samedi 1 octobre 2016

Mourir pour le califat 46/Les batailles épiques de la constance (3)-Wilayat Dijlah

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Titre : Les batailles épiques de la constance (3)

Durée : 26 minutes 30 secondes.

Lieu(x) : l'attaque de la séquence 2 a lieu sur l'autoroute à l'ouest de Mafriq Al Hazr. L'embuscade de la séquence 4 aurait lieu à l'ouest de Makhmour. Pour la séquence 5, on revient sur l'autoroute à l'ouest de Mafriq Al Hazr.

Date (sûre par recoupement ou estimée) : l'attaque du VBIED 2 piloté par le Jordanien a eu lieu le 29 août 2016.

Type de vidéo : c'est une vidéo mixte : des assauts mécanisés sont entrecoupés de scènes plus défensives, embuscade et tirs de missiles antichars.

Découpage (séquences) :

1 : 20'' – 3'08'', introduction, résumé de la vidéo, propagande.
2 : 3'08'' – 9'17'', attaque de deux petites positions de l'armée irakienne par une colonne mécanisée.
3 : 9'17'' – 16'19'', VBIED.
4 : 16'19'' – 18'44'', embuscade contre une colonne de l'armée irakienne.
5 : 18'44'' – 24'50'', assaut de 2 véhicules sur des positions irakiennes.
6 : 24'50'' – 26'30'', tirs de missiles antichars.

mercredi 28 septembre 2016

Tactiques militaires de l'EI-Synthèse 9

La synthèse n°9 récapitule les vidéos 41, 42, 43, 44 et 45 de propagande militaire de l'EI étudiées avec le questionnaire. Cet échantillon marque sans doute un tournant dans la production de vidéos militaires de l'EI.

Ce n'est pas tant la question du lieu qui est importante ici : en effet, on repasse à 4 vidéos irakiennes pour 1 syrienne. En Irak, nous avons les wilayats Ninive, Salahuddine, al-Furat et Shamal Bagdad, pour la wilayat al-Barakah en Syrie. Les opérations se déroulent respectivement, pour celles où les lieux sont identifiables, au nord de Samarra, près et dans Hasakah, près d'al-Rutbah et au nord de Bagdad, près d'al-Tarmiyah notamment.

lundi 26 septembre 2016

Mourir pour le califat 45/L'enfer des apostats-Wilayat Shamal Bagdad

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Titre : L'enfer des apostats.

Durée : 27 minutes 41 secondes.

Lieu(x) : dans la séquence 2, les prisonniers exécutés en masse auraient été capturés sur l'île Al Nabayi. Les deux premiers tirs de snipers ont lieu à al-Mushahida, juste au nord de Bagdad. L'unique VBIED de la vidéo se jette sur une position de la police à al-Tarmiyah, dans le même secteur. C'est également là qu'un hélicoptère de l'aviation irakienne est abattu, d'après les bandeaux.

Date (sûre par recoupement ou estimée) : dans la séquence 2, l'EI incruste le communiqué d'une attaque à Balad le 6 juillet. Le seul VBIED qui explose est en fait ancien : l'attaque a eu lieu en mai 2015. La première attaque à l'IED est également une image d'archive (octobre 2015).

Type de vidéo : c'est une vidéo de guérilla, l'EI utilise des IED, des snipers, monte des embuscades, procède à des exécutions notamment de nuit.

Découpage (séquences) :

1 : 11' – 2'37'', images d'archives.
2 : 2'37'' – 27'41'', le reste de la vidéo, avec brève image de séparation (effet visuel de flammes associé au titre).

lundi 19 septembre 2016

Mourir pour le califat 44/Les terrifiants détonateurs-Wilayat al-Furat

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Titre : Les terrifiants détonateurs

Durée : 24 minutes 3 secondes.

Lieu(x) : l'assaut de la séquence 3 a lieu au nord d'al-Rutbah, de même que l'attaque de VBIED de la séquence 4. Cellle de la séquence 5 a lieu à l'ouest d'al-Rutbah.

Date (sûre par recoupement ou estimée) : la séquence 4 est datée par la vidéo elle-même du 31 juillet 2016.

Type de vidéo : c'est une vidéo montrant des raids motorisés/mécanisés mobiles (avec souvent les mêmes véhicules), mâtinée d'images d'archives et de propagande.

Découpage (séquences) :

1: 17'' – 2'10'', introduction, images d'archives, décompte des morts sur un siècle.
2 : 2'10'' – 5'43'', images d'archives.
3 : 5'43'' – 9'58'', assaut sur une position de l'armée au nord d'al-Rutbah.
4 : 9'58'' – 15'56'', assaut sur une position de la police fédérale au nord d'al-Rutbah.
5 : 15'56'' – 20'16'', assaut sur une position de la police fédérale à l'ouest d'al-Rutbah.
6 : 20'16'' – 24'3'', assaut sur une position de la police fédérale.

mardi 13 septembre 2016

Mourir pour le califat 43/La gloire du djihad-Wilayat al-Barakah


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Titre : La gloire du djihad

Durée : 26 minutes 25 secondes.

Lieu(x) : l'EI, dans la séquence 3, attaque l'ancienne prison al-Adath et la station électrique située à quelques kilomètres au sud d'al-Hasakah. Dans la séquence 4, il est à l'attaque de la ville de Barakah (Hasakah). Les combats de la séquence 5 ont lieu dans le quartier d'al-Nashwa, au sud-ouest de la ville et dans les quartiers sud-est.

Date (sûre par recoupement ou estimée) : la séquence 3 donne elle-même la date de l'opération montrée : nous sommes en mai 2015, au moment où l'EI s'approche de la ville d'al-Hasakah par le sud. La séquence 4 donne aussi la date : juin 2015. Ce sont donc des opérations datant d'un an et demi qui sont montrées dans cette vidéo.

Type de vidéo : c'est une vidéo de propagande, montrant des images d'archives, où l'EI est à l'offensive notamment en milieu urbain.

Découpage (séquences) :

1 : 9''- 48'', introduction.
2 : 48'' – 6'50'', histoire et archives.
3 : 6'50'' – 13'28'', assaut sur la centrale électrique et la prison.
4 : 13'28'' – 17'40'', combats à Hasakah.
5 : 17'40'' – 26'25'', combats à Hasakah.

samedi 10 septembre 2016

Mohajer (1989) d'Ebrahim Hatamikia

Pendant la guerre Iran-Irak, dans une région de marécages non loin de la ville de Dehloran (dont il est question à une reprise dans le film), probablement dans les dernières années du conflit (1987-1988). Une équipe iranienne pilotant un drone Mohajer parvient, non sans mal, à abattre une tour d'observation irakienne dans les marécages qui bloquait la route aux assauts iraniens. L'équipe est dirigée par Assad, passionné par le vol des drones. Son camarade Mahmud est plus sceptique quant aux ordres donnés par le commandement et les objectifs de la mission. Pour la prochaine mission, l'équipe d'Assad doit opérer en 3 groupes pour piloter le drone encore plus loin derrière les lignes ennemies. Assad dirige le 3ème groupe qui s'installe derrière les lignes irakiennes pour assurer le vol final du drone. Mais tout capote quand l'équipe se retrouve isolée derrière les lignes ennemies...





Mohajer est un film d'Ebrahim Hatamikia, qui a commencé sa carrière dans les années 1980 avec des films et documentaires traitant de la guerre Iran-Irak : ses réalisations sur le sujet sont souvent considérées comme les meilleures du cinéma iranien. Il faut dire qu'il a servi dans les Pasdarans pendant le conflit pour tourner des documentaires et qu'il a été profondément marqué par ce qu'il a vu. Mohajer est produit par le  Centre de l'Art et de la Pensée islamique, une organisation semi-officielle et semi-privée qui finance beaucoup de films de guerre pendant le conflit avec l'Irak.






Tout le film tourne autour de l'utilisation par Iraniens des drones Mohajer-1. Cette famille de drones est développée pendant la guerre Iran-Irak à des fins de reconnaissance des lignes adverses, comme on peut le voir dans le film. Par ailleurs, les Iraniens équipent leurs Mohajer-1 de 6 roquettes de RPG-7, 3 sous chaque aile, pour des frappes sur des objectifs de valeur, ce que l'on constate également dans le film. On est alors aux débuts de l'armement des drones, ce qui souligne l'importance non négligeable de ce conflit, à beaucoup de points de vue, d'ailleurs.





Hatamikia, dans le scénario, oppose le personnage d'Assad, neveu du chef de l'unité de drones, passionné et absorbé par sa tâche, à son camarade Mahmud, plus hésitant, mais qui fera tout pour sauver son ami coincé derrière les lignes ennemies. La guerre est donc questionnée, mais c'est la figure d'Assad, modèle de dévotion à la patrie, qui est mise en avant. Le film vaut surtout pour l'emploi des drones iraniens, guidés à vue, télécommandés, et dont la faible portée oblige à établir des groupes-relais pour piloter le drone le plus loin possible. On comprend instantanément l'utilité des drones sur le terrain marécageux, accessible seulement aux petits navires et aux plongeurs, ce qui rend toute reconnaissance humaine périlleuse. L'importance de l'artillerie dans le conflit est également bien mise en avant : le film fourmille de détails montrant que le réalisateur a pris part au conflit et en resté marqué. Un film à voir, assurément.




dimanche 4 septembre 2016

Mourir pour le califat 42/La flamme du sacrifice (2)-Wilayat Salahuddine

Titre : La flamme du sacrifice (2).

Durée : 11 minutes 59 secondes.

Lieu(x) : les combats de la séquence 3 contre les postes de la police ont lieu à Al-Jalam, à 10 km au nord-est de Samarra.

Date (sûre par recoupement ou estimée) : Abu Bakr al-Iraqi est déjà vu mort dans une vidéo de la wilayat Salahuddine de décembre 2015 (il est même probable que les images soient plus anciennes). Dans cette vidéo, une séquence montre probablement des images de la fin 2012 après une évasion dans la prison de Tikrit. En résumé, cette vidéo est constituée d'images d'archives, parfois anciennes.

Type de vidéo : une vidéo de propagande faisant appel à des images d'archives.

Découpage (séquences) :

1 : 13'' – 39'', introduction.
2 : 39'' – 6'28'', images d'archives.
3 : 6'28''- 11'59 » », combats et mort d'Abu Bakr al-Iraqi.

Forces attaquées/adversaires : la police fédérale irakienne est attaquée dans la séquence 3. 2 de ses véhicules sont visibles au loin.

dimanche 28 août 2016

Eye in the Sky (2015) de Gavin Hood

Le colonel Katherine Powell (Helen Mirren) de l'armée britannique apprend qu'un de ses informateurs travaillant pour les gouvernement anglais et kenyan a été assassiné par les Shebab somaliens. Elle prépare une opération contre cette organisation et notamment contre un couple britannique faisant partie du groupe. L'opération pour les capturer et multinationale : un drone MQ-9 Reaper de surveillance et de frappe est piloté depuis le Nevada par le lieutenant Watts (Aaron Paul) ; des agents kenyans sont sur le terrain et observent la demeure qui est la cible de l'opération avec des drones miniatures (oiseau et insecte) ; les forces spéciales kenyanes sont à proximité prêtes à intervenir ; l'identification des suspects est effectué à Hawaï. L'opération est supervisée par le groupe dit Cobra au Royaume-Uni avec le général Benson (Alan Rickman), un ministre et le procureur général. Mais l'opération est remise en question quand les cibles changent de maison et se réfugient dans un quartier contrôlé par les Shebab à Nairobi, et préparent un attentat-suicide...

Eye in the Sky, qui propose une réflexion sur l'emploi des drones en situation de guerre, a été tourné en Afrique du Sud. C'est l'un des derniers films d'Alan Rickman, mort en janvier 2016. Les drones sont reconstituée par images de synthèse.






Le film s'inspire d'éléments réels : on reconnaît dans la citoyenne britannique membre d'al-Shabaab Samantha Lewthwaite. Plus subtil que Good Kill, Eye in the Sky met le spectateur devant le dilemme qui se pose aux militaires et aux hommes politiques : peut-on frapper des cibles importantes des organisations terroristes à distance, pour ici prévenir un attentat-suicide, tout en risquant de tuer des victimes innocentes ? Le réalisateur met en balance la frappe du missile Hellfire contre la vie d'une petite fille dont la maison a le malheur de se trouver à côté de celle où les kamikazes préparent leurs vestes-suicides avec leur artificier. Il montre les multiples allers-retours entre la chaîne de décision politique, qui hésite sur ce qu'il faut faire, et les militaires pressés de tirer un missile pour des raisons tactiques. Le tout non sans une pointe d'humour et d'ironie parfois macabre : le général anglais qui achète une poupée pour enfant avant de venir à la cellule Cobra, le ministre des Affaires Etrangères britannique contacté à Singapour et victime d'une intoxication alimentaire, parlant d'une frappe de drone sur le siège des toilettes... finalement, Gavin Hood, après avoir pesé le pour et le contre, laisse le spectateur se forger sa propre opinion sans trancher véritablement. Le film évoque certes la question des pertes provoquées par l'utilisation des drones, de la précision finalement tout relative des armes comme le Hellfire (il faut tenir compte de l'impact pour déterminer les pertes à proximité, ce que montre bien le film), mais par certains côtés, il relève aussi presque de la science-fiction (les drones miniaturisés ne sont pas encore d'un usage systématique ; l'identification faciale semble très perfectionnée). En outre les effets psychologiques des frappes de drones sur les civils ne sont pas abordés. Eye in the Sky est incontestablement meilleur que Good Kill, mais on peut probablement mieux faire : les drones attendent toujours leur film de référence...




samedi 27 août 2016

Mourir pour le califat 41/La vérité avec le convoi-wilayat Ninive

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Titre : La vérité avec le convoi.

Durée : 16 minutes 9 secondes.

Lieu(x) : aucun lieu n'est mentionné.

Date (sûre par recoupement ou estimée) : dans la séquence 1, on reconnaît une pièce et des combattants vus dans la vidéo montrant la contre-offensive ratée de début mai au nord de Mossoul de la wilayat Ninive.

La séquence 3 est composée d'images d'archives remontant à 2012-2013.

Les 3 dernières séquences se déroulent en 2016.

Type de vidéo : c'est une vidéo de pure propagande, l'EI utilise de vieilles archives et évoque surtout ses kamikazes.

Découpage (séquences) :

1 : 15" - 3'45", discours de Zarqawi, images de tirs.
2 : 3'45" - 5'01", images de combats.
3 : 5'01" - 11'45", camp au désert de 2012-2013.
4 : 11'45" - 13'15", entraînement.
5 : 13'15" - 13'49", discours d'un kamikaze.
6 : 13'49" - 16'09"; kamikaze et images diverses.

Forces attaquées/adversaires : armée irakienne.

Good Kill (2014) d'Andrew Niccol

Le major Thomas Egan (Ethan Hawke) est un ancien pilote de F-16 en Irak, mis au sol et reconverti dans le pilotage de drones MQ-9 Reaper à partir d'une base aérienne près de Las Vegas, au Nevada. Les Reaper sont utilisés pour frapper des cibles en Afghanistan et ailleurs dans le monde, là où les Etats-Unis mènent la "guerre contre la terreur". Respecté pour son calme et son sang-froid, Egan, en réalité, déteste sa nouvelle fonction ce qui n'est pas sans poser problème lorsqu'il revient à la maison, dans une banlieue suburbaine, pour retrouver sa femme et ses deux enfants...

On a connu le réalisateur Andrew Niccol mieux inspiré (The Truman Show, en 1997 ; Lord of War en 2005). Le sujet promettait pourtant : l'utilisation des drones en situation de guerre et toutes les questions relatives à leur emploi.

Malheureusement tout cela passe à la trappe. Le réalisateur préfère se concentrer sur le mal d'un vivre d'un pilote de chasse frustré de ne pas pouvoir voler et de piloter des drones, qui préfère se saoûler sur la route et chez lui plutôt que de s'occuper de sa femme et de ses enfants (qui font d'ailleurs plus décoration qu'autre chose dans le film). Le réalisateur n'échappe pas non plus à des poncifs quant à l'emploi des drones : la CIA est un modèle de cynisme face à l'exemplarité éthique de l'US Air Force ; les dialogues sont franchement mauvais ; le débat sur l'emploi des drones est réduit à sa plus simple expression. Plus gênant, l'emploi des drones est uniquement justifié par la barbarie de l'ennemi (résumée par la scène finale, en définitive) et le réalisateur a confondu les problèmes psychologiques de l'emploi des drones (qu'il a privilégiés) avec la question de leur emploi tout court (finalement peu et mal traité).







 Good Kill se cherche, du début à la fin. Le discours du colonel aux nouvelles recrues à propos des drones, au commencement du film, est aussi plat que le reste. Il n'apportera malheureusement pas grand chose au débat et aux questions sur l'emploi des drones...






vendredi 26 août 2016

Patrick GALLIOU, La Bretagne d'Arthur. Bretons et Saxons des siècles obscurs, Lemme Edit/Illustoria, 2011, 103 p.

Patrick Galliou est docteur en anglais et en histoire ancienne. Spécialiste du monde celte, en retraite depuis 2007 après avoir été professeur émérite de l'université de Bretagne-Ouest, il signe chez Lemme Edit/Illustoria ce court volume, comme toujours, sur les Bretons et Saxons des siècles obscurs.

Le titre est trompeur car les trois quarts du livre, ou peu s'en faut, sont plutôt consacrés à l'évolution de la Bretagne romaine et ce qui peut expliquer l'abandon de l'île par Rome et l'apparition de nouvelles entités. Le recrutement de mercenaires saxons, leur soulèvement, l'arrivée de nouvelles vagues d'envahisseurs sur l'est de la Bretagne n'aboutit qu'à assimiler les Bretons à la culture des immigrants saxons, donnant naissance à une civilisation originale : telle est l'idée phare de l'auteur dans l'introduction.

Le premier chapitre dresse le portrait de la Bretagne, conquête inachevée à la fin du IVème siècle. Conquise entre 43 et 83, la partie de la Bretagne dominée par Rome est prospère, et a des échanges avec les provinces continentales -Gaule surtout-, notamment en raison des besoins de l'armée. Mais le nord de la Bretagne, au-delà et même en-deçà du mur d'Hadrien, et même le pays de Galles, à l'ouest, n'ont jamais été vraiment romanisés. La Bretagne ne connaît pas de troubles sérieux jusqu'en 367 : la Tétrarchie et la première moitié du IVème siècle voient la richesse s'exprimer dans les villes, et les villas du sud et de l'ouest. La religion païenne est encore présente, le christianisme ne semble s'implanter que dans les villes et l'aristocratie rurale.

Mais la Bretagne est progressivement abandonnée par Rome entre 380 et 420. La grande invasion, certes rebattue, de 367, a laissé des traces : le mur d'Hadrien n'est plus tenu par des garnisons, les Romains tentent d'installer des Etats tampons entre le mur et le sud-est. En 383, Maxime est le premier usurpateur à soulever les troupes de Bretagne et à passer sur le continent : une situation qui se répète jusqu'en 406, où Constantin III prend les troupes avec lui. En 410, c'est le fameux rescrit d'Honorius enjoignant aux Bretons d'assurer eux-mêmes leur défense. Les villes se contractent, les échanges deviennent locaux, le système monétaire romain disparaît, le christianisme continue sa progression.

Peu de sources écrites, jusqu'à la victoire de Chester (615-616) évoquent la Bretagne privée de l'influence romaine. Les stèles constituent une source appréciable. On devine que les anciennes civitates se chargent de gouverner des territoires qui progressivement deviennent royaumes à la fin du Vème siècle. Ceux-ci apparaissent plutôt dans les régions les moins romanisées et une hiérarchie semble s'installer assez rapidement. Les villas romaines se transforment en résidences fortifiées : les petits dynastes locaux mènent leur guerre pour leur propre compte. Etonnament, ces sites, avec une activité artisanale réduite, témoignent de contacts avec l'Aquitaine et jusqu'à l'empire byzantin grâce à des traces archéologiques que l'on retrouve au sud et à l'ouest mais aussi en Irlande. Jusqu'à la fin du VIème siècle, la Bretagne est en contact avec le commerce méditerranéen. A la société romaine succède donc une société aristocratique, renforcée par l'Eglise.

L'arrivée des Saxons change la donne. Pour P. Galliou, les Bretons se sont chargés dans un premier temps des Pictes et des Scots, déboulant de l'ouest et à travers le murs d'Hadrien. Vers 450, un dynaste breton, Vortigern, aurait fait appel à des Saxons, mercenaires, qui décident finalement de se tailler leur propre royaume. Cette migration, contrairement à ce que l'on a dit ensuite, reste limitée : quelques dizaines de milliers de personnes au plus, à partir de 450. Il est difficile, sauf à travers l'archéologie, de saisir les rapports entre Bretons et Saxons. Les Saxons restent longtemps païens, et les conflits Bretons-Saxons comme les guerres intesines sont multiples - pour P.Galliou, la figure d'Arthur n'est d'ailleurs qu'une création légendaire renvoyant à cette époque du "Dark Age" britannique.

L'ensemble est complété par un lexique, une chronologie, une liste de lieux à visiter et une bibliographie. On n'oublie pas bien sûr le livret centrale de 16 pages en couleur, même si des cartes de situation sur la deuxième moitié du Vème siècle et le VIème siècle auraient été utiles. C'est que, comme je l'ai dit au début, l'auteur ne passe que peu de temps à évoquer l'arrivée des Saxons et leur installation en Bretagne, seul regret pour ce volume, lié aussi à un problème de taille, tout simplement.

jeudi 25 août 2016

Fort Graveyard (Chi to suna) de Kihachi Okamoto (1965)

Août 1945, entre l'attaque soviétique sur la Mandchourie déclenchée le 9 et la capitulation japonaise du 15. Dans le nord de la Chine, le sergent Yosugi (Toshiro Mifune) arrive dans une garnison isolée dirigée par le brutal capitaine Sakuma. Yosugi arrive alors que Sakuma fait fusiller un jeune lieutenant, accusé d'être le seul survivant de la garnison d'un petit fortin avancé dont tous les hommes auraient été tués. Yosugi s'élève contre l'exécution et frappe le capitaine. Jeté en prison, il en est sorti pour se voir confier une mission périlleuse : prendre la tête d'un détachement de 17 hommes, parmi lesquels les 14 membres de la fanfare, de jeunes recrues sans aucune expérience arrivées en même temps que lui, et 3 hommes jetés en prison, pour reprendre à la guérilla communiste le fortin perdu. Yosugi va devoir transformer ses hommes en soldat pour accomplir un tâche qui s'annonce suicidaire...

Chi to suna est assurément un film à voir dans le cinéma de guerre japonais. Okamoto est lui-même un vétéran japonais de la Seconde Guerre mondiale, où il a servi dans l'aviation. Un tiers de sa filmographie ou presque est ainsi consacrée aux films de guerre. Il a connu son apogée dans les années 1960.





Ce film est produit par Toshiro Mifune, l'acteur qui joue le rôle du sergent Yosugi. Le choix du lieu, le nord de la Chine (Mandchourie ?), indiqué dès le début du film, met déjà le spectateur dans l'ambiance, ainsi que la première séquence : on est parmi les troupes japonaises à la toute fin du conflit, harcelées par la guérilla communiste chinoise, aux confins de la "sphère de coprospérité"... Ce n'est que bien plus tard qu'un personnage annonce que l'on se trouve "2 ou 3 jours après l'invasion soviétique de la Mandchourie", soit autour du 11-12 août 1945.



Le réalisateur parvient à un tour de force, certes centré sur Mifune, mais qui ne laisse aucun des personnages trop caricatural. Le sergent Yogusi est le sous-officier charismatique, qui transforme en soldats des novices : mais un lourd secret le motive dans sa tâche, qu'on ne découvre qu'à la toute fin du film. Sakuma, présenté de prime abord comme l'officier impitoyable, se révèle en fait plus partagé. Mais le fil de l'action repose sur la fanfare : les 14 jeunes Japonais passionnés de musique et qui n'ont jamais tiré un coup de feu, comme le montre la première séquence où ils jouent du jazz de Louis Armstrong en arrivant au fort, avant de se disperser au premier coup de feu de la guérilla. Okamoto, passionné de musique, joue sur les hommes de la fanfare, dont la camaraderie en musique, entretenue par le sergent Yosugi, va en faire de redoutables combattants.







Le scénario suit un schéma assez classique, mais Okamoto, là encore, parvient à faire un grand film dans la réalisation. Le sergent teigneux prend la tête d'un groupe a priori incapable de remplir sa mission : mais avec un minimum d'entraînement (réaliste, cela se sent dans les scènes concernées) et une tactique bien pensée, le fortin est enlevé. L'astuce d'Okamoto est de se focaliser sur un petit groupe de soldats japonais, ce qui permet de bien travailler les séquences de combat, assez réalistes pour l'époque : la prise du fortin est un modèle du genre. Les vainqueurs ont ensuite à tenir leur prise contre la contre-offensive de la guérilla communiste, même si l'issue ne laisse pas de doute au fur et à mesure que passent les minutes. A noter que l'on devine plutôt qu'autre chose la qualité de l'adversaire : Okamoto mélange d'ailleurs guérilla et véritables troupes régulières, avec uniforme, côté chinois. Le traitement de l'ennemi peut paraître assez hors de propos avec ce que l'on sait désormais du comportement de la troupe japonaise pendant la guerre : le réalisateur ne montre ainsi qu'un seul prisonnier, non maltraité. De même, le bordel du fort et la prostituée qui suit en permanence Yosugi sont japonais, ce qui permet d'éviter les questions sensibles des "femmes de réconfort" étrangères... et pourtant, en présentant des soldats japonais qui ont déserté pour rejoindre la guérilla communiste, par la dose d'humour introduite avec le jazz et le comportement burlesque de certains soldats japonais, et par la désobéissance des hommes à la stricte discipline militaire, Okamoto semble vouloir réhabiliter quelque part les oubliés du conflit sino-japonais, les simples soldats et les Chinois eux-mêmes. D'ailleurs, ce combat pour un fortin perdu à la veille de la capitulation (cf la dernière scène), les Japonais subissant un siège alors que le gros de la garnison se replie sans eux, traduit une vision très négative de la guerre chez le réalisateur, probablement liée à son expérience du conflit.