mardi 21 mai 2013

Boris ORLOFF, Le feu du diable, Guerre/8, Paris, Editions du Gerfaut, 1964, 219 p.

Décembre 1942. Alors que la VI. Armee de la Wehrmacht est encerclée dans Stalingrad après l'opération Uranus, la contre-offensive soviétique, le sergent Skribine et son comparse Anton Sassarov mènent leur escouade dans les ruines de la ville, face aux Allemands pris au piège. De péripétie en péripétie, ils participent à tous les coups de main jusqu'à la reddition finale de Paulus et de ses hommes...

Les éditions Gerfaut ont publié, de 1964 à 1985 environ, quantité de ces petits ouvrages de poche dans leur collection "Guerre". Rien de très nouveau, donc, mais j'en ai acquis plusieurs chez un bouquiniste récemment et j'ai voulu voir si mon souvenir était correct, car il m'était déjà arrivé d'en lire un ou deux précédemment.

J'ai donc commencé, une fois n'est pas coutume, par un volume traitant du côté soviétique -car souvent, la collection tombe dans le "Panzerporn", avec un penchant très net en faveur des Allemands, voir au sens littéral du terme avec des scènes bien crues. Avis aux amateurs (lol). Point de tout ça ici puisque l'on suit dans ce livre, qui est l'un des premiers tomes de la collection, le parcours de frontoviki de l'Armée Rouge, sous la plume de Boris Orloff (?), avec dès la première page, la mention indispensable : "Roman de guerre". Ouf, nous sommes sauvés, on n'essaie pas de faire croire au lecteur qu'il s'agit de l'histoire avec un grand H...

L'avantage de ce genre de romans, c'est que ça se lit très bien et très vite : de l'action partout, à la PPSh-41, au lance-flammes, à la crosse de fusil et au T-34, sans pause ou presque. Ce qui me change accessoirement, en ce moment, de lectures plus sérieuses. On note quand même que l'auteur a choisi de nous raconter les tribulations de soldats soviétiques qui mènent l'assaut depuis l'intérieur de Stalingrad après Uranus, et non pas depuis l'extérieur de la ville, ce qui n'est pas banal. Pour le reste, rien de très original, avec pas mal de poncifs, mais je vous laisse découvrir tout ça...

lundi 20 mai 2013

L'autre côté de la colline : Les MiG-29 au combat

C'est l'article que propose Adrien Fontanellaz pour le troisième et dernier billet sur notre blog collectif, pour le mois de mai. Il compare la performance du MiG-29 au combat à partir de trois exemples analysés et mis en relation. Passionnant.

L'occasion aussi de signaler que, malheureusement, les articles du blog sont déjà repris par des blogs d'extrême-droite, ou manifestant des prises de position conspirationnistes, etc. C'est également arrivé pour Historicoblog (3) et je le déplore. Inutile de préciser que les trois contributeurs de L'autre côté de la colline ne relèvent ni de l'extrême-droite, ni des théories conspirationnistes : ces articles ont d'ailleurs été repris tels quels sans que l'on nous demande notre avis. A toute fin utile, une petite mise au point a été ajoutée par Adrien sur L'autre côté de la colline... pour les amateurs.

Duncan CAMPBELL, Adam HOOK, Ancient Siege Warfare. Persians, Greeks, Carthaginians and Romans 546-146 BC, Elite 121, Osprey, 2005, 64 p.

Duncan B. Campbell, diplômé de l'université de Glasgow, est un un spécialiste de la poliorcétique grecque et romaine. Dans ce volume de la collection Elite des éditions Osprey, il nous propose un bref aperçu de la guerre des sièges dans l'Antiquité, entre 546 et 146 av. J.-C. .

Partant des Perses achéménides, il commence par rappeler quelques grandes lignes sur la poliorcétique antique. L'assiégeant a alors recours aux échelles pour escalader les murs, aux rampes d'assaut pour les dominer, aux béliers, mais peut aussi miner les remparts ou creuser des tunnels, se servir de la trahison ou instaurer un blocus. Campbell consacre une analyse particulière aux traces laissées par le siège de Palaepaphos, à Chypre, en 499 av. J.-C., île qui s'était révoltée contre les Perses après l'Ionie. Il est possible que les Achéménides aient utilisé des tours de siège, sans doute des béliers, mais la présence d'une artillerie fait encore débat.

Dans la Grèce classique, l'art du siège n'est pas très élaboré ; les Athéniens recourent fréquemment au blocus terrestre ou amphibie, avec lignes de fortifications, sous la Ligue de Délos, pour soumettre des villes ou des îles révoltées (Thasos, Samos). C'est encore la même tactique qui est employée pendant la guerre du Péloponnèse : en Sicile, devant Syracuse, les Athéniens échouent à encercler complètement la cité avec leurs murs, ce qui entraîne la défaite. Les Spartiates, eux, ne recourent à cette même technique qu'à partir du IVème siècle.

C'est en Sicile que l'art du siège se renouvelle quelque peu. Les Carthaginois, en 406, emploient massivement béliers et tours d'assaut pour s'emparer des cités grecques ; mais ce ne sont pas eux qui ont inventé les béliers couverts, contrairement à une légende propagée par les sources antiques, car les Assyriens employaient déjà des béliers. En réaction, le tyran de Syracuse fait construire lui aussi des tours d'assaut. Le traité d'Enée le Tacticien s'attache surtout aux moyens de prévenir les trahisons et de contrer les sapes.

Philippe II de Macédoine est le premier à employer massivement un corps d'ingénieurs qui met à sa disposition des catapultes. Alexandre le Grand mène pendant ses campagnes toute une série de sièges, avec quantité de machines (Milet, Tyr) ou en privilégiant des voies plus directes (Thèbes). Les Macédoniens utilisent des béliers, des abris couverts, des tours d'assaut et des catapultes tirant des flèches ou des pierres. Les diadoques héritent de cet art, même si le plus connu pour ce faire, Démétrios Poliorcète, a en fait échoué devant Rhodes, avec une énorme tour d'assaut (hélépole) neutralisée par les défenseurs.

Les Romains, au IVème siècle, n'en sont alors qu'aux débuts de la poliorcétique, comptant surtout sur le blocus et l'assaut direct en utilisant parfois la tortue pour enfonce les portes. Le traité de Philon de Byzance, à la fin du IIIème siècle, montre que l'assiégé doit s'attendre à l'emploi de nombreuses machines par l'assiégeant. Hannibal emploie de nombreuses machines contre Sagonte, en 219, avant d'en aligner aussi beaucoup lors de certains sièges en Italie. Les Romains ont encore recours, pendant la deuxième guerre punique, à l'assaut direct (Syracuse) ou au blocus. Carthage est soumise au blocus avant d'être prise d'assaut par Scipion Emilien en 146. Le roi de Macédoine Philippe V, lui, n'hésite à pas à employer une machinerie sophistiquée pour assiéger certaines cités. Comme le rappelle l'auteur en épilogue, les villes assiégées qui offrent une quelconque résistance s'expose, si elles tombent, à un pillage en règle et à de nombreuses destructions et exactions de la part des soldats vainqueurs.

Une bibliographie indicative est fournie, peut-être un peu courte. De même, le format de la collection empêche que certains exemples de sièges soit davantage analysés. Les illustrations d'Adam Hook -ci-dessous, le siège de Tyr-, en pleine page, sont agréables mais manquent peut-être un peu de dynamisme : cependant, elle traite parfois de sièges peu connus, ce qui est un plus. En somme, un ouvrage idéal pour s'initier au sujet, mais il ne faut pas en demander davantage.



 

samedi 18 mai 2013

Charles PERSONNAZ, Venizélos. Le fondateur de la Grèce moderne, Paris, Bernard Giovanangeli Editeur, 2008, 191 p.

Depuis 2001, Bernard Giovanangeli Editeur inonde le marché français de titres (une quinzaine par ans) portant sur l'histoire militaire, au sens large, bien qu'on y trouve beaucoup d'ouvrages consacrés à l'histoire des guerres napoléoniennes, centre d'intérêt principal de l'éditeur. La collection Biographie compte déjà une dizaine de parutions dont celle-ci, dédiée à Venizélos, un personnage important de l'histoire de la Grèce contemporaine. L'auteur, Charles Personnaz, qui travaille pour le ministère de la Culture, prépare une thèse sur les relations entre la France et la Grèce dans les années 20. Curieusement il a aussi signé dans la même collection une biographie d'Alexandre le Grand. Intérêt pour l'histoire grecque, donc, mais sur des périodes très éloignées chronologiquement : l'on en en droit, de prime abord, de s'interroger sur le contenu.

En fait, l'ambition de Charles Personnaz reste fort modeste, comme il le présente dans l'introduction : fournir une biographie courte et appuyée sur quelques références bibliographiques solides d'Eleutherios Vénizelos, et plus généralement intéresser le public français à l'histoire de la Grèce contemporaine, et non pas seulement à celle de la Grèce antique.

Après un rapide tour d'horizon de la "question d'Orient au XIXème siècle" et de la situation du pays jusqu'en 1864, année de naissance de Venizélos, Charles Personnaz revient sur l'enfance crétoise du personnage, marquée par l'occupation ottomane, jusqu'à son entrée en politique. Venizélos, fin politique, est de tous les combats, par la parole ou par les armes, qui conduisent au rattachement progressif de la Crète à la Grèce, jusqu'en 1897-1898. Figure politique dominante de la Crète, Venizélos n'hésite pas à appuyer un mouvement révolutionnaire, en 1905, pour faire abdiquer le prince Georges et aboutir au rattachement de l'île à la Grèce. Il a également expérimenté sa politique en Crète, ce qui lui sera fort profitable pour les responsabilités qu'il exercera en Grèce plus tard.

1908 est une année importante : les Jeunes Turcs prennent le pouvoir dans l'Empire ottoman, la Grèce se sent menacée. Venizélos, patient, attend son heure, ne se compromet pas dans les luttes de pouvoir : en 1910, il devient Premier Ministre. Pour servir le dessein de la "Grande Idée" bâtie au XIXème siècle, le rattachement au pays de tous les endroits où se trouvent des Grecs, Venizélos s'attache à la paix sociale : réforme de l'éducation, de l'agriculture, réduction de la crise économique, emprunts pour reconstruire une armée et une flotte, avec l'aide des Français et des Britanniques. En 1912, allié à la Bulgarie, à la Serbie et au Monténégro, Venizélos jette la Grèce contre les Turcs. La victoire est totale mais entachée par la disparition du roi Georges, assassiné. L'année suivante, les vainqueurs se déchirent entre eux, et la Bulgarie en fait les frais. Venizélos prêche cependant la modération, car les gains sont conséquents : la Grèce a doublé sa superficie et quasiment sa population avec les guerres balkaniques.

Le déclenchement de la Première Guerre mondiale voit la Grèce séparée en deux camps : Venizélos, plutôt pro-allié, s'oppose au roi Constantin XII et à ses partisans qui penchent en faveur de l'Allemagne. Le Premier Ministre démissionne finalement début 1915, mais revient rapidement sur la scène politique d'autant que les premières troupes alliées débarquent à Salonique en septembre. Il faut le coup de forces d'août 1916 pour que les soldats grecs participent véritablement aux combats du côté allié. Venizélos, replié en Crète, rejoint les insurgés de Salonique, qui rebâtissent une armée, créent un gouvernement provisoire. Il faut l'intervention d'un corps expéditionnaire français pour prendre Athènes en décembre, assaut que l'on a parfois qualifié de "vêpres athéniennes". Les ralliements se multiplient et le roi Constantin abdique en juin 1917. Venizélos mène ensuite une sévère épuration.

Venizélos, soutenu par Lloyd George, a rebâti une armée avec l'appui français. Les troupes grecques sont engagées en avril 1918. Attaché à la Grande Idée, Venizélos séduit les gouvernements européens, envoient des troupes grecques combattre les bolcheviks dans le sud de la Russie, et parvient à faire débarquer ses soldats en Asie Mineure en mai 1919. Soutenu par l'Angleterre, face à une France plus réticente, Venizélos voit ces annexions confirmées par le traité de Sèvres en 1920. Mais la Grèce est exsangue, Mustapha Kemal et les nationalistes surgissent sur les ruines de l'Empire ottoman, et l'Angleterre souhaite stabiliser leur emprise pour contrer les bolcheviks. Battus sévèrement une première fois en 1921, les Grecs sont chassés d'Asie Mineure en août-septembre 1922. Les négociations, après l'armistice d'octobre, durent 8 mois : le traité de Lausanne aboutit à un compromis et prévoit notamment un transfert des populations grecques et turques, ce qui désamorce de potentiels conflits pour l'avenir. La République est proclamée en Grèce en 1924, suivie d'une série de coups d'Etats. Venizélos quitte le pouvoir, puis revient en 1928. Mais, devenu autoritaire, il ne réussit pas complètement à redresser le pays, malgré la réconciliation avec la Turquie : il est définitivement battu aux élections de 1933. Forcé à l'exil après un dernier coup d'Etat raté qu'il a soutenu, il meurt à Paris le 18 mars 1936.

Si les grandes lignes du personnage sont bien tracées comme une tragédie grecque (en ce sens le pari défini dans l'introduction est réussi), peut-être un peu trop, d'ailleurs, le format du livre empêche d'exploiter à fond les références récentes citées p.187 et qui auraient permis de muscler le propos sur les dimensions sociales, économiques et politiques -sans parler de celle militaire- qui restent effleurées. Une lecture brève et agréable, donc, mais qui mérite d'être creusée par des ouvrages beaucoup plus consistants. On note aussi la présence d'une unique et trop solitaire carte au début du livre et l'absence d'illustrations.

  

 

jeudi 16 mai 2013

Patrouilleur 109 (PT 109) de Leslie H. Martinson (1963)

1943. Le lieutenant John F. Kennedy (Cliff Robertson) joue de l'influence familiale pour se faire affecter à une unité combattante dans le Pacifique. Membre de l'US Navy, Kennedy est affecté à une unité de vedettes lance-torpilles stationnée à Tulagi, dans les îles Salomons. Il fait connaissance avec un des officiers de l'unité en débarquant, le Commander Ritchie (James Gregory), un vieil officier de carrière qui a servi sur un destroyer pendant la Grande Guerre mais sans connaître le feu. Pour mettre Kennedy à l'épreuve, Gregory lui donne une vedette, le PT 109, laissée à l'abandon car en trop mauvais état. Kennedy relève le défi et parvient à remettre à flot le bateau, obtenant bientôt le droit de participer à des missions de combat...

Patrouilleur 109, sorti en juin 1963, cinq mois avant l'assassinat du président Kennedy à Dallas, est le premier film à aborder la vie d'un président américain en exercice. John F. Kennedy a en effet servi pendant la guerre du Pacifique sur la vedette lance-torpilles PT 109.

C'est le père de Kennedy, producteur et directeur de la RKO, qui a négocié l'adaptation de la biographie de son fils à l'écran. Kennedy a personnellement choisi l'acteur qui l'incarne à l'écran, Cliff Robertson, et a souhaité que les bénéfices aillent aux survivants du PT 109 et à leurs familles. Le réalisateur, Martinson, a dû remplacer au pied levé Lewis Milestone, habitué des films de guerre, qui a été remercié en plein tournage. Le tournage en Floride, avec le recours à de nombreux bâtiments de guerre et autres matériels, a donné naissance à des rumeurs de préparatifs américains d'une invasion de Cuba (!). Il a fallu créer de toute pièce ou reconvertir des patrouilleurs d'autres types car plus aucun modèle ayant servi dans le Pacifique durant la Seconde Guerre mondiale n'était disponible. Des AT-6 incarnent, comme souvent, les Zéros japonais. On note la présence d'un LST, d'un destroyer américain, le USS Saufley, et d'une myriade de navires plus petits. 

Le PT-109 fait partie de la classe PT-103 construite par Elco pendant la guerre et le navire entre au service actif le 10 juillet 1942. Ce sont les plus grandes vedettes lance-torpilles de l'US Navy mises en oeuvre pendant la guerre, avec 24 m de long et 40 tonnes de déplacement. L'équipage se compose en théorie de 3 officiers et 14 matelots. Les vedettes lance-torpilles doivent profiter de leur vitesse pour mener leurs attaques, mais comme le conflit impose des réductions de maintenance sur la coque, elles sont parfois plus lentes que les destroyers ou croiseurs japonais qu'elles doivent attaquer. En outre, les torpilles ne sont pas efficaces contre les barges japonaises fréquemment visées. Enfin, le carburant d'aviation utilisé pour les moteurs rend toute explosion très dangereuse. Les PT comptent donc sur l'obscurité, la manoeuvre et la vitesse pour mener leurs assauts brusqués. Elles embarquent un canon de 20 mm et des mitrailleuses de 12,7 mm. La PT 109 improvise aussi un montage spécial avec un canon antichar de 37 mm récupéré sur l'US Army. 

Kennedy, en dépit de problèmes de dos, parvient, en jouant de ses relations familiales, à suivre la formation d'officier et à se faire affecter dans le Pacifique. En avril 1943, il arrive à Tulagi au MTB Squadron 2 et prend bientôt le commandement du PT 109. Le 30 mai, les unités font mouvement vers les îles Russell en prévision de l'attaque sur la Nouvelle-Géorgie. Le 16, elles sont basées à Rendova pour mener des attaques nocturnes contre les barges japonaises apportant des renforts et pour signaler les incursions du Tokyo Express. Le 1er août, après l'attaque de la base par 18 appareils japonais, les PT sortent attaquer à la torpille un convoi de destroyers, sans succès. Patrouillant dans le secteur pour détecter des navires japonais, la PT 109 est coupée en deux, à 2h00 du matin, le 2 août, par le destroyer japonais Amagiri qui fonce sur elle à pleine vitesse, entre Kolombongara et Arundel. 2 hommes sont tués dans le choc, et les autres parviennent, sous les ordres de Kennedy, à gagner une île à l'abri des Japonais qui occupent le secteur. Le naufrage a été repéré par un Australien chargé de la surveillance côtière, Evans. Les survivants restent six jours à attendre puis se présentent des indigènes qu'Evans a envoyés à leur rencontre. Après avoir réussi à s'identifier, les Américains écrivent un message de détresse sur une noix de coco. Finalement, les hommes du PT 109 sont récupérés, après que Rendova ait été informé, par le PT 157.

L'incident fait de Kennedy un véritable héros de guerre, ce qui servira à l'occasion sa carrière politique. L'épave du PT 109 a été localisée en 2002. Kennedy conservera la noix de coco et la fait mettre sous glace sur son bureau à la Maison Blanche, pendant son mandat.  


Vidéo : bande-annonce du Stalingrad (2013) de Fedor Bondartchouk (sortie à l'automne)

Le cinéma russe nous réserve encore, sans doute, une bonne surprise, avec le Stalingrad de Fedor Bondartchouk, qui devrait sortir à l'automne. Bondartchouk avait réalisé et interprété 9ème escadron (2005). Le film est le premier en Russie à bénéficier de la technologie 3D IMAX. Le scénario est en partie inspiré du fameux épisode de la maison de Pavlov pendant la bataille de Stalingrad.

Les décors ont été reconstruits près de Saint-Pétersbourg avec des moyens impressionnants, et les scènes de combat ont impliqué jusqu'à 900 figurants -ce qui est peu cependant au regard des énormes masses du cinéma soviétique, la 3D comblant ce manque. Car Bondartchouk avait joué dans le film éponyme réalisé par l'URSS en 1989 ; un acteur, Thomas Kretschmann, a lui pris part au Stalingrad de Vilsmaier (1993). La boucle est bouclée, en quelque sorte... 



mercredi 15 mai 2013

William RYAN, Film noir à Odessa, Grands Détectives 4711, Paris, 10/18, 2013, 382 p.

1937, URSS. L'inspecteur Korolev, de la police criminelle soviétique, décoré pour la résolution de sa première enquête l'année précédente, reste cependant à la merci du NKVD en raison des ramifications de cette affaire. Un soir, un agent de la police politique vient le trouver chez lui. Korolev craint pour sa vie mais le colonel Rodinov le charge en fait de résoudre le meurtre d'une citoyenne Soviétique, Maria Lenskaïa, qui travaille dans le secteur du cinéma. Il est expédié en Ukraine, ravagée par la collectivisation mise en oeuvre par Staline, où a lieu le tournage du film, là où Lenskaïa a trouvé la mort. A Odessa et dans ses environs, Korolev, qui retrouve sur place ses vieilles connaissances, l'écrivain Babel et le roi des Voleurs de Moscou, Kolya, aura fort à faire pour découvrir la vérité...

William Ryan, Irlandais de naissance, est avocat pour la City, puis se consacre à l'écriture pour le cinéma, la télévision, et maintenant pour la littérature. Le premier tome de la série, que je n'ai pas encore lu -mais la lecture de ce tome-là va vite m'inciter à combler ce manque...-, Le royaume des voleurs, est sorti en 10/18 l'an passé.

C'est une série intéressante dans la collection Grands Détectives car elle cumule deux des atouts les plus recherchés mais pas forcément toujours présents : une bonne intrigue policière et une toile de fond historique intéressante à défaut d'être complètement crédible. Ici, le savant mélange entre les deux est réussi sans que l'on est uniquement du polar ou au contraire une trame tirée de l'histoire avec un grand H qui aspire tout. L'atmosphère oppressante de l'URSS à l'aube des grands procès de Moscou, dans une Ukraine ayant particulièrement souffert du régime stalinien, est particulièrement bien rendue (même si c'est sous un certain angle historiographique), de même que les blessures de la guerre civile russe. La galerie de personnages est variée et on appréciera le sens du détail de l'auteur -mention spéciale à l'intervention des deux pistolets-mitrailleurs PPD-34, pour faire bonne mesure. Surtout, les personnages principaux sont quelque peu étouffés par le carcan stalinien, une touche dont l'auteur a su habilement jouer tout au long du récit.

L'auteur indique par ailleurs à la fin du roman policier ses sources d'inspiration, entre autres le cinéma d'Eisenstein ; on peut trouver une bibliographie sommaire (assez classique d'ailleurs, voire un peu datée, ça correspond à la vision de l'URSS présente dans le roman) et des photographies commentées des lieux qui ont inspiré l'histoire sur le site de l'auteur.

 

L'autre côté de la colline : le siège de Constantinople (2/2)

Suite et fin de l'article sur le siège et la prise de Constantinople, en 1453, par les Turcs ottomans... l'Empire byzantin disparaît, l'Empire ottoman s'affirme. Une sortie hors de la période contemporaine, pour une fois, qui sera probablement renouvelée dans de prochains articles !

mardi 14 mai 2013

Au commencement était la guerre...24/Bérets bleus. Un rapide aperçu des forces aéroportées russes

Article publié simultanément sur le site de l'Alliance Géostratégique.
 

Curieux destin que celui des forces aéroportées soviétiques, puis russes. Alors que l'URSS est une pionnière de l'emploi des troupes parachutistes et aéroportées, toutes les opérations d'envergure menées pendant la Grande Guerre Patriotique se terminent en désastre, faute de moyens aériens suffisants et de planification, le plus souvent. Pendant la guerre froide, les VDV deviennent une réserve stratégique destinée à des missions dans la profondeur du dispositif adverse. Mécanisées et dotées de moyens lourds, les troupes aéroportées soviétiques ne disposent pourtant pas, là encore, de suffisamment d'avions de transport pour jouer leur rôle stratégique. Elles sont engagées comme infanterie d'élite en Afghanistan, aérotransportées ou par le biais des hélicoptères, dont elles sont l'une des premières bénéficiaires au sein de l'Armée Rouge. Après la chute de l'URSS, les VDV doivent batailler pour trouver leur place au sein d'une armée russe en pleine restructuration. Mais grâce à des connexions avec le politique et à la personnalité de certains de leurs commandants, les « bérets bleus » conservent leur image d'une élite, un véritable modèle pour l'armée russe dont on nie trop souvent les capacités. Or celles-ci, et en particulier depuis le conflit en Géorgie d'août 2008, ne cessent d'évoluer et de se peaufiner.


L'URSS, pionnière des troupes aéroportées... jusqu'à la litanie des désastres de la Grande Guerre Patriotique


Les Soviétiques ont été des précurseurs dans l'emploi de troupes et de moyens aéroportés durant l'entre-deux-guerres. La première unité aéroportée est formée, après des expérimentations, dans le district militaire de Léningrad, en 1931. En 1932, il existe déjà quatre unités et l'année suivante, celle de Léningrad devient la 3ème brigade spéciale aéroportée, comprenant des parachutistes et des troupes transportées par planeurs. Les premières manoeuvres d'envergure ont lieu dans le district militaire de Biélorussie en 1934. 2 500 parachutistes soviétiques sautent l'année suivante devant un parterre d'observateurs étrangers lors de nouveaux exercices près de Kiev, qui impressionnent fortement les Allemands1. La Wehrmacht développe alors ses propres formations aéroportées, promises à l'avenir que l'on sait.

lundi 13 mai 2013

Steven J. ZALOGA et Tony BRYAN, Armored Trains, New Vanguard 140, Osprey, 2008, 48 p.

Les trains blindés font partie de ces innovations militaires qui ont eu une carrière courte, semblable à celle d'une étoile filante. Leur contribution à la guerre industrielle est, en Occident, relativement méconnue, car ils ont surtout opéré, de fait, sur d'autres théâtres d'opérations : Europe de l'est, Russie et Extrême-Orient principalement. Ce volume de la collection New Vanguard d'Osprey, paru en 2008, comble donc un manque en matière de vulgarisation sur le sujet.

Steven Zaloga rappelle que les premiers trains blindés improvisés sont créés par l'armée austro-hongroise dès les événements révolutionnaires de 1848. Mais c'est la guerre de Sécession qui vit l'utilisation réelle des premiers trains blindés, là encore improvisés : au nord de Baltimore, l'un de ces engins patrouille sur les voies ferrées pour empêcher des saboteurs pro-confédérés de faire sauter les voies, annonçant ce que sera au XXème siècle l'emploi des trains blindés dans la lutte anti-partisans.

Les Britanniques mettent bientôt au point, eux aussi, leurs premiers trains blindés pour la campagne en Egypte et au Soudan, puis pour la guerre des Boers. L'un des épisodes les plus célèbres, le 15 novembre 1899, voit les Boers mettre hors de combat un train blindé en bloquant les voies ; un journaliste présent à bord, un certain Winston Churchill, est capturé à l'occasion. L'anecdote montre la vulnérabilité du train blindé en l'absence de moyen de reconnaissance.

Au déclenchement de la Première Guerre mondiale, ce n'est pourtant pas à l'ouest mais à l'est que les trains blindés vont se révéler fort appréciables. Les Russes en possèdent dès 1914 après de premières expériences durant la révolte des Boxers en Chine et pendant la guerre russo-japonaise de 1904-1905. Les Austro-Hongrois, tout comme les Russes, vont alors procéder à une fabrication industrielle et non plus improvisée de trains blindés. Fin 1915, l'armée russe met ainsi en ligne 15 trains blindés. Russie et Autriche-Hongrie mettent au point de véritables croiseurs sur rail, comme le Zaamurets russe.

Mais c'est à l'occasion de la guerre civile russe que les trains blindés se montrent incomparablement précieux. Ils opèrent avec des détachements embarqués, ou non, de cavalerie et d'infanterie dans un conflit où la mobilité est certaine, autour des voies de chemin de fer qui permettent de rejoindre les villes et centres industriels naissants. Les bolcheviks récupèrent l'industrie de production des trains blindés, en particulier les usines Putilov et le centre de Bryansk. De 23 trains en service fin 1918, l'Armée Rouge en aura, au total, 103 en 1920 ! Ce sont les bolcheviks et l'Armée Rouge qui formalisent, en octobre 1919, la coopération entre le train blindé et son détachement embarqué (desantniy otryad) : il comprend une compagnie d'infanterie, une cinquantaine de cavaliers et une section de mitrailleuses avec 2 tachankas. Dès mars 1919, l'Armée Rouge emploie aussi des ballons pour l'observation à bord des trains blindés. En face, les Blancs utilisent également quelques 80 trains blindés, surtout dans l'armée de Denikine. Zaloga s'attarde -peut-être trop, au détriment d'autres exemples qu'il aurait pu développer- sur le parcours du train blindé russe Zaamurets, qui change à de nombreuses reprises de propriétaire pendant la guerre civile.

En 1920, l'Armée Rouge, qui a envahi la Pologne, se trouve face à une armée régulière qui elle aussi, fait un usage intensif des trains blindés ; à l'automne, les Polonais en ont pas moins de 40. Le Pilsudczyk, le premier train blindé polonais, met hors de combat le Krasnoarmiyetz soviétique et capture quatre autres trains blindés. Les Polonais ont aussi des équipes embarquées et associent parfois leurs trains par deux ; en outre, des chars FT embarqués sur plate-forme peuvent tirer à partir du char ou être débarqués. Les Allemands ne font appel qu'à des trains blindés improvisés, sans fabrication industrielle, surtout à partir de 1918 ; les Ukrainiens manient, eux aussi, quelques trains blindés pendant la guerre civile. En Chine, le seigneur de guerre de Mandchourie Zhang Zuolin récupère, avec l'arrivée des Blancs défait à partir de 1920, des trains blindés qu'il utilise à son compte. Plusieurs sont pris par l'armée du Kuomintang, puis par les Japonais en 1931. Ceux-ci, pour patrouiller les voies, installent plutôt des trolleys, et en particulier l'automitrailleuse Type 91 So-Mo.




Lors de l'invasion de la Pologne, le 1er septembre 1939, les Polonais alignent encore une dizaine de trains blindés : leur puissance de feu s'avère parfois utile mais ils sont très vulnérables à une nouvelle menace, l'aviation. Les Soviétiques en utilisent aussi quand ils entrent en Pologne, à partir du 17 septembre. L'Armée Rouge a continué d'entretenir son effectif de trains blindés, créant également des trolleys à partir des automitrailleuses BA-10 et BA-20 et même un projet de torpille sur rail pour détruire un train blindé ennemi ! Au 22 juin 1941, l'Armée Rouge compte encore 37 trains blindés et le NKVD en aligne également, notamment des croiseurs sur rail MBV D-2. Ils jouent un rôle important dans les batailles de 1941 où beaucoup sont perdus. Les Soviétiques développent progressivement deux nouveaux modèles de trains blindés, l'OB-3 puis le BP-43. 200 trains sont également construits pour la défense anti-aérienne. Les Allemands, à partir de 1941 et surtout 1942, se mettent à utiliser les matériels capturés en Pologne en en URSS pour la lutte anti-partisans. Puis ils construisent un premier modèle de train blindé, le BP-42. Un modèle plus lourd, le BP-44, suit, avec des croiseurs sur rails. En tout, l'Allemagne fabrique 70 trains blindés. Pendant la guerre, l'Italie utilise quelques exemplaires dans la lutte anti-partisans et les Anglais en déploient à l'été 1940 au moment de la menace d'une invasion allemande.





Après la guerre, les Soviétiques et les Polonais utilisent encore leurs trains blindés contre les partisans de l'UPA, puis les Français et les Anglais durant les guerres de décolonisation. Durant la décennie 1960, des trains blindés soviétiques patrouillent la frontière avec la Chine, avec laquelle la tension monte. Puis certains sont encore employés à la chute de l'URSS en Arménie, plus tard en Tchétchénie. La guerre en ex-Yougoslavie voit la création de trains blindés improvisés. 

Le travail de Steven Zaloga, abondamment illustré par des photographies et de profils couleurs de Tony Bryan, est en outre pourvu d'une bibliographie commentée, ce qui est appréciable. Un excellent ouvrage d'introduction au sujet, un travail bien réussi.


La bataille de la Neretva (Bitka na Neretvi) de Veljko Bulajic (1969)

Janvier-mars 1943. L'Axe lance le plan Blanc (Fall Weiss) pour éradiquer la menace que fait peser Tito, et ses partisans, sur la présence allemande en Yougoslavie. Le film raconte la bataille à partir de multiples points de vue qui parfois s'entrecoupent : allemand, italien, partisan et tchetnik.

La bataille de la Neretva est le film le plus coûteux réalisé dans la Yougoslavie de l'ère communiste : personnellement approuvé par Tito, le financement d'Etat s'élève probablement à plusieurs millions de dollars, sans que l'on connaisse le chiffre exact. C'est ainsi que l'on peut s'expliquer la présence de nombreuses stars du film de guerre -ou autres- occidentales et même soviétiques : Sergei Bondarchouk, Yul Brynner, Franco Nero, Orson Welles notamment. Le réalisateur obtient même de Pablo Picasso qu'il réalise une affiche originale pour son film, ce que le peintre accepte, moyennant non pas un salaire en argent mais une caisse de bouteilles du meilleur vin de Yougoslavie !



Les moyens sont à la hauteur du budget avec la participation de 10 000 hommes de l'Armée populaire yougoslave et la reconstitution de pas moins de 4 villages et une forteresse pour les besoins de certaines séquences. Un pont de chemin de fer sur la rivière Neretva à Jablanica a été détruit pour la séquence correspondante : cependant, après l'avoir fait sauter deux fois, l'équipe de tournage revient bredouille car la fumée empêche de tourner correctement les prises. La destruction sera donc faite à partir d'une réplique en maquette. On note la présence de nombreux chars T-34/85, dont certains camouflés en Tigre I côté allemand (trois d'entre eux sont d'ailleurs réutilisés dans De l'or pour les braves, l'année suivante), ainsi que de chars Shermans livrés pendant la Seconde Guerre mondiale, dont certains ont été probablement sacrifiés durant le tournage. Il y a aussi des matériels plus rares comme les pièces de DCA soviétiques (85 mm M1939) ou allemandes (Flakvierling), des Pak 40 et même des CV-33 côté italien. Les partisans utilisent aussi de nombreuses Beretta M1938 retournées, tandis que les Italiens servent quelques mitrailleuses Breda Modello 1937.

Sur le fond, le film est plutôt long (2h40) et cela se ressent, par moment. Si le côté propagande est bien là, le réalisateur a le mérite de ne pas tomber dans le cliché. La retraite des partisans n'a ainsi rien d'une promenade de santé, sous les bombes de l'aviation allemande et avec son cortège de soldats décimés par le typhus, sans parler du personnage devenu fou et qui se met à tirer sur ses camarades. Avec le capitaine italien, on sort même carrément de l'affrontement tout blanc tout noir, qui est en revanche très marqué quand il s'agit de montrer les Tchetniks : il est vrai que la bataille de la Neretva marque sans doute le point où la collaboration entre les Tchetniks et l'Axe est la plus poussée. Certaines scènes sont impressionnantes de par le nombre de figurants et de véhicules déployés, bien que le réalisme ne soit pas toujours forcément en rendez-vous. La bataille de la Neretva reste donc une grande fresque nationale yougoslave, d'ailleurs toujours plébiscitée dans l'ex-Yougoslavie actuelle, preuve d'une certaine qualité.