samedi 30 août 2014

Gérard WAJCMAN, Les Experts. La police des morts, Paris, PUF, 2012, 137 p.

Cette collection "Série des séries" aux PUF, dirigée par Jean-Baptiste Jeangène Vilmer et Claire Sécail, a pour but d'analyser les séries télévisées produites ces dernières années, particulièrement aux Etats-Unis, de comprendre les raisons de leur étonnant succès et d'offrir des clés de lecture à propos d'elles.

Le volume sur la (ou plutôt les, puisqu'il y avait, en plus de la série d'origine, la seule à continuer encore, deux séries dérivées aujourd'hui arrêtées) série Les Experts, que j'affectionnais particulièrement au moment de son lancement et qu'il m'arrive encore de suivre, pour les épisodes que je n'ai pas vus, aujourd'hui, est l'oeuvre de Gérard Wajcman. Ce dernier est un écrivain et un psychanaliste, maître de conférences à Paris 8, et dirige le Centre d'étude d'histoire et de théorie du regard.

Pour l'auteur, la série Les Experts incarne probablement le mieux possible le récit du monde d'aujourd'hui, un monde qui ne veut pas croire à l'impossible, et particulièrement dans le domaine du crime. Notre époque a connu ainsi un événement réel remettant les représentations en question : les attentats du 11 septembre 2001. Les Experts démarre en 2000, un peine un an plus tôt.

Ci-dessous, la parodie de Horatio Caine, le chef de l'équipe des Experts : Miami, par Jim Carey.



Une des séries les plus regardées dans le monde durant la décennie précédente, Les Experts appartient au genre des séries policières montrant l'enquête de fonctionnaires de police. Les crimes multiples et parallèles dans chaque épisode, et qui parfois se téléscopent, sont le moteur de la série. La multiplicité serait d'ailleurs, selon Wajcman, le témoin d'une désorientation du sujet moderne. Plus précisément, Les Experts met en scène une brigade de nuit de la police scientifique de Las Vegas : la science contre le crime, donc. Le concepteur a d'ailleurs eu du mal à vendre son idée, avant de connaître le succès que l'on sait.

Les Experts donnent ensuite naissance à Les Experts : Miami puis Manhattan. C'est que le crime est d'abord urbain. Et c'est tout le rôle des experts que de transformer, par le regard, la ville en scène de crime. S'assurer que la scène de crime n'a pas été "contaminée", en mettant à distance tous les non-experts ; récolter les indices ; travailler dessus, voilà le quotidien de la série, tout en faisant une abondante publicité aux dernières merveilles technologiques utilisées par les techniciens, et parfaitement authentiques pour la plupart.

Pour les experts, la preuve est un indice qui a parlé. La mort est le commencement de tout. L'indice matériel prime, analysé, décortiqué dans un environnement aseptisé. Il est considéré comme supérieur au témoignage, suivant le principe de Locard, datant des années 1930, selon lequel un crime laisse toujours des traces. Dans Les Experts, tout crime est matériel, et aucun matériel n'est par définition impénétrable. Les laboratoires de verre des experts sont refermés sur eux-mêmes et ne sont transparents que pour l'équipe, entre experts. Les Experts s'intéressent au crime, pas au criminel, et presque pas à la victime : triomphe, selon Wajcman, du "dessein inanimé de la science" (p.60).

La police scientifique est la police de la mort, ainsi que le montre la place grandissante du médecin légiste au détriment de l'enquêteur. A tel point que la série n'hésite pas à montrer les autopsies, non pas pour l'aspect "gore" mais toujours dans la quête de l'indice matériel et de l'élucidation du crime. Comme dans une autre série, Dr House, on ne vise pas ici la thérapeutique mais la résolution d'une énigme, crime ou maladie. A tel point qu'un médecin qui soigne ne peut être un expert, homme de la mort.

La fin de la saison 5 des Experts, qui se termine avec deux épisodes, a fait appel à Quentin Tarantino, grand fan de la série. Elle décortique tout ce qui fait l'esprit de la série, à savoir que la science est partout, adossée à la technique. La figure du détective solitaire semble s'effacer devant le travail collectif, froid et technicien des experts. Grissom, le chef de l'équipe des Experts, n'est pas à sa place par progression hiérarchique mais en raison de son savoir. Le double épisode de Tarantino retourne les méthodes des experts contre eux, remet en cause le culte de l'indice de la police scientifique et la confusion entre exactitude et vérité. Traiter le crime comme un fait purement matériel, sans les personnes, montre les limites d'une science réduite au silence. Tarantino remet les victimes au centre de l'histoire et montre que même la police scientifique peut se tromper.

Pour les experts, la vérité n'est pas de l'ordre du dire (p.127). C'est une série d'une époque du discours de la science, de la frénésie, même, de la science. Dans une époque moderne déshumanisée, les hommes cherchent toujours un sens à leur existence. Et si la religion ne peut rivaliser parfois avec la science, l'intervention de Tarantino montre que le regard de l'art peut encore contrer la politique des choses (p.136).



vendredi 29 août 2014

Jean CONTRUCCI, Les Diaboliques de Maldormé, Editions Jean-Claude Lattès, 2007, 442 p.

Marseille, été 1906. Panique à l’anse de Maldormé, dans le quartier de Malmousque : le notaire Théophile Deshôtels est retrouvé pendu à l’espagnolette de la fenêtre de sa chambre. Raoul Signoret, en chasse d’informations pour la rubrique judiciaire du Petit Provençal, se lance à corps perdu dans l’enquête, avec l’aide de son fidèle oncle Eugène chef de la police, et de Placide Boucard, ancien reporter. Tout semble accuser la gouvernante, une Allemande, Lislotte Ullman, une femme froide peu appréciée du fils de la victime. En dépit des efforts de l’avocat Bernard Pignet, ami d’enfance de Raoul, « La Bochesse » est condamnée par la cour d’assises à 20 ans de réclusion. A la joie des riverains, qui comptent bien désormais se concentrer sur l’étape marseillaise du Tour de France… Mais Raoul est persuadé de son innocence et, le jour où la pauvre femme se suicide dans sa cellule, laissant un petit orphelin, il se lance dans une périlleuse enquête. Heureusement Cécile est là pour jouer les infirmières espionnes, et Eugène pour l’empêcher se battre en duel…


Première rencontre avec les romans de Jean Contrucci, via mon épouse, qui me prête ce volume. Jean Contrucci est un journaliste et auteur de romans policiers : dans cette série, Les nouveaux mystères de Marseille, un clin d'oeil indirect à Emile Zola, ce tome-ci est le sixième (!), je ne commence donc pas la série exactement par le début...

Il y a des tonalités très contemporaines aux thèmes choisis par l'auteur dans ce tome : la rumeur, la manipulation, le racisme, la haine de l'autre... et l'auteur joue évidemment beaucoup de sa connaissance intime de Marseille et des Marseillais, où se déroule toute l'action. L'intrigue joue fortement des rebondissements et des coups de théâtre ,et privilégie peut-être davantage l'action (notamment pour le personnage principal et ses adjuvants) que la sophistication du crime et de l'enquête. Au final, ça se lit plutôt bien, notamment en raison du style de l'auteur. Il me reste à découvrir les tomes précédents et suivants pour être plus complet (!). 



Peter TREMAYNE, Maître des âmes, Grands Détectives 4319, Paris, 10/18, 2010, 350 p.

Janvier 668. Un navire gaulois, trompé par des naufrageurs, s'échoue sur les terres des Ui Fidgente, dans le royaume de Muman. Le seul survivant, qui a vu ses compagnons se faire massacrer sur la plage par les naufrageurs, est sauvé par un groupe de religieuses de l'abbaye d'Ard Fhearta. Mais il voit, impuissant, l'abbesse se faire tuer par les mêmes hommes ; déguisé en moine, il échappe à la mort et part en captivité avec les soeurs. Fidelma et Eadulf sont sollicités par le chef des Ui Fidgente pour faire la lumière sur cette affaire, en compagnie de Conri, leur ami chef de guerre de ce peuple, dont la présence est bienvenue sur un territoire foncièrement hostile à la royauté de Cashel. L'enquête prendra bien des tours et détours avant d'arriver à sa conclusion...

Maître des âmes, 14ème volume des enquêtes de soeur Fidelma (15ème si on compte un recueil de nouvelles intercalé dans l'ordre), est à mon sens l'un des meilleurs tomes de la série depuis le début. Les thèmes sont classiques -opposition Eglise de Rome/Eglise irlandaise, querelles à l'intérieur du royaume de Muman, conflits personnels, etc- mais l'intrigue est cette fois bien menée et difficile à démêler. Peter Tremayne sait brouiller les pistes pour proposer, sans trop donner d'indices, de fausses hypothèqes que l'on peut suivre facilement avec de se rendre compte qu'on s'est trompé. En revanche, il est difficile d'attaquer la série avec ce tome, je pense, car il faut bien connaître les tomes précédents, et jusqu'à de plus anciens aussi, pour saisir tous les enjeux. Hormis ce détail, un tome des plus passionnants, sur lequel je m'étais arrêté dans mes lectures en juillet en raison de différents travaux d'écriture.



Peter TREMAYNE, La cloche du lépreux, Grands Détectives 4280, Paris, 10/18, 2009, 350 p.

Novembre 667. Fidelma et Eadulf, qui reviennent à peine du territoire d'un clan où ils ont réussi à résoudre une série de meurtres mystérieux, apprennent en chemin une terrible nouvelle : Alchu, leur fils, a été enlevé pendant leur absence. Abattue, Fidelma, qui se sent coupable d'avoir négligé son fils et son père, sombre dans le désespoir. La tension est telle que de violents éclats ont lieu entre les deux époux. Eadulf va devoir prendre le taureau par les cornes pour retrouver son fils...

Le treizième tome des aventures de soeur Fidelma joue à nouveau beaucoup sur la relation entre l'enquêtrice et son mari, Eadulf, distendue par la disparition de leur enfant et les reproches mutuels qu'il s'adresse. A nouveau, si l'on peut regretter que l'auteur donne un peu trop d'indices qui permettent assez facilement de résoudre l'énigme, le tome vaut par contre par le rôle d'Eadulf qui, à l'instar de volumes précédents, résoud à lui seul une bonne partie de l'enquête. On retrouve dans ce tome Conri, le seigneur de guerre des Ui Fidgente croisé dans l'histoire précédente, mais aussi Della, la vieille amie de Fidelma, ancienne prostituée violée.

A noter aussi, outre, toujours, l'absence de carte plus fine pour se réperer, celle du mémorandum place d'ordinaire en tête de volume, sur le contexte historique de la série. Une postface renvoie au site de la société créée par les passionnés et à sa revue pour plus de détails.



jeudi 28 août 2014

Un groupe plus que « spécial » ? Asaib Ahl al-Haq en Irak et en Syrie

Asaib Ahl al-Haq (AAH), véritable tête de pont de l'Iran en Irak depuis 2006, a connu des évolutions notables jusqu'à l'offensive actuelle de ce qui est devenu l'Etat Islamique (EI) dans le nord du pays. Conçu comme le noyau des « groupes spéciaux » censés renouveler les attaques des milices chiites contre les forces américaines, le groupe est devenu, après le retrait des Etats-Unis, une formation politique capable de concurrencer le sadrisme. Mais l'appareil militaire, contrairement à ce qui avait été annoncé, n'a jamais disparu : dès 2012, il fournit des combattants aux milices étrangères pro-régime en Syrie, puis, devant la montée en puissance d'al-Qaïda en Irak devenu EIIL en 2013, combat de plus en plus en Irak. Le Premier Ministre Nouri al-Maliki a su aussi récupérer AAH et ses soldats pour faire pièce à ses opposants chiites, mais aussi pour combattre l'EIIL dès janvier 2014 dans la province d'Anbar entrée en rébellion sous les auspices du groupe djihadiste. Après l'offensive de l'EIIL dans le nord et la chute de Mossoul, AHH et ses miliciens sont en première ligne, à tous les points cardinaux autour de Bagdad, pour affronter l'EI, mais perpètre aussi, de nouveau, des massacres sectaires contre les sunnites. L'étude de la production, sur les réseaux sociaux, d'une des brigades irakiennes d'AAH permet d'approcher non seulement le mode opératoire de l'organisation, ses tactiques, son équipement, les lieux où elle combat, mais aussi l'idéologie qui est véhiculée et qui s'assimile largement à celles des groupes étrangers financés, armés et encadrés par l'Iran depuis plusieurs décennies.

Jean-François SOLNON, Henri III, Tempus 173, Paris, Perrin, 2007, 438 p.

Jean-François Solnon est un historien français, professeur d'histoire moderne à l'université de Besançon. Ses thèmes de recherche de prédilection comprennent notamment les institutions et la société de la France d'Ancien Régime, la société des princes, le pouvoir royal et la famille royale, ou bien encore les relations entre monde européen et monde ottoman.

On ne s'étonne donc pas que l'historien ait choisi une biographie d'Henri III, parue initialement en 2001 chez Perrin en grand format puis rééditée dans la collection de poche Tempus quelques années plus tard.

Curieux prologue que celui du livre, où l'historien fait parler le duc de Nemours, qui demande au petit Henri sa religion, alors que les protestants projettent de l'éloigner de la cour et de le prendre sous leur aile, en 1561.

Né en 1551, fils de Catherine de Médicis, Henri, qui s'appelle alors Alexandre Edouard (choix diplomatiques obligent...), reçoit l'éducation propre à un prince, et sera l'un des plus éloquents du siècle. C'est encore un enfant qui assiste à la mort de son père, Henri II, en 1559, par accident.

mercredi 27 août 2014

Example of an operation of the Syrian uprising (2). Lift the blockade of Mleha (August 3, 2014)

Thanks Mr. Morant for his help in writing this post, in particular for the identification of material.

After analyzing the attack of the Syrian rebels on 3 of the 4 checkpoints surrounding the Hamadiyah military base (Idlib province) in July 2014, with Mathieu Morant1, I propose this time to reconsider another operation by Syrian rebels, in a completely different military context. The siege of Mleha indeed does not take place in rural areas, where stood the base of Hamadiyah (although it adjoins the town of Maarat al-Numan), but close to the capital, Damascus, in a space densely urbanized. I focus here voluntarily, again, about the rebel side, and I did only mention the regime forces when the text needs it. Actors and forms of combat are changing but we can also distinguish common features, tactically, in the insurgent landscape. The analysis will focus here specifically on the successful attempt to break the blockade around Mleha by the rebels, especially from outside, August 3, 2014, which is the work mainly of one of the most powerful rebel formations : Jaysh al-Islam.

dimanche 24 août 2014

Histoire et Images Médiévales Thématique n°34 : Les grandes batailles du Moyen Age (septembre-novembre 2013)

Je commente, un peu en retard de presque un an (!) -je me suis un peu laissé déborder par les lectures et service presse...-, ce numéro du magazine Histoire et Images Médiévales consacré aux grandes batailles du Moyen Age.

C'est un numéro inégal, pour plusieurs raisons. D'abord, le propos se concentre sur l'espace occidental ou bien des croisades, pour faire vite, ce qui en restreint nettement l'envergure. Ensuite, la qualité du traitement varie selon les exemples choisis. Enfin, il y a de nombreuses coquilles dans le texte qui ont échappé semble-t-il à une relecture, particulièrement dans quelques-uns des articles présentés.

C'est ainsi que l'article initial sur les Champs Catalauniques -pourtant écrit par Edina Bozoky, excusez du peu- passe très vite sur la contextualisation de la campagne de 451, sans compter que la carte qui illustre le texte est tirée de Wikipédia... et pas franchement des meilleures. On attendait un peu mieux du magazine. De même la vue schématique de la bataille est contestable notamment sur la dernière phase montrée.

La partie sur la bataille de Poitiers (732) est déjà meilleure, même si la bibliographie aurait peut-être gagnée à compter aussi des titres étrangers et pas uniquement français. Ceci dit les enjeux très contemporains autour de la bataille sont correctement évoqués, on ne peut que s'en féliciter.

La présentation de la bataille de Hastings, correcte, s'appuie largement sur l'ouvrage de Pierre Bouët qui a ouvert la collection L'histoire en batailles chez Tallandier. En revanche, le récit de la bataille de Manzikert comprend de nombreuses coquilles et ne mentionne aucune source, ce qui est problématique, d'autant que là aussi la carte, un peu limite, est tout droit issue de Wikipédia.

La description de la bataille de Hattin fait un bon usage, entre autres, du volume Osprey de D. Nicolle. En revanche celle du siège de Château-Gaillard est un peu courte et non sourcée. Le travail de G. Duby fournit l'essentiel de la matière à l'article sur la bataille de Bouvines. Il est dommage par contre que la réflexion sur les guerres écossaises de l'Angleterre soit si courte et appuyée sur un seul ouvrage, car le sujet était intéressant, dans la liste choisie.

Les batailles suivantes sont traitées par des historiens ou auteurs de livres qui à l'évidence maîtrisent davantage leur sujet : Guy Le Moing pour la bataille de l'Ecluse, Laurence Moal pour celle d'Auray et Sylvain Gouguenheim pour Tannenberg. Le récit de la bataille d'Azincourt est plutôt de bonne facture de même que celui du siège de Constantinople (1453), même s'il manque des titres dans la bibliographie indicative. On s'étonne en revanche que le dernier article, sur les batailles de Grandson et Morat, mentionne en bibliographie l'article Wikipédia sur les cantons suisses (!) alors qu'il cite par ailleurs des titres tout à fait suffisants par rapport à ce qui est écrit.

En conclusion, un thématique très inégal, avec de bons morceaux mais d'autres qui le sont beaucoup moins. Et un grande faiblesse sur les cartes et schémas tactiques, contrairement aux autres illustrations, toujours bien présentées, comme de coutume. Ceux qui ont les livres des auteurs (cf les fiches que j'indique en liens) n'apprendront sans doute pas grand chose ; pour les autres, les textes peuvent servir de point de départ au cas par cas, mais il faudra aller lire ailleurs pour aller un peu plus loin.

vendredi 22 août 2014

Exemple d'opération de l'insurrection syrienne (2). Forcer le blocus de Mleha (3 août 2014)

Merci à M. Morant pour l'aide apportée dans la rédaction de ce billet, en particulier sur l'identification des matériels.


Après avoir analysé l'assaut des rebelles syriens sur 3 des 4 checkpoints entourant la base militaire d'Hamadiyah (province d'Idlib), en juillet 2014, avec Mathieu Morant1, je me propose cette fois de revenir sur une autre opération menée par les rebelles syriens, dans un contexte militaire complètement différent. Le siège de Mleha, en effet, ne se déroule pas en milieu rural, où se situait la base d'Hamadiyah (même si elle jouxte la localité de Maarat-al-Numan), mais à proximité immédiate de Damas, la capitale, dans un espace densément urbanisé. Je me concentre ici volontairement, encore une fois, du côté rebelle, et je n'évoquerai les forces du régime qu'en contrepoint2. Les acteurs et les formes de combat changent mais l'on peut aussi distinguer des caractéristiques communes, sur le plan tactique, au sein du paysage insurgé. L'analyse portera ici plus particulièrement sur la tentative réussie de forcer le blocus autour de Mleha par les rebelles, depuis l'extérieur en particulier, le 3 août 2014, qui est l'oeuvre, principalement, d'une des formations rebelles les plus puissantes : Jaysh-al-Islam.

lundi 18 août 2014

Shelby S. STANTON, Green Berets at War. US Army Special Forces in Southeast Asia 1956-1975, Dell Publishing, 1985, 396 p.

Shelby Stanton est un ancien capitaine des Special Forces qui a servi pendant la guerre du Viêtnam en Thaïlande. Il a écrit après la guerre plusieurs ouvrages consacrés au conflit, dont celui-ci que j'avais commenté ici-même, et cet autre, également fiché ici. Stanton se classe plutôt dans le courant historiographique révisionniste, qui estime que la guerre aurait pu être gagnée par les Américains et que l'armée américaine n'a pas failli. Cependant, il est loin des excès d'un H. Summers, on pourrait le qualifier de compagnon de route du "révisionnisme". Ce livre-ci est consacré aux Special Forces en Asie du Sud-Est et non au seul Viêtnam, car de fait, les SF sont également intervenues dans les pays voisins, parfois avant le Viêtnam lui-même. Sans surprise, l'ouvrage de Stanton est avant tout un récit détaillé des opérations impliquant les SF, avec un minimum d'analyse. En revanche, cette fois-ci, les notes sont reportées à la fin de chaque chapitre.

De petits détachements de Special Forces sont présents en Asie dès 1956. Cependant, le processus naît vraiment avec la création du 1st Special Forces Group basé à Okinawa, en 1957. Durant les premières années de son existence, les SF entraînent surtout les unités de pays alliés à former des forces spéciales : Taïwan, Corée du Sud et Sud-Viêtnam, aussi. Les SF participent ensuite à des exercices plus ambitieux aux côtés de l'armée thaïlandaise pour prévenir une guérilla communiste.


dimanche 17 août 2014

L'autre côté de la colline : les derniers articles

Quelques nouvelles à propos des publications de mes collègues sur le blog collectif L'autre côté de la colline -de mon côté j'ai bien du mal à honorer mes engagements en raison de mon activité d'écriture, en particulier sur le conflit syrien...


- Adrien Fontanellaz revient sur Aurore 8, la première bataille de Fao pendant la guerre Iran-Irak.


- De mon côté, j'ai pu seulement mettre à jour rapidement le gros article sur l'armée impériale russe pendant la Grande Guerre (1914-1917), et il faudra encore probablement le faire car il y a d'autres références à exploiter.

Alexis BAUTZMANN, Atlas géopolitique mondial Edition 2013, Paris, Argos, 2013, 204 p.

Cet  atlas édité par les éditions Argos, relativement récentes, et dont j'ai commenté plusieurs ouvrages reçus en service presse, est en fait composé d'extraits du magazine Carto, qui propose un certain niveau de vulgarisation en géographie et qui est édité par Areion (DSI, Histoire et Stratégie, etc). Le sommaire est thématique, soit divisé par continent (Europe, Moyen-Orient, Afrique, Asie, Amériques) ou par grand thème (Environnement, Enjeux internationaux).

A dire vrai, comme j'ai acheté nombre de numéros de Carto en 2012, j'ai retrouvé beaucoup de choses déjà lues dans cet Atlas. D'autant qu'il n'y a rien de plus pour compléter cette compilation : pas d'introduction ni de conclusion générale, pas d'index, pas d'articles revus et augmentés pour l'occasion. C'est un peu dommage pour qui est déjà un lecteur de Carto, il peut se dispenser de cet atlas.

Pour celui qui ne l'est pas, il trouvera une base de données et de cartes assez intéressantes, quoique toutes les cartes ne soient pas forcément très lisibles. Il y a néanmoins de nombreux thèmes ou pays intéressants ou méconnus qui sont évoqués. Parmi d'autres : artificialisation des terres en France, immigration en Norvège, la charia, etc. Par ailleurs, l'évolution des événements fait que l'atlas est déjà en grande partie daté sur les événements les plus récents, comme on peut le voir à propos du conflit syrien (p.46-47) ou bien d'autres sujets. Ce qu'il gagne en volume par le nombre de cartes, de données et de documents, l'atlas le perd aussi parfois par la faible ampleur du texte d'accompagnement/commentaire et donc de l'explication des documents présentés. Sans parler du fait qu'il n'ajoute rien à ce qui est déjà publié dans Carto...



samedi 16 août 2014

Example of an operation of the Syrian uprising. Rebels attack the military base of Hamadiyah (Idlib province), July 2014

This article was written in collaboration with Mathieu Morant, a specialist in weapons and equipment of Syrian insurgents, among others (he is also interested in the Syrian regime, Lebanon and the Israeli-Arab wars).


In September 2013, shortly after the chemical attack of August, I published my first article on Syrian conflict1. My work, from the outset, has been mainly as a compilation and translation in French of many foreign articles (especially in english) dealing with various aspects of military conflict. Over the months, the inadequacy of the approach has clearly struck me : the compilation and translation, even though they have their uses, are not satisfactory to claim a genuine substantive work on the Syrian conflict . That's why I turned gradually to the direct sources (documents produced by the actors, videos, photos, texts, etc), without necessarily and systematically by intermediaries that are specialists, even strangers. My recent article on the pro-regime militia Liwa Assad Allah al-Ghaleb2 is the illustration of the evolution of my personal work on the Syrian conflict. Today, with the help of M. Morant, I continue this momentum by offering a unique analysis or almost, in French, on the war in Syria : an example chosen from rebel assaults on limited objectives, explained and presented in the broader context of operations in the province concerned and the evolution of the insurgency from 2011. An original four hands-work, which I hope, will convince some that I do not necessarily limited to the compilation and translation into french.

mercredi 13 août 2014

2ème Guerre Mondiale n°55 (juillet-août 2014)

Je reviens un peu en retard sur le n°55 de 2ème Guerre Mondiale sorti il y a maintenant quelques temps, après avoir rappelé mes contributions.

-p.4, plutôt d'accord avec la recension du livre sur la libération de Paris de J.-F. Muracciole, que j'avais fiché ici.

- c'est d'ailleurs la source principale de l'article de Franck Ségretain, qui a réalisé la fiche, qui vient juste après, sur la libération de Paris, avec une ou deux autres références comme le travail d'Olivier Wieviorka. Aucune surprise donc.

- le dossier est signé Vincent Bernard et il est consacré aux contre-attaques des Panzer en Normandie. Je n'ai pas appris grand chose, car j'ai beaucoup lu sur le sujet cette année, anniversaire(s) oblige(nt), sans compter que le dernier thématique du magazine traite d'un sujet approchant, ce qui fait un peu répétition. Je l'ai souvent dit, mais je reste assez dubitatif devant les témoignages d'acteurs (ici Kraemer, le commandant adjoint du I. SS-Panzerkorps, en deuxième partie du dossier) dépourvus de commentaire. Quand on regarde les sources de l'auteur, on constate qu'elles se constituent soit d'ouvrages récents assez généraux (celui de Benoît Rondeau qui donne la vision allemande de la bataille de Normandie, de manière large ; le livre d'Anthony Beevor qui est surtout un ouvrage de vulgarisation à destination du grand public), soit de documents américains publiés juste après la guerre. Or si en français la bibliographie se limite à quelques ouvrages, d'autres, en anglais, plus récents, traitent par exemple de la bataille de Mortain, comme celui de l'historien M. Reardon , ou des combats de la 30th I.D. (au moins un autre ouvrage d'historien, sans compter les témoignages).

- la fiche personnage de Benoît Rondeau rejoint l'article sur la libération de Paris en évoquant von Choltitz (les sources citent d'ailleurs l'historien M. Reardon dont je parlais ci-dessus).

- la fiche Uniforme de Jean-Patrick André est consacrée à un chasseur du 501ème régiment de chars de combat de la 2ème DB, toujours sur le thème de la libération de Paris.

mardi 12 août 2014

Exemple d'opération de l'insurrection syrienne. Les rebelles à l'assaut de la base militaire d'Hamadiyah (province d'Idlib), juillet 2014

Cet article a été rédigé en étroite collaboration avec Mathieu Morant, spécialiste de l'armement et du matériel des insurgés syriens, entre autres (il s'intéresse aussi au régime, au Liban et aux guerres israëlo-arabes).

En septembre 2013, peu de temps après les attaques chimiques du mois d'août, je publiais mon premier article consacré au conflit syrien1. Mon travail, dès le départ, a surtout été celui d'une compilation et d'une traduction, en français, des nombreux articles étrangers (en particulier en anglais) traitant des différents aspects militaires du conflit. Au fil des mois, l'insuffisance de la démarche m'est nettement apparue : la compilation et la traduction, quand bien même ont-elles leur utilité, ne sont pas satisfaisantes pour se prévaloir d'un authentique travail de fond sur le conflit syrien. C'est pourquoi je me suis tourné progressivement vers les sources directes (documents produits par les acteurs en présence, vidéos, photos, textes, etc), sans passer, forcément et systématiquement, par les intermédiaires que sont les spécialistes, même étrangers. Mon article récent sur la milice pro-régime Liwa Assad Allah al-Ghaleb2 est l'illustration de l'évolution de mon travail personnel sur le conflit syrien. Aujourd'hui, avec l'aide de M. Morant, je continue sur cette lancée en proposant une analyse inédite ou presque, en français, sur la guerre en Syrie : un exemple choisi d'assauts rebelles sur des objectifs limités, au niveau sub-tactique, donc, présenté, expliqué, et remis dans le contexte plus large des opérations dans la province concernée et de l'évolution de l'insurrection depuis 2011. Un travail original à quatre mains qui, je l'espère, convaincra certains que je ne me limite plus forcément à de la compilation et de la traduction en français.