vendredi 23 janvier 2015

Publication : Revue Historique des Armées n°276 (3ème trimestre 2014)

Le dernier numéro de la Revue Historique des Armées comprend le deuxième article que je signe pour cette publication, après un premier livré il y a deux ans et qui portait sur la guerre du Viêtnam. Ce deuxième article, sans doute plus abouti que le précédent, dérivé au départ d'un témoignage soviétique inédit rejeté par un magazine dont il ne faut pas prononcer le nom (!), est finalement devenu une approche synthétique, sur le plan de l'histoire militaire, à propos de la guerre de l'Ogaden (1977-1978), qui oppose deux pays africains en théorie membres du bloc socialiste, l'Ethiopie de Mengistu et la Somalie de Siad Barre. Les choses sont en réalité un peu plus compliquées. Ce qui est intéressant surtout, c'est l'intervention de l'URSS et de ses alliés (notamment cubains) dans le conflit, et le déploiement humain et matériel qui s'ensuit, dans le cadre d'un conflit conventionnel. Cette guerre a d'ailleurs été trop peu étudiée alors qu'elle recèle en réalité beaucoup d'enseignements sur les capacités de projection et de conseil militaire des Soviétiques et des Cubains dans cette décennie 1970 si particulière, à bien des égards. Bonne lecture.


mercredi 21 janvier 2015

Jean-Louis TRIAUD, Tchad 1900-1902. Une guerre franco-libyenne oubliée ? Une confrérie musulmane, la Sanusiyya, face à la France, Racines du Présent, Paris, L'Harmattan, 1987, 203 p.

Jean-Louis Triaud écrit ce livre suite à la découverte d'une quarantaine de lettres de la Sanusiyya, écrites entre 1898 et 1902. Des lettres qui montrent la vision très claire de l'adversaire français, de sa puissance, de ses intentions. Les Français, qui déclenchent une guerre qui durera 12 ans, chassent la confrérie dans son bastion de Libye orientale, fixant ainsi une partie des frontières du Tchad contemporain.

La Sanusiyya est une confrérie musulmane née en 1837 à La Mecque, créée par un Algérien exilé. C'est une structure lignagère, qui contrôle progressivement le commerce transsaharien entre la Cyrénaïque en Libye et le Ouaddaï, à l'est du Tchad. C'est pour cette raison qu'elle se heurte aux Français, mais aussi aux Anglais et aux Italiens, plus tard. La confrérie a une dimension mystique mais aussi missionnaire : elle s'implante bien dans les zones à faible encadrement politique et religieux. Mais elle a une installation sédentaire à travers les zawiya, véritables points fortifiés, entrepôts, lieux d'études et d'accueil. L'art de la guerre de la Sanusyya comprend d'ailleurs l'érection de fortifications. La confrérie arrive sur les bords du lac Tchad en même temps que les missions d'exploration françaises : la zawiya de Bir Alali est créée en 1899, un an avant la défaite du Soudanais Rabah devant les troupes françaises. Les deux camps s'observent, puis, en novembre 1901, les Français attaquent Bir Alali, ouvrant 12 années de guerre qui ne se terminent qu'avec la prise de la zawiya d'Aïn Galakka, près de Faya, en 1913, par le colonel Largeau. La Sanusiyya, à l'époque, est en pleine transition. Son centre de gravité se déplace au sud : le chef de la confrérie s'installe à Gouro, dans le Tibesti. Elle cherche à maintenir son alliance avec les Touaregs et avec les Awlad Suleyman, qui ont migré de Libye. Elle défait une première expédition française mal préparée, mais un second assaut à raison de Bir Alali en janvier 1902. La défaite aux Français va repousser la confrérie vers le nord et identifier la Sanusiyya à la Libye, ce que l'on verra contre les Italiens de Mussolini.

Le lieutenant-colonel Destenave, qui prend la suite de l'explorateur Emile Gentil, et qui arrive à Fort-Lamy en juillet 1901, liquide les derniers fils de Rabah et s'attaque à la Sanusiyya. Une première reconnaissance avec 200 tirailleurs et 25 spahis, contre Bir Alali, en novembre 1901, se heurte à la résistance sous-estimée de la confrérie. Humilié, Destenave constitue ensuite une colonne de 600 hommes qui repart à l'assaut le 20 janvier 1902. Le combat est sévère : les troupes françaises, en carré, se heurtent à des défenseurs (touaregs) postés en avant dans une tranchée camouflée, puis subissent des assauts au corps-à-corps. La zawiya est emportée, mais au prix de quelques dizaines de tués dont plusieurs officiers. Bir Alali se trouve certes au débouché de deux routes venant de Tripoli et Benghazi, mais l'agression française a surtout été motivée par la personnalité de Destenave et par des motifs de vengeance après l'échec de la première attaque. C'est pour justifier son action que Destenave fait traduire des lettres de la confrérie par Neigel, son interprète, et interroge un prisonnier survivant d'une caravane senoussiste prise en embuscade, Yusuf.

Ces lettres permettent de mieux connaître la Sanusyya. Elles mettent en avant Muhammad al-Mahdi, le fils du fondateur et chef de la confrérie, installé à Gouro depuis 1899. Ahmad al-Riffi est son homme de confiance. 6 autres personnages importantes apparaissent autour du chef. La route principale de la confrérie est l'axe Benghazi-Koufra-Abéché. Bir Alali est un poste avancé. La Sanusiyya tente de s'allier les Touaregs venus du Niger, qui sont très hostiles aux Français et qui font aussi de bons combattants. Ils font du renseignement pour la confrérie. Ils contrebalancent aussi les Awlad Sulayman, arabes nomades installés au Kanem depuis la Libye et qui sont déchirés par des querelles intestines. Depuis la mort de Rabah, la Sanusiyya tente de nouer des relations avec l'empire du Baguirmi et continue d'essayer de convertir les sociétés noires païennes. La Sanusiyya connaît bien les Français pour les avoir observés en Algérie et au Sahara, mais opte pour une prudente défensive, en fortifiant ses positions : elle manque d'armes et de soldats. La confrérie n'a pas beaucoup de fusils modernes ni de cartouches. Bir Alali a surtout été créée pour ravitailler Gouro. La circulation des cadeaux, des aumônes, constituent une bonne part de l'activité commerciale, ainsi que le trafic d'esclaves. La Sanusiyya est une confrérie religieuse, mais c'est aussi un appareil politique, basé sur l'implantation d'un élément exogène, fortement hiérarchisé et centralisé. Elle contribue à diffuser l'idée d'un Etat moderne, en se constituant un glacis stratégique vers le sud, ce qui répond aussi à l'oeuvre missionnaire en direction du coeur de l'Afrique.

Le livre de J.-L. Triaud, écrit en 1987, alors que Kadhafi est en train d'être battu au Tchad, prend un tour particulier (le sous-titre, une guerre franco-libyenne, reflète d'une certaine façon l'affrontement contemporain, que l'auteur semble décalquer en 1900-1902 : peut-on vraiment parler de Libye ? ). Cependant, les lettres sont présentées de manière critique, avec notes et explications. Le livre montre bien, à partir de ce corpus, que les Français ont mené une attaque préventive, comme souvent lors de la colonisation, croyant faire face à un adversaire redoutable. Après le premier échec, il fallait sauver la face. Et c'est ainsi que la Sanusiyya est chassée du Tchad. Et ce même si Gentil, comme le rappelle B. Lanne, ne s'est pas au final montré moins belliqueux que Destenave.


Saraya al Khorasani : les brigades du Khorassan en Irak

L'effondrement rapide d'une partie des divisions régulières de l'armée irakienne, en juin 2014, dans les provinces de Ninive, Kirkouk, Salahaddine et Anbar en particulier, a provoqué une forte mobilisation parmi les chiites irakiens, au nom de la défense de la patrie et des sanctuaires chiites1. Saraya al Khorasani (« Les brigades du Khorassan ») fait partie de ce vaste ensemble de milices chiites apparues en Irak depuis 6 mois, mais en réalité, ce groupe pourrait avoir une histoire plus ancienne.

En effet, en octobre 2013, Philip Smyth décrit Sariyya al-Tali’a al-Khurasani, une milice chiite irakienne apparue en septembre/octobre sur Facebook et qui veut défendre le sanctuaire syrien de Zaynab (argument classique pour masquer l'intervention en Syrie2), tout en relayant le discours iranien. En plus d'évoquer régulièrement Khamenei, le groupe a la particularité de poster de nombreuses photos de ses combattants à côté du drapeau de l'organisation. L'emblème du groupe reprend celui des Pasdarans iraniens. Le commandant du groupe est Ali al-Yasiri, que l'on voit sur certaines photos en compagnie de Sayyid Muhammed Jawad al-Madrasi, un clerc chiite. Equipé d'armes légères, l'unité opère à Damas et dans ses environs ; un signe distinctif est que ses hommes portent souvent des tenues de camouflage désertique inspirées des modèles américains3. Il semble bien que ce groupe engagé en Syrie, dont on ne sait pas s'il a été comme d'autres alimenté par des milices préexistantes en Irak, ait été pour bonne partie redéployé en Irak devant la poussée de l'Etat Islamique en juin 2014. Les brigades du Khorassan, de fait, ont comme d'autres milices chiites reçu un financement du gouvernement irakien pour mieux les intégrer à l'appareil de sécurité régulier4.

dimanche 18 janvier 2015

Les armes utilisées lors des attentats à Paris

On en sait un peu plus désormais sur les armes utilisées par les frères Kouachi lors de l'attaque de Charlie Hebdo et par Amedy Coulibaly. Les médias ont souvent parlé de fusils d'assaut et même d'un lance-roquettes, ce qui ne recouvre qu'une partie de la réalité. Les terroristes de Paris se sont manifestement approvisionnés par la filière des Balkans, celle qui alimente le grand banditisme français et même au-delà, dans certaines cités.

Coulibaly, dans les vidéos mises en ligne après son attaque, porte une tenue pare-balles de l'armée allemande, que l'on peut acheter dans des boutiques de surplus militaire pour environ 80 euros. L'arme que l'on voit (cf ci-dessous) dans les deux vidéos n'est pas un fusil d'assaut AK-47 Kalachnikov, comme cela a été souvent dit, mais un fusil d'assaut vz.58 tchécoslovaque, modèle court, fabriqué à partir de la fin des années 1950 en calibre 7,62 mm. L'arme ressemble à l'AK-47 mais n'en partage aucun composant. Plus de 900 000 de ces armes ont été fabriquées entre 1958 et 1984. L'arme est symbolique : Coulibaly pose comme Ben Laden avec son AK-74U (qui a d'ailleurs fini par être surnommé "Ben Laden") ou Zawahiri. Un lecteur averti, tireur sportif, me fait remarquer qu'apparemment, le vz.58 de Coulibaly est un modèle récent, fabriqué par cette entreprise. Coulibaly disposait aussi d'un pistolet-mitrailleur vz 61 Skorpion, fabriqué également en Tchécoslovaquie à partir de 1961, et destiné plus particulièrement, vu son format, aux forces spéciales. Un lecteur averti, tireur sportif, me signale là encore qu'il s'agit peut-être, là encore, de la copie yougoslave de l'arme, le M84. Coulibaly était également équipé de 2 pistolets plutôt rares, des Tokarev TT en calibre 7,62x25 mm. Ces pistolets étaient d'ailleurs, probablement, la copie yougoslave, le Zastava M57, adopté par l'armée de Tito en 1957. Zastava produit toujours actuellement une version améliorée de ce pistolet.


Dans la vidéo de l'assaut sur l'hypermarché kacher, on voit le vz 58 de Coulibaly tomber de ses mains lorsqu'il est abattu en se jetant sur les policiers.



Sur ces deux images extraites des vidéos de Coulibaly, on distingue le Skorpion vz. 58 modèle court tchécoslovaque, arme qui ressemble à l'AK-47 mais qui est différente.

Coulibaly avait également 2 pistolets Tokarev TT, ou leur copie yougoslave, le Zastava M57.

Il disposait également d'un pistolet-mitrailleur vz 61 Scorpion, une arme tchécoslovaque qui a souvent été employée par les groupes terroristes depuis la guerre froide.

Une version récente du vz. 58.


Les frères Kouachi étaient tous les deux armés d'AK-47 Kalachnikov. Il est difficile de distinguer la version sur les images. Peut-être un modèle est-allemand en raison de la crosse pliante. Une autre source indique plutôt des AKS-74, une version améliorée de l'AK-47, donc, en 5,45 mm, spécifiquement destinée aux parachutistes et à l'infanterie de marine ; dans les Balkans, seules la Bulgarie et la Roumanie en ont fabriqué. Au vu des images, on semble cependant bien être en présence d'AK-47 et non d'AK-74. D'après un lecteur averti, tireur sportif, plusieurs indices visibles là encore signaleraient des Zastava M70, autrement dit une copie yougoslave de l'AK-47. Les munitions 7,62 mm x 39 ont été fabriquées en Bosnie, en 1986, par la compagnie Igman, située au sud de Sarajevo. Les frères Kouachi disposaient également d'une grenade russe F-1 (introduite pendant la Seconde Guerre mondiale) et d'une douzaine de grenades fumigène. Curieusement, ils ne semblent pas s'être servis du lance-roquettes qu'ils avaient acquis, un M80 Zolja fabriqué là encore en Yougoslavie et toujours produit actuellement en Serbie. L'arme est similaire au LAW américain. C'est une arme antichar portable, sans recul, qui peut être aussi utilisée contre des fortifications.









Sur ces deux images, les frères Kouachi sont armés d'AK-47, d'une version difficile à déterminer.

Une grenade F-1 russe.

Un lance-roquettes antichar yougoslave M80 Zolja.

Version est-allemande de l'AK-47, à crosse pliable.
Un M70AB2 de Zastava, copie yougoslave de l'AK-47.


Les armes utilisées ne sont donc pas celles des djihadistes en Syrie ou en Irak, ni d'ailleurs des rebelles syriens aidés de l'extérieur, par les pays du Golfe ou les pays occidentaux, par exemple. En 2013, des vz.58 et des Scorpion vz 61 avaient été saisis, en France, en provenance de Croatie, après un transit via la Serbie. La copie tchécoslovaque de la Kalachnikov, comme le lance-roquettes (2 000 euros selon une déclaration officielle), est vendue à 3 000 euros, les armes de poing à 1 500 euros (500 à 600 euros pour les Tokarev, d'après les déclarations officielles). On peut donc estimer le budget armement de l'opération entre 15 et 20 000 euros ; pour mémoire, Coulibaly avait emprunté 6 000 euros auprès d'un organisme de crédit (Cofidis) avant l'attaque, ce qui a dû lui financer l'intégralité ou presque de son armement. Les armes auraient été en partie ou en totalité acquises en Belgique, et non en France : les deux AK-47 et le lance-roquettes des frères Kouachi auraient été vendues pour moins de 5 000 euros, et le même trafiquant belge aurait fourni les Tokarev et le Skorpion de Coulibaly.





samedi 17 janvier 2015

Mourir pour Assad ? Les combattants étrangers pro-régime en Syrie-1/3 : L'Iran

Les médias occidentaux et nombre de chercheurs et de spécialistes du conflit syrien se sont surtout focalisés sur l'arrivée de combattants étrangers côté insurrection. Ces volontaires sont venus renforcer, à partir de 2012, les différents groupes djihadistes comme le front al-Nosra, puis l'EIIL en 2013. On s'inquiète, évidemment, du retour de certains combattants radicalisés dans les pays d'origine. En France, le départ, en janvier 2014, de deux adolescents de 15 ans, originaires de la région toulousaine, a relancé l'intérêt pour la question, tout comme l'annonce récente par Manuel Valls de la présence de « 700 Français » en Syrie -un chiffre qui, sans davantage de précisions, ne signifie malheureusement pas grand chose. La dernière estimation sérieuse, en décembre 2013, plaçait à 11 000 au maximum le nombre de ces volontaires étrangers arrivés depuis 2011 en Syrie, côté insurrection, issus en grande majorité du monde arabe, même si le nombre de volontaires issus d'Europe de l'Ouest s'est accru1. Mais qu'en est-il en face, dans le camp du régime ? On sait que la Syrie, dès le départ, a bénéficié du soutien de l'Iran, qui a non seulement ravitaillé le régime, mais engagé certaines de ses troupes sur le terrain, notamment dans un rôle de formation, d'encadrement et de renseignement. Cela ne veut pas dire d'ailleurs que les Iraniens restent en dehors des combats, bien au contraire : ils y ont participé. Surtout, l'Iran a mobilisé ses « intermédiaires », ses relais d'influence dans les pays voisins : le Hezbollah, présent dès 2011, a engagé massivement son appareil militaire en Syrie au printemps 2013, contribuant à sauver le régime, mal en point. Téhéran déploie aussi les milices irakiennes pro-iraniennes, à partir de 2012, en Syrie, et essaie d'élargir l'effort de recrutement. Combien de combattants étrangers, étatiques ou non-étatiques, au total, sont venus se battre pour le régime syrien ? Les estimations varient. Le Hezbollah maintient plusieurs milliers de combattants sur le terrain, mais a fait tourner ses unités : certains évoquent le chiffre de 10 000 hommes passés sur les champs de bataille syrien, un chiffre très élevé. Les Gardiens de la Révolution auraient au moins envoyé 1 000 à 1 500 hommes en Syrie. Les miliciens, enfin, notamment irakiens, représentent une force d'appoint d'au moins 3 500 combattants et peut-être plus de 4 000. Si le total peut au moins se monter à 7-8 000 hommes2, voire 10-15 000 hommes3, certains n'hésitent pas, en particulier côté rebelle, à le porter à beaucoup plus, jusqu'à 40 000 (!). Une chose est sûre : quels que soient les chiffres, l'intervention de ces combattants étrangers, aux côtés du régime, a eu beaucoup plus d'impact sur le déroulement du conflit que celui des volontaires étrangers côté insurrection.

Stéphane ANTONI, Olivier ORMIERE et Virginie BLANCHER, Le temps du rêve, tome 2 : Fromelles, Paris, Delcourt, 2013, 48 p.

Mars 1916. Le bataillon du soldat aborigène Thomas Freeman et du lieutenant-colonel Stucker débarque à Marseille. Bientôt les Australiens sont acheminés sur le front de la Somme où se prépare une grande offensive alliée. Stucker, tiraillé quant à son attitude, côtoie Freeman, toujours évadé dans le temps du rêve aborigène...

Si l'intérieur du quatrième de couverture est toujours aussi splendide, le deuxième tome du Temps du rêve est plus sombre que le premier. Les Australiens gagnent le front ouest après les Dardanelles. On retrouve donc des choses mieux connues : la guerre des tranchées, les nettoyeurs, les combats au corps-à-corps, l'offensive de la Somme... et cette rencontre improbable de Freeman avec Hitler. On dirait que le personnage du général Paton (sic), le supérieur de Stucker, a été inspiré au dessinateur par l'acteur Benedict Cumberbach, qui incarne Sherlock Holmes dans la série britannique récente du même nom.




Le scénario se concentre sur la psychologie des hommes. Au bonheur de l'arrière à Marseille succède l'horreur des tranchées. Comme par hasard, les combats se déroulent près de la petite localité de Fromelles, dont le titre rappelle étrangement celui d'un film sur Jack l'Eventreur... le dessin évoque à merveille ces combats crépusculaires, alors que Freeman poursuit sa quête mystique où son sang et celui de ses ennemis doit l'amener au temps du rêve... le scénariste n'hésite d'ailleurs pas à faire mourir quelques-uns des personnages principaux pour renforcer la crédibilité de son propos. Bref, une BD chaudement recommandée.

Stéphane ANTONI, Olivier ORMIERE, Virginie BLANCHER, Le temps du rêve, tome 1 : Gallipoli, Paris, Delcourt, 2011, 48 p.

1910, Australie. Une mission s'occupant d'enfants et de parents aborigènes est brutalement fermée par les autorités. Thomas Freeman, un enfant aborigène, voit son père se faire abattre sous ses yeux. En 1915, Freeman fait partie d'un bataillon australien promis à débarquer sur la péninsule de Gallipoli, face aux Turcs. Pour fuir la réalité sordide de la Grande Guerre, Freeman se réfugie dans un mythe de ses ancêtres légué par son père, le temps du rêve...

De toutes les BD parues peu avant ou parallèlement au centenaire de la Première Guerre mondiale, Le temps du rêve est sans doute l'une des plus originales. L'intérieur de la première page, qui représente les débarquements ANZAC à Gallipoli, est déjà un petit bijou en soi. Le choix de la campagne des Dardanelles, longtemps honnie et relativement oubliée dans les commémorations du centenaire de l'hexagone, est intéressante en soi. De même que le choix d'un aborigène jeté dans cette bataille qui d'une certaine façon donne naissance aux nations australienne et néo-zélandaise... pied-de-nez, donc, de la voir aussi par les yeux d'un aborigène dont le peuple est complètement rejeté alors par les Australiens. Le scénariste connaît bien son sujet, un travail de documentation a été fait en amont sur la campagne et le desssin est agréable, malgré peut-être quelques visages qui se ressemblent un peu trop. Une excellente évocation de la contribution australienne à la Grande Guerre accompagnée d'une réflexion sur la guerre elle-même.




jeudi 15 janvier 2015

Volontaires étrangers de l'insurrection syrienne. 10/Les Belges

La Belgique a de longue date une relation duale avec ses immigrés maghrébins ou turcs. Dans la décennie 1960, l'immigration marocaine et turque a été encouragée, de façon à fournir une main d'oeuvre peu onéreuse pour l'industrie du charbon et de l'acier, ce qui a permis à la Belgique de tenir son rang dans la construction européenne. Le déclin de l'industrie lourde n'a pas entraîné le départ de ces immigrés. Aujourd'hui, certaines personnes des troisième et quatrième générations se trouvent en marge de la société belge. Une partie de la jeunesse immigrée d'origine marocaine bascule dans la délinquance dès les années 1980-1990.

mercredi 14 janvier 2015

Volontaires étrangers de l'insurrection syrienne. 3/Les Britanniques


Les Britanniques sont l'un des contingents de volontaires étrangers en Syrie parmi les plus importants d'Europe de l'ouest : plus de 300 personnes en janvier 2014, et sans doute plus de 400 en avril1. Depuis le début de la guerre en Syrie, les autorités britanniques ont arrêté trois hommes suspectés de participer à des réseaux de recrutement et d'acheminement de volontaires pour les groupes djihadistes2. Le cas britannique rappelle de fâcheux souvenirs, notamment celui de la Bosnie. L'attention est attirée sur les volontaires britanniques au moment de l'enlèvement d'un journaliste anglais et d'un autre néerlandais, le 19 juillet 2012, qui sont finalement libérés par un groupe de rebelles qui les avaient aidés à pénétrer en Syrie. Or, parmi leurs ravisseurs, se trouve une douzaine de Britanniques, dont un docteur du National Health Service, Shajul Islam, d'origine bengalie, intercepté à son retour au pays via l'Egypte le 9 octobre suivant. D'autres arrestations ont lieu en janvier 2013, dont celle du frère de Shajul, et d'un homme qui avait converti un MAC-10 tirant à blanc en une arme opérationnelle. Najul Islam, c'est son nom, aurait assuré le soutien financier du voyage de son frère et de son complice, arrêté avec lui, et aurait également convoyé en Syrie des équipements de vision nocturne, des lunettes de visée et autres matériels sensibles. Dans un autre cas, Nassim Terreri et Walid Blidi, deux Londoniens d'origine algérienne, sont tués à Darkoush, à quelques kilomètres de la frontière turque, le 26 mars 2012. Les deux Britanniques appartenaient à la brigade Hisham Haboub, de l'Armée syrienne libre : ils sont morts en ouvrant le feu sur un convoi du régime qui a répliqué à leurs tirs, un autre Britannique du même groupe étant d'ailleurs blessé dans l'accrochage.

mardi 13 janvier 2015

Volontaires étrangers de l'insurrection syrienne. 5/Les Australiens

En novembre 2013, 6 combattants en Syrie ont potentiellement été identifiés comme australiens, avec cependant des doutes sur plusieurs d'entre eux1. Trois cas sont cependant plausibles : Roger Abbas, Yusuf Topprakaya et un kamikaze connu sous le nom de Abou Asma al-Australi. Roger Abbas, tué en octobre 2012, venait de Melbourne et était d'origine libanaise : c'était aussi un champion de kickboxing. Arrivé au départ pour une aide humanitaire, il a visiblement combattu ensuite avec le front al-Nosra. Yusuf Topprakaya, tué en décembre 2012, était originaire de la communauté turque et était surveillé par les autorités australiennes depuis 2010. Arrivé à la frontière turque à la mi-2012, il attend de pouvoir entrer en Syrie et rejoint une unité locale des brigades Farouk près de la ville de Maarat al-Numan. Il se fait remarquer par ses compétences au tir et dans la fabrication de bombes, avant d'être tué par un sniper. A la mi-septembre 2013, enfin, Abou Asma al-Australi jette un camion rempli de 12 tonnes d'explosifs contre une école qui sert de lieu de cantonnement à des soldats du régime syrien dans la ville de al-Mreiya, dans la province de Deir es-Zor. L'attaque kamikaze aurait permis au front al-Nosra de prendre la base aérienne de la ville. Le martyr, originaire de Brisbane et de la communauté libanaise, était lui aussi surveillé par les autorités australiennes avant son départ.

Le front al-Nosra attaque à nouveau les deux enclaves chiites de Nubbol et Zahra (8-9 janvier 2015)

Le 8 janvier 2015, le front al-Nosra, la branche officielle d'al-Qaïda en Syrie, et l'un des acteurs majeurs du conflit syrien, renouvelle son offensive contre les deux enclaves chiites voisines de Nubbol et Zahra, au nord-ouest d'Alep. Ces enclaves chiites sont défendues par la milice pro-régime syrien, les Forces Nationales de Défense, et par des éléments du Hezbollah libanais. Le front al-Nosra, qui conduit l'attaque avec d'autres groupes rebelles, parvient à infiltrer les défenses du régime, dans un premier temps, sur trois axes : au nord-est et à l'est de Nubbol et au sud-est de Zahra, dans le secteur de la zone industrielle (voir cartes). La pénétration est facilitée par l'emploi d'armes lourdes, notamment des blindés (jusqu'à 7 selon une source). Les forces pro-régime ont ensuite contre-attaqué et repoussé les assaillants en dehors des deux localités, avec l'appui de l'aviation qui est intervenue pour empêcher les renforts du front al-Nosra de rejoindre les combattants qui avaient pénétré la première ligne de défense. Le 9 janvier, des hélicoptères ont effectué plusieurs largages, probablement de vivres et de munitions. Parmi les assaillants, on trouve le groupe de djihadistes russophones de Seyfullakh Shishani, un chef tchétchène tué durant l'assaut sur la prison centrale d'Alep en février 2014 et dont le groupe a été rebaptisé à son nom. Ce groupe avait rallié le front al-Nosra en décembre 2013 après s'être détaché de la JMA d'Omar Shishani, maintenant chef important de l'EI, au mois d'août précédent. Les combattants du groupe Seyfullakh planifient leur assaut avec des photographies satellites. Plusieurs dizaines d'hommes sont engagés dans l'attaque, avec l'appui d'au moins un char, qui s'avère être un T-72AV à camouflage désertique et briquettes réactives. Les armes individuelles sont relativement modernes puisqu'un des djihadistes dispose d'une AK-74M. Le groupe, comme c'est souvent le cas pour le front al-Nosra, a employé un véhicule kamikaze pour ouvrir la voie à ses fantassins dans une des deux localités. Le véhicule semble être un BREM. L'assaut est appuyé également par au moins deux "canons de l'enfer" artisanaux.



Les deux enclaves chiites assiégées sont au nord-ouest d'Alep et menacent les lignes de ravitaillement rebelles à partir de la Turquie, face à l'encerclement d'Alep par le régime.

Les forces du régime ont fortifié les approches est de Nubbol et de Zahra.
Les combattants du Jamaat Seyfullakh, membre d'al-Nosra, planifient l'assaut à partir d'images satellites.

L'un des djihadistes est armé d'une AK-74M.
Le T-72AV utilisé par le groupe Seyfullakh pour l'attaque.

Un des BMP-1 utilsés vu de l'arrière.

Deux "canons de l'enfer" se tiennent prêt à bombarder les deux villages chiites.

Les munitions des deux canons.

Le BREM kamikaze approche de l'objectif.

Explosion du véhicule kamikaze.

Les combattants du groupe Seyfullakh montent à l'assaut.



Le bilan des pertes, comme souvent, est contradictoire. Il semble bien néanmoins que ce soit l'assaut le plus coûteux pour les rebelles syriens depuis une tentative avortée d'assaut en novembre 2014, après un bombardement au canon et à la roquette. Les deux enclaves chiites sont assiégées depuis l'été 2012 par les rebelles syriens et sont fréquemment ravitaillées par des lâchers de parachutes de l'aviation syrienne. De nombreuses milices pro-régime, comme Liwa Assad Allah al-Ghaleb, ont recruté parmi les chiites de ces enclaves voisines. La défense de Zahra et Nubbol aurait coûté au moins 11 tués aux forces pro-régime, qui revendiquent des dizaines de morts du côté du front al-Nosra. Celui-ci a reconnu 22 tués (14 selon un premier bilan fourni par l'OSDH).

Carte réalisée par le blog Agathocle de Syracuse. La zone à l'ouest des deux villages chiites est tenue par les Kurdes de l'YPG.

Carte de situation pro-régime.


On en devine un peu plus sur les pertes matérielles des deux côtés, au vu des images disponibles. L'assaut initial a coûté aux forces du régime au moins un char. Du côté d'al-Nosra, un BMP-1 a été incendié et un char T-72, que les vainqueurs font parader dans Zahra et Nubbol avec les portraits d'Assad et d'Hassan Nasrallah (le leader du Hezbollah), semble avoir eu son canon cisaillé par un impact. Deux chars T-55 et un un autre BMP-1 semblent avoir été pris quasiment intacts. On note également que les Forces Nationales de Défense ont conduit une contre-attaque nocturne, comme le montre une vidéo de l'organisation mise en ligne aujourd'hui. La tactique du combat nocturne semble s'être fortement répandue depuis que les forces du régime syrien bénéficient de l'encadrement plus prononcé des conseillers iraniens et du Hezbollah, à partir du printemps 2013. On remarque également sur les images que plusieurs combattants du régime bénéficient d'armes individuelles plus modernes (AK-74 en particulier) ce qui confirme la présence d'unités d'élite.

Un T-55 du front al-Nosra semble ouvrir le feu depuis la zone industrielle au sud-est de Zahra.

Al-Nosra emploie aussi, dans le même secteur, un technical montant un quadritube ZPU-4 en 14,5 mm.

Tireur d'élite du régime syrien en position.

Le BMP-1 abandonné par al-Nosra.

Ce T-72 affublé des portraits de Nasrallah et Assad, qui parade dans les rues de Zahra et Nubbol, a perdu une partie de son canon.

Au premier plan, un T-55 abandonné par al-Nosra. Au fond, le BMP-1 incendié.

Le BMP-1 en feu.

Le régime utilise aussi une jeep armée d'un canon sans recul de 106.

Les Forces Nationales de Défense se préparent pour une contre-attaque nocturne.

Combat de nuit.

Les défenseurs de Zahra/Nubbol tirent au RPG-7 sur les véhicules d'al-Nosra.


Le BMP-1 capturé.