendres de Napoléon en 1840 : son tombeau sera aux Invalides. Il est réalisé par Visconti et flatte le pouvoir orléaniste en présentant Napoléon comme celui qui a rétabli l'ordre, fait la synthèse entre Ancien Régime et Révolution.

Les Invalides après être devenus panthéon militaire national se transforment aussi en musée. Depuis la Révolution un musée d'Artillerie accueille les nombres prises des armées françaises jusqu'à l'Empire, parfois reprises par les vainqueurs au moment des défaites. Des legs viennent renforcer le fonds toutefois. C'est après la guerre de 1870-71 que les collections sont transférées aux Invalides. Progressivement s'y rajoute d'autres collections celles de Napoléon III à Pierrefonds. Le musée historique de l'Armée n'est toutefois créé qu'en 1896, et démarre chronologiquement en 1569, date de la formation des premiers régiments d'infanterie. La vocation patrimoniale remplace la fonction hospitalière tombée en désuétude. Le musée d'Artillerie et le musée historique de l'Armée fusionne en 1905 sous l'égide du général Niox en musée de l'Armée. Pendant la Grande Guerre, on y expose les emblèmes et matériels pris à l'ennemi. En 1931, il est assimilé aux grands musées nationaux et passe sous l'autorité de l'état-major de l'armée. On y enterre de nombreux hommes de guerre, y compris de la Première Guerre mondiale, dont Foch sous le dôme.

Les Allemands prélèvent un tribut sur le musée en 1940 : les pièces ne sont restituées qu'en 1946. Une grande exposition est organisée l'année suivante. Les Allemands avaient symboliquement remis à Vichy la dépouille de l'Aiglon. Après la guerre, d'autres chefs militaires y sont enterrés comme Leclerc et Juin. De Gaulle y fait amener les restes de Lyautey en 1961. Outre quelques modifications architecturales, le musée se modernise pour devenir le musée d'histoire militaire national, en quelque sorte. Les fonctions d'origine demeurent : Institution Nationale des Invalides, église des Soldats, gouverneur militaire de Paris représentant la fonction militaire...

Un volume comme de coutume bien illustré et complété par la section Témoignages et documents : portraits d'invalides, réflexions sur le  tombeau de l'Empereur, visites aux musées, considérations sur le panthéon militaire, retour sur la collection d'Ambras, sur les armes et armures des souverains et sur les restaurations des peintures de Parrocel.

mardi 16 août 2016

Abdel Bari ATWAN, Islamic State. The Digital Caliphate, Saqi, 2015, 258 p.

Abdel Bari Atwan est un journaliste arabe, qui travaille de longue date sur les groupes djihadistes. Il a interrogé plusieurs fois Ben Laden. Il est donc logique qu'il ait publié en 2015 ce livre sur l'Etat Islamique, qu'il baptise "le califat digital". Pour lui en effet, l'EI ne serait pas ce qu'il est aujourd'hui sans sa communication. L'EI a d'après lui toutes les caractéristiques d'un Etat, bien qu'il ne tienne aucun compte des règles internationales. L'EI présente selon un véritable danger en raison du soutien populaire dont il bénéficierait dans les pays du monde musulman. Dès l'introduction, Atwan explique que son livre est surtout bâti sur des témoignages recueillis durant sa longue carrière - ce qui ne sera pas sans poser problème sur le contenu, on le verra.

Dans le premier chapitre, il explique comment l'EI a gagné la bataille de la propagande, en capitalisant sur les timides débuts d'al-Qaïda et surtout les efforts d'AQPA et d'Anwar al-Awlaki. L'EI a développé un véritable appareil professionnel de communication, avec radio, vidéos, et même jeux vidéos pour ses adeptes. L'EI a aussi ses hackers qui mènent des attaques contre des cibles bien définies sur le net.

Dans le chapitre 2, Atwan revient sur les racines irakiennes de l'EI. Il rappelle que Saddam Hussein, au tournant des années 2000, avait initié une politique de renouveau religieux, et toléra le groupe Ansar al-Islam au Kurdistan irakien. L'arrivée de Zarqawi, qui s'installe en Irak et prépare ses réseaux, anticipe l'invasion américaine. Les décisions calamiteuses des Américains prises dans les premiers mois de l'occupation, et la politique sectaire du gouvernement de Maliki à partir de 2006 fournissent l'opportunité aux djihadistes de s'imposer sur le devant de la scène, alors même que la résistance irakienne est très diverse. L'approche militaire et très violente d'al-Qaïda en Irak et de son chef, Zarqawi, donne une nouvelle dimension au djihad global. Bien que l'élan s'essoufle après les attentats en Jordanie de 2005 et la contre-attaque américaine autour du "Réveil" et de la mobilisation de tribus sunnites contre AQI, un précédent est né. Le retrait progressif des Américains ouvre la voie au retour de l'Etat Islamique en Irak, d'autant plus que Maliki prend un tournant autoritaire dès 2010. L'Irak est déchiré politiquement et le paroxysme culmine en 2013-2014 : guère étonnant dans ses conditions que les sunnites ne se soient pas opposés, pour beaucoup, à l'avance de l'EI.

Pour Atwann, il y a eu un affrontement entre Ben Laden et Zawahiri et Zarqawi, avant même la mort de ce dernier en 2006. AQPA, en 2009, avait également mis en oeuvre des stratégies rompant avec la ligne des deux dirigeants d'al-Qaïda. D'ailleurs ceux-ci restent étrangement silencieux au départ lors du déclenchement des printemps arabes. L'EII, lui, envoie ses hommes pour s'implanter en Syrie. Le mouvement défie de plus en plus al-Qaïda jusqu'à la rupture, consommée en 2014.

La guerre civile en Syrie a également permis la naissance de l'EI. La Syrie est tenue depuis 1970 par le clan Assad. Bashar, qui accède au pouvoir en 2000 à la mort de son père, n'ouvre pas davantage que son géniteur le pays à la participation des sunnites, majoritaires dans la population. Bien que l'insurrection des Frères Musulmans ait été écrasée en 1982, les Frères Musulmans en exil forment l'opposition politique la plus cohérente. Plusieurs vétérans de l'insurrection manquée, comme Abu Musab et Abu Khalid al-Suri, deviennent de grandes figures du djihad, qui compte son lot de Syriens, comme Jolani, le chef actuel d'al-Nosra. En 2011, très rapidement, la révolution syrienne bascule dans la guerre civile : le régime n'a pas l'intention de plier et répond à coups de canons aux manifestations. Les grandes puissances sont divisées sur le conflit syrien, de même que les pays soutenant les rebelles : résultat, aucune opposition crédible ne se forme ce qui entrave toute forme de négociation. Les djihadistes profitent de l'opportunité, comme en Irak sous l'occupation américaine, et investissent le théâtre dès la fin 2011. Le portrait de l'insurrection syrienne dressé par Atwan n'est pas actualisé mais surtout est très superficiel : les références manquent, y compris les articles en ligne que l'auteur cite pourtant beaucoup en notes. C'est une des faiblesses majeures de l'ouvrage.

L'auteur dresse ensuite le portrait de Baghadi, le calife. Né en 1971 à Samarra, c'est un religieux, un homme capable d'être posé mais aussi très autoritaire. Prudent, il a reconnu les bienfaits d'une organisation bien dirigée. Il rejoint la résistance contre les Américains, passe par le camp Bucca où il se radicalise probablement, et finit par rejoindre AQI après la mort de Zarqawi en 2006. Il devient chef de l'EII en 2010. Il privilégie les opérations spectaculaires et les raids ; il envoie des combattants en Syrie dès 2011 ; et proclame le califat pour faire pièce à al-Qaïda. Stratège, soutenu par un réseau d'alliances tribales, Baghdadi a su fédérer autour de lui.

La politique de Baghdadi en Syrie, conduite indépendamment d'al-Qaïda, a attiré des centaines de combattants étrangers. L'EIIL peut les envoyer en Syrie. Le groupe tire sa force de sa capacité à jouer des lignes intérieures entre la Syrie et l'Irak. Il doit cependant affronter les rebelles syriens puis le front al-Nosra, qui a refusé d'être absorbé en 2013. En mai 2014, alors qu'il progresse également en Irak, le groupe développe sa communication avant la grande offensive du mois suivant qui voit la chute d'une bonne partie de l'Irak. C'est après l'établissement du califat que l'EI dope sa propagande en ligne. Le groupe rallie progressivement des soutiens extérieurs et étend son influence.

L'administration de l'EI tourne autour du calife, et de ses deux adjoints : Abou Muslim al-Turkmani (mort en août 2015, le livre n'étant pas à jour), et Abu Ali al-Anbari (idem, tué en mars 2016). Le trio chapeaute une série de conseils et de départements. Le conseil de la Sharia est particulièrement important car l'EI s'occupe dans les territoires conquis, en premier, des questions de justice. On trouve aussi le conseil militaire dirigé par Abu Ayman al-Iraqi (également tué), et dont fait partie Omar al-Shishani (mort en juillet 2016). L'information est dirigée par Abu Muhamad al-Adnani. L'EI a installé son propre calendrier. Les sources d'Atwan expliquent cependant que la domination de l'EI en Syrie ne tiendra pas, car les règles sont trop dures et surtout le pacte tacite avec le régime n'est pas vendeur auprès des sunnites. Le groupe, en 2014, est sans doute le plus riche de l'histoire du djihad. Le portrait militaire de l'EI reste encore une fois trop imprécis (l'auteur parle d'armes libyennes utilisées par l'EI, alors que ce dernier récupère surtout les prises sur des adversaires comme le régime syrien où les forces irakiennes, dont l'armement ne vient pas de Libye...).

La violence de l'EI est parfaitement calculée. Abu Bakr Naji, dans son fameux Management de la Sauvagerie, ne disait pas autre chose. Il s'agit d'affaiblir l'adversaire, de le repousser, en étant particulièrement brutal, avant d'établir l'Etat islamique.

Le chapitre sur les combattants étrangers souffre encore une fois du manque de sources. La migration vers l'EI est sans précédent dans l'histoire du djihad. Atwan s'arrête pour les Tchétchènes, exemple qu'il détaille un peu plus, en 2013, et ne dit rien sur les évolutions ultérieures. Les passages sur les motivations des candidats au djihad ne sont pas non plus suffisamment étayés. La partie sur les femmes du djihad est un peu plus solide mais s'arrête encore une fois en 2014, tout comme celle sur les réponses des gouvernements.

Le chapitre suivant est sans doute celui qui souffre le plus du manque de sources. Atwan soutient qu'au travers des siècles les pays occidentaux ont manipulé l'islam radical pour servir leurs propres objectifs géopolitiques. Les Etats-Unis auraient soutenu pendant la guerre froide les Frères Musulmans et le wahhabisme pour défendre leur mainmise sur le pétrole et empêcher l'essor d'un nationalisme arabe et d'un communisme trop gênants pour leurs intérêts. Rien n'aurait été fait pour s'opposer à l'exportation du wahhabisme par l'Arabie Saoudite, considérée comme étant capable de délivrer le monde musulman de ses fanatiques. Outre que ces facteurs sont loin d'être exclusifs, aucune référence ou presque ne vient étayer ces hypothèses, ce qui est gênant.

L'Arabie Saoudite est le résultat d'un pacte entre les Saud et le wahhabisme, et d'un accord tacite avec les puissances occidentales pour l'exploitation du pétrole. Le pouvoir maintient son autorité d'une main de fer ; pour contrer l'influence de l'Iran à partir de 1979, il a exporté le wahhabisme à l'étranger. La guerre en Afghanistan et le djihad débouchent sur la naissance d'al-Qaïda. Pourtant l'Arabie Saoudite est de plus en plus critiquée par les djihadistes depuis la guerre du Golfe et l'accueil des troupes américaines, au point que l'EI représente une menace existentielle pour le royaume.

En conclusion, l''auteur rappelle que l'EI a créé un modèle : la guerre sectaire, imposer sa puissance par la guerre psychologique en terrifiant l'ennemi, encourager les attaques terroristes dans les pays qui le combattent. La solution est complexe, elle est à la fois militaire mais aussi politique. Reste que le grand bénéficiaire pour l'instant de l'émergence de l'EI est Bachar el-Assad, toujours au pouvoir. Citant Léon Panetta, Atwan conclut sur l'idée qu'on pourrait bien avoir à faire à une guerre de 30 ans.

La bibliographie confime l'impression générale sur l'ouvrage : les notes ne citent que des articles en ligne, et quasiment aucun ouvrage ou article de type universitaire ou même autre. Dans ces conditions on comprend que le livre soit très inégal, plutôt intéressant au début, beaucoup moins sur la fin quand il est question de l'EI lui-même et des explications fournies le concernant. Atwan semble mieux qualifié pour parler de l'histoire du djihad, d'al-Qaïda et de ses années 1990-2000 que de la situation actuelle.

lundi 15 août 2016

Mourir pour Assad 6/Liwa Fatemiyoun (mai-août 2016)

En avril dernier, j'avais consacré un long billet à Liwa Fatemiyoun, unité composée d'Afghans chiites, essentiellement des réfugiés en Iran, recrutés par Téhéran pour se battre en Syrie pour le régime Assad. Ce billet fait le point sur ce que l'on sait de l'unité depuis cette date jusqu'à ce jour.

Début mai 2016, les rebelles syriens capturent plusieurs Afghans de la Fatemiyoun lors de combats au nord et au sud-ouest d'Alep. Entre 20 et 30 Afghans tués à Khan Touman sont ensuite enterrés en Iran. Le 13 mai, Amit Sarkisian, un Arménien servant dans la Fatemiyoun, est tué en Syrie. Le 20 mai 2016, 5 Afghans tués en Syrie sont enterrés à Qom. Le 26 mai 2016, 8 combattants de la Fatemiyoun sont enterrés à Mashhad, en Iran.

Ecusson de manche de Liwa Fatemiyoun.


En juin 2016, des sources font état de la présence de 12 à 14 000 Afghans au sein de la Fatemiyoun en Syrie, en particulier selon les propres déclarations d'Hosseini, commandant adjoint de l'unité tué sur le front de Palmyre ce mois-là. Selon les rebelles syriens, ils seraient 8 0001. Ce même mois, l'Iran ouvre un centre de recrutement à Herat, en Afghanistan, pour Liwa Fatemiyoun. Outre les Afghans chiites, on trouve même le cas d'un sunnite issus des Pachtouns engagé dans la formation2. Fin juin, les Afghans sont présents dans les combats contre les rebelles syriens au sud d'Alep. Un des combattants de la brigade, Ahmad Mekkian, tué au combat, est pris en photo à côté d'un pick-up avec LRM Fajr-1. A Khan Touman, les Afghans avaient probablement des mines directionnelles anti-personnel M18A23. Seyyed Hosseini, commandant adjoint de l'unité, est tué au combat contre l'EI sur le front de Palmyre. Asadollah Ebrahimi, un des commandants de l'unité, est également tué à Alep.

Début juillet, ce serait 28 Afghans de la Fatemiyoun qui auraient péri en Syrie. Abou Azraël, la figure emblématique de la milice chiite Kataib al-Imam Ali, rend visite à la famille d'un des commandants de la Fatemiyoun tué en Syrie en 2015, Tavasoli. En juillet 2016, on apprend aussi que des unités de Liwa Fatemiyoun seraient formées en Iran par le Hezbollah. Liwa Fatemiyoun est bien passée du rang de brigade à celui de division en 2015 : on ne peut que spéculer sur le nombre de combattants présents en Syrie (plus ou moins de 10 000 ?). Pour Amir Toumaj, on peut estimer à au moins 383 le nombre d'Afghans tués en Syrie, pour la plupart enterrés à Qom et Mashhad en Iran. Le Hezbollah aurait formé des Afghans qui eux-mêmes auraient entraîné leurs camarades : il s'agirait d'une unité de forces spéciales rattachée à la Fatemiyoun, formé en particulier au sniping4. Un documentaire de ce même mois montre les Afghans entraînés par le Hezbollah en Syrie. On y voit des snipers opérant sur SVD Dragunov et Sayyad 2. Le 13 juillet, 2 enfants-soldats afghans de 15 et 16 ans sont tués par les rebelles. Le 14 juillet, 10 Afghans tués en Syrie sont enterrés à Qom. Le 21 juillet, 5 combattants de Liwa Fatemiyoun tués à Alep sont enterrés en Iran. La plupart des Afghans tués en juillet le sont à Mallah au nord d'Alep.

Début août 2016, le commandant de la force al-Qods, Qasem Soleimani, rend visite à son tour à la famille de Tavasoli. Pendant l'offensive rebelle menant à la levée du blocus d'Alep, un combarttant de Liwa Fatemiyoun est capturé, avec le drapeau de l'unité. Sadeq Mohammad Zada, un des commandants de Liwa Fatemiyoun, est tué pendant la bataille. Le 9 août, 4 hommes de la Fatemiyoun tombent dans les combats à Alep. Au 12 août, Ali Alfoneh plaçait à 411 au moins le nombre d'Afghans tués en Syrie depuis septembre 2013, dont 12 ce mois-ci. 3 Afghans sont encore tués le 14 août à Alep.

Un des derniers "martyrs" de l'unité tombé à Alep. On note le dôme de Zaynab en arrière-plan.


Concernant l'équipement de Liwa Fatemiyoun, il est de plus en plus évident, au fur et à mesure que l'engagement des Afghans devient de plus en plus massif, qu'il se fait de plus en plus sophistiqué. Les snipers de la formation ont le Sayyad 2/AM 50, copie du fusil anti-matériel Steyr HS. 50 de 12,7 mm. Les fantassins ont parfois des copies du M-4 américain, avec même lance-grenades. L'unité blindée de Liwa Fatemiyoun, au moins de la taille d'une compagnie, aligne plusieurs chars T-72 et plusieurs véhicules blindés BMP-1. Surtout, elle dispose maintenant, peut-être, de T-90 fournis au régime syrien par la Russie et donnés aux Afghans.


Un Afghan se prend en photo devant un T-90. Est-il de l'unité blindée de Liwa Fatemiyoun ?


BMP-1 de l'unité blindé de la Fatemiyoun.

Colonne de BMP-1 et T-72 de l'unité blindée de la Fatemiyoun.


Cet Afghan porte un AM 50, fusil anti-matériel de 12.7 mm.






1https://www.theguardian.com/world/2016/jun/30/iran-covertly-recruits-afghan-soldiers-to-fight-in-syria?CMP=Share_iOSApp_Other
2http://www.csmonitor.com/World/Middle-East/2016/0612/Iran-steps-up-recruitment-of-Shiite-mercenaries-for-Syrian-war?cmpid=gigya-tw
3http://armamentresearch.com/iranian-directional-anti-personnel-mines-in-syria/
4http://www.longwarjournal.org/archives/2016/07/lebanese-hezbollah-training-special-afghan-fatemiyoun-forces-for-combat-in-syria.php?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+LongWarJournalSiteWide+%28The+Long+War+Journal+%28Site-Wide%29%29

Mourir pour le califat 39/Les charges de la rédemption-Wilayat Homs

Merci à https://twitter.com/binationale et https://twitter.com/MathieuMorant

Titre : Les charges de la rédemption.

Durée : 16 minutes 2 secondes.

Lieu(x) : d'après Citeam.org, le crash de l'hélicoptère Mi-35 aurait eu lieu ici, à 11,5 km au nord-est de Palmyre. Les bandeaux de la vidéo mentionnent quasiment tous "à l'est de Palmyre" pour les séquences de combat, l'un des VBIED se jettent sur un entrepôt à grains qui est probablement celui du secteur où l'hélicoptère s'écrase.

Date (sûre par recoupement ou estimée) : l'embuscade de la séquence 4 et le VBIED de la séquence 5 correspondent à un reportage photo publié le 20 juin. L'hélicoptère Mi-35 russe a été abattu le 8 juillet. Il y a donc un mois et demi à deux mois d'écart entre les opérations et la mise en ligne.

Type de vidéo : c'est une vidéo mixte, l'EI repousse des attaques du régime, attaque lui-même, harcèle les positions adverses avec des missiles antichars.

Découpage (séquences) :

1 : 10" - 1'30" , discours audio d'Abu Musab al-Zarqawi, explosion d'un VBIED.
2 : 1'30" - 2'57", tir de missile antichar et de technicals.
3 : 2'57" - 5'25", VBIED.
4 : 5'25" - 7'12", combat contre un groupe de fantassins du régime et véhicule russe.
5 : 7'12" - 9'39", explosion d'un VBIED au milieu de véhicules du régime.
6 : 9'39" - 13'46", assaut des inghimasiyyi.
7 : 13'46"- 16'2", destruction de l'hélicoptère russe Mi-35.

dimanche 14 août 2016

Loretta NAPOLEONI, Insurgent Iraq. Al Zarqawi and the New Generation, Constable & Robinson, 2005, 281 p.

Loretta Napoleoni est une journaliste italienne, qui s'est entre autres spécialisée dans l'étude du terrorisme. En 2005, elle publie cet ouvrage consacré très largement à Abu Musab al-Zarqawi, fondateur d'al-Qaïda en Irak et largement révéré aujourd'hui par l'EI.

Préfacé par deux autres journalistes anglais (Jason Burke et Nick Fieldings : les lignes de ce dernier sont prophétiques sur les attaques menées actuellement par les djihadistes revenus des territoires de l'EI...), le livre part d'une idée maîtresse : la figure d'al-Zarqawi a été "gonflée" par les Etats-Unis pour justifier la guerre en Irak, notamment par Colin Powell devant l'ONU en février 2003. Zarqawi a su ensuite bâtir sa propre légende pour se poser en champion d'un monde musulman dont les différences sont gommées et qui s'oppose à l'Occident. Le mythe a encouragé la guerre sectaire en Irak et le terrorisme en Europe.

Ahmed Fadel al Khalaylah est né en 1966 à Zarqa, cité pauvre au nord-est d'Amman en Jordanie. Son père meurt en 1984. Il bascule alors dans la petite criminalité, fait de la prison. Le roi Hussein de Jordanie a empêché les Palestiniens de créer un Etat dans l'Etat avec le "Septembre noir" de 1970, mais a ouvert la voie aux Frères Musulmans et aux salafistes radicaux qui prêchent à Zarqa. Les Palestiniens n'ont pas déserté le royaume : Abdallah Azzam, le mentor de Ben Laden, y séjourne. Ce dernier y enseigne de 1973 à 1980 avant d'être expulsé. Fin 1981, il est au Pakistan pour encadrer les volontaires arabes qui viennent se battre en Afghanistan contre les Soviétiques. Les prêcheurs radicaux formés par Azzam en Jordanie relaient l'appel au djihad. Ahmed fréquente la mosquée Hussein Ben Ali de Zarqa. Au printemps 1989, il part pour le Pakistan, le voyage étant facilité par les autorités jordaniennes qui cherchent à se débarrasser des éléments turbulents. Il devient Abou Muhammad al Gharib (l'étranger).

samedi 13 août 2016

Mourir pour Assad 5/Harakat Hezbollah al-Nujaba dans la bataille d'Alep (2)

Je ne présente pas la milice chiite irakienne Harakat Hezbollah al-Nujaba (HNN) que j'avais longuement détaillée dans un billet de janvier dernier. Il y a quelques jours, je dressais un bref état des lieux de la participation d'HHN à la bataille d'Alep au moment de la levée du blocs par les rebelles, notamment à partir des sources d'HHN elle-même. De nouveaux documents publiés par HHN permettent de voir un peu mieux la présence de la milice sur place.

Mourir pour le califat 38/La volonté de combattre-Wilayat al-Anbar

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Titre : La volonté de combattre.

Durée : 35 minutes 3 secondes.

Lieu(x) : les combats de la séquence 2 ont lieu dans la ville de Kabisa, à 2 km à l'ouest de Hit. Un autre combat de la séquence 3 a lieu dans le secteur d'al-Dolab, à 8 km au nord de Hit. L'attaque du VBIED et les combats de la séquence 5 se déroulent à Jarayshi, juste au nord de Ramadi. Dans la séquence 6, les combats ont lieu à Albu Risha (nord-ouest de Ramadi). Dans la séquence 7 ils se déroulent à Zankora, au nord-ouest de Ramadi.

Date (sûre par recoupement ou estimée) : les combats à Kabisa ont probablement lieu le 1er juin, date à laquelle l'EI tente de s'emparer de la localité. Ceux d'al-Dolab datent probablement aussi du mois de juin. L'attaque sur Jarayshi remonte au 12 mai dernier. Albu Risha avait été repris par l'EI le 13 juin. Les combats à Zankora remontent probablement à la mis juin. Il y a donc entre 2 et 3 mois d'écart entre les opérations montrées et la vidéo.

Type de vidéo : c'est une vidéo mixte : beaucoup d'images d'archives, un long passage sur un cadre tué par une frappe aérienne, des opérations de faible ampleur qui s'assimilent de plus en plus à un retour à la guérilla.

Découpage (séquences) :

1 : 11" - 3'17", archives, cartes.
2 : 3'17" - 6'07", combats à Kabisa.
3 : 6'07" - 7'32", combats à al-Dolab.
4 : 7'32" - 11'07", archives et VBIED.
5 : 11'07" - 18'03, combats à Jarayshi.
6 : 18'03" - 31'50", hommage aux cadres dont Khalid Khalaf, combats à Albu Risha.
7 : 31'50" - 35'3", combats à Zankora.

vendredi 12 août 2016

Soldats rebelles 2/Les Forces des Martyrs Ahmad al-Abdo

Merci à https://twitter.com/MathieuMorant et https://twitter.com/BiladFransa

Les Forces des Martyrs Ahmad al-Abdo sont l'une des principales factions rebelles de l'est du massif du Qalamoun, à l'est de Damas. Le groupe reste peu connu jusqu'en 2014, année où il fait partie des groupes sélectionnés par la CIA pour la livraison de missiles TOW. Il est aussi utilisé par les Etats-Unis et ses alliés dans le cadre de coalitions de groupes rebelles pour faire barrage à la pénétration de l'EI vers le sud de la Syrie. A partir de la fin 2015, il est associé à la création de la Nouvelle Armée Syrienne pour tenter de couper l'EI entre les théâtres syrien et irakien, en reprenant la zone d'al-Bukamal. Bien que soutenu par des forces spéciales venues d'Irak, le groupe dispose d'un armement pris sur le régime ou sur l'EI qu'il combat quasi exclusivement depuis plusieurs années. Il est donc assez représentatif aussi des vélleités des Etats-Unis dans le conflit syrien.

jeudi 11 août 2016

Arnaud DELALANDE, Iraqi Air Power Reborn. The Iraqi air arms since 2004, Harpia Publishing, 2016, 77 p.

Arnaud Delalande, collègue ponctuel de travail depuis un certain temps déjà, m'a régulièrement aidé pour l'identification des appareils (avions et hélicoptères) parfois filmés par l'EI dans ses vidéos de propagande militaire. Il tient par ailleurs le blog AeroHisto. Il a publié cette année un livre aux éditions Harpia sur les aviations irakiennes depuis 2004.

Ce petit ouvrage abondamment illustré est surtout réalisé grâce à des témoignages recueillis auprès de pilotes irakiens, donc à la source, en plus d'une courte littérature secondaire mentionnée en fin de volume.

Le premier chapitre fait l'historique de l'arme aérienne irakienne, créée en 1931 par la puissance mandataire britannique. L'aviation irakienne est équipée d'appareils britanniques, et occidentaux, jusqu'au coup d'Etat de 1958, où l'Irak se tourne désormais vers l'URSS. Entre 1963 et 1966 néanmoins les relations reprennent avec les pays occidentaux, et des Hawker Hunter sont encore fournis par les Anglais. L'Irak revient ensuite vers l'URSS. Il participe aux guerres de 1967 et 1973 du côté arabe, cette dernière ayant beaucoup influencé l'aviation irakienne. Le pays mène ensuite des opérations aériennes contre les Kurdes irakiens et connaît des incidents avec l'Iran voisin. Pendant la guerre Iran-Irak, l'Irak, en plus des appareils soviétiques, perçoit des Mirage F1, Super Etendard et Super Frelon français. L'aviation irakienne participe à l'invasion du Koweït en 1990 ; au moment de la phase aérienne de Tempête du Désert, elle déploie une certaine activité les premiers jours avant d'abriter ses avions en Iran. Malgré le blocus et les "No-Fly Zones", elle conserve des appareils en état de vol et effectue des missions jusqu'en 2003. Les appareils sont finalement démontés et enterrés juste avant l'opération Iraqi Freedom.

Le chapitre 2 présente les appareils de l'armée de l'air irakienne recréée en 2004 à partir de rien, puisque les appareils de l'ancienne aviation ne sont pas conservés. Pour l'appui au sol, elle dispose de L-159 tchèques négociés en 2014 et livrés en 2015, de Cessna 208 Combat Caravan acquis à partir de 2008, de F-16 dont les premiers sont arrivés en Irak et 2015, de Su-25 fournis à partir de juin 2014 par la Russie et l'Iran (dont un ex-irakien arrivé en 1991). Pour la reconnaissance, l'armée de l'air irakienne aligne des Beechcraft King Air 350ER, des Comp Air 7SLX, des Pilatus U-28A, des SAMA CH-2000, des Seabird Aviation Seeker SB7L-360. Le transport est assuré par des An-32B vendus par l'Ukraine, des DHC-6 Twin Otter, de 9 C-130 livrés par les Américains à partir de 2005. L'entraînement utilise des T-6A Texan II, des Cessna 172S Skyhawk SP, et des Lasta-95N.

L'aviation de l'armée de terre, branche séparée, est présentée dans le chapitre 3. Elle dispose d'une flotte d'hélicoptères de combat avec des Mi-28NE livrés par la Russie à partir d'août 2015 et de Mi-35M dont les premiers sont arrivés en décembre 2013. La reconnaissance est munie de Bell IA-407 livrés à partir de 2010, d'Eurocopter EC635 fournis par la France à partir de 2011. Le transport est assuré par des Bell UH-1H donnés par la Jordanie en 2005 puis moderrnisés. L'aviation de l'armée de terre a également une flotte importante de Mi-8, Mi-17 et Mi-171. Elle aligne aussi des drones ALIT CH-4B chinois mis en ligne à partir de janvier 2015. L'entraînement se pratique sur des Gazelle, des Agusta Bell AB206, des Bell 206 et Bell OH-58, ainsi que des Bell 407GX et Mi-8/17.

Le chapitre 4, en une double page, présente les futurs appareils irakiens : An-178, AT-6C Texan II, T-50IQ Golden Eagle sud-coréen.

Le chapitre 5 fait le récit des opérations menées par les forces aériennes irakiennes, surtout à partir de la progression de l'EIIL dans la province d'al-Anbar à partir de décembre 2013. La première perte est subie en 2008 mais on remarque qu'elles augmentaient déjà, du fait des tirs adverses, en 2012-2013. Les pertes ont été sensibles à al-Anbar notamment pour les hélicopères de transport. Au moment de la percée de ce qui devient l'EI en juin 2014, les hélicoptères, notamment de combat, sont fortement employés pour ralentir la progression des colonnes de l'EI. Les Su-25 sont également beaucoup engagés ; à partir de septembre ce sont les Mi-28. A noter les pertes subies par missile sol-air (FN-6 ou SA-7) au-dessus de Baiji, mais aussi par DCA comme le canon S-60 de 57 mm que l'on trouve fréquemment dans l'arsenal de l'EI. L'aviation iranienne intervient dans la province de Diyala, près de la frontière, pour soutenir les forces au sol en novembre. En 2015, l'aviation irakienne prend une part importante à la reconquête de Tikrit en mars, et intervient sur les autres points chauds. Les F-16 entrent dans la danse à partir de septembre. Les drones sont employés à partir de décembre. En 2016, l'aviation continue de soutenir les forces au sol et subit encore des pertes de par les antiaériennes de l'EI. Cette partie, très descriptive sur les opérations de l'aviation irakienne et comprenant de nombreux témoignages de pilotes irakiens, est malheureusement trop courte pour permettre à Arnaud Delalande d'évoquer la doctrine des nouvelles forces aériennes irakiennes (esquissée dans certaines lignes du chapitre 1) et leur intégration dans le système de combat de l'EI. C'est peut-être ce qui manque un peu dans ce chapitre.

L'ensemble se complète d'un ordre de bataille des aviations irakiennes, d'une carte des bases aériennes dans le pays et des pertes subies depuis 2005. Ce petit volume de présentation des aviations irakiennes est un outil de travail appréciable, en particulier quand on cherche souvent comme moi à identifier des appareils visibles dans les sources étudiées. Incontournable pour le passionné du sujet également.