lundi 18 août 2014

Shelby S. STANTON, Green Berets at War. US Army Special Forces in Southeast Asia 1956-1975, Dell Publishing, 1985, 396 p.

Shelby Stanton est un ancien capitaine des Special Forces qui a servi pendant la guerre du Viêtnam en Thaïlande. Il a écrit après la guerre plusieurs ouvrages consacrés au conflit, dont celui-ci que j'avais commenté ici-même, et cet autre, également fiché ici. Stanton se classe plutôt dans le courant historiographique révisionniste, qui estime que la guerre aurait pu être gagnée par les Américains et que l'armée américaine n'a pas failli. Cependant, il est loin des excès d'un H. Summers, on pourrait le qualifier de compagnon de route du "révisionnisme". Ce livre-ci est consacré aux Special Forces en Asie du Sud-Est et non au seul Viêtnam, car de fait, les SF sont également intervenues dans les pays voisins, parfois avant le Viêtnam lui-même. Sans surprise, l'ouvrage de Stanton est avant tout un récit détaillé des opérations impliquant les SF, avec un minimum d'analyse. En revanche, cette fois-ci, les notes sont reportées à la fin de chaque chapitre.

De petits détachements de Special Forces sont présents en Asie dès 1956. Cependant, le processus naît vraiment avec la création du 1st Special Forces Group basé à Okinawa, en 1957. Durant les premières années de son existence, les SF entraînent surtout les unités de pays alliés à former des forces spéciales : Taïwan, Corée du Sud et Sud-Viêtnam, aussi. Les SF participent ensuite à des exercices plus ambitieux aux côtés de l'armée thaïlandaise pour prévenir une guérilla communiste.


dimanche 17 août 2014

L'autre côté de la colline : les derniers articles

Quelques nouvelles à propos des publications de mes collègues sur le blog collectif L'autre côté de la colline -de mon côté j'ai bien du mal à honorer mes engagements en raison de mon activité d'écriture, en particulier sur le conflit syrien...


- Adrien Fontanellaz revient sur Aurore 8, la première bataille de Fao pendant la guerre Iran-Irak.


- De mon côté, j'ai pu seulement mettre à jour rapidement le gros article sur l'armée impériale russe pendant la Grande Guerre (1914-1917), et il faudra encore probablement le faire car il y a d'autres références à exploiter.

Alexis BAUTZMANN, Atlas géopolitique mondial Edition 2013, Paris, Argos, 2013, 204 p.

Cet  atlas édité par les éditions Argos, relativement récentes, et dont j'ai commenté plusieurs ouvrages reçus en service presse, est en fait composé d'extraits du magazine Carto, qui propose un certain niveau de vulgarisation en géographie et qui est édité par Areion (DSI, Histoire et Stratégie, etc). Le sommaire est thématique, soit divisé par continent (Europe, Moyen-Orient, Afrique, Asie, Amériques) ou par grand thème (Environnement, Enjeux internationaux).

A dire vrai, comme j'ai acheté nombre de numéros de Carto en 2012, j'ai retrouvé beaucoup de choses déjà lues dans cet Atlas. D'autant qu'il n'y a rien de plus pour compléter cette compilation : pas d'introduction ni de conclusion générale, pas d'index, pas d'articles revus et augmentés pour l'occasion. C'est un peu dommage pour qui est déjà un lecteur de Carto, il peut se dispenser de cet atlas.

Pour celui qui ne l'est pas, il trouvera une base de données et de cartes assez intéressantes, quoique toutes les cartes ne soient pas forcément très lisibles. Il y a néanmoins de nombreux thèmes ou pays intéressants ou méconnus qui sont évoqués. Parmi d'autres : artificialisation des terres en France, immigration en Norvège, la charia, etc. Par ailleurs, l'évolution des événements fait que l'atlas est déjà en grande partie daté sur les événements les plus récents, comme on peut le voir à propos du conflit syrien (p.46-47) ou bien d'autres sujets. Ce qu'il gagne en volume par le nombre de cartes, de données et de documents, l'atlas le perd aussi parfois par la faible ampleur du texte d'accompagnement/commentaire et donc de l'explication des documents présentés. Sans parler du fait qu'il n'ajoute rien à ce qui est déjà publié dans Carto...



samedi 16 août 2014

Example of an operation of the Syrian uprising. Rebels attack the military base of Hamadiyah (Idlib province), July 2014

This article was written in collaboration with Mathieu Morant, a specialist in weapons and equipment of Syrian insurgents, among others (he is also interested in the Syrian regime, Lebanon and the Israeli-Arab wars).


In September 2013, shortly after the chemical attack of August, I published my first article on Syrian conflict1. My work, from the outset, has been mainly as a compilation and translation in French of many foreign articles (especially in english) dealing with various aspects of military conflict. Over the months, the inadequacy of the approach has clearly struck me : the compilation and translation, even though they have their uses, are not satisfactory to claim a genuine substantive work on the Syrian conflict . That's why I turned gradually to the direct sources (documents produced by the actors, videos, photos, texts, etc), without necessarily and systematically by intermediaries that are specialists, even strangers. My recent article on the pro-regime militia Liwa Assad Allah al-Ghaleb2 is the illustration of the evolution of my personal work on the Syrian conflict. Today, with the help of M. Morant, I continue this momentum by offering a unique analysis or almost, in French, on the war in Syria : an example chosen from rebel assaults on limited objectives, explained and presented in the broader context of operations in the province concerned and the evolution of the insurgency from 2011. An original four hands-work, which I hope, will convince some that I do not necessarily limited to the compilation and translation into french.

mercredi 13 août 2014

2ème Guerre Mondiale n°55 (juillet-août 2014)

Je reviens un peu en retard sur le n°55 de 2ème Guerre Mondiale sorti il y a maintenant quelques temps, après avoir rappelé mes contributions.

-p.4, plutôt d'accord avec la recension du livre sur la libération de Paris de J.-F. Muracciole, que j'avais fiché ici.

- c'est d'ailleurs la source principale de l'article de Franck Ségretain, qui a réalisé la fiche, qui vient juste après, sur la libération de Paris, avec une ou deux autres références comme le travail d'Olivier Wieviorka. Aucune surprise donc.

- le dossier est signé Vincent Bernard et il est consacré aux contre-attaques des Panzer en Normandie. Je n'ai pas appris grand chose, car j'ai beaucoup lu sur le sujet cette année, anniversaire(s) oblige(nt), sans compter que le dernier thématique du magazine traite d'un sujet approchant, ce qui fait un peu répétition. Je l'ai souvent dit, mais je reste assez dubitatif devant les témoignages d'acteurs (ici Kraemer, le commandant adjoint du I. SS-Panzerkorps, en deuxième partie du dossier) dépourvus de commentaire. Quand on regarde les sources de l'auteur, on constate qu'elles se constituent soit d'ouvrages récents assez généraux (celui de Benoît Rondeau qui donne la vision allemande de la bataille de Normandie, de manière large ; le livre d'Anthony Beevor qui est surtout un ouvrage de vulgarisation à destination du grand public), soit de documents américains publiés juste après la guerre. Or si en français la bibliographie se limite à quelques ouvrages, d'autres, en anglais, plus récents, traitent par exemple de la bataille de Mortain, comme celui de l'historien M. Reardon , ou des combats de la 30th I.D. (au moins un autre ouvrage d'historien, sans compter les témoignages).

- la fiche personnage de Benoît Rondeau rejoint l'article sur la libération de Paris en évoquant von Choltitz (les sources citent d'ailleurs l'historien M. Reardon dont je parlais ci-dessus).

- la fiche Uniforme de Jean-Patrick André est consacrée à un chasseur du 501ème régiment de chars de combat de la 2ème DB, toujours sur le thème de la libération de Paris.

mardi 12 août 2014

Exemple d'opération de l'insurrection syrienne. Les rebelles à l'assaut de la base militaire d'Hamadiyah (province d'Idlib), juillet 2014

Cet article a été rédigé en étroite collaboration avec Mathieu Morant, spécialiste de l'armement et du matériel des insurgés syriens, entre autres (il s'intéresse aussi au régime, au Liban et aux guerres israëlo-arabes).

En septembre 2013, peu de temps après les attaques chimiques du mois d'août, je publiais mon premier article consacré au conflit syrien1. Mon travail, dès le départ, a surtout été celui d'une compilation et d'une traduction, en français, des nombreux articles étrangers (en particulier en anglais) traitant des différents aspects militaires du conflit. Au fil des mois, l'insuffisance de la démarche m'est nettement apparue : la compilation et la traduction, quand bien même ont-elles leur utilité, ne sont pas satisfaisantes pour se prévaloir d'un authentique travail de fond sur le conflit syrien. C'est pourquoi je me suis tourné progressivement vers les sources directes (documents produits par les acteurs en présence, vidéos, photos, textes, etc), sans passer, forcément et systématiquement, par les intermédiaires que sont les spécialistes, même étrangers. Mon article récent sur la milice pro-régime Liwa Assad Allah al-Ghaleb2 est l'illustration de l'évolution de mon travail personnel sur le conflit syrien. Aujourd'hui, avec l'aide de M. Morant, je continue sur cette lancée en proposant une analyse inédite ou presque, en français, sur la guerre en Syrie : un exemple choisi d'assauts rebelles sur des objectifs limités, au niveau sub-tactique, donc, présenté, expliqué, et remis dans le contexte plus large des opérations dans la province concernée et de l'évolution de l'insurrection depuis 2011. Un travail original à quatre mains qui, je l'espère, convaincra certains que je ne me limite plus forcément à de la compilation et de la traduction en français.

dimanche 10 août 2014

Ici les aubes sont calmes (ou La 359ème section ; А зори здесь тихие) de Stanislav Rostotsky (1972)

1942, Carélie. Un hameau, au bord d'un lac, accueille une batterie antiaérienne. Les soldats en garnison sont tellement bien reçus par les habitantes du cru, dont les hommes sont au front, qu'un officier en inspection les fait tous partir sauf leur commandant, le sergent Vaskov (Andrei Martynov), qui se voit affecter en remplacement deux pelotons féminins de la défense antiaérienne. Vaskov se retrouve donc le seul homme au milieu d'un village peuplée de femmes, civiles ou soldates... un jour, l'une des soldates aperçoit deux parachutistes allemands dans la forêt, non loin du village. Vaskov pense qu'ils peuvent être là pour saboter la voie ferrée importante qui passe non loin. Prenant 5 soldats, il s'enfonce dans les marais pour tendre une embuscade aux parachutistes. Mais les Soviétiques sont pris au piège lorsqu'ils découvrent avec horreur que les Fallschirmjäger ne sont pas 2, mais 16...


Ici les aubes sont calmes est inspiré d'un roman de Boris Vasilyev. En 1972, il avait remporté un prix au Festival de Venise et avait même été nommé pour l'Oscar du meilleur film étranger. Oublié aujourd'hui, comme nombre de films soviétiques sur la Grande Guerre Patriotique, il se divise en deux parties d'1h20 chacune, quasiment des films à part entière. Dans la première, les personnages sont mis en place, en particulier les 5 femmes qui accompagneront Vaskov ; longue, voire pénible parfois, elle cède la place à une seconde partie beaucoup plus rythmée avec la traque des parachutistes allemands qui se transforme en fuite éperdue pour la survie.

Essentiellement tourné en noir et blanc, le film passe à la couleur pour les scènes de flash-back des 5 femmes concernées par l'expédition avec Vaskov, à propos de leur passé, qui n'apportent d'ailleurs pas grand chose au récit. En revanche, dès que commence la poursuite des parachutistes allemands, le film gagne en qualité, avec ce jeu de cache-cache mortel entre des femmes-soldats et leur chef vétéran de la guerre contre la Finlande et les parachutistes allemands en surnombre.

Source : http://s3.amazonaws.com/auteurs_production/images/film/the-dawns-here-are-quiet/w448/the-dawns-here-are-quiet.jpg?1289446837


Source : http://www.rowthree.com/wp-content/uploads/2011/02/Dawns-6.jpg

  Le film est intéressant à plus d'un titre, notamment à cause de la dimension anti-héroïque assez évidente (Vaskov n'a rien du héros traditionnel des films de la Grande Guerre Patriotique mais son humanité le rend par contrecoup encore plus attachant) et qui pousse même jusqu'à dénoncer l'absurdité de la guerre, avec ses femmes-soldats dont l'URSS a été quasiment la seule, pendant la Seconde Guerre mondiale, à faire pour ainsi dire une grande consommation, y compris dans les rôles combattants. C'est aussi évoquer des pans oubliés de la Grande Guerre Patriotique : le front de Carélie (même si ici, c'est l'arrière), la contribution féminine à l'Armée Rouge, etc. Les amateurs de militaria remarqueront que l'affût quadruple antiaérien avec lequel les soldats abattent un Fw 189 est en fait muni de mitrailleuses KPV de 14,5 mm, entrées en service après la guerre. A regarder à l'occasion.

Peter TREMAYNE, Les mystères de la lune, Grands Détectives 4199, Paris, 10/18, 2009, 382 p.

Octobre 667. Soeur Fidelma, qui a mis au monde son fils Alchu, dont le père est son inséparable compagnon le moine saxon Eadulf, s'ennuie dans le château de Cashel, où règne Colgu, son frère et souverain. Quand un chef de clan, Becc, vient demander l'aide du roi pour résoudre une série de meurtres commis sur des jeunes filles à la pleine lune, Fidelma ne peut résister. Malgré les grognements d'Eadulf, elle repart exercer son art d'avocate et enquêtrice...


12ème aventure de soeur Fidelma, Les mystères de la lune voient le retour du couple d'enquêteurs à Cashel, en Irlande, et la naissance de leur fils Alchu, qui va permettre d'introduire un certain nombre de thèmes supplémentaires, que l'on sent dès ce premier tome. L'auteur insiste en particulier sur le questionnement maternel de Fidelma. Avec parfois un peu de lourdeur, il faut bien le dire.

Au niveau du scénario, l'originalité tient à la présence d'Axioumitres, ancêtres des Ethiopiens, échoués par hasard sur le côtes irlandaises. Dommage d'ailleurs que l'auteur n'y consacre pas quelques pages dans son habituelle introduction historique. Pour le reste, on retrouve des thèmes assez classiques et les intrigues entremêlées sont finalement, encore une fois ,assez prévisibles, d'autant que Tremayne fournit encore une fois un peu trop d'indices avant le dénouement final, un problème qui revient fréquemment. A noter également l'apparition de Conri, seigneur de guerre des Ui Fidgente, le clan rebelle de Cashel, que l'on retrouvera plusieurs fois par la suite.

mardi 5 août 2014

David THOMSON, Les Français jihadistes, Paris, Les Arènes, 2014, 229 p.

Reporter au service Afrique de RFI, David Thomson a publié il y a bientôt six mois cet ouvrage sur les jihadistes français, qui m'intéresse d'autant plus que j'ai moi-même travaillé sur le phénomène des jihadistes français en Syrie. Comme il l'explique dans l'introduction, son livre se base sur des témoignages de jihadistes français, qu'il a pu approcher pendant son service en Tunisie et en Libye entre 2011 et 2013. Il n'a donc pas travaillé avec les autorités françaises ou les services de renseignement, ce qui offre un aperçu relativement neuf, même si l'on peut suivre certains djihadistes français via les réseaux sociaux -Facebook en particulier. Les 18 témoignages fournissent un échantillon représentatif de ce contingent français parti en Syrie : 9 convertis, 9 de culture musulmane, la moitié avec un passé de délinquant, une tranche d'âge de 17 à 28 ans, un engagement majoritaire au sein du front al-Nosra et de l'EIIL, devenu Etat Islamique le 28 juin dernier et surtout un point commun, Internet et les réseaux sociaux.


Yassine, prothésiste dentaire à Paris, forme le projet de partir faire le djihad après avoir reçu la nouvelle de la mort de deux amis partis en Afghanistan, en 2011. Il n'a jamais songé à attaquer la France mais plutôt à partir se battre sur le champ de bataille. La Syrie se révèle bien plus facile d'accès que le Mali et AQMI auxquels il avait d'abord songé. Yassine, fasciné par la dimension eschatologique liée au pays de Sham dans le Coran, abandonne sa femme qui ne peut l'accompagner, en épouse une autre qui doit elle se marier avant de partir en Syrie. Il finance son expédition avec 10 000 euros de sa poche, des mandats venus de personnes qui soutiennent le djihad financièrement à travers toute l'Europe, mais aussi en escroquant les boîtes de crédit Sofinco et Cofidis. La pratique est montrée aux autres apprentis djihadistes via des vidéos faites ensuite. Yassine franchit la frontière, via la Turquie, en juillet 2013, puis gagne Alep. Il avait pourtant été interrogé par la DCRI quelques mois avant son départ.

lundi 4 août 2014

From Syria to Iraq, from Iraq to Syria. Liwa Assad Allah al-Ghaleb


 Updates in bold.

One of the last pro-regime militias of Iraqi origin who has appeared in Syria is Liwa al-Assad Allah Ghaleb (LAAG)1. LAAG was officially born in December 2013 when its leader, Abu Fatima al-Mussawi, makes the announcement in a video filmed at Damascus International Airport. Abu Fatima al-Mussawi served in Liwa Abu Fadl al-Abbas (LAFA), the oldest and probably the largest Iraqi Shiite militia that fought alongside the Syrian regime, since the second half of 2012, and which was then gradually fueled by pro-Iranian Iraqi militias as Asaib Ahl al-Haqq or Kata'ib Hezbollah. Came back in Iraq, where he gained a moral and financial support, Abu Fatima al-Mussawi began recruiting to form his own militia.

Qassim al-Tai'i is the spiritual leader of LAAG but also of the Iraqi branch of LAFA recently established in January 2014. He is a Shiite cleric in Najaf which is one of the founders of the Sadrist movement. He has participated in several failed uprising against Saddam Hussein and was imprisoned by the Iraqi regime. He also has ties with Iran which he adopted the concept of f velayat-e faqih (rule by the jurisprudent)2. Prey to the hostility of Moqtada al-Sadr, he returns to the front of the stage with the war in Syria, militanting early to encourage voluntary departures of Shiites in Damascus. Thus he sponsors the formation of LAFA. He also traveled several times to Syria to meet the leaders of this militia. He opens an office the December 23, 2012 in al-Sayyida Zaynab neighborhood, south of Damascus, where is the famous Shiite shrine whose defense is a pretext for sending Iraqi Shiite militiamen. This office is headed by Ibrahim Dawa. Dawa, the secretary of al-Ta'i, is the link between the religious leaders and fighters. It was he who distributes financial assistance to the families of killed fighters. Al-Tai'i used his influence to Shiite Iraqis from pro-Iranian militias take control of LAFA, which initially was a spontaneous creation in Syria, not necessarily organized from outside. Foreign involvement has also created internal armed clashes inside LAFA in summer 2013. Creating an Iraqi branch of LAFA in January is the last phase of the process3.

mardi 29 juillet 2014

Foreign Fighters, Rebel Side, in Syria. 16/Danes

In 2013, the Danish police is investigating Abu Ahmed, the Quba Mosque from Amagen and charitable organization Hjælp4Syrien1. Location and organization serve as base for recruitment and fundraising to the Syrian jihad. Copenhagen monitors since March the activity of this organization that seems to support al-Nosra. Ahmed is well known to police for having sponsored spiritually two young Danes who wanted to organize attacks in Copenhagen. The group would have provided financial support to a former Guantanamo detainee, a Danish killed in Syria in February 2013, Slimane Hadj Abderrahmane. In August, another Dane, Abu Omar Altunes, also was killed in Syria. At this time, police believe at least 65 Danish have left for the Syrian jihad, 6 have died. August 16, 2013, a jihadist, Abu Khattab, post a video where he calls the Danes to join djihad2. A few days later, another video shows Khattab and three other fighters shoot 6 pictures of people perceived as "enemies of Islam" (a police officer, ministers, a lawyer, a designer of cartoons, Imam Ahmed Akkari, who had been violently involved in the case of the Mohammed cartoons in 2006, before saying he regretted)3.


Abou Khattab.-Source : http://cphpost.dk/image/box/25351/1920/1080.jpg


In May, the Muhajireen brigade announces the death, two months earlier, of a Danish jihadist, Sørensen. He reportedly traveled to Egypt, Yemen, Lebanon and Libya before joining the armed group. He was imprisoned in Yemen and Lebanon and, according to him, tortured in the first country. He follows in Yemen the Imam University in Sana'a, with Imam al Zindani Abdulmajid linked to bin Laden. Sørensen then lived for three years in Egypt before going to war in Libya and Syria. He was killed in the province of Latakia4. In October 2013, Danish Salafists from Islam Kaldet til Islam intensify their propaganda effort in prisons after the death of their leader, Tariq Shiraz, in Syria. Tariq died on September 25 in the province of Latakia ; he too was part of the ash-Omar Shishani group linked to ISIS. Tariq probably commanded the Danish contingent in the group5. On November 17, 2013 occurs the announcement of the death of two more Danes, including a 17 year old, killed Aleppo6. On 13 January 2014, insurgents confirm that Abu Khattab, whose fate was pending for several months, has been killed in the fighting in November, while two other Danes were injured. Since the summer of 2012, it would be more than 80 Danish, according to authorities, who would have gone to Syria, which at least 7 have so far been killed7


Kenneth Sorensen.-Source : http://www.longwarjournal.org/images/Kenneth-S%C3%B8rensen-Muhajireen-Brigade.png

The motivations of Danish volunteers seem quite varied. Some go to help Sunni brothers, others to overthrow a dictatorship considered ignoble. Others leave to establish Sharia, or Islamic caliphate, or just suffer martyrdom. Finally, volunteers simply seeking adventure. Most are men between 16 and 25 years, mostly from Muslim immigration, but there is also Danish converts. The group is more diverse and younger than the previous djihads (Afghanistan, Somalia, Iraq). Among immigrants, some are related to criminal circles. The recruitment is done through awareness via videos and social networks. It seems, once again, that some criminals go for the "redemption of sins." The majority of volunteers joined al-Nosra or ISIS. Half of those already returned to Denmark, and several have made roundtrips8.

Big A is one of the leaders of the most famous gangs of Denmark in Copenhagen. His real name is Abderozzak Benarabe, he joined the jihad in Syria and was approached by a
Guardian journalist, who has followed his career in 2012. Big A crosses the border crawling under Turkish barbed wire, then a car pick him in Idlib province, in Sarjeh. With another Dane with whom he traveled, he joined a brigade of Ahrar al-Sham, which includes 25 men, including one Canadian of Iraqi origin and 4 Uzbeks ; others are Syrians. He is not engaged in the fighting near the city of Ariha, to the contrary, his brigade commander returns him to Denmark to raise funds, a task which he believes he will be more useful. Big A returned to Syria after collecting money and materials, then returns to Copenhagen, where the gang war is raging. After exile in Morocco as sought by the Danish authorities, he was arrested and imprisoned in Copenhague9.







End of June 2014, a study of Danish Terrorist Analysis Center estimates that more than 100 people left for Syria, at least 15 have been killed and more women also left to this country. Some Danes also fight with the Islamic State in Iraq. Most Danes do jihad in Syria from Islamic Copenhagen, Aarhus and Odense circles. Some are related to criminal circles. Recruitment is done mostly by the propaganda carried out by Islamists. Half of the persons concerned is back in Denmark, according to the center, most are trying to draw a line on their experience of fighting in Syria and resume their lives before jihad10.

Denmark is a Scandinavian country where radical Islamist circles are more established historically. Hizb-ut-Tahrir is well established and radical preachers operate in some mosques. Many candidates of Syrian jihad, however, are close to another organization,
Kaldet til Islam, modeled on Sharia4UK and is in contact with the founder thereof, Omar Bakri, a refugee in Lebanon. In 2012, supporters of Kaldet til Islam had gathered on Kongens Nytorv, Copenhagen's main square to listen to the slogans of Bakri on the phone from Lebanon. These events may seem against-productive but in reality, the voids in the Danish legislation allows the movement to raise awareness and recruit more easily11.

 

8Truslen mod Danmark fra personer udrejst til Syrien, PET, Center for Terroranalyse, 24 novembre 2013.

lundi 28 juillet 2014

Foreign Fighters, Rebel Side, in Syria. 15/Canadians

It was said, in September 2013, one hundred Canadians joined the Syrian jihad, much more than their American counterparts. Some media speak of 3 Canadians who have been killed in Syria, but the authorities have not confirmed the figure. An American filmmaker, Bilal Abdul Kareen, who lived in the midst of an Islamist group for a year, claims to have crossed 20-30 Canadians. According to him, one of them, Abu Muslim, took part in the fighting around Damascus airport in August 20131.

In December, the Canadian government spoke of "dozens" of people who left in Syria, without being more precise. Canada has put on its list of terrorist organizations al-Nosra front in November 2013, and since April 2014, the law was strengthened to prevent candidates to jihad from leaving Canadian soil. Ali Dirie, a member of the terrorist group Toronto 18 (which was dismantled in 2006 in the midst of planning attacks), nevertheless have left to Syria after serving a prison sentence : released in 2011, he died there in September 2013. From Somali origin, born in 1983, Dirie played a visible role in the radicalization of inmates in prison, highlighting the absence of Canadian structure to avoid this process2. Another Canadian, the famous Abu Muslim, appeared in a British documentary filmed in Syria amid an armed group composed mainly of foreign fighters3.


Ali Dirie, vu ici en 2000.-Source : http://www.thestar.com/content/dam/thestar/news/gta/2013/09/25/toronto_18_ali_mohamed_dirie_convicted_in_plot_dies_in_syria/dirie.jpg.size.xxlarge.promo.jpg




The first Canadian to die in Syria is probably Jamal Mohamed Abd al-Kader, born and raised in Canada, but from a family of Kurdish origin, who comes from the north-east of Syria4. Became a student, he chose to join the jihad and arrives in Turkey in July 2012. He crossed the border and rallied the brigade Asifat a-Shimal of the Free Syrian Army before joining Ahrar al-Sham. First he fought in Aleppo during the summer and fall of 2012, then joined Damascus in December until his death February 26, 2013. With a student normal course, he was however arrested by the police in December 2010 with two friends in possession of a weapon without a permis5. From July 2011 Thwiba Kanafani, had joined the Syrian rebels, and after several months, had returned to Canada to rally help for jihad.


Jamal Mohamed Abd al-Kader.-Source : http://4.bp.blogspot.com/-b6Nu8F5Mslc/UhFvrrkdzjI/AAAAAAAAFV4/0GoBTw1Rf9M/s1600/jamal+abd+qader.jpg



Recently, an American jihadist, Abu Turab Al-Muhajir, announced Abu Muslim died last year in the assault on the Minnagh airbase6. Abu Muslim, aka André Poulin, is used in a recruitment video of ISIS, well after his death in combat, in July 20147. According to him, he might be there 100 Canadians in Syria, which corresponds to high estimate of ISCR. Andre Poulin, that was his real name, was from Ontario, and had converted to Islam in 2009. He comes before justice for threatening his host, a Muslim, because he had an affair with latter's wife. Another Canadian, Damian Clairmont, alias Abu Talha al-Canadi, was also killed in Aleppo. He converted to Islam after a suicide attempt. In November 2012, he announced to his mother that he was going to Egypt to learn Arabic, but the Canadian security thought he joined Syria. He was monitored as it was part of an extremist group in Calgary : it would not have left to Cairo but to Istanbul. He called his mother from Syria in February 20138. He had several names and according to some sources, he joined al-Nosra front. Indeed it would have been injured and executed by FSA fighters9.




Damian Clairmont.-Source : http://i.cbc.ca/1.2497627.1389806171!/fileImage/httpImage/image.jpg_gen/derivatives/16x9_620/mustafa-al-gharib-damien-clairmont.jpg


In April 2014, another Canadian appear in a propaganda video of ISIS : Mohamed Farah Shirdon, aged 20, a native of Calgary in Alberta. He studied until 2012 at least at the Southern Alberta Institute of Technology. In the video, he burns his Canadian passport and threatens Canada and the United States. Shirdon comes from a Somali family quite easy : her father, Abdi Farah Shirdon, is a former Prime Minister of Somalia, which has survived several assassination trials from the Shabaab. Sister and mother of Shirdon live in Calgary and are very involved in religious affairs of their community10. Shirdon is one of the last Canadians identified as having left to fight in Syria, but it is not the only one. Umm Haritha, a young woman of 20 years, leaving Canada in December 2013 with a suitcase half empty and 1,500 dollars, against the advice of his parents, and went to Turkey. A week later, she is wife in Syria with Abu Ibrahim al-Suedi, a Swedish fighter of Palestinian origin who fight for ISIS. On May 5, the Swede died in a kamikaze attack by a fighter of the rival faction of ISIS, al-Nosra. Umm Haritha, on his Twitter account, claims to have joined Syria by conviction. His radicalization date just four months before his departure, when she begins to wear the niqab. Since she is a widow, she lives in Manbij, a town near the Turkish border controlled by ISIS. She published many pictures of everyday life of the city, and even baptize Raqqa, the bastion of ISIS, the "New York of Syria". She does not intend to return in Canada11.




Des femmes portant le niqab photographiées par Umm Haritha à Manjib, en Syrie.-Source : http://pbs.twimg.com/media/BmW-sDSIQAA3PB-.jpg:medium



Volontaires étrangers de l'insurrection syrienne. 21/Les Norvégiens


Dès le mois d'octobre 2012, le service anti-terroriste de la police norvégienne (PST) émet des inquiétudes à propos du nombre grandissant de nationaux partant combattre en Syrie. Le chef du renseignement militaire précise que 7 Norvégiens, déjà, sont partis se battre sur place au sein de groupes liés à al-Qaïda. La plupart sont alors liés au groupe Ummah du Prophète (Profetens Ummah, anciennement Ansar-al-Sunnah), qui opère en Norvège. Ce groupe structuré en 2013 prend la suite d'autres plus anciens qui apparaissent dès 2010. Un des membres importants du mouvement est alors Arfan Bhatti1. Ce dernier est parti faire le djihad en Syrie dès 20122. Ubaydullah Hussain, qui dirige le mouvement, avait conduit en septembre 2012 des manifestations contre le film « L'innocence des musulmans » devant l'ambassade américaine à Oslo. Il prétend qu'une douzaine de membres de son organisation sont partis faire le djihad en Syrie, dont un âgé de 21 ans a été récemment tué à Alep, ce qui est démenti ensuite par la famille, qui reçoit des preuves du maintien de la bonne santé du jeune homme3.

Un an plus tard, en novembre 2013, le PST porte officiellement à 40 le nombre de Norvégiens partis en Syrie, mais il est probablement plus élevé. Un journal norvégien en a répertorié 22. La plupart ont entamé une conversion radicale qui a complètement échappé à leurs familles. Certains étaient bien membres du groupe Ummah. D'autres, comme ce Norvégien converti, a menti à ses parents en prétextant un voyage en Arabie Saoudite. Deux Norvégiens d'origine algérienne ont péri en Syrie, l'un en 2012 et l'autre en 2013. Un Tunisien qui avait des liens avec la Norvège a également été tué sur place à l'automne 2012. Pour les spécialistes, ce djihad syrien pourrait être l'opportunité d'une radicalisation des factions islamistes qui opèrent en Norvège. D'autant que le nombre de vétérans revenus en Norvège se monterait déjà à deux chiffres4...

L'un des exemples les plus connus est celui de ce Norvégien d'origine érythréenne, parti faire le djihad en Syrie à 23 ans. Il était arrivé en Norvège en 2003, à l'âge de 13 ans. Puis il se radicalise subitement, en quelques mois, au contact de quelques personnes de même origine qui font partie d'Ummah. Son dernier emploi était gardien d'un parking à Oslo, jusqu'en septembre 2012, il était marié à une jeune femme elle aussi originaire d'Erythrée. En décembre, père d'un bébé de quelques semaines, il part en Syrie. Il opère au sein de Kataib al-Muhajereen et se trouve associé au front al-Nosra5.

En août 2013, la femme d'un Norvégien d'origine algérienne de 32 ans, Sirine, une Norvégienne d'origine turque de 27 ans, accompagne son époux pour faire le djihad en Syrie. Son mari est tué à peine deux mois après son arrivée, mais elle choisit de rester sur place. Sirine invoque l'idée du djihad défensif comme motivation principale de son départ en Syrie6.

En octobre 2013, l'opinion norvégienne s'émeut lorsqu'on apprend que deux jeunes filles ont gagné la Syrie, et la ville d'Alep. Les deux jeunes filles, âgées de 16 et 19 ans, ont rejoint le pays via la Turquie. Le père des deux jeunes filles, d'origine somalienne, se rend en Turquie pour tenter de les récupérer. La plus âgée a commencé à se radicaliser quelques mois plus tôt, notamment en portant le niqab, mais les premiers signes d'un départ pour la Syrie ne sont apparus qu'à peine une semaine avant le passage à l'acte7. La communauté somalienne de Norvège -environ 30 000 personnes- avait également fourni un des participants à l'attaque des Shebaab du mall de Nairobi, en septembre 20138. Le père des deux jeunes adolescentes arrive finalement à ramener ses filles en Norvège.


Dès février 2014, le service de renseignement norvégien tire la sonnette d'alarme : le nombre de vétérans du djihad de retour en Norvège s'accroît, et parmi eux des personnes liés aux groupes djihadistes, notamment l'EIIL. Une douzaine de femmes aurait également gagné la Syrie. Le 27 mai, la police arrête un Norvégien d'origine somalienne et deux autres d'origine kosovare, résidant à Oslo, soutenant l'EIIL. Les deux Kosovars sont frères, ont combattu en Syrie, tandis qu'un troisième frère y est mort. Egzon Avdyli aurait été tué dans les rangs de l'EIIL ; il était l'un des porte-parole d'Ummah en Norvège et avait rejoint la Syrie au début de l'année 20149. Il avait 25 ans10. Cette arrestation fait suite à celle d'un Norvégien d'origine pakistanaise, en février dernier, qui revenait de Syrie et avait combattu pour al-Nosra et l'EIIL. Agé de 22 ans, l'homme était revenu à Oslo se faire soigner après avoir été blessé en Syrie (une balle dans la jambe)11. On estime en mai 2014 que 10 Norvégiens ont peut-être péri en Syrie. Si la plupart des Norvégiens djihadistes viennent d'Oslo ou des alentours, un noyau provient également du comté de Trömso, près du cercle Arctique, au nord de la Norvège12.


A droite, Egzon Avdly, avec U. Hussayn, le chef du groupe Ummah.-Source : http://www.longwarjournal.org/threat-matrix/images/Egzon-Avdyli-ISIS.jpg


En juillet 2014, le PST lance une enquête contre Bastián Vásquez, alias Abu Safiyya, un Chilo-Norvégien qui apparaît dans des vidéos de propagande de l'Etat Islamique. Agé de 25 ans, le jeune homme aurait certaines responsabilités au sein de l'EI. En 2012, il avait pris part aux manifestations à Oslo contre le film « L'innocence des musulmans ». Vasquez appartient à une famille installée à Skien, en Norvège, pays qui compte une importante communauté chilienne exilée du temps de la dictature de Pinochet. L'intérêt est que sa double nationalité lui permet d'être doublement utile pour le recrutement de l'EI. Vasquez s'est converti à un islam radical depuis au moins 2008. Un de ses compagnons, d'origine somalienne, a été arrêté par le PST après avoir combattu en Syrie. Il est proche de Mohyeldeen Mohammad, un Norvégien d'origine irakienne qui est le pivot du djihadisme norvégien et qui a été l'un des premiers à partir en Syrie. Vasquez rejoint la Syrie peu de temps après les manifestations à Oslo au sein du groupe Oummah (il a été arrêté en 2012 après avoir posté une vidéo sur Youtube où il menaçait de mort le Premier Ministre et la famille royale) ; en 2013, il fait partie de l'EIIL dans la région d'Alep13. Vasquez est d'ailleurs désavoué par ses parents, qui précisent qu'il est bien norvégien, étant né après l'arrivée de ses parents dans ce pays. Son profil correspond à celui de nombreux djihadistes scandinaves, fils d'immigrés récents14. Fin juillet 2014, le PST (service de sécurité de la police) annonce qu'il est en état d'alerte en raison de la menace d'une action terroriste en Norvège perpétrée par des vétérans du djihad syrien15. Les informations font état d'un groupe de djihadistes ayant combattu en Syrie qui retournerait vers l'Europe, et peut-être vers la Norvège, pour y commettre des attentats. Le PST redoute en particulier l'action d'un Norvégien qui aurait été formé à l'utilisation des explosifs au Yémen. Le musée juif d'Oslo a été interdit aux visites de même que le palais royal16.


Bastian Vazquez.-Source : http://santiagotimes.cl/wp-content/uploads/2014/07/vasquez-new.jpg


Bastian Vazquez dans la vidéo de propagande pour l'EI, devant un Humvee capturé en Irak.-Source : http://santiagotimes.cl/wp-content/uploads/2014/07/bastian-vasquez.png





samedi 26 juillet 2014

Cachez ces djihadistes que je ne saurais voir... les volontaires français en Syrie

Article publié simultanément sur l'Alliance Géostratégique.

N.B. :  les derniers ajouts apparaissent désormais en gras, pour ceux qui suivent le billet et ses mises à jour régulières.

Merci à Timothy Holman et à Yves Trotignon pour leur aide dans la rédaction de cet article.


Le cas des Français partis se battre en Syrie pose un problème particulier. Il n'est devenu vraiment visible (grâce aux médias, en particulier) qu'en 2013, année où le nombre de volontaires croît de manière importante. A l'image d'autres contingents européens, le djihad en Syrie est le plus grand mouvement du genre depuis la guerre contre les Soviétiques en Afghanistan. Pour autant, rapporté à la population totale de la France ou même à la population musulmane de la tranche d'âge concernée, le mouvement n'a rien d'une lame de fond ou d'un exode massif1 ; on peut cependant noter qu'il s'accélère depuis l'été 2013, ce qui inquiète les autorités, et certains spécialistes, quant au retour des djihadistes. Mais il faut dire que jusqu'ici, les informations ont été très éparses. Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, a multiplié les déclarations, à partir de mai 2013, au sujet du chiffre des Français impliqués dans le djihad en Syrie, pour arriver, en janvier 2014, à un total de 700, en tout, impliqués à un titre ou à un autre, depuis 2011. Chiffre difficile à vérifier, mais qui semble pourtant crédible, en tout cas pas forcément très exagéré. La dernière étude de l'ICSR, un institut britannique spécialisé sur la problématique des djihadistes étrangers, datée du 17 décembre 2013, plaçait l'estimation maximum, pour la France, à 413 individus2. Les Israëliens pensent que le dernier chiffre donné par Manuel Valls et F. Hollande est exagéré3. Ce que l'on peut savoir des cas bien identifiés montre pourtant que l'exemple français ne se distingue pas fondamentalement des autres contingents de volontaires européens, à quelques différences près4. Le recrutement, plutôt large au niveau de l'âge et des motivations au début, semble depuis s'être resserré vers des hommes jeunes, de 20 à 35 ans, plus déterminés et plus radicaux dans leurs choix sur le terrain. Il implique à la fois des personnes connues pour leur engagement antérieur, et souvent surveillées, mais aussi beaucoup d'hommes ou d'adolescents qui ont succombé au message radical, notamment délivré sur le web, sans que le phénomène se limite à des gens marginalisés sur le plan social. Comme pour l'ensemble des autres contingents, la majorité des volontaires français rejoint les deux formations djihadistes, le front al-Nosra (branche officielle d'al-Qaïda en Syrie depuis novembre 2013) et l'EIIL, en butte depuis janvier 2014 aux assauts des autres formations rebelles, parmi lesquelles le front al-Nosra lui-même. Les zones de départ sont assez bien identifiées : des grandes villes, Paris, Toulouse, Nice, Strasbourg, Lille-Roubaix-Tourcoing (ce qui correspond là encore à d'autres pays), avec une majorité de départs spontanés ou organisés en solitaire, sans forcément qu'il y ait recours à des réseaux organisés, la seule exception semblant être le sud-est (ce qui est une différence notoire cette fois avec d'autres Etats, comme la Belgique, où des réseaux plus structurés interviennent dans l'acheminement des volontaires, voire leur radicalisation). Les djihadistes français sont également, une fois arrivés, assez présents sur les réseaux sociaux, à des fins de recrutement, de propagande ou pour garder le contact avec les familles, comme on le verra à la fin de cet article.