lundi 25 juillet 2016

Mourir pour le califat 31/Ensuite ce sera pour eux une source de regret, ensuite ils vaincront-Wilayat Halab

Merci à https://twitter.com/green_lemonnn et https://twitter.com/MathieuMorant

Titre : Ensuite ce sera pour eux une source de regret, ensuite ils vaincront.

Durée : 34 minutes 51 secondes.

Lieu(x) : le 1er SVBIED qui explose dans la vidéo intervient à Doudian, à 10 km au nord de la fameuse localité de Dabiq, et à 4 km seulement au sud de la frontière turque. Le 3ème kamikaze identifié se jette sur des positions des rebelles à Baghidiyn, à 2,5 km au nord-est de Doudian, à 1 km de la frontière turque. Le 4ème kamikaze identifié se jette sur des positions rebelles à Dahlat, à environ 5 km au nord-ouest de Doudian. Le 5ème kamikaze identifié opère à Mazra, à 5 km à l'ouest de Doudian. Les combats contre le régime de la vidéo ont lieu dans le secteur de Khanasser. Ceux contre les Kurdes près de Manbij.

Date (sûre par recoupement ou estimée) : les images du butin sur le front de Khanasser correspondent aux photos mises en ligne par l'EI après la bataille du 15-16 avril. On peut supposer que les images des rebelles syriens datent environ du même moment, soit 3 mois environ avant la mise en ligne de la vidéo.

Type de vidéo : c'est un montage complexe, alternant images d'offensives et images prises à l'ennemi ou incrustées à partir de sources extérieures (télévision, etc).

Découpage (séquences) :

1 : 17"-35", carte des provinces de l'EI, images d'archives.
2 : 35"-4'12", discours du kamikaze Abu Anas Al Babi, aperçu de nombreux SVBIED, explosion de l'un d'entre eux à Doudian.
3 : 4'13"-8'07, intervention de SVBIED à Doudian et dans les villages alentours.
4 : 8'07"-13'22", images prises aux rebelles syriens et insertion de séquences télévisées, combats à Khanasser contre le régime syrien.
5 : 13'22"-16'50", combats contre le régime syrien.
6 : 16'50"- 26'15", images prises aux rebelles syriens, combats contre le régime à Khanasser.
7 : 26'15"-32'49", combats à Manbij contre les Kurdes.
8 : 32'49"-34'51", le butin matériel.

dimanche 24 juillet 2016

Valeriy ZAMULIN et Stuart BRITTON, The Battle of Kursk 1943. The View through the Camera Lens, Helion&Company, 2014, 475 p.

Valeriy Zamulin est un historien russe spécialiste de la bataille de Koursk, sur laquelle il travaille depuis 1996. C'est lui qui en 2002 a publié les premières données inédites sur la bataille de Prokhorovka, qui contredisait la version traditionnelle de la bataille. Il travaille aujourd'hui à l'université d'Etat de Koursk.

Cet ouvrage-ci est en quelque sorte le complément à un précédent, paru en 2011, également traduit par Stuart Britton pour les éditions Helion et qui se focalisait sur la bataille de Prokhorovka (je l'ai lu mais il me reste à le commenter en détails ici). Imposant, il s'agit en fait d'un album photo commenté sur la bataille de Koursk. C'est le résultat d'un travail de plus de 20 ans de l'historien pour retrouver des photos pertinentes bien associées à la bataille. Comme le rappelle Zamulin, la lenteur du travail vient aussi de l'identification certaine des photographies avec la bataille de Koursk : dans les lieux d'archives russes, les photographies n'avaient parfois pas été classées correctement, et par ailleurs le secret durant le conflit empêchait les descriptions détaillées et même la mention du lieu où avait été pris la photo. Sans compter parfois que les équipes d'archivistes ne comprennent pas forcément d'historien militaire ou de spécialiste de la chose.

L'ensemble de plus de 500 photos dénichées par Zamulin est réparti en 5 parties : la première illustre la formation du saillant de Koursk et les préparatifs défensifs des Soviétiques, la deuxième la bataille sur le côté nord du saillant, la troisième la bataille sur le versant sud, la quatrième la contre-offensive soviétique dans la saillant d'Orel (opération Koutouzov) et la dernière la contre-offensive autour de Bielgorod et Kharkov (opération Roumantsiev). C'est donc la définition soviétique de la bataille qui est adoptée, avec un focus intéressant sur les prolégomènes, la formation du saillant et les préparatifs défensifs. Il n'y a pas que des clichés soviétiques puisque Zamulin a également inclus des photos allemandes capturées par l'Armée Rouge.

Le bref texte qui précède chaque partie (5-6 pages en moyenne) ne contient rien d'original par rapport aux travaux de Zamulin. La perspective est plutôt soviétique et on n'apprendra rien de neuf ici. Le point fort du livre, ce sont évidemment les clichés, qui ne sont pas limités à la guerre terrestre puisqu'ils présentent aussi la dimension aérienne. L'immense majorité des photos est effectivement inédite, ce qui fait la force du volume. On peut regretter parfois que la légende ne soit pas plus détaillée (Zamulin aurait pu par exemple retrouver l'unité allemande dont on voit l'emblème sur le camion de la photo p.24). Certaines identifications de matériels laissent parfois songeur (Pak 40 allemand ou plutôt Pak 38 p.25 ?). Parfois Zamulin n'identifie pas les armes visibles sur les photos, comme le PTRD p.42 ou les véhicules allemands p.54-55. Mais il y a aussi des photos uniques comme celle de ce train blindé soviétique p.76. ou celles de la destruction d'un bunker allemand p.110. V. Zamulin fait bien la distinction également entre photos "posées" pour la propagande et photos plus spontanées, prises sur le vif. La deuxième partie comprend de nombreuses photos des combats à Ponyri. A noter aussi la présence notable des femmes soldats soviétiques sur les clichés. Le volet de cartes au milieu du livre aurait mérité des légendes détaillées. On remarque par contre la présence de caricatures soviétiques parmi les clichés, ce qui est intéressant.

Malgré ses quelques légers défauts, et au vu du contenu, cet album photo commenté de V. Zamulin s'adresse surtout aux passionnés du front de l'est qui souhaitent enrichir leur collection "en images" sur la bataille de Koursk.

mercredi 13 juillet 2016

Amable SABLON DU CORAIL, 1515 Marignan, L'histoire en batailles, Paris, Tallandier, 2015, 510 p.

13-14 septembre 1515 : l'armée française du roi François Ier défait les Suisses, considérés comme la meilleure infanterie d'Europe, après un combat sanglant où les tués l'ont été pour l'essentiel dans la mêlée. Marignan conclut une campagne de 3 mois et a bien failli ne pas avoir lieu. Le succès donne la gloire, orchestrée par la propagande royale, à François Ier : la bataille devient une date clé du roman national. Elle devient ensuite le symbole d'une histoire-bataille vide de sens. Outre qu'elle marque aussi un point de repère pour séparer la période médiévale de la période moderne, Marignan est pourtant très importante dans l'histoire suisse : la Confédération abandonne ses rêves de grandeur et entre dans l'orbite française. Marignan n'est pas le symbole, pour l'auteur, de la révolution militaire que l'on voit se dessiner durant les guerres d'Italie : bien au contraire, c'est le crépuscule de deux types de combattants : le fantassin suisse et l'homme d'armes français. La bataille a peu intéressé les historiens militaires. C'est pourquoi Amable Sablon du Corail tente d'en proposer une histoire globale, et pas seulement bataille. Avec ce gros volume pour la collection L'histoire en batailles (plus de 380 pages de textes, sans compter les annexes, les notes, la bibliographie), on peut dire que le pari est réussi.

L'ouvrage se décompose en 14 chapitres. Le premier pose le cadre général des deux adversaires, le royaume de France et la confédération suisse. François Ier hérite en 1515 d'un royaume qui bénéficie d'un véritable âge d'or : modération fiscale du souverain, concorde entre le roi et sa noblesse, ce qui favorise l'aventure italienne. La Confédération, quant à elle, naît de la rencontre de trois aires différentes, avec espaces urbains et ruraux, qui cherchent à se débarrasser de la tutelle féodale, de l'Empire notamment. Délivré des Habsbourg à la fin du XIVème siècle, les Suisses entament une expansion seulement freinée par les dissensions internes. Les guerres de Bourgogne contre Charles le Téméraire en font un acteur incontournable. Mais les 13 cantons suisses n'ont pas de cohérence : ils n'ont pas tous la même organisation politique. C'est une nation sans Etat, soudée par les victoires sur le champ de bataille.

A quoi tient la supériorité militaire suisse avec ses fantassins ? A la survivance d'une forme de milice communale, rurale ou urbaine. La société suisse a encore du mal à canaliser une violence, la force physique déterminant souvent la place de l'individu dans le groupe. Le combattant suisse se déchaîne sur le champ de bataille ce qui donne naissance à une triste réputation de férocité. Le fantassin suisse est équipé d'une hallebarde, puis de plus en plus d'une pique, avec une épée longue et une dague, quasiment sans protection individuelle. Il n'y a pas d'entraînement : les combattants suisses se forment dans un cadre privé, et se battent avec leurs proches, ce qui renforce l'esprit de corps. La discipline est inexistante : les Suisses chargent frontalement et c'est quasiment tout. Les cantons ne peuvent empêcher, à chaque guerre, le départ de volontaires (Freiknechten) qui combattent pour leur compte et suivent les troupes. Ils ne peuvent financer longtemps l'effort de guerre : l'armée se dissout vite quand elle n'est plus payée ou qu'elle n'a plus rien à manger, d'où la recherche d'une bataille décisive.

L'armée française est à l'opposé. François Ier hérite de l'appareil forgé sous Charles VII pendant la fin de la guerre de Cent Ans : polyvalent, expérimenté, équilibré, avec deux atouts de poids, la cavalerie lourde des compagnies d'ordonnance et l'artillerie. Manque juste une infanterie comparable aux Suisses, que la France puise chez les mercenaires. Pendant longtemps le royaume est le seul à pouvoir entretenir une armée permanente. Les compagnies d'ordonnance sont devenues des unités de cavalerie lourde ou semi-lourde très marquées par la prépondérance aristocratique. La noblesse assure la formation de ces combattants. Très efficace, cette cavalerie revient pourtant cher au royaume alors que s'affirme la supériorité de l'artillerie et de l'infanterie. L'artillerie est devenue une spécialité française : à l'époque de Marignan, elle est en avance sur ses adversaires, tirant des boulets de fer ou de plomb. En revanche l'infanterie n'est pas de la même qualité : le royaume n'a pas su pérenniser l'institution des francs-archers. Pour pallier ce défaut, les rois, depuis Louis XI, recrutent des mercenaires : Suisses ou lansquenets du Saint-Empire. Leur présence ou leur absence expliquent souvent victoires ou défaites de la Frnace pendant les guerres d'Italie. Reste quand même l'efficacité des Gascons, infanterie légère spécialisée.

L'Italie est alors divisée, soumise à des acteurs rivaux, dont le Saint-Empire, la papauté et le royaume de France. Au royaume de Naples devenu aragonais s'oppose le duché de Milan, Venise, une superpuissance en déclin, Florence, la république terrassée et le pape, champion de l'indépendance italienne. C'est d'ailleurs lui qui crée la Ligue catholique, en 1511, contre la France, après avoir soutenu l'intervention de celle-ci en Italie, par peur de la puissance trop grande prise par le royaume. La fin du règne de Louis XII est marquée par les défaites, à Novare, et par la première invasion du royaume depuis la fin de la guerre de Cent Ans (les Suisses sont devant Dijon en 1513).

François Ier, qui n'a plus que Venise comme alliée, reprend à son compte les guerres d'Italie. Aspirant à la monarchie universelle, il prend lui-même la tête de l'armée. Les Suisses, quant à eux, sont grisés par leurs succès récents, mais ulcérés par le non-respect du traité signé avec la France en 1513. La sécurité des frontières garantie, François jette toutes les finances du royaume dans le recrutement de son armée, dont la moitié est composée de lansquenets.

Les Suisses sont travaillés par Matthaüs Schiner, prince-évêque de Sion, farouche adversaire des Français. Les Français, profitant des divisions entre familles aristocratiques, prennent pied à Gênes. Les Suisses envoient alors plus de 20 000 hommes dans le duché de Milan pour s'opposer à l'avance des Français qu'ils jugent imminente. Très vite, des problèmes de ravitaillement se posent aux Suisses. Surtout, François Ier réussit le franchissement des Alpes par surprise, prenant une route que les Suisses n'avaient pas envisagée.

Le 12 août 1515, dans un épisode illustrant la prépondérance des escarmouches, courses et autres embuscades dans les guerres d'Italie, les compagnies d'ordonnance françaises, bien renseignées par la population, tombent sur un parti milanais à Villafranca et capturent le capitaine général du duché, Prospero Colonna. Derniers feux d'une cavalerie de moins en moins faite pour ce genre de combats, les cavaliers se spécialisant avec les armes à feu et devenant plus légers.

Les Suisses ne peuvent financer longtemps l'effort de guerre. La défaite de Villafranca achève de sanctionner les divisions sur la stratégie à adopter. Une partie du corps de bataille rebrousse chemin, mettant à sac le duché de Milan pour subvenir à ses besoins. Les capitaines en campagne, qui reçoivent une délégation de pouvoirs assez importante, négocient avec le roi de France dès la fin août. Mais les cantons eux, sont hostiles à ces négociations et renvoient des troupes supplémentaires. Néanmoins le traité de Gallarate est signé le 8 septembre, alors que les Français ont pénétré dans le Milanais.

Il reste alors 30 à 40 000 Suisses en Italie. Les Vénitiens immobilisent les troupes espagnoles qui pourraient faire la jonction avec eux. Les Français contournent Milan par le sud. Le lendemain de la signature du traité de Gallarate, Schiner réussit à retourner la majorité des capitaines des cantons qui rejettent le traité. Un véritable putsch éclate à Milan et les contingents suisses se mettent en marche d'eux-mêmes pour aller affronter l'armée française, Schiner perdant le contrôle de sa manoeuvre.

L'armée française aligne 8 à 9 000 hommes dans les compagnies d'ordonnance, plus de 30 000 fantassins dont 23 000 lansquenets. Face à eux, 20 à 25 000 Suisses, manoeuvrant sur un terrain compartimenté. La première bataille suisse culbute l'avant-garde française du connétable de Bourbon, prise par surprise, et ce malgré l'intervention de l'artillerie. La bataille de François Ier arrive en renfort et les compagnies d'ordonnance chargent les flancs des Suisses, charges multiples et coûteuses, qui ne peuvent que les ralentir sans les repousser. A la nuit tombée, les Suisses ont marqué des points, mais hésitent sur la stratégie à suivre, alors que les Français peuvent se reposer et se reprendre. Ils creusent et aménagent des positions défensives, concentrent l'artillerie autour de deux grosses positions ainsi que les arbalétriers. Les trois colonnes suisses qui s'élancent sont brisées par les feux français : les lansquenets se hissent au niveau de leurs adversaires suisses. C'est une mêlée au corps-à-corps, à l'arme blanche, qui se transforme en boucherie car elle dure longtemps, ce qui est rare. Les Vénitiens arrivent pour la poursuite sur le champ de bataille.

Les Suisses sont poursuivis et pour partie taillés en pièces. Les Français prennent le Taureau d'Uri et la Vache d'Unterwald, deux des cors de guerre légendaire des cantons. Les Suisses ont sans doute perdu 8 000 tués, et les Français moitié moins. Pour les Suisses, cela représente 1% de la population, ce qui est énorme. Ce qui frappe c'est surtout que la plupart des tués l'ont été dans le corps-à-corps. François Ier met la main sur le duché de Milan : il a été adoubé sur le champ de bataille par Bayard, ce qui pour l'auteur est probablement authentique, bien que cela serve efficacement, aussi, la propagande royale. La victoire divise profondément les vaincus, les Suisses : la Confédération est au bord de l'implosion.

La paix vient après une ultime intervention de l'empereur et de ses alliés, qui se termine en fiasco. La victoire française tient aux capacités financières de la monarchie, dont les revenus permettent de mettre en ligne une armée puissante. Ce ne sera plus le cas à la fin des guerres d'Italie. Les Suisses ont perdu mais le plus étonnant est qu'ils aient presque failli gagner le 13 septembre au soir, ce qu'ils doivent à leur système militaire. Le fantassin suisse, comme l'homme d'armes français, se bat d'abord pour son honneur. Mais en réalité, les deux modèles militaires qui s'affrontent sont à bout de souffle, compagnies d'ordonnance françaises et infanterie suisse. La prépondérance française en Suisse après Marignan n'est pas exclusive.

Amable Sablon du Corail réalise bien, à travers ce livre, un essai d'histoire globale sur la bataille de Marignan, bien au-delà de la simple histoire-bataille, est qui bien présente, mais remise dans son contexte politique, social, culturel même. Après la lecture de ce livre, difficile désormais de seulement associer Marignan à la date 1515 et seulement cela. L'ensemble représente sans doute un des meilleurs volumes de la collection.

mardi 12 juillet 2016

Pierre BOUET, Rollon. Le chef viking qui fonda la Normandie, Paris, Tallandier, 2016, 220 p.

Pierre Bouet, maître de conférences honoraire à l'université de Caen, était un professeur de latin médiéval. Aujourd'hui à la retraite, et en tant que spécialiste des historiens normands et anglo-normands du milieu du Moyen Age, il se consacre à l'écriture. Son Hastings, déjà paru chez Tallandier, était une synthèse de bonne facture.

Ici, Pierre Bouet s'attaque à une figure de l'histoire normande : Rollon, le fondateur du duché de Normandie. Problème : les sources sont plus que ténues. Les chroniqueurs de l'Eglise qui rédigent après les faits sont très hostiles aux Vikings devenus Normands. L'historien doit surtout éplucher l'oeuvre de Dudon de Saint-Quentin, dont l'Histoire des Normands est une apologie de la dynastie, tout comme Guillaume de Jumièges qui le suit chronologiquement. Les traces archéologiques étant faibles, l'historien ne peut qu'utiliser d'autres sciences auxiliaires comme l'anthropologie et la toponymie.

C'est pourquoi le travail est plus une mise en contexte du personnage, sur lequel on sait finalement peu de choses, qu'une véritable biographie. Le premier chapitre explique le déroulement des raids vikings sur l'Occident, le monde des vikings, les causes de leurs attaques et leurs tactiques, ce qui occupe un bon tiers du livre. Dès la page 25 apparaît la première carte : le livre est illustré au fil du texte (comme avec les dessins des navires vikings p.39) ce qui est excellent.

Le deuxième chapitre tente de dresser les origines de Rollon. Pierre Bouet penche pour l'hypothèse norvégienne : Rollon aurait été le fils d'un puissant jarl de la région de Trondheim, proche du roi Harad à la Belle Chevelure, mais Rollon aurait été banni par le souverain. Né dans les années 850-860, le banni se serait réfugié dans les îles au nord de l'Angleterre, avant de passer sur celle-ci. Il aurait ensuite mené des expéditions en Frise et en Lotharingie avant de s'installer en Neustrie, en 876 selon Dudon, mais cette date pose des problèmes de cohérence avec d'autres sources : tout au plus sait-on qu'il y est présent assez tôt, il aurait participé au grand raid sur Paris de 885-888. Il aurait mis à sac la ville de Bayeux et trouvé sa femme "more danico", Popa. Après une expédition en Angleterre, il revient dévaster le centre de la France. C'est là que Rollon subit une sévère défaite, à Chartres.

Le traité de St-Clair sur Epte, qui donne naissance au duché de Normandie, est un processus plus complexe que ne le laisse paraître Dudon. Les deux camps sont épuisés : le roi Charles le Simple cherche surtout à fixer un chef de bande qui serait capable de contrôler ses semblabes, la manoeuvre est donc politique. Pour Pierre Bouet, ce ne sont pas tant les deux chefs que leurs dépendants qui ont poussé à un accord, de chaque côté. Les deux camps se connaissent bien : les Vikings de Rollon sont depuis longtemps présents en Neustrie et ils ne leur manquent plus, finalement, qu'une terre où s'installer. Le traité s'accompagne de la christianisation des Vikings, processus là encore compliqué. La colonisation se fait par vagues successives après le traité, avec aussi bien des Danois que des Norvégiens. La plupart sont en fait venus non de Scandinavie mais d'Angleterre, d'Irlande ou d'Ecosse où ils étaient déjà installés. Malgré la proximité avec l'archevêque de Rouen, la tradition nordique se maintient dans le droit de la mer, le droit pénal et le droit de la famille. La Normandie s'étend d'abord pour correspondre à la province écclésiastique de l'archevêché, ce qui est fait dès 933. Rollon installe un pouvoir fort qui est quasiment l'équivalent de celui du roi carolingien. Il est comte de Rouen, prince des Normands, avant de devenir marquis sous Louis IV et duc avec Hugues Capet. Rollon se veut le restaurateur de l'ordre public. Il procède au partage des terres, à la restauration des églises. Rollon meurt en 932-933 : son fils Guillaume Longue-Epée, qu'il avait associé au pouvoir, lui succède.

Dudon de Saint-Quentin réalise une oeuvre de commande : il faut réhabiliter l'image du Normand qui passe toujours pour un pirate. Dudon voit dans les Vikings le châtiment envoyé par Dieu pour l'impiété des Francs. En outre il se sert des procédés de la littérature antique. Aussi Dudon fait-il de Rollon un descendant des Troyens, comme c'est souvent la mode à l'époque dans les grandes familles dirigeantes ; il est élu de Dieu qui lui envoie des visions. Son baptême le transforme en bon chrétien. Son fils Guillaume intègre les Normands au christianisme. Richard Ier joue le rôle du martyr. Ainsi, par un chemin tortueux, les Vikings s'intègrèrent durablement au monde carolingien : le duché prospère jette les bases de l'expansion ultérieure.

lundi 11 juillet 2016

Pascal AIRAULT et Jean-Pierre BAT, Françafrique. Opérations secrètes et affaires d'Etat, Paris, Tallandier, 2016, 211 p.

Ce livre est la reprise de billets en ligne parus sur le site l'Opinion, dans le cadre d'une série baptisé "#Françafrique : derniers mystères". La reprise s'enrichit de 6 chapitres inédites. Ce travail est une collaboration entre un journaliste, Pascal Airault, et un archiviste paléographe, agrégé et docteur en histoire, Jean-Pierre Bat.

Le terme "Françafrique", utilisé pour la première fois par Félix Houphouët-Boigny, nouveau président de la Côte-d'Ivoire devenue indépendante, avait alors une connotation positive. Ce n'est que dans les années 1990, avec les travaux de F.-W. Verschave, qu'il prend une tournure négative. Derrière le mot, un homme : Foccart, qui chercha par tous les moyens à maintenir l'influence française en Afrique, dans ses anciennes colonies. Le travail des deux auteurs, à la croisée entre l'histoire contemporaine et l'histoire immédiate (et je rajouterai le journalisme) vise à démêler l'écheveau et les partis pris pour présenter des faits, à travers 26 "histoires".

Les deux auteurs, notamment Jean-Pierre Bat, n'en sont pas à leur coup d'essai sur le sujet (les références apparaissent en notes dès l'introduction), cela se sent. La sélection des 26 exemples est représentative, des plus connus comme l'enlèvement des chefs du FLN en 1956, aux moins connus comme l'empoisonnement de Félix Moumié en 1960 ou l'opération Mar Verde à Conakry en 1970. Un des chapitres les plus intéressants de mon point de vue, puisqu'il se rattache au petit ouvrage que j'avais écrit sur les guerres au Tchad, est l'assassinat à Paris du docteur Outel Bono, opposant tchadien du président Tombalbaye. En revanche le récit de la mort du commandant Galopin, qui suit, est peut-être un peu trop expédié. On retrouve l'affaire impliquant Jean-Paul Ney et ses comparses en Côte-d'Ivoire, en 2007. Je regrette par contre qu'il n'y ait pas de chapitre sur les liens entre la France et l'ex-président Hissène Habré, condamné à la prison à perpétuité au Sénégal en mai dernier.

L'ouvrage, bâti sur une série d'abord publiée en ligne, se dispense d'appareil critiques. Néanmoins des notes accompagnent l'introduction, chaque chapitre et la conclusion, où apparaissent quelques références. Les ouvrages de S. Smith, utilisés pour d'autres parties, ne sont heureusement pas utilisés pour le cas du Rwanda, où les auteurs préfèrent, et avec raison, G. Prunier. Sur la chute de Laurent Gbagbo en 2011, il n'y a malheureusement que le livre de J.-C. Notin... il faut dire que les ouvrages solides sur le sujet font défaut, comme souvent. En résumé, voilà un bon point de départ pour découvrir la Françafrique sous un angle "dépassionné", pour creuser ensuite  avec des références plus fournies. J'aurais préfèré pour ma part des exemples moins nombreux mais plus développés. Dommage peut-être que l'ensemble soit dépourvu d'illustrations (et même de cartes), ça aurait été un plus.

dimanche 10 juillet 2016

Tactiques militaires de l'EI-Synthèse 6

Cette synthèse n°6 confronte les informations recueillies avec le questionnaire sur les vidéos 26, 27, 28, 29 et 30 et dont les analyses ont été mises en ligne sur le blog.

Pour la première fois depuis que j'ai commencé à analyser les vidéos de propagande militaire de l'EI avec le questionnaire (début de l'année 2016), c'est le théâtre syrien qui domine dans l'échantillon et non plus l'Irak. Nous avons ici une vidéo de la wilayat al-Khayr (Deir-es-Zor), ainsi qu'une deuxième de la même wilayat qui reprend pour partie probablement des images des opérations de la première, et une vidéo de la wilayat Homs. La première vidéo montre les opérations tout autour de la poche du régime centrée sur l'aéroport militaire. La vidéo de Homs concerne les combats à Huwaysis et sur le champ gazier d'al-Shaer. En Irak, ce sont les wilayat Salahuddine et Ninive qui fournissent les 2 vidéos de l'échantillon. La vidéo de Salahuddine montre les opérations autour de Baiji. Il est vraisembable que la propagande de l'EI ait choisi délibérément de mettre l'accent sur ses opérations en Syrie, car la situation en Irak est moins bonne. La ville de Falloujah a été reconquise le 28 juin. Quelques jours plus tôt, l'EI était chassé des monts Makhoul, au nord/nord-est de Baiji, où le groupe avait maintenu une présence depuis la chute de la ville en octobre 2015, fournissant de nombreuses vidéos de propagande militaire à la wilayat Dijlah. En recul en Irak, l'EI conserve pourtant des capacités sur le théâtre syrien, où les choses semblent plus équilibrées, comme le montre cet échantillon.

Position prise à une unité de la mobilisation populaire-wilayat Salahuddine.


Celui-ci conserve encore un grand écart entre les opérations montrées et le moment de la mise en ligne sur Internet. Un bon mois sépare les opérations de la vidéo d'al-Khayr, d'avril à fin mai, de la publication. Pour Homs, il y a deux mois de distance (!) entre l'attaque à Huwaysis et sur le champ gazier d'al-Shaer, début mai 2016, et la mise en ligne de la vidéo début juillet. Il n'y a pas de recoupement pour les 3 autres vidéos mais on peut estimer que la durée moyenne de 3 semaines/1 mois de décalage est respectée. Cet aspect nous confirme si besoin l'était que ces vidéos sont toujours des montages de propagande, savamment mis en scène et qu'il faut donc prendre ces documents avec précaution, en multipliant les recoupements et visionnages pour ne rien manquer d'important.

samedi 9 juillet 2016

Mathieu GUIDERE, L'Etat Islamique en 100 questions, En 100 questions, Paris, Tallandier, 2016, 284 p.

L'idée semble bonne au départ : un spécialiste, professeur des universités, Mathieu Guidère, répondant en 100 questions pour expliquer ce qu'est l'Etat Islamique. Mais comme le montre le résultat, la tâche est plus ardue qu'il n'y paraît.

Précédée d'une carte un peu approximative sur le territoire contrôlé par l'EI en 2015 (p.8), l'introduction pose le cadre de l'ouvrage, où les questions sont découpées en 9 thèmes. On est étonné que lors de la comparaison entre les guerres de religion protestants/catholiques et la guerre actuelle entre sunnites et chiites au sein de l'islam, l'auteur place le schisme chrétien en 1054 (quel rapport avec les guerres de religion ?).

Dès la première partie, sur la nature et les origines de l'EI, on relève des inexactitudes. Dans la question 2, l'historique de l'intervention de l'Etat Islamique en Irak dans les débuts du conflit syrien est plus que confus, sans parler de la séparation entre l'EII et le front al-Nosra qui donne naissance à l'EIIL. Heureusement M. Guidère est meilleur ensuite : de façon surprenante, lors de la question portant sur la biographie d'al-Baghdadi, il présente mieux cette fois le même historique si confus précédemment ! Les questions relatives à l'histoire de l'islam sont bien traitées, preuve que l'historien maîtrise davantage ce sujet.

Dans la partie sur la propagande et le recrutement, l'auteur se concentre trop malheureusement sur les publications comme Dabiq et pas assez sur les autres supports (vidéos notamment). On peut douter que l'EI encourage ses combattants étrangers à s'entraîner "à l'aide de jeux de guerre vidéo" (p.89) : les camps d'entraînement en Syrie et en Irak tournent à plein régime, y compris pour les étrangers...

La partie 5 sur les Forces et modes opératoires est sans doute la plus faible. L'auteur explique p.129 que l'EI "n'a pas d'usines d'armement ni de production de munitions (...) ni d'ateliers de réparation du matériel militaire ni de développement de nouvelles armes". C'est faux : il suffit de voir les ateliers de fabrication de munitions découverts récemment à Falloujah après la reprise de la ville pour s'en convaincre. Les questions sur les tactiques et les principales batailles de l'EI manquent singulièrement de faits précis. La présentation de l'armée irakienne et de ses défaillances est particulièrement sommaire (p.140-142). Pour certaines questions, il est manifeste que M. Guidère emploie des sources de seconde main et n'a pas travaillé à la source, sur les documents de l'EI et sur les sources secondaires permettant de les exploiter. C'est sans doute la faille majeure du livre.

Les parties suivantes sont marquées par un certain nombre de répétitions (notamment sur le Yémen, qui semble particulièrement intéresser l'auteur). Il est dommage également que les quelques notes de bas de de page présentes renvoient systématiquement... à des travaux de M. Guidère. On aurait aimé trouver d'autres références en notes, car il y en a, et pas des moindres. Les mêmes approximations se retrouvent sur le nombre de Français partis en Syrie/Irak, dans la dernière partie, où l'auteur se contente des chiffres officiels en ignorant les travaux parus à ce sujet.

Bien que pourvu d'un glossaire (mais de trop peu de cartes : 3 seulement), l'ouvrage laisse le lecteur sur sa faim. Quelqu'un d'un tant soit peu averti n'y trouvera pas grand chose qu'il ne sache déjà ; pour le néophyte, le contenu du livre est handicapé par l'absence d'une bibliographie a minima, mais plus encore par le déséquilibre du livre. Si Mathieu Guidère maîtrise à l'évidence les questions relatives à l'histoire de l'islam, on ne peut en dire autant sur l'organisation Etat Islamique elle-même, comme le montre le cas de la dimension militaire. La faute sans doute à une approche basée sur des sources trop secondaires.

vendredi 8 juillet 2016

Mourir pour le califat 30/Nette victoire-Wilayat Homs

Merci à https://twitter.com/green_lemonnn et https://twitter.com/MathieuMorant
Titre : Nette victoire.

Durée : 24 minutes 35 secondes.

Lieu(x) : l'action se déroule pour partie sur le champ gazier d'al-Shaer, à 45 km au nord-ouest de Palmyre. D'autres séquences prennent place à Huwaysis, village à la frontière des wilayats Homs et Hama de l'EI, qui se situe à 25 km à l'ouest/sud-ouest du champ gazier.

Date (sûre par recoupement ou estimée) : une des séquences, à Huwaysis, où intervient le L-39 du régime, remonte au 3 mai dernier. La prise du champ gazier d'al-Shaer remonte au début mai 2016, les destructions sur site ayant eu lieu le 16 mai. Les images remontent donc à 2 mois (mise en ligne de la vidéo : 4 juillet).

Type de vidéo : c'est une vidéo d'offensive, l'EI déploie des moyens conséquents dans ses attaques.

Découpage (séquences) :

1 : 12"-3'24", introduction, images d'archives.
2 : 3'24"-5'09", discours d'un chef de nuit.
3 : 5'09"-7'34", pilonnage et début de l'attaque.
4 : 7'34"-8'44", attaque de nuit.
5 : 8'44"-12'21", butin, morts adverses, entrée dans le complexe gazier d'al-Shaer.
6 : 12'21"-15'51", combats à Huwaysis (début mai).
7 : 15'51"-16'17", discours du 1er kamikaze.
8 : 16'17"-16'46", explosion du 1er SVBIED.
9 : 16'46"-17'08", discours du 2ème kamikaze.
10 : 17'08"-18', explosion du 2ème SVBIED.
11 : 18'-18'42", hommage aux morts de l'EI.
12 : 18'42"-22'15", butin.
13 : 22'15"-24'35", discours d'un combattant et destruction des installations du champ gazier.

Mourir pour le califat 29/Ramadan, le mois du djihad-Wilayat Ninive

Merci à https://twitter.com/green_lemonnn et https://twitter.com/Arn_Del

Titre : Ramadan, le mois du djihad.

Durée : 15 minutes 34 secondes.

Lieu(x) : dans la wilayat Ninive, sans plus de précision.

Date (sûre par recoupement ou estimée) : sans doute 3 semaines au minimum avant la publication de la vidéo, voire plus.

Type de vidéo : c'est une vidéo d'attaque et de bombardement de positions adverses.

Découpage (séquences) : l'introduction dure 3 minutes 15 secondes. La première séquence dure 6 minutes 45 secondes. La deuxième séquence dure 4 minutes et 15 secondes. La dernière séquence dure environ 2 minutes 15 secondes.

jeudi 7 juillet 2016

Mourir pour le califat 28/Le ramadan dans l'ombre du califat-Wilayat al-Khayr

Merci à https://twitter.com/green_lemonnn et https://twitter.com/MathieuMorant

Titre : Le ramadan dans l'ombre du califat.

Durée : 11 minutes 12 secondes (les scènes de combat concernent seulement 4 minutes 40 secondes environ de la vidéo)

Lieu(x) : l'action se déroule dans la wilayat al-Khayr.

Date (sûre par recoupement ou estimée) : pas de date précise, probablement un mois environ avant la mise en ligne de la vidéo (3 juillet). Certaines images de la première séquence semblent correspondre à d'autres de la dernière vidéo militaire de la wilayat al-Khayr, et remontent probablement au mois de mai, soit un bon mois au moins avant la mise en ligne.

Type de vidéo : c'est une vidéo d'attaque et de pilonnage pour les deux séquences concernées.

Découpage (séquences) : la première séquence de combats est en tête de la vidéo (2 minutes 30 secondes). La seconde termine la vidéo (2 minutes 10 secondes).

mardi 28 juin 2016

Mourir pour le califat 27/Qui n'a jamais échappé à la guerre (2)-Wilayat Salahuddine

Merci à https://twitter.com/green_lemonnn et https://twitter.com/MathieuMorant

Titre : Qui n'a jamais échappé à la guerre (2).

Durée : 15 minutes 49 secondes.

Lieu(x) : l'action se déroule dans la wilayat Salahuddine de l'EI. La première séquence a lieu au nord de la ville de Baiji. La deuxième séquence se déroule aussi au nord de Baiji. La troisième séquence prend place au nord-est de Baiji pour le pilonnage et encore au nord de la ville pour l'assaut.

Date (sûre par recoupement ou estimée) : aucune date dans la vidéo, comme toujours, mais certaines images semblent correspondre à des reportages photos datant de plusieurs mois.

Type de vidéo : c'est une vidéo de raids et d'attaques brusquées, l'EI montre des opérations offensives d'ampleur limitée.

Découpage (séquences) : la présentation de la colonne mécanisée dure environ 1 minute. La première séquence de combats occupe 4 minutes environ. La deuxième séquence de combats s'étale sur 5 minutes et la dernière sur un peu moins de temps.

dimanche 19 juin 2016

Mourir pour le califat 26/Capturez-les et assiégez-les-Wilayat al-Khayr

Merci  à https://twitter.com/green_lemonnn et https://twitter.com/MathieuMorant

Titre : Capturez-les et assiégez-les

Durée : 16 minutes 25 secondes

Lieu(x) : la vidéo montre les combats menés par l'EI autour de l'aéroport de Deir-es-Zor et dans la ville elle-même. Les deux premières séquences de combat ont lieu à l'est de l'aéroport tenu par le régime, dans le secteur de Dughaym. Le 1er VBIED explose dans le périmètre de l'aéroport. La quatrième séquence montre les combats urbains dans le quartier de Tahtuh, au nord-ouest de l'aéroport, dans la ville de Deir-es-Zor. La cinquième séquence montre les combats au sud-ouest de Deir-es-Zor, près de la cité universitaire al-Fourat. Certaines images de cette séquence montreraient l'assaut sur une station essence à 11 km au sud-ouest de Deir-es-Zor. Le deuxième VBIED se jette sur la barrière du Panorama, à 6 km au sud-ouest de Deir-es-Zor. Il est possible que les images d'un cimetière à la fin de la cinquième séquence soient celles du cimetière arménien, à 13 km au sud-ouest de Deir-es-Zor. La sixième séquence se déroule dans le Jabal Tardah, à 5 km environ au sud de l'aéroport.

Date (sûre par recoupement ou estimée) : sur les deux premières séquences de combat à l'est de l'aéroport, l'une remonte au 7 avril 2016. La quatrième séquence avec les combats urbains à Tahtuh date du 6 mai 2016. Les tirs de missiles antichars de la cinquième séquence, au sud-ouest de Deir-es-Zor, ont lieu le 18 mai 2016. La chronologie semble donc respectée dans la vidéo, qui montre des opérations s'étalant sur deux mois (avril-mai).

Type de vidéo : c'est une vidéo d'offensives, l'EI montre ses attaques sur différents fronts de la poche tenue par le régime à Deir-es-Zor.

Découpage (séquences) : l'introduction dure environ 1 minute. La 1ère séquence de combats à l'est de l'aéroport dure environ 3 minutes. La 2ème séquence de combats à l'est de l'aéroport dure 2 minutes. Les tirs de canons durent 20 à 30 secondes. La 4ème séquence de combats urbains dure 2 minutes environ. La 5ème séquence de combats au sud-ouest de Deir-es-Zor occupe 3 minutes 30 secondes. La 6ème séquence de combats au sud de l'aéroport dure environ 4 minutes 30 secondes.

vendredi 17 juin 2016

Tactiques militaires de l'EI-Synthèse 5

La synthèse n°5 fait le bilan sur les vidéos 21 à 25 de la propagande militaire de l'EI analysées avec le questionnaire sur le blog.

Il y a toujours la même proportion entre les vidéos irakiennes et syriennes : 4 vidéos des wilayats irakiennes contre 1 seule syrienne. En Irak, pour une fois, nous avons 2 vidéos de la même wilayat : Falloujah. Cela peut se comprendre à la lumière de la bataille commencée fin mai par l'armée irakienne et les milices chiites. La première vidéo montre les combats au nord-ouest et au nord-est de la ville, et la seconde encore au nord-est. Les deux autres vidéos irakiennes sont celles de la wilayat Dijlah, qui met en ligne beaucoup de productions, et de la wilayat al-Anbar, un des bastions de l'EI. Pour la wilayat Dijlah, on est sur le front des monts Makhoul au nord de Baiji. A al-Anbar, les combats montrés ont lieu au nord de Ramadi et à l'ouest du lac Tharthar. En Syrie, il s'agit de la wilayat Halab que je traite pour la première fois depuis la mise au point du questionnaire. Les combats se déroulent dans le corridor d'Azaz, au nord d'Alep.

jeudi 16 juin 2016

Mourir pour le califat 25/Progrès de la bataille autour d'Azaz-Wilayat Halab

Merci à https://twitter.com/green_lemonnn et https://twitter.com/MathieuMorant

Titre : Progrès de la bataille autour d'Azaz.

Durée : 12 minutes 32 secondes

Lieu(x) : l'EI prépare l'attaque du début de la vidéo à l'aide d'un PC portable et d'une vue satellite. On peut voir sur l'image satellite un zoom sur Jarez, à 9 km à l'est/sud-est d'Azaz. On voit aussi Yahmoul, juste à l'ouest/nord-ouest de Jarez. L'EI commence par investir de nuit le village de Kafr Kalbin, à 5 km au sud-ouest de Jarez et à 5 km au sud-est d'Azaz. La bataille s'y développe en journée.



Date (sûre par recoupement ou estimée) : la vidéo a été mise en ligne début juin (autour du 4). L'offensive de l'EI qui a conduit à la prise de Kafr Kalbin date du 27 mai : pour une fois il y a donc un écart assez court entre la mise en ligne et les opérations montrées. L'EI a perdu le contrôle de la localité, reprise par les rebelles syriens, les 8-9 juin : il faut dire que l'avancée de l'EI coupait les rebelles à Mare de leur approvisionnement via la frontière turque, l'enjeu était donc de taille...

Type de vidéo : c'est une vidéo d'offensive, l'EI investit une localité, combat à l'intérieur et en chasse les défenseurs.

Découpage (séquences) : l'introduction dure environ 2 minutes. Le titre de la vidéo apparaît ensuite. Le début de l'offensive avec l'entrée dans Kafr Kalbin est montré pendant 3 minutes. L'intervention du VBIED, les combats de rues et la poursuite occupent 5 minutes. Le butin et les morts adverses sont montrés dans les deux dernières minutes.

mercredi 15 juin 2016

Mourir pour le califat 24/La détermination de Falloujah-Wilayat Falloujah

Titre : La détermination de Falloujah.

Durée : 13 minutes 47 secondes.

Lieu(x) : l'attaque du VBIED piloté par un Tadjik a lieu contre une caserne de l'armée à al-Karma, à environ 15 km au nord-est de Falloujah.

Date (sûre par recoupement ou estimée) : l'attaque d'un des VBIED remonte au 3 mars. La vidéo a été publiée début juin, ce sont donc des images anciennes qui datent de 3 mois et non de la bataille en cours à Falloujah.

Type de vidéo : c'est une vidéo montrant des raids de l'EI contre une position adverse.

Découpage (séquences) : l'introduction occupe les 45 premières secondes. Le titre de la vidéo apparaît ensuite. La première attaque tient les 7 premières minutes de la vidéo. La deuxième attaque, avec le butin et une petite conclusion, occupe les 6 dernières minutes.