lundi 30 mars 2015

2ème Guerre Mondiale thématique n°38 (avril-juin 2015)

Petite déception avec ce dernier thématique du magazine 2ème Guerre mondiale : au vu du titre, la Wehrmacht en France, invasion, occupation, libération, je m'attendais à un contenu allant un peu au-delà de l'histoire militaire classique que l'on trouve abondamment dans ce magazine et dans d'autres par ailleurs (aspects économiques et sociaux, politiques, voire mémoriels, etc).

Or Vincent Bernard livre surtout un portrait militaire de la présence allemande en France, qui, s'il va un peu plus loin que la remarque de Robert Paxton, éminent historien, qu'il prend comme base, n'est pas forcément plus achevé. Pour preuve, si la présentation de la mise en place de la structure d'occupation militaire en France (les 15 premières pages du travail) est sans doute la plus originale ett la moins traitée dans les magazines même en histoire militaire pure, la suite comprend des parties classiques parfois déjà traitées dans le magazine normal : mur de l'Atlantique, Osttruppen (sur lequel l'auteur a écrit un article récemment, auquel il fait référence d'ailleurs), bataille de Normandie (dont la Panzerwaffe, déjà abordée par B. Rondeau dans un autre thématique), pour finir par la liquidation des poches de l'Atlantique après une retraite allemande en France traitée relativement rapidement. La dimension militaire de l'occupation n'est donc pas si inconnue que ça, que ce soit dans les magazines spécialisés et a fortiori dans 2ème Guerre Mondiale.

C'est d'autant plus dommage que le sujet était porteur pour un sujet hors histoire militaire pure. D'ailleurs, il est surprenant que dans la bibliographie p.7, Vincent Bernard cite l'ouvrage collectif d'Eismann et Martens (que j'ai lu et utilisé moi-même, à la marge, pour mon dossier sur Joachim Peiper dans le n°56 du magazine normal), dont il ne se sert quasiment pas (et qui fourmille pourtant de sources, en bibliographie, à exploiter, outre les articles qui sont dedans). Cet ouvrage est une mine sur la question de l'occupation et de la répression, que l'auteur n'évoque qu'à peine dans le thématique. ll est vrai que Franck Ségretain a traité du sujet dans plusieurs articles du magazine normal, mais là encore, le nombre de sources est limité : on peut aller probablement chercher ailleurs. On est également étonné de voir apparaître l'ouvrage de Benoît Rondeau, qui traite davantage de la Wehrmacht et de la bataille de Normandie plutôt que de l'occupation à proprement parler (même s'il parle de l'invasion alliée et de la Libération). De la même façon, l'ouvrage récent sur le Rückzug semble avoir été peu employé, vu la place qui y est consacrée dans le thématique. On voit d'ailleurs que l'auteur reste assez  cantonné à la seule histoire militaire, quand il évoque dès la p.6 (et c'est répété de nouveau p.62), les massacres de la division Das Reich, qui les aurait commis en remontant vers le front de Normandie. En réalité, on sait depuis au moins les travaux de Max Hastings (et cela a été répété récemment dans le livre de F. Grenard sur le massacre de Tulle) que la division Das Reich a été chargée de la liquidation des maquis AVANT de monter sur le front de Normandie, ce sont donc deu mouvements bien distincts (que Fabrice Grenard remet en contexte dans son livre paru l'année dernière). On aimerait bien aussi avoir les liens précis des sites et forums spécialisés cités dans la bibliographie (que les connaisseurs fréquentent, effectivement, mais qui restent assez obscurs pour le lecteur moyen), pour savoir qui, justement, y intervient, et comment.

Même si le thématique comporte de nombreux tableaux et encadrés, ils restent au final peu exploités. Dommage, car le sujet méritait peut-être une approche un peu différente, dépassant la simple histoire militaire en forme de récit. L'auteur fait certes le portrait de la présence militaire allemande en France, entre 1940 et 1945, mais sans analyser beaucoup les enjeux.

dimanche 29 mars 2015

David M. GLANTZ (éd.), The Initial Period of War on the Eastern Front 22 June-August 1941, Frank Cass Publishers, 1997, 511 p.

Ce livre est la transcription d'un symposium tenu en octobre 1987 à Garmisch, dans l'ancienne RFA, le dernier d'une série de quatre organisé par l'US Army War College à partir de 1984. Ce symposium s'intéresse aux débuts de l'opération Barbarossa, du 22 juin 1941 au mois d'août. Il a la particularité, pour l'époque, de s'appuyer des sources allemandes et soviétiques nouvelles, de rassembler des vétérans allemands encore vie, tandis que le côté soviétique est pris en charge par des historiens anglo-saxons, américains principalement.

Le colonel Glantz se charge de l'introduction dans laquelle il évoque l'Armée Rouge avant Barbarossa. Comme il le rappelle, après la victoire de la guerre civile, cette armée reste encore largement composée de fantassins et de cavaliers. C'est dans les années 1920 que les Soviétiques théorisent l'exploitation en profondeur après la percée du front adverse, et pensent utiliser à cette fin des moyens motorisés et mécanisés. Cette théorisation atteint son paroxysme en 1936. Mais Glantz idéalise probablement encore, à cette date, les résultats obtenus par les Soviétiques : les purges qu'il décrit ensuite sont aussi le résultat du manque d'efficacité dans la pratique des théories très en avance soutenues par de grands penseurs de l'Armée Rouge, comme le rappelle M. Habeck dans son important ouvrage. Non seulement l'Armée Rouge revient à des ambitions limitées en termes de blindés, avec l'expérience espagnole puis celle, désastreuse, en Finlande, mais son état logistique est déplorable. Ce n'est qu'avec les victoires allemandes, et en particulier celle contre la France en juin 1940, que les Soviétiques reviennent à l'idée de plus vastes formations mécanisées. Globalement, l'Armée Rouge recherche les unités les plus vastes possible. Le déploiement des forces avant le 22 juin 1941 montre que Staline a fait déplacer des armées vers l'ouest dès le mois d'avril, ainsi que l'échelonnement des armées en profondeur, de même que celui des corps mécanisés, dont les formations sont dispersées sur un même secteur. Les corps mécanisés sont répartis en 3 échelons successifs, et le district militaire spécial de Kiev est le mieux doté, parce que les Soviétiques attendent l'effort allemand principal sur ce front.


Publication : 2ème Guerre Mondiale n°59 (avril-mai 2015)

Le prochain numéro du magazine 2ème Guerre Mondiale sort le 8 avril prochain. Ce sera le dernier du genre, puisque la rédaction entreprend une refonte du numéro classique comme du thématique, avec un contenu et une forme différents.

Dans ce numéro 59, je ne signe pas le dossier, mais un article plus petit sur l'invasion et l'occupation de la moitié est de la Pologne par les Soviétiques, en septembre 1939. Un sujet peu traité et mal connu dans les sources occidentales : il faut dire qu'il nous reste probablement encore à apprendre des archives soviétiques non encore exploitées et de la littérature russe non accessible pour beaucoup, non historiens, travaillant sur le sujet. En ce qui concerne l'invasion soviétique et les opérations militaires, j'ai néanmoins utilisé une source très récente, l'article d'A. Hill du Journal of Slavic Military Studies, paru l'année dernière, et qui fait bien le point, côté soviétique, de ce que l'on peut savoir sur cette opération.

Pour l'occupation de la Pologne jusqu'en juin 1941, et la vision polonaise de l'événement (invasion-occupation), j'ai surtout employé l'ouvrage de Jan Gross. C'est un livre ancien, écrit juste avant la fin de la guerre froide, donc avant l'ouverture des archives soviétiques. Il a été réédité au début des années 2000, l'auteur estimant, à la lumière des sources nouvelles disponibles, que son travail n'était pas fondamentalement remis en questions, sauf sur quelques points (chiffres de la répression soviétique, revus à la baisse). Depuis, on attend toujours un travail plus neuf sur la question. J'ai également utilisé un article de C. Mick pour illustrer la période de l'occupation soviétique de la Pologne à travers un exemple précis, celui de la ville de Lvov.

Outre cet article, j'ai également réalisé l'habituelle chronique cinéma, consacrée cette fois-ci au film Okinawa (1951), le dernier film sur la Seconde Guerre mondiale du grand réalisateur Lewis Milestone. Ce dernier réalise une production assez convenue, car il ne dispose pas de la marge de manoeuvre qu'il avait pu avoir précédemment sur d'autres films.

Bonne lecture !

samedi 28 mars 2015

Jean-Jacques MARIE, Histoire de la guerre civile russe 1917-1922, Texto, Paris, Tallandier, 2015, 427 p.

Le livre est une réédition en format poche d'un ouvrage paru chez Autrement en 2005. Jean-Jacques Marie explique en introduction que le bilan humain de la guerre civile russe a été exagéré : le chiffre le plus vraisemblable est celui de 4,5 millions de victimes, ce qui n'enlève rien au caractère féroce du conflit. Une guerre civile, internationalisée, dans laquelle l'histoire écrite par les Blancs ou par les Rouges après la fin du conflit a aussi souvent gommé les "Verts", ces groupes locaux ou régionaux de paysans hostiles à la conscription et à la réquisition, qui ont parfois été intégrés à l'Armée Rouge avant de s'en détacher. On retient surtout l'anarchiste Makhno ; on oublie plus facilement Antonov, le chef de l'insurrection de Tambov, en 1920-1921. Dans son livre, Jean-Jacques Marie, à travers le commentaire de témoignages ou de documents d'époque, cherche plus à rendre l'atmosphère de la guerre civile russe qu'à l'expliquer vraiment en profondeur.

Pour l'auteur, la guerre civile est en germes politiquement dès la constitution de février, qui instaure une Douma à côté des soviets. Elle devient conflit armé avec la révolution d'Octobre. L'armée blanche s'organise tant bien que mal dans le sud de la Russie, pas forcément soutenue par les cosaques. Ce début de guerre civile voit surtout des mouvements par rail. En guise de prologue sanglant, les communistes finlandais sont écrasés par les Blancs locaux soutenus par des renforts allemands, en avril-mai 1918.

jeudi 26 mars 2015

Joseph DE FREMINVILLE, Les Ecorcheurs en Bourgogne (1435-1445). Etude sur les compagnies franches au XVème siècle, Paris, Le Livre d'Histoire, 2012, 274 p.

Ce texte est une réédition d'un ouvrage paru initialement en 1887, dans les Mémoires de l'académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon. L'auteur, formé à l'Ecole des Chartes, était un archiviste, qui a contribué à des inventaires d'archives départementaux et à des études régionales dans les départements où il était en fonction.

En 1435, après la paix d'Arras qui réconcilie le roi de France Charles VII et le duc de Bourgogne Philippe le Bon, de nombreux mercenaires armagnacs ou bourguignons se retrouvent sans emploi. Ils se regroupent et vivent sur l'habitant, sous l'autorité de chefs de bandes, bâtards, cadets de la noblesse pour lesquels la guerre est devenue une nécessité. Pendant dix ans, ils écument la Bourgogne sous la coupe de Jacques et Antoine de Chabannes, Etienne de Vignolles, Poton de Xaintrailles, Rodrigue de Villandrando... qui ont parfois combattu les Anglais pour le compte du roi. Regroupés en petites bandes, ils menacent d'assiéger et de prendre les villes si elles ne paient pas rançon. Pour faire pression, ils coupent les blés, saisissent le bétail, commettent les pires atrocités sur les habitants des alentours.. En dix ans, les Etats de Bourgogne doivent se réunir 15 fois et payer pas moins de 80 000 livres. Il faut emprunter aux marchands de Genève. Les villes doivent aussi consentir des dépenses pour augmenter leurs défenses. En 1437, les déprédations des Ecorcheurs, comme on les appelle, sont telles que la disette menace les paysans. Fin août 1438, c'est tout l'ouest de la Bourgogne qui est mis à sac par ces bandes de mercenaires désoeuvrés. Le 2 novembre 1439, l'ordonnance d'Orléans de Charles VII limite l'emploi des compagnies au roi seul, fixe le nombre de capitaines et de soldats. Cette décision provoque une rébellion des grands seigneurs, la Praguerie. En 1444, les mercenaires sont employés en Alsace ou en Lorraine ou bien au service de Frédéric III. L'année suivante, une convention entre le roi et la duchesse de Bourgogne met fin à l'épisode, et voit aussi la création d'une armée permanente dans le royaume.

Un ouvrage ancien, très descriptif, dans la ligne des mémoires qui pouvaient être faits alors dans ces académies. Idéal pour prendre connaissance du sujet, mais très limité sur le plan de l'analyse et du questionnement. Il faudra bien sûr se tourner vers des ouvrages plus récents.



lundi 23 mars 2015

Timothy C. DOWLING, The Brusilov Offensive, The Indiana University Press, 2008, 208 p.

Timothy Dowling a servi à l'ambassade américaine à Moscou, avant d'être diplômé de l'université. Il a enseigné à l'école internationale de Vienne avant de prendre un poste au Virginia Military Institute.

Comme il le rappelle en introduction, le front de l'est reste un des grands oubliés de la Grande Guerre. C'est pourtant là que combat entre un cinquième et un quart de l'armée allemande, avec 2 millions de soldats austro-hongrois. C'est sur ce front que certains officiers allemands établissent leur réputation, qu'on teste les gaz de combat et le "barrage roulant" d'artillerie. L'historiographie anglo-saxonne, jusqu'aux années 1990, n'a bénéficié que de l'ouvrage de N. Stone, datant de 1975, qui n'avait pas accès aux archives soviétiques. A partir de la décennie 90, les traductions d'ouvrages allemands, en particulier, se multiplient. Les historiens occidentaux avaient jusque là tendance à mélanger la Grande Guerre à l'est et les révolutions russes. Côté russe, l'histoire du conflit n'en est encore qu'à ses balbutiements. Pourtant l'offensive Broussilov, poursuivant la stratégie russe depuis 1914, a contribué à fracasser l'armée austro-hongroise, uniquement sauvée par la rapidité de l'intervention allemande. Elle jette aussi les bases de la révolution au sein de l'armée tsariste. Broussilov tranche avec le profil des autres officiers généraux russes : son offensive, d'ailleurs, n'a rien à voir avec le schéma habituel suivi depuis 1914. Il sert d'ailleurs le gouvernement provisoire, mais en voit les limites sur le plan militaire : l'offensive Kerensky, parfois appelée seconde offensive Broussilov, échoue après quelques succès initiaux. Il est remplacé à la tête des armées russes par Kornilov en juillet. Arrêté quelques mois après la révolution d'Octobre, il ne rejoint les bolcheviks qu'au printemps 1920. Il meurt en 1926, devenue une figure militaire respectée même par l'URSS.


dimanche 22 mars 2015

Alexandre DUPILET, Le cardinal Dubois. Le génie politique de la Régence, Paris, Tallandier

Alexandre Dupilet, agrégé et docteur en histoire, enseigne, comme moi, dans le secondaire. Il avait signé il y a quelques années un livre sur la Régence. Cette année, il sort chez Tallandier une biographie du cardinal Dubois.

Précepteur du régent Philippe d'Orléans, secrétaire d'Etat des Affaires Etrangères, archevêque de Cambrai, cardinal, premier ministre de Louis XV : une carrière faste pour le petit abbé originaire de Brive, pourtant tourné en dérision dès son vivant. Cette image négative, léguée par Saint-Simon et les libelles de la Régence, a été reprise et amplifiée par la suite. Elle est pour ainsi dire consacrée par l'acteur Jean Rochefort qui joue Dubois dans le film de 1975 réalisé par Bertrand Tavernier, Que la fête commence. Des tentatives de réhabilitation ont été entreprises par des historiens de la IIIème République, mais en oubliant les côtés sombres du personnage. Pour Alexandre Dupilet, l'oeuvre accomplie par Dubois est pourtant considérable. L'historien se propose de livrer une nouvelle biographie, répondant à des questions en suspens et pesant le pour et le contre du personnage.


samedi 21 mars 2015

Mochitsura HASHIMOTO, Les sous-marins du soleil levant 1941-1945, Paris, Les Presses de la Cité, 1955, 296 p.

Cet ouvrage est la traduction en français, par R. Jouan, du livre Sunk ! de Mochitsura Hashimoto, commandant de sous-marin japonais pendant la guerre du Pacifique, qui a notamment torpillé, le 30 juillet 1945, le croiseur lourd USS Indianapolis, qui revenait d'un voyage vers l'île de Tinian où il avait déposé des éléments de la bombe atomique larguée sur Hiroshima le 6 août suivant. Hashimoto est appelé à témoigner, en décembre 1945, au procès du commandant de l'USS Indianapolis, qui est jugé pour négligence après avoir survécu au naufrage : une première dans les annales de l'US Navy. A la fin de sa vie, Hashimoto devient prêtre shintoïste.

Le livre, préfacé par l'amira Toyoda, ancien commandant en chef de la Flotte Combinée, est un aperçu du sort des sous-marins japonais pendant la guerre du Pacifique, à travers la carrière de Hashimoto. En novembre 1941, ce dernier est officier-torpilleur sur le I-24, un des sous-marins équipés de sous-marins nains pour l'attaque sur Pearl Harbor. Hashimoto n'est pas convaincu par les engins mais assistent pourtant à leur départ, avant le raid aérien sur la base américaine.

L'I-24 repart en patrouille devant les îles Hawaï en janvier 1942. Après avoir canonné Midway, le commandant est blessé quand les vitres de la "baignoire" du sous-marin sont brisées par une mer particulièrement agitée. Hashimoto raconte comment les sous-marins ont joué un rôle important dans le repérage du Prince of Wales et du Repulse, coulés ensuite par l'aviation japonaise. Il décrit aussi l'équipement des sous-marins avec des hydravions embarqués, qui sont utilisés pour attaquer très ponctuellement le territoire américain avec des bombes incendiaires en 1942.

Pour les sous-marins japonais, en raison des caractéristiques de leurs pièces, les bombardements au canon sont assez risqués et s'effectuent souvent de nuit. Les sous-mariniers ont d'ailleurs énormément de mal à couler avec leurs pièces les bâtiments endommagés, notamment les pétroliers. C'est que les sous-marins japonais sont destinés avant tout à la lutte contre la flotte de guerre ennemie, non ses bâtiments de commerce. Quelques sous-marins japonais seulement opèrent donc contre la flotte commerciale au large des Etats-Unis ou dans l'océan Indien. A partir de 1942, quelques sous-marins japonais, dont l'I-8, réussissent aussi à gagner l'Europe et à revenir en Asie pour réaliser un lien symbolique avec l'allié allemand.

A Midway, l'I-168 parvient à achever le porte-avions américain Yorktown, endommagé. A Guadalcanal, les sous-marins parviennent à couler quelques bâtiments de guerre (dont le porte-avions Wasp) mais les pertes sont très lourdes : 25 navires perdus. En juillet 1942, Hashimoto prend la commandement du RO-31 et participe ensuite à la mission désormais dévolue aux sous-marins japonais : le ravitaillement des troupes à Guadalcanal. Il continue ensuite la même mission, notamment pour la garnison de Rabaul, encerclée, jusqu'en janvier 1944, sous les raids aériens et à travers la domination maritime de plus en plus forte des Américains. Hashimoto prend le commandement du RO-44 et assiste également aux raids aériens sur Truk en février 1944 ; il n'attaque pas un destroyer lors d'un voyage, pour respecter les ordres, ce qu'il regrette amèrement.

Hashimoto a également eu l'occasion précédemment d'opérer dans le Grand Nord : il y a commandé l'I-158, un des premiers sous-marins japonais équipés de radar. Les pertes sont également lourdes, malgré le succès de l'évacuation de Kiska en juin 1943. Hashimoto souligne combien les installations et bases de sous-marins étaient précaire, négligées et mal protégées. Les pertes sont encore lourdes aux Gilbert, au Marshall et aux Mariannes, mais les sous-marins équipés de radars s'en sortent mieux que les autres, notamment face aux coups de l'aviation. Hashimoto raconte comment il doit se battre contre la hiérarchie pour installer un radar sur le RO-44, en novembre-décembre 1943. Le récepteur a d'ailleurs été fourni...par les Allemands. En mai 1944, Hashimoto reçoit le commandement du I-58 : il forme l'équipage à l'utilisation du radar et essaie d'obtenir du personnel qualifié.

En novembre 1944, les Japonais commencent à équiper des sous-marins pour embarquer les Kaitens, les torpilles humaines. Le I-58 est du nombre. Il mène une première mission avec ses Kaitens contre Guam, en janvier 1945. Les résultats sont peu concluants. En revanche, la mission souligne les défaillances du radar et l'I-58 en reçoit un plus performant. En mars 1945, le I-58 fait partie d'une autre vagues de porte-Kaitens lancée contre la flotte américaine stationnant devant Iwo Jima. Puis le I-58 gagne les parages d'Okinawa, cible du prochain débarquement. Mais dès le 14 avril, il reçoit l'ordre de rentrer au Japon. Les sous-marins nippons sont victimes d'une véritable hécatombe.

Hashimoto évoque également les sous-marins de la classe I-400, conçus dès 1942 pour embarquer 3 bombarders-torpilleurs, et qui ne seront au final d'aucune utilité au Japon. Le 16 juillet 1945, l'I-58 repart en chasse ; sur la route Leyte-Guam, il lance des Kaitens sur un pétrolier. Le sous-marin repère, dans la nuit du 29 au 30 juillet, l'Indianapolis, qu'Hashimoto prend pour un cuirassé de la classe Idaho. Après le torpillage, le commandant apprend les destructions infligées à Hiroshima par une seule bombe. Le 10 et le 12 août, l'I-58 lance encore des Kaitens. Le 15 août, Hashimoto reste incrédule devant le message radio annonçant la capitulation. C'est au retour à Kuré qu'il se décide à accepter la réalité.

Fukutome, ancien chef d'état-major de la Flotte Combinée, signe la conclusion. Il rappelle que l'échec des sous-marins nains à Pearl Harbor ébranle la confiance du haut-commandement dans les sous-marins. L'amira Suetsugu avait conçu dans l'entre-deux-guerres la "guerre d'usure" pour les sous-marins japonais : afin de compenser l'infériorité en tonnage de la flotte de guerre nipponne, les submersibles devaient attaquer et couler les bâtiments de guerre américains dans le Pacifique. Mais les Japonais ont gravement sous-estimé aussi les sous-marins américains, qui ont ruiné sa flotte de commerce et également sa marine de guerre, en coulant de nombreux bâtiments. Les sous-marins japonais étaient inférieurs sur le plan de la construction et de l'armement.


David P. CHANDLER, The Tragedy of Cambodian History. Politics, War and Revolution since 1945, Yale University Press, 1993, 396 p.

David P. Chandler est un historien américain considéré comme l'un des spécialistes occidentaux de l'histoire contemporaine du Cambodge. Il est aujourd'hui professeur émérite à l'université de Monash, en Australie.

Ce livre a été commencé en 1960, alors que Chandler lui-même se trouvait à Phnom Penh. En 1985, Chandler décide de prolonger un livre précédent qui s'arrête à l'indépendance du Cambodge. La période traitée dans ce livre-ci stoppe en 1979 car à partir de l'invasion viêtnamienne, le pays devient inaccessible ou presque et son histoire plus difficile à traiter. Chandler revient néanmoins sur les derniers événements de 1992-1993, notamment l'installation d'un contingent de l'ONU au Cambodge à ce moment-là.

Chandler, comme il le rappelle dans son introduction, vise à comprendre comment le Cambodge en est venu à être contrôlé par le Parti Communiste du Kampuchéa, responsable d'un génocide sans nom entre 1975 et 1979 et d'une guerre avec le Viêtnam réunifié. Coincé entre la Thaïlande et le Viêtnam, le Cambodge aurait pu connaître, entre 1947 et 1958, une amorce de monarchie constitutionnelle et de démocratie. Sihanouk, Lon Nol et Pol Pot incarnent au contraire la persistance d'un régime autocratique, nourri aussi de la vision inculquée par le colonisateur français de la grandeur passée du Cambodge. Le coup de force japonais de mars 1945, en donnant au pays l'indépendance, constitue un premier tournant. En 1951, l'ancêtre du PCK est fondé. En 1955, Sihanouk abdique pour fonder un parti politique qui remporte les élections. Il choisit ensuite, à partir de 1963, de rompre progressivement avec les Etats-Unis. En 1967-1968, l'opposition intérieure et la présence des communistes viêtnamiens dans le pays sont une sérieuse menace pour son pouvoir ; les communistes cambodgiens se déchirent entre ceux resté sur place et les exilés au Nord-Viêtnam de 1955, qui reviennent au pays. Le coup d'Etat de mars 1970 précipite le pays dans la guerre du Viêtnam. En avril 1975, les Khmers Rouges emportent la capitale ; deux ans plus tard, ils commencent les raids sur le Viêtnam. En 1978, le régime est au bord de l'effondrement : les Viêtnamiens entrent à Phnom Penh en janvier 1979.


mercredi 18 mars 2015

Volontaires étrangers de l'insurrection syrienne. 13/Les Tunisiens

Des septembre 2012, des informations font état de la mort de Tunisiens combattant aux côtés du bataillon al-Furqan, un groupe armé de la province d'Idlib qui combat aux côtés du front al-Nosra1. En mars 2013, les autorités tunisiennes estiment que 40% des combattants étrangers de l'insurrection syrienne sont tunisiens2. Les deux-tiers combattraient au sein d'al-Nosra (la branche « officielle » d'al-Qaïda en Syrie, en conflit avec l'Etat Islamique). La plupart des djihadistes tunisiens seraient alors originaires de la ville de Ben Gardane, au sud de Tunis. La ville est située dans la province de Médenine, à la frontière avec la Libye. Le Qatar alimenterait en argent des organisations non-gouvernementales tunisiennes pour procéder au recrutement, offrant jusqu'à 3 000 dollars par personne. Les combattants sont regroupés et entraînés dans des camps situés dans le triangle désertique entre la Libye, la Tunisie et l'Algérie, acheminés jusqu'en Turquie puis insérés en Syrie. Les groupes djihadistes libyens ont établi des camps d'entraînement dans la province de Ghadames, à moins de 70 km de la frontière tunisienne. Les volontaires complètent leur entraînement militaire pendant 20 jours3 dans la province de Zawiyah, puis gagnent le port de Brega pour Istanbul, avant de finir à la frontière syrienne. Certains combattants tunisiens entrent aussi par le Liban, en particulier s'ils doivent gagner Damas ou ses environs ; quand c'est Alep ou d'autres villes du nord, ils passent par la Turquie.

samedi 14 mars 2015

La fabrique du héros : Abou Azrael, le champion de Kataib al-Imam Ali

Alors que Kataib al-Imam Ali pleure l'un de ses commandants militaires, Abou Hassanein, Heidari, mort en « martyr » pendant l'offensive sur Tikrit, un autre combattant de la milice chiite devient de semaine en semaine une vitrine du groupe : Abou Azrael1.

Depuis quelques jours, les articles de presse de grands quotidiens occidentaux (comme le Daily Mail2) se multiplient à propos de ce personnage emblématique de la milice chiite irakienne Kataib al-Imam Ali, en première ligne de l'offensive pour reprendre Tikrit à l'Etat Islamique. Cette visibilité explique sans doute, d'ailleurs, l'intérêt que lui porte la presse. On apprend dans ces articles que « le père de l'ange de la mort » (traduction de son nom de guerre Abou Azrael) est un ancien professeur d'université de 40 ans, qui a quitté son travail en juin 2014 pour rejoindre cette milice nouvellement formée après la chute de Mossoul. Abou Azrael, un barbu au crâne chauve, pose fièrement sur une photo de Kataib al-Imam Ali avec un M4 dans une main et une hachette dans l'autre. Adepte des selfies et des courtes vidéos lui et ses camarades se reposant après les combats, Abou Azrael est également doté d'un certain sens de l'humour. On le voit ainsi se moquer des combattants de l'Etat Islamique en utilisant un talkie-walkie pris sur l'adversaire. Un certain nombre de mythes entoure donc déjà le personnage et sont repris par la presse occidentale : Abou Azrael serait le champion de taekwondo irakien (!), chose qui n'a jamais été confirmée. Il adore les lions : il apparaît sur une affiche avec cet animal et une photo le montre en train de photographier lui-même un lion en cage. Comme beaucoup de miliciens ou autres combattants irréguliers des conflits syrien ou irakien, Abou Azrael cherche en fait à faire partager sa vie de soldat sur les réseaux sociaux. D'ailleurs un spécialiste comme Phillip Smyth, qui travaille sur les combattants chiites en Syrie et en Irak, doute fortement du « background » universitaire d'Abou Azrael, soldat mis en avant par Kataib al-Imam Ali à des fins de propagande, en raison de son engagement intensif dans l'offensive sur Tikrit3.

mardi 10 mars 2015

Kataib al-Imam Ali et l'offensive sur Tikrit (mars 2015)

Comme de nombreuses autres milices chiites irakiennes pro-iraniennes (Saraya al-Khorasani, etc), Kataib al-Imam Ali participe à l'offensive sur Tikrit lancée à l'initiative de l'armée irakienne (27 000 hommes engagés) mais où les milices tiennent un rôle phare -avec les unités de mobilisation populaires chiites, intégrées de fait dans l'armée depuis juin 20141. Ce conglomérat de forces opère cette fois sans le soutien aérien américain ou de la coalition, comme cela a été le cas pour toute présence chiite côté irakien. Ce sont les Iraniens qui travaillent étroitement avec les milices populaires ou leurs milices tremplins en Irak, fournissant un appui d'artillerie et autre. Le général Qassem Soleimani, le chef de la force spéciale al-Qods des Pasdarans (les Gardiens de la Révolution), a d'ailleurs été vu sur la ligne de front de Tikrit aux côtés de certains responsables de milices chiites. La bataille de Tikrit est en quelque sorte un test pour voir si l'armée irakienne et ses alliés de circonstance sont capables de reprendre une grande ville sunnite à l'Etat Islamique.

Carte de la situation à Tikrit. Le deuxième logo "Militia", à peine lisible, semble représenter Kataib al-Imam Ali, qui opèrerait donc à la fois à l'est et à l'ouest de la ville.

Comme souvent dans le cas des groupes armés impliqués dans les conflits irakien ou syrien, la page Facebook de Kataib al-Imam Ai a été supprimée au moment de l'offensive sur Tikrit pour être recréée quelques jours plus tard. Une première vidéo, publiée sur la page le 7 mars2, montre à la fois des convois de la brigade montant vers le front de Tikrit (avec le technical déjà aperçu, monté dans l'atelier du groupe que j'évoquais dans mon précédent billet, équipé d'une tourelle lourde avec mitrailleuse ; un Humvee sombre avec mitrailleuse DshK de 12,7 mm en tourelle ; de nombreux véhicules iraniens, dont des Safir) et un tir par un LRM Type 63 monté sur un Safir iranien, de nuit (au vu des images le groupe dispose au moins de 2 véhicules de ce type). On distingue également un camion léger embarquant sur la plate-forme arrière un canon antiaérien bitube ZU-23 de 23 mm pour le tir au sol.

Convoi montant vers le front. Un Humvee avec Douchka.

Convoi avec technicals et véhicules iraniens.

Un camion léger avec un bitube antiaérien ZU-23 en plate-forme arrière.

Safir équipés de LRM Type 63 faisant feu de nuit.

Un technical réalisé par l'atelier de la brigade, avec tourelle supérieure.


Le 8 mars, Kataib al-Imam Ali met en ligne sur sa page Facebook une photo d'un véhicule blindé BMP-1 aux couleurs du groupe3. En décembre 2014 déjà, on avait pu voir le bataillon composé de chrétiens de la brigade s'entraîner dans un camp au nord de Badgad avec des BMP-1 appartenant probablement à l'armée irakienne4. Puis, fin février 2015, une vidéo met en scène au moins un BMP-1 marqué cette fois-ci de l'emblème de la brigade. L'acquisition de BMP-1 marque un bond significatif par rapport aux technicals, Humvees et autres véhicules légers dont disposait Kataib al-Imam Ali depuis juin 2014. Le même jour, une nouvelle vidéo montre à nouveau des convois de véhicule de la brigade montant au front5. Un dirigeant du groupe parle devant une image de l'opération réalisée probablement par l'armée irakienne et où le drapeau irakien, de manière intéressante, a été recouvert par un emblème de la brigade. Dans cette même vidéo, on peut voir en action un mortier de 120 mm et à nouveau un LRM Type 63, cette fois-ci de jour.

Mortier de 120 mm en action.

Le Type 63 monté sur Safir ouvre le feu, de jour.

Un BMP-1 aux couleurs de la brigade. L'acquisition de véritables véhicules blindés pris sur l'armée irakienne marque une augmentation significative des capacités militaires du groupe.

Al-Zaydi parle devant un poster de l'offensive sur Tikrit, où le sigle irakien a été remplacé par un emblème de la brigade (!).


Le 9 mars, la page Facebook publie deux photos de Tikrit bombardées par l'artillerie. A noter la complexité croissante de la communication de Kataib al-Imam Ali : en plus de vidéos maintenant montées comme de véritables reportages de télévision, avec présentateur et effets spéciaux, l'utilisation de réseaux sociaux et autres sites de partage (chaîne Youtube, etc) est soigneusement contrôlée. Le groupe illustre ses communiqués sur Facebook par des images souvent répétées, qui n'en dévoilent pas beaucoup sur l'équipement du groupe, que l'on peut uniquement déterminer à partir des vidéos, le plus souvent. Ce même jour, le groupe annonce la parution du deuxième numéro de son journal, ce qui là encore montre la sophistication rampante de son appareil de propagande6. Il y a parfois des photos nouvelles, comme celle montrant des pick-up et au moins 3 Humvees à tourelle7.


Deux photos de Tikrit sous les bombardements.

Extrait du deuxième numéro du journal de la Brigade.

Une nouvelle photo montrant, à l'arrière-plan, 3 Humvees à tourelle de couleur sombre.


Le 10 mars, le reporter attitré de Kataib al-Imam Ali intervient dans un long reportage auprès des combattants de la brigade participant à l'offensive sur Tikrit8. Il commence son explication devant le camion léger sombre déjà aperçu armé d'un bitube antiaérien de 23 mm en plate-forme arrière. On aperçoit sur les premières images un porte-char transportant un véhicule blindé M113, peint en couleur sombre, ce qui signifie là encore probablement qu'il a été récupéré sur la brigade des stocks de l'armée irakienne. Le camion avec bitube de 23 mm arbore un drapeau sur lequel on reconnaît, à gauche, un personnage qui est peut-être Abbas. Dans la suite du reportage, on peut de nouveau voir les Safir et Humvee de la brigade. Le reporter interviewe successivement les responsables de la logistique (avec images de fabrication de rations pour les combattants) et des miliciens. L'un d'entre eux a attaché un foulard rouge à son M-16, en référence à la couleur arborée par Abbas, le demi-frère de l'imam Ali, vénéré par les chiites pour son rôle dans la bataille de Kerbala. On distingue ensuite les Safir armés de LRM Type 63, lesquels sont d'ailleurs utilisés ensuite pour un pilonnage nocturne des positions de l'Etat Islamique, avec encore une fois un mortier de 120 mm.

Le camion bitube AA de 23 mm.

Humvees, et véhicules iraniens.

De la nourriture pour les combattants au front.

Interview des cuistots.

Deux combattants armés de mitrailleuses PK soviétiques (à gauche et à droite) et deux autres armés de M16 américans ou leurs copies iraniennes. Celui qui parle au micro a attaché un foulard rouge à son arme.

Safir avec Type 63.

Toujours le Safir vu de l'arrière.


Le Type 63 ouvre le feu presque à l'horizontale : l'objectif est proche.




Début du reportage devant le bitube de 23 mm.

Un porte-chars avec un véhicule blindé M113 de construction américaine. La brigade l'a probablement obtenu de l'armée irakienne.




dimanche 8 mars 2015

Stéphane FRANCOIS, Les mystères du nazisme. Aux sources d'un fantasme contemporain, Paris, PUF, 2015, 196 p.

Il y a un peu moins de dix ans, Stéphane François, chercheur spécialisé dans l'étude des droites radicales, publiait un ouvrage consacré au mythe de l'ésotérisme et de l'occultisme nazi, que j'ai commenté sur le blog.

Ce petit volume vise en quelque sorte à actualiser le propos. Le champ d'études a été délaissé par les universitaires, soucieux de ne pas fréquenter un sujet "chausse-trappes", et investi par conséquent par une myriade d'auteurs plus ou moins sérieux. Car Stéphane François montre en réalité que l'occultisme nazi n'existe pas : c'est bien un mythe. Tout commence avec Le Matin des Magiciens, en 1960, qui ouvre le registre de "l'histoire mystérieuse". On réécrit l'histoire des hommes et des civilisations sous un aspect fantastique. Le phénomène touche le grand public avec la revue Planète, inaugurée en 1961, et des collections bon marché comme celle de J'ai Lu. Entre ésotérisme et occultisme, cette littérature se divise en plusieurs sous-courants. Néanmoins les partisans de l'occultisme nazi partagent souvent l'apologie du nazisme, un révisionnisme affiché et la mythologisation des dirigeants nazis. A cela se rajoute le bricolage anthropologique et  la dimension raciale. Il faut dire que les spéculations sur l'occultisme nazi sont nées dès l'époque du régime, ce qui explique que le thème se diffuse encore aujourd'hui facilement dans la culture de masse (films, jeux vidéos). Après une poussée dans les années 1960-70, le thème décline dans les années 1980 avant de rebondir dans les années 2000 avec l'avènement d'Internet et des nouvelles technologies.

samedi 7 mars 2015

Historicoblog (3) sur les réseaux sociaux

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vendredi 6 mars 2015

Alex J. KAY, Jeff RUTHERFORD et David STAHEL (dir.), Nazi Policy on the Eastern Front, 1941. Total War, Genocide and Radicalization, University of Rochester Press, 2012, 359 p.

Comme le rappelle Christian Streit dans l'avant-propos de cet ouvrage collectif, la guerre germano-soviétique, avant même son déclenchement, a été pensée, dans le premier semestre 1941, comme une guerre différente par les nazis, soutenus par l'armée, la police et l'administration. Les articles réunis dans ce volume aident à comprendre le processus de radicalisation allemand, qui a été appliqué parfois au-delà de ce qui avait été prévu dans les mesures initiales, par les exécutants eux-mêmes.

L'année 1941 marque assurément un tournant pour le IIIème Reich, ainsi que le soulignent les trois directeurs de l'ouvrage dans leur introduction. Le processus de radicalisation est déjà à l'oeuvre avec la conquête de la Grèce et de la Yougoslavie, mais il est appliqué à une échelle sans précédent contre l'URSS. L'extermination des Juifs soviétiques et la décimation de la population de l'URSS conduisent in fine à la Solution Finale. L'ampleur de la campagne à l'est met sous pression l'économie allemande. L'entrée en guerre du Japon conduit Hitler à déclarer la guerre aux Etats-Unis. Si les Allemands ont fait preuve de brutalité lors des campagnes de Pologne et de France, celles-ci sont restées limitées. Rien à voir avec l'opération Barbarossa, qui cible les Juifs, les communistes, plus largement une bonne partie de la population soviétique. Les ordres draconiens sont appliqués parfois avec zèle par les exécutants. Les prisonniers de guerre et la population urbaine de l'URSS souffriront particulièrement de la guerre idéologique et du pillage généralisé entrepris par les Allemands. Paradoxalement, le front de l'est, qui devient le front principal de la Seconde Guerre mondiale au moins à lui seul jusqu'en 1943, n'a pas été bien couvert par l'historiographie anglo-saxonne, détournée par les récits allemands des mémorialistes. Contrairement aux historiens allemands, qui commencent à réviser leurs postulats dès les années 1960-1970, les travaux anglo-saxons restent peu nombreux jusqu'aux années 1990 (Dalling ; Reitlinger ; puis Bartov, Mulligan, Schulte). Les historiens allemands sont donc en avance, mais négligent néanmoins la dimension proprement militaire du conflit ; ce sont les Anglo-Saxons, cette fois-ci, qui la font progresser en révisant le côté soviétique, et non allemand, sur lequel il reste manifestement beaucoup à faire. Les Allemands, en revanche, ont méthodiquement travaillé la guerre totale, reprise de l'idée de Lüdendorff, qu'a été l'opération Barbarossa, dans ses aspects idéologiques, économiques, politiques (Gerlach, Hartmann, Hürter, Pohl...). Malheureusement leurs travaux sont souvent uniquement accessibles dans la langue de Goethe. Le présent volume se veut donc une passerelle en anglais sur ces travaux récents. A travers 11 articles, cet ouvrage collectif cherche à faire le point sur la recherche internationale sur l'occupation violente et idéologique de l'URSS pendant l'opération Barbarossa.