mardi 3 mars 2015

Kataib al-Imam Ali : septembre 2014-mars 2015

Kataib al-Imam Ali (Les Brigades de l'imam Ali) fait partie de la nébuleuse de milices chiites créées au moment de la poussée de l'EIIL, devenu ensuite Etat Islamique, en juin 2014, en Irak. Le secrétaire général du groupe est Shabal al-Zaidi, impliqué dans le mouvement sadriste et qui a été un temps le commandant de l'Armée du Mahdi de Moqtada al-Sadr1. J'avais décortiqué la naissance du groupe et son évolution jusqu'en septembre 2014. A ce moment-là, j'avais fait de Kataib al-Imam Ali la subdivision sud du groupe Asaib Ahl al-Haq. Pour Matthew Levit et Phillip Smyth, ce groupe est en fait la branche armée du Mouvement de l'Irak Islamique, né en juin 2014. Néanmoins, les liens avec l'Iran sont bien avérés : Qassem Soleimani, le chef des Pasdarans, a posé avec Zaidi, et un autre membre important des Pasdarans, Abou Mahdi al-Muhandis, a également été vu avec la brigade2. Je reviens maintenant sur la période séparant cette dernière date du mois de mars 2015.

Volontaires étrangers de l'insurrection syrienne. 22/Les Irlandais

Si les Britanniques sont nombreux à rejoindre le djhad en Syrie et maintenant en Irak, le voisin irlandais contribue lui aussi à ce phénomène inédit dans l'histoire du djihad contemporain.

L'un des premiers Irlandais repérés en Syrie est Houssam Najjair, un Irlandais d'origine libyenne. « Irish Sam » est né d'un père libyen et d'une mère irlandaise (convertie à l'islam il y a 30 ans). Il combat d'abord en Libye contre le régime de Kadhafi, où il est surnommé « le sniper de Dublin » puis en Syrie. Ses motivations relèvent du « djihad défensif », mais on note aussi qu'il a pris goût à la vie de combattant. En Syrie, Irish Sam cherche à entraîner les rebelles contre le régime de Bachar el-Assad. Il parvient à gagner la province d'Idlib où opère une brigade dirigée par son beau-frère, Mehdi Harati. L'Irlandais forme des groupes de snipers (sa spécialité), participe à la maintenance des armes, conduit des convois de vivres vers Alep1. Houssam a écrit un livre sur son expérience en Libye.

Irish Sam sur un toit, près d'Alep, en août 2012, en mission d'escorte d'un convoi humanitaire.



Mehdi Harati, habitant de Dublin, est marié à une Irlandaise et père de quatre enfants. Il a participé à la flottille se dirigeant vers Gaza en mai 2010. En 2011, il crée la « brigade de Tripoli », une des premières unités à se diriger dans la capitale en août. Après la chute de la ville, il devient commandant adjoint du conseil militaire. Mais il est ensuite rétrogradé et redevient commandant de brigade. C'est alors qu'il effectue un premier voyage en Syrie, à des fins humanitaires. Il est contacté par des rebelles qui lui demandent d'établir une unité similaire sur place2.

A droite, Medhi al-Harati, avec Irish Sam à gauche, en Libye.


Shamseddin Gaidan, un jeune musulman de Dublin âgé de seulement 16 ans, est tué en février 2013. D'origine libyenne, le jeune homme avait profité d'un séjour en vacances en Libye en août 2012 pour gagner la Syrie via la Turquie. Il avait manifesté le désir de partir se battre aux côtés des rebelles libyens dès 2011. C'est le deuxième Irlandais à trouver la mort en Syrie, après Hudhaifa El Sayed, un Irlandais d'origine égyptienne venant de Drogheda, tué dans le nord du pays en décembre 20123. Alaa Ciymeh, un Irlandais d'origine jordanienne (et palestinienne), fils d'un habitant de Dublin, est tué en mai 2013. Il tenait depuis 2008 un petit commerce en Jordanie. Hisham Habash, un Libyen d'origine palestinienne ayant grandi en Irlande, diplômé de l'université de Dublin, est tué en juin 2013 dans le nord-est de la Syrie, près de Raqqa4.

Shamseddin Gaidan.

Hudhaifa el Sayed.
Alaa Ciymeh.



L'étude de l'ICSR d'avril 2013 précise que 26 Irlandais ont rejoint la Syrie depuis 2011. A cette date, l'Irlande est l'un des pays les plus concernés par le djihad syrien en raison de sa petite population. Peter Neumann confirme que la plupart des combattants irlandais sont d'origine libyenne. Ils appartiennent souvent à un groupe, Liwa al-Ummah, qui a combattu Khadaffi. Après leur retour en Irlande, ils sont repartis combattre le régime en Syrie. A ce moment, leurs motivations sont religieuses mais sans verser dans l'idéologie radicale d'al-Qaïda5.

En juin 2014, le chiffre des Irlandais impliqués dans le djihad n'a pas trop évolué puisqu'il plafonne à 30 personnes, selon les autorités6. En février 2015, un Irlandais de l'Etat Islamique qui a fait défection (il avait servi dans l'Armée Syrienne Libre avant d'être contraint à rejoindre l'EI) prétend que 40 Irlandais combattent au sein de l'Etat Islamique. Celui-ci rechercherait particulièrement les Irlandais comme tireurs d'élite7. Les Irlandais djihadistes sont souvent avec les Britanniques. Abou Omar affirme aussi que les Tchétchènes jouent un rôle important au sein de l'EI, servant de troupes de choc. Les Irlandais ont combattu à Kobane et seraient maintenant dans la province de Deir-es-Zor. Le département d'Etat américain estime quant à lui que 70 Irlandais ont déjà rejoint le djihad syrien. Abou Omar n'a pas connaissance de femmes irlandaises ayant rejoint la Syrie8.


2Foreign fighters from Western countries in the ranks of the rebel organizations affiliated with Al-Qaeda and the global jihad in Syria, The Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center, janvier 2014.
4Foreign fighters from Western countries in the ranks of the rebel organizations affiliated with Al-Qaeda and the global jihad in Syria, The Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center, janvier 2014.

lundi 2 mars 2015

Saraya al Khorasani : Khorasan's Brigades in Iraq

The rapid collapse of a part of the regular divisions of the Iraqi army in June 2014, in the provinces of Nineveh, Kirkuk, Salahaddin and Anbar in particular, caused a strong mobilization among Iraqi Shiites, for the defense of the homeland and shia sanctuaries1. Saraya al Khorasani ("Brigades of Khorasan") is part of this vast body of Shiite militias in Iraq which has appeared for 6 months, but in reality, this group could have a longer history.

Indeed, in October 2013, Philip Smyth describes Sariyya Tali'a al-al-Khurasani, an Iraqi Shiite militia appeared in September/October on Facebook and which wants to defend the Syrian Shia sanctuary of Zaynab (classical argument to hide intervention in Syria2) while relaying the Iranian discourse. In addition to regularly discuss of Khamenei, the group has the particularity to post many pictures of his fighters next to the flag of the organization. The group's emblem takes the same emblems than the Iranian Pasdaran. The group commander is Ali al-Yasiri, that we see in some photos along with Sayyid Muhammed Jawad al-Madrasi, a Shiite cleric. Equipped with light weapons, the unit operates in Damascus and its neighborhoods ; it is a distinctive sign that his men often wear desert camouflage inspired from US models3. It seems that this group committed in Syria, which we do not know if it was like others powered by preexisting militias in Iraq, has been largely redeployed to Iraq before the surge of the Islamic State in June 2014. The brigades of Khorassan, in fact, have like other Iraqi Shiite militias, received government funding to better integrate the regular security apparatus4.

dimanche 1 mars 2015

L'épopée dans l'ombre (Shake Hands with the Devil) de Michael Anderson (1959)

1921, Dublin. Kerry O'Shea (Don Murray), un Irlandais qui a vécu aux Etats-Unis, est revenu dans le pays de ses parents pour suivre les cours du collège de chirurgie, alors même que les Irlandais luttent pour leur indépendance contre l'Angleterre. Kerry refuse de s'engager dans l'IRA malgré les instances pressantes de son camarade étudiant Paddy O'Nolan (Ray McAnally). Un soir, les deux camarades sont pris dans un échange de tirs entre un membre de l'IRA et les Black and Tans, qui blessent O'Nolan. Celui-ci fait appeler, une fois en sûreté, un de leurs professeurs, Sean Lenihan (James Cagney), qui s'avère être une des chevilles ouvrières de l'IRA. Kerry ayant abandonné un de ses cahiers avec son nom dans la rue, il doit désormais mener la vie d'un clandestin...

L'épopée dans l'ombre préfigure, par bien des côtés, un film comme Le vent se lève de Ken Loach (2006), qui semble fortement s'en inspirer. Le réalisateur, Michael Anderson, a lui-même joué dans un film de guerre, In Which We Serve, sur la Royal Navy, pendant la Seconde Guerre mondiale (1942). Il réalisera plus tard d'autres films sur la Seconde Guerre mondale : Les briseurs de barrage (1955) et dix ans plus tard, Opération Crossbow.



Pour L'épopée dans l'ombre, Anderson choisit un thème relativement difficile : la guerre d'indépendance irlandaise. Plus précisément, il met en scène, au travers de destins individuels, la guérilla urbaine et rurale orchestrée par l'IRA et la répression britannique incarnée par les Black and Tans, une force levée par Winston Churchill, alors ministre de la Guerre, pour épauler la police irlandaise au service des Britanniques, la Royal Irish Constabulary, désarçonnée par la guérilla. Leur surnom vient des pièces diverses d'uniformes que portaient ces paramilitaires, qui comptaient de nombreux vétérans britanniques de la Grande Guerre. Les Black and Tans se signalent par des exactions contre les civils irlandais et leurs biens.



C'est dans cet affrontement sans merci qu'est jeté le personnage principal, Don Murray, un Irlandais d'origine américaine qui a connu les tranchées en France. Et qui refuse de s'engager au début, alors que le film commence sur une scène de faux enterrement (l'IRA cache des armes dans un cercueil) démasqué par les Black and Tans, alors qu'O'Shea se recueille sur la tombe de ses parents. Après l'incident avec son ami Nolan, la blessure de ce dernier se révélant fatale, O'Shea n'a d'autre choix que de suivre Lenihan, son professeur, dans la clandestinité. Il marche sur les traces de son père, qui a combattu lors du soulèvement de Pâques 1916.

Cagney, déjà en fin de carrière, campe à merveille le commandant de l'IRA, froid, implacable, qui s'est pris à aimer la guerre clandestine et qui n'est prêt à aucune concession, attendant la reddition totale des Britanniques. La scène où s'il oppose à son chef, le "général" (Michael Redgrave), à propos de la signature du traité qui va déchirer l'IRA et conduire à la guerre civile, en est l'illustration. Autre scène d'anthologie : celle où Cagney se tient, au seuil d'une porte à l'arrière-plan, son ombre se découpant dans la lumière entrant dans la pièce. Il tend une Bible à l'otage britannique qu'il a l'intention d'exécuter magré la signature du traité.

Anderson a un certain génie pour mettre en oeuvre les scènes d'action. Celle de l'embuscade où se retrouvent pris à partie les deux étudiants est déjà fine. Plus encore l'est celle où O'Shea, capturé par les Black & Tans, est interrogé par le colonel Smithson (Christopher Rhodes), dont on ne voit que le poing orné de bagues frappant le visage d'O'Shea, le spectateur voyant la scène à travers les yeux de ce dernier. Mais au final, Anderson renvoie dos à dos les excès des Black and Tans et ceux des jusqu'aux-boutistes de l'IRA, qui refuse le traité au nom d'une forme de guerre totale. L'ensemble est complété par de nombreux personnages secondaires tout à fait brillants parmi lesquels on remarque Richard Harris. En revanche, les personnages féminins, bien que poignants, sont en marge de l'intrigue, soit parce qu'ils ne peuvent se battre comme les hommes de l'IRA, soit qu'ils incarnent l'ennemi, comme l'otage britannique. Cela n'enlève rien à l'intérêt du film, particulièrement réussi.




Les carnets de l'aspirant Laby. Médecin dans les tranchées 28 juillet 1914-14 juillet 1919, Pluriel, Paris, Hachette, 2003, 360 p.

Ce document est un témoignage assez exceptionnel sur la Grande Guerre vue du côté français. Les médecins ont en effet rarement écrit, comme le rappelle l'historien Stéphane Audoin-Rouzeau dans la préface de cette réédition des carnets de Lucien Laby.

Ce dernier, âgé de 22 ans, est plutôt issu d'un milieu bourgeois, probablement assez nationaliste, installé dans la Somme. Il est élève à l'Ecole du Service de Santé Militaire de Lyon à la mobilisation. Il est versé dans la 56ème division d'infanterie de réserve, avec le grade d'aspirant, comme médecin auxiliaire avec les brancardiers divisionnaires. Engagé en Lorraine, il connaît la retraite française et même un épisode de captivité où il craint fortement pour sa vie. L'Allemand pilleur, violeur, massacreur : on retrouve nombre de stéréotypes, en partie justifiés lors de l'entrée en France de l'armée allemande durant ces mois d'été 1914. Le moral du médecin, chancelant, remonte au moment de la bataille de la Marne ; Laby combat ensuite sur l'Aisne et reste dans la Somme jusqu'en 1915.

Fin avril 1915, il est affecté à sa demande dans l'infanterie, au 294è régiment, comme médecin de bataillon. Il s'occupe des premiers soins et des évacuations vers l'arrière et ce jusqu'en 1917. Il participe aux grandes offensives françaises du conflit : Champagne 1915, Verdun 1916, Somme 1916, Chemin des Dames 1917. Les mutineries le laissent perplexe, critique même, tout comme il l'avait été des premiers fusillés en 1914, qui d'après lui méritaient bien leur sort. En juillet puis octobre 1917, il passe sous-aide major puis dans une planque, comme il le reconnaît lui-même, une ambulance chirurgicale mobile. Il travaille désormais à l'arrière, près de Belfort. Au moment de retourner dans l'infanterie, en mai 1918, il attrape la grippe espagnole, qui le met hors-jeu jusqu'en octobre. La fin de la guerre prend un air de fête, avec l'entrée dans Mulhouse puis Strasbourg. Il retourne à l'école de Lyon en janvier 1919, et termine son carnet sur le défilé du 14 juillet de la même année.

Ce carnet n'a pas été retouché : Laby a consigné ses impressions à partir du 28 juillet 1914, agrémenté de dessins (auquel il tient beaucoup). Le carnet, écrit parfois en pleine action (souvent sous les obus), cherche manifestement à montrer la violence des combats, non la banalité du quotidien. C'est un exutoire et aussi, régulièrement, un exercice d'autocritique. Le carnet de Laby se rapproche de nombreux témoignages de la Grande Guerre :  l'auteur fait montre d'un patriotisme enthousiaste en 1914, qui dure au moins jusqu'en 1916. Pour preuve, la demande à être versé dans un régiment d'infanterie en 1915, ou celle de prendre la tête de la compagnie à Verdun. Corollaire : la haine de l'ennemi, fantasmé, mais Laby a également été témoin des ravages provoqués par l'entrée de l'armée allemande en France. En novembre 1914, il s'organise pour réaliser son rêve : tirer au Lebel et au pistolet sur les "Boches" depuis la tranchée dans l'espoir d'en tuer quelques-uns. Laby ne s'émeut pas, durant l'offensive de Champagne, des corps allemands empilés et décomposés, de ceux déchiquetés par les obus, ou de cet Allemand blessé au ventre qui meurt parce que les brancardiers lui ont donné du chocolat (!). Des sentiments plus humains se font jour néanmoins en 1917. Pourtant, dès 1916, le patriotisme de Laby faiblit, pour s'atténuer presque complètement dès avant l'offensive du Chemin des Dames. Comme beaucoup d'autres, il y a une sorte de ras-le-bol, qui ne verse pas jusque dans la mutinerie. Ce qui explique le choix de la planque en octobre 1917. Pourtant Laby n'hésite pas à vouloir retourner au feu en 1918, et la fin de la guerre est marquée par une bouffée patriotique : la victoire justifie les sacrifices énormes du fantassin français.

Paradoxalement, les médecins ont peu écrit. Selon l'historien, c'est aussi qu'ils connaissent une crise d'identité. Normalement privés de combat, les médecins et brancardiers se révoltent contre cette situation, comme Laby qui ne rêve que de son baptême du feu. A Verdun encore, il fait le coup de feu avec les blessés légers. Ce besoin de reconnaissance est satisfait par des citations, à défaut de médaille, ardemment convoitée par Laby. La médaille militaire n'arrive qu'en 1918, bien trop tard pour lui. La fierté est là néanmoins. L'originalité du carnet de Laby, c'est la description sans fard de la violence des combats. La description des corps sur le champ de bataille, par exemple. Pendant l'offensive de Champagne, il évoque ces mitrailleurs allemands égorgés par les premiers fantassins français qui ont nettoyé un blockhaus. En avril 1917, il parle sans dénoncer les Allemands d'une vingtaine de prisonniers français executés derrière les lignes. Il dépeint souvent les horribles blessures, mutilations, éviscerations provoquées par les obus d'artillerie. Cette froideur de la description médicale n'empêche pas le sentiment, ainsi en mai 1916 quand on lui amène son meilleur ami, un capitaine, gravement blessé. Laby décrit aussi les cas de commotion, de "battle fatigue", que les médecins français ont alors bien du ma à diagnostiquer : lui-même parle de folie plutôt qu'autre chose. Au point de vue médical, on constate d'après son témoignage, dès 1914, la difficulté à évacuer les blessés, en particuier en plein jour. Chaque attaque provoque un engorgement, à tel point que les brancardiers trient les blessés qu'ils transportent. Le poste de secours est un abri précaire, où les opérations se succèdent au milieu des cris et des obus. Les conditions d'hygiène sont déplorables. L'évacuation vers l'arrière n'est pas forcément meilleure. On comprend dans ces conditions qu'un nombre important de blessés soient morts après avoir reçu leur blessure.

Laby se fait aussi le relais de certaines rumeurs folles (comme celle voulant que les Allemands aient stocké des obus dans des carrières de l'Aisne avant la guerre). Dès février 1916, au moment de la bataille de Verdun, il souhaite la "bonne blessure" qui lui épargnerait l'enfer des tranchées. Il a côtoyé la mort au plus près. Pourtant, le témoignage ne sembe peut-être pas exceptionnel que le prétend S. Audoin-Rouzeau, même si la première phase de la guerre pour Laby semble bien correspondre à la crise d'identité des personnels de santé qu'il décrit dans la préface. Il critique la hiérarchie, ou les artilleurs tirant des obus de 75 trop court qui entraînent de nombreuses pertes côté français (bagarre avec les artilleurs en mai 1916), mais il recherche toujours la reconnaissance et les médailles. Il cède aussi facilement à la légende des soldats poltrons du Midi (qu'il évoque plusieurs fois, notamment lors d'un cas de suicide), même si son opinion se modifie dans une autre date du carnet. En somme, le témoignage serait plus représentatif qu'exceptionnel de l'état d'esprit régnant dans les tranchées.


vendredi 27 février 2015

Volontaires étrangers de l'insurrection syrienne. 8/Les Allemands

L'Allemagne, contrairement à la France ou au Royaume-Uni au sein de l'UE, s'est opposée à l'envoi d'une aide militaire ou à une intervention directe pour renverser Bachar el-Assad. Ce qui n'a pas empêché un nombre croissant d'Allemands de rejoindre le djihad en Syrie1. Les médias allemands parlent d'ailleurs depuis quelques mois d'un véritable « camp d'entraînement » allemand en Syrie destiné à attirer les volontaires pratiquant la langue de Goethe. Le phénomène n'est pas nouveau. En 2009, un camp « allemand » s'était ainsi installé au Pakistan pour alimenter le Mouvement Islamique d'Ouzbékistan lié à al-Qaïda. En 2012, le renseignement allemand évoque une véritable « colonie salafiste » allemande en Egypte, comprenant plus de 60 combattants, dont le fameux rappeur Denis Cuspert (« Deso Dogg ») qui avait échappé à la surveillance des services de sécurité allemands et qui combat maintenant en Syrie. A la mi-novembre, la police allemande indique d'ailleurs que « Deso Dogg » compte mener des attaques contre l'Allemagne, ce que celui-ci dément aussitôt dans une vidéo. Des rumeurs font état de son décès à la fin novembre 2013 mais il semblerait plutôt qu'il soit hospitalisé en Syrie ou bien en Turquie.

jeudi 26 février 2015

Stéphane ANTONI, Olivier ORMIERE et Virginie BLANCHER, Le temps du rêve, tome 3 : Hermannsburg, Paris, Delcourt, 2014, 48 p.

Juillet 1918. Alors que Clémenceau passe en revue les troupes australiennes, le lieutenant-colonel Stucker continue de mener la guerre au front avec son groupe de nettoyeurs de tranchée. Parmi eux, le soldat Freeman, un aborigène, qui compte bien attendre le "temps du rêve" de ses ancêtres. Mais Freeman, dont les pratiques sont réprouvées par le commandement, tout comme l'attitude de Stucker, passera le témoin à ce dernier...

Un dernier tome très dense pour cette série Le temps du rêve, un peu hors-norme dans la production de bandes dessinées liée au centenaire de la Grande Guerre. L'évocation des nouvelles tactiques alliées, combinant chars et avions, p.4-5, montre l'effort documentaire des auteurs. De même que la mise en scène des nettoyeurs de tranchée, comme dans le tome précédent. Plus originale est l'apparition de Marcel Mauss, qui vient discuter avec le soldat Freeman (!). Plus classique sans doute est l'évocation du problème du reclassement des anciens soldats, complètement transformés par la guerre. Ce qui est intéressant, c'est que les auteurs montrent par exemple le traitement dans les hôpitaux sur deux volets : celui répressif, inefficace, et celui plus à l'écoute des soldats et qui tente de les apaiser par d'autres moyens que les traitements de choc en vigueur à l'époque. LA BD ne s'arrête pas à l'armistice, heureusement : elle montre combien les semaines suivantes ont été tumultueuses. L'ambivalence des anciens combattants est incarnée par le capitaine Eliott, qui rejoint d'abord un groupe bolchevik des docks anglais (groupe qui lui-même méprise les travailleurs immigrés) avant de rejoindre une formation d'extrême-droite (dont le livre de chevet est Les Protocoles des Sages de Sion), puis ne trouvant aucun sens à ces combats, Eliott décide de partir se battre contre les bolcheviks de Russie. Stucker lui-même finit à Hermannsburg, là où tout a commencé, avec une conclusion peut-être un peu expédiée. Néanmoins, c'est vraiment une série qui vaut le détour, à recommander.




David STAHEL, Operation Barbarossa and Germany's Defeat in the East, Cambridge University Press, 2009, 483 p.

David Stahel est un historien qui s'intéresse particulièrement à l'histoire militaire allemande de la Seconde Guerre mondiale. Il a étudié en Europe, au King's College de Londres puis à Berlin. Il enseigne depuis 2012 dans une université australienne. Ce livre reprend sa thèse doctorale.

La thèse de Stahel est pour le moins iconoclaste : il défend l'idée selon laquelle la défaite allemande sur le front de l'est, après le déclenchement de l'opération Barbarossa, se dévoile de fait au bout de quelques semaines seulement. Stahel utilise pour ce faire les archives militaires allemandes de Fribourg, Potsdam et de l'université Humboldt de Berlin, et y ajoute des sources déjà publiées plus des témoignages parus après la guerre (sans compter les sources secondaires). Son propos se découpe essentiellement en deux parties : la première s'intéresse à la planification de Barbarossa, la seconde (beaucoup plus volumineuse) aux deux premiers mois de la campagne, jusqu'en août 1941. Comme il le souligne en introduction, la recherche sur la planification allemande de la campagne a été relativement pauvre. Stahel montre aussi que les historiens, même parmi les plus sérieux, ayant travaillé sur le front de l'est (dans le monde anglo-saxon notamment), restent confondus devant les victoires initiales de la Wehrmacht, sans prendre en compte l'usure terrible de celle-ci qui obère de fait toute chance de victoire dès la fin 1941. Les travaux des historiens est-allemands et soviétiques, pendant la guerre froide, ont été balayés d'un revers de main par les Occidentaux. Reste les thèses opposées de Fugate et Stolfi, le premier stipulant que les Soviétiques ont préparé un plan, dès février 1941, pour attirer les Allemands sur leur second échelon stratégique ; le second expliquant que le plan allemand a été près de réussir. Mais les deux thèses manquent sérieusement de sources pour être perçues comme valides -d'autant que Stolfi a aussi la fâcheuse tendance à exonérer l'armée allemande de tout crime de guerre. Les historiens allemands commencent à remettre en cause la version "classique" du récit de Barbarossa seulement dans les années 1980. Il faut dire que pendant très longtemps le récit a été dominé par les mémorialistes allemands, parfois en cheville avec les Américains. Mais les recherches se concentrent surtout sur la bataille de Smolensk et la crise entre Hitler et l'OKH. Stahel pense que le point culminant de l'offensive allemande est atteint dès la fin août 1941, ce qui remet en question la trilogie traditionnelle des tournants sur le front de l'est, Moscou, Stalingrad et Koursk. Il explique aussi que l'histoire allemande sous le nazisme explique un certain désintérêt dans le monde universitaire pour les questions proprement militaires, comme celles qu'il se propose de traiter dans son livre.

mercredi 25 février 2015

Volontaires étrangers de l'insurrection syrienne. 4/Les Finlandais

En Finlande, les premières rumeurs à propos de combattants partis en Syrie commencent à circuler dans les médias à partir d'août 20121. Un an plus tard, le ministère de l'Intérieur confirme que plus de 20 Finlandais ont déjà rejoint les groupes islamistes radicaux sur place. Ce phénomène marque la radicalisation, en filigrane, de musulmans finlandais depuis environ deux ans. La population musulmane finlandaise, très réduite au départ, s'est accrue dans les années 1990 par l'apport de nombreux réfugiés. On l'estimait à 50 à 60 000 personnes en 2011, dont 90% de sunnites. Ce sont des musulmans de la deuxième génération, mal intégrés, originaires de zones de conflit, qui se sont radicalisés. Cependant, la plupart des musulmans radicalisés sont liés, de fait, à des groupes islamistes ou autres avec des enjeux locaux, même si plusieurs organisations comme al-Qaïda, les Shebaab, le Hezbollah sont représentées en Finlande. Les Shebaab, en particulier, sont plus visibles car ils ont recruté dans la communauté somalie finlandaise (15 000 personnes en 2012). Le processus semble se restreindre à partir de 2012, moment où les Shebaab s'associent très nettement à al-Qaïda et commencent à avoir recours à des méthodes classiques de l'organisation comme l'attentat à la voiture kamikaze.

On pense qu'il n'y a pas eu de Finlandais engagés en Afghanistan. Le premier combattant étranger finlandais mis en évidence est Abu Ibrahim, parti combattre en Tchétchénie et arrêté par les autorités géorgiennes. Son père est un officier de l'armée finlandaise. Le plus gros contingent reste donc celui débauché par les Shebaab entre 2007 et 2009, avant la radicalisation de ce dernier mouvement vers al-Qaïda. On évoque aussi, peut-être, la présence d'un Finlandais auprès du Front National de Libération de l'Ogaden, en Ethiopie. C'est avec la guerre en Syrie que le contingent de volontaires finlandais est le plus important. Après les rumeurs dévoilées en août 2012, un premier martyr finlandais, Kamal Badri, est identifié en janvier 2013 : il a été tué à Alep. Quelques mois plus tard, les autorités commencent à parler d'une dizaine, puis d'une vingtaine de personnes parties en Syrie. Le portrait d'ensemble reste encore peu clair, faute d'informations suffisantes, même si l'on peut en déduire que la communauté musulmane radicalisée, en Finlande, se structure davantage depuis deux ans.

En mars 2014, le service de renseignement et de sécurité finlandais estime que plus de 30 personnes ont déjà rejoint la Syrie, majoritairement dans les rangs du front al-Nosra, de l'EIIL, voire du groupe Jaish Al Muhajireen Wal Ansar2. La mobilisation est facilitée par l'effet d'entraînement du conflit syrien, la montée en puissance de l'islam radical en Finlande et par l'accès relativement facile au territoire de la Syrie. La frange de l'islam radical en Finlande compterait maintenant plusieurs centaines de personnes, ce qui augmenterait les candidats potentiels au djihad. Par ailleurs, la législation finlandaise ne peut appréhender des personnes qui souhaitent partir pour combattre à l'étranger, même en rejoignant un groupe terroriste. La plupart des volontaires finlandais sont partis seuls, même s'il y a au moins un cas où la famille a accompagné le djihadiste sur place. On a signalé la présence de Finlandais dans les provinces d'Idlib, Alep et Raqqa ; au moins deux Finlandais sont morts ; certains seraient revenus dans leur pays natal, d'autres auraient fait des aller-retour.

Quatre combattants seulement ont été clairement identifiés. Muhammad est arrivé de Somalie en 1993, à l'âge de deux ans. Il a été élevé et éduqué en Finlande, à Espoo, avant de gagner la Turquie en décembre 2012 et de rejoindre l'EIIL. Il ne compte pas revenir en Finlande. Abou Mansour, repéré par le MEMRI en décembre 2013 lors d'un discours public à Raqqa, est probablement la même personne. Marwan, né en 1993, est un jeune converti à l'islam de Turku. Sa mère est finlandais et son père namibien. Après avoir bouclé son service militaire, il prétend vouloir étudier l'islam à l'étranger, gagne la Syrie à l'été 2012, a vec sa femme, et combat dans une unité au nord d'Alep qui comprendrait d'autres Finlandais. Il serait mort à Alep en juin 2013. Son profil Facebook indique qu'il a combattu dans la province d'Idlib en mars-avril 2013 ; parmi ses « amis », un autre combattant finlandais, Abu Anas al-Finlandi. Rami, né vers 1992 de mère finlandaise et d'un père issu d'un pays arabe, a vécu à Helsinki avant de gagner le sud de la Turquie en juillet 2013. Il avait eu une scolarité difficile, marquée par des problèmes d'abus d'alcool et un comportement délinquant. Converti à l'islam à l'adolescence, il sollicite l'imam de sa mosquée pour partir en Syrie. Abu Anas al-Finlandi, qui serait né vers 1993, originaire d'Espoo, aurait rejoint l'EIIL à la fin 2013 ; il a été tué en février 2014 pendant les affrontements entre l'EIIL et les autres groupes insurgés. Malgré le peu de renseignements sur les volontaires finlandais, on constate que ce contingent attire les recruteurs étrangers : Omar Bakri Mohammad, du groupe anglais al-Muhajiroon, aurait rencontré des combattants finlandais en Syrie et en Somalie, et Anjem Choudary est venu en Finlande en mars 2013, laissant penser qu'il aurait peut-être l'intention de développer un mouvement Sharia4Finland, à l'image de ceux déjà créés ailleurs en Europe3. Choudary était venu soutenir un Norvégien emprisonné, Mullah Krekar, ancien leader d'un groupe terroriste kurde d'Irak, Ansar al-islam4.


Abou Anas al-Finlandi.-Source : http://neildoyle.com/wp-content/uploads/2014/02/Abu-Annas-from-Finland-killed-in-Syria-300x178.jpg


A la mi-octobre 2014, selon les autorités finlandaises, ce sont 45 habitants du pays qui seraient partis pour le djihad syrien (37 hommes et 8 femmes). 31 d'entre eux ont la nationalité finlandaise, mais ils représentent pas moins de 17 origines différentes. La plupart viennent des grandes villes de l'ouest (Turku et Tampere) et du sud (Helsinki et sa banlieue) de la Finlande. L'âge des volontaires va de 18 à 50 ans, mais la plupart ont la vingtaine. Moins de 10 sont des mineurs. On sait en revanche qu'un enfant est déjà né en Syrie et qu'une des femmes est enceinte. Cependant, pour le journal finlandais Helsingin Sanomat, les autorités n'ont pas recensé tous les départs : d'après le quotidien, il y aurait eu au moins 55 départs, et certains hommes ont emmené leurs familles avec eux. Si l'on compte parmi les volontaires d'anciens travailleurs humanitaires, des mercenaires, et des membres de la diaspora irakienne et syrienne en Finlande, la plupart partent cependant pour participer au conflit armé. Depuis l'été 2013, l'écrasante majorité des Finlandais rejoint ce qui est devenu l'Etat Islamique, et ces volontaires sont les plus radicaux. Au moins 4 des femmes du contingent se revendiquent clairement, elles aussi, de l'EI. Une vingtaine de Finlandais seraient déjà revenus au pays ; 4 auraient été arrêtés et condamnés (dont 1 in abstentia) par le biais d'un article de la législation finlandaise, tous ont des liens avec l'EI. Ils ont été appréhendés sur l'accusation de meurtre et aussi parce qu'ils préparaient du recrutement voire des opérations terroristes en Finlande. Au moins 3 Finlandais sont morts en Syrie, le dernier étant formellement identifié en juin 2014, mais selon les services de renseignement, le nombre pourrait être doublé. Au moins 20 à 30 Finlandais restent donc présents en Syrie, surtout avec l'Etat Islamique ; 2 ont revendiqué avoir franchi la frontière pour gagner l'Irak5.

Muhammad, le dernier tué finlandais officiellement identifié, était âgé de 23 ans et originaire de la communauté somalienne. Sur son profil Facebook, il indiquait que faire le djihad équivalait à « 50 pélerinages à La Mecque ». Son nom de guerre était Abu Mansuur Somali. Il avait quitté la Finlande et sa ville natale d'Espoo pour la Syrie en décembre 2012. Un an plus tard, il téléphone à sa soeur et lui indique ne jamais vouloir revenir en Finlande. Muhammad aurait appartenu à l'EIIL, devenu depuis l'EI, qui semble particulièrement attirer les Finlandais : les 3 morts identifiés ont tous appartenu à ce groupe. La visibilité de l'EI sur les réseaux sociaux et son idéologie exercent un attrait manifeste, selon Juha Saarinen, spécialiste du contingent finlandais6.

Un journal finlandais a récemment eu l'occasion d'échanger avec un jeune Finlandais, socialement désoeuvré, qui a combattu durant 5 mois au sein de l'EI. Agé d'une vingtaine d'années, originaire de l'est de la Finlande, il a rejoint la Syrie en septembre 2014 avec un ami letton. Converti par Internet il y a deux ans, le jeune Finlandais a rencontré son ami par ce biais et a poursuivi son apprentissage de l'islam sur des forums radicaux. Il cache sa conversion à ses parents jusqu'au Noël 2013. Sa mère est soulagée, croyant à d'autres problèmes, mais son père, en revanche, craint déjà son départ pour le djihad. Le jeune homme souhaite étudier dans une université islamique et pense à la Malaisie. Mais l'ascension du groupe d'Abou Bakr al-Baghdadi le fait changer d'avis pendant son service militaire, au printemps 2014. C'est alors qu'il rencontre son ami letton à Helsinki. Puis, ne trouvant pas de travail, il cherche des contacts de l'EI sur les réseaux sociaux. Il part finalement en Syrie en septembre 2014. Il ne mène pas des opérations militaires mais effectue des tâches de surveillance ; il est passé par Homs, Hama et Raqqa7. En février 2015, les services de renseignement finlandais estiment désormais à plus de 60 le nombre de personnes parties en Irak et en Syrie8.



1Juha Saarinen, « GUEST POST: The History of Jihadism in Finland and An Early Assessment of Finnish Foreign Fighters in Syria », Jihadology.net, 21 novembre 2013.
3Juha Saarinen, « The Finnish Foreign Fighter Contingent in Syria », CTC Sentinel, March, 2014, Volume 7, Issue 3, p.6-10.
5Juha Saarinen, « The Clear Banner: Update on the Finnish Foreign Fighter Contingent », Jihadology.net, 18 octobre 2014.

mardi 24 février 2015

Bataillon de fer (Retreat, Hell !) de Joseph H. Lewis (1952)

1950. La Corée du Nord envahit la Corée du sud. Les Américains doivent en urgence mettre leur armée sur le pied de guerre pour soutenir l'armée sud-coréeenne enfoncée par les communistes. Le corps des Marines bat le rappel de ses réservistes et autres éléments disponibles. Le capitaine Hansen (Richard Carlson), marié, père de deux enfants, réserviste des Marines et vétéran de la Seconde Guerre mondiale dans le Pacifique, rejoint comme commandant de compagnie le bataillon du lieutenant-colonel Corbett (Franck Lovejoy). L'entraînement est accéléré pour préparer l'unité à la contre-offensive américaine : le débarquement à Inchon, en septembre 1950...

Bataillon de fer (traduction française pour le moins étrange de la célèbre réplique du général des Marines O. P. Smith) a été tourné alors que la guerre de Corée n'était pas encore terminée. A côté des acteurs déjà cités figure au casting, dans le rôle du major Knox, Peter Julien Ortiz, un officier décoré des Marines qui a servi dans l'OSS.




Le film est un hommage à la 1st Marine Division et notamment à son combat désespéré contre les Chinois lors de la bataille du réservoir de Chosin, en novembre-décembre 1950, qui inspire le titre. La Warner propose le projet de film au corps des Marines en décembre 1950, et le scénario est d'ailleurs écrit par un ancien Marine, Milton Sperling. Un accord formel est finalement donné en août 1951 et le tournage commence à Camp Pendleton, avec création au bulldozer d'une route et de neige artificielle, puis de villages nord-coréens aussi authentiques que possible. Le général des Marines Shepherd estime que le corps a contribué à hauteur de 1 million de dollars à la production.



Bataillon de fer n'est pas un des films américains les plus marquants sur la guerre de Corée, contrairement aux productions d'un Samuel Fuller notamment. Les personnages sont relativement conventionnels : l'officier réserviste devant faire ses preuves, l'officier de carrière obsédé par la réussite de sa mission mais aussi par la survie de ses hommes, le plus jeune frère d'une fratrie engagé à 17 ans et qui reste le seul survivant de sa famille... les scènes de combat ne sont pas une réussite, du moins au début, avec le débarquement à Inchon. Elles sont meilleures sur la fin du film, avec les combats du réservoir et la retraite américaine vers Hungnam. Un divertissement moyen, sans plus.

Mourir pour Assad ? Les combattants étrangers pro-régime en Syrie-3/3 : les milices irakiennes et les autres formations

Le Hezbollah est coutumier de la formation, de l'entraînement et de l'encadrement de milices. Il l'avait déjà fait pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988) aux côtés des Gardiens de la Révolution iraniens. Le Hezbollah participe ainsi à la formation de Jaysh al-Shabi (puis des Forces Nationales de Défense), l'armée populaire liée à la structure de l'armée syrienne en pleine recomposition depuis le début de la guerre civile. Cette initiative prouve d'ailleurs que le régime syrien a su reconfigurer son armée pour faire face à une menace irrégulière et asymétrique, avec une milice formée sur le modèle de la Basij iranienne1. Dès le début 2012, Jaafar Athab, membre d'une milice irakienne pro-iranienne, Asa’ib Ahl al-Haq, est tué à Hama2. C'est le général Suleimani, le commandant de la force Qods, qui aurait donné l'ordre aux milices irakiennes pro-iraniennes, Asa’ib Ahl al-Haq et les Brigades du Hezbollah notamment, d'envoyer leurs combattants en Syrie dès 2012. Pour les Iraniens, le contrôle de la zone autour du sanctuaire de Zaynab, au sud de Damas, est essentiel : non seulement les rebelles pourraient encercler la capitale et assiéger l'aéroport international de Damas, mais en outre, le pélerinage sert de couverture au transit des Gardiens de la Révolution et autres activités clandestines. Le plus grand hôtel de Sayyeda Zaynab, l'hôtel As-Safir de Damas, est possédé par la riche famille des Nahas, une famille chiite qui a des liens étroits avec le clan Assad. Le général Shafiq Fayyad, le cousin de Hafez el-Assad, a commandé la 3ème division blindée qui a joué un grand rôle dans la répression du soulèvement des Frères Musulmans en 1982 puis dans l'échec de la tentative de coup d'Etat de Rifaat, le frère de Hafez, en 1984. Or Fayyad a marié son fils dans la famille Nahas. On mesure combien, pour l'Iran, la Syre constitue la « 35ème province » du pays3.

Les Bérets Rouges (The Red Beret) de Terence Young (1953)

Steve McKendrick (Alan Ladd), un Canadien, se porte volontaire, en Angleterre, en 1940, pour l'école des troupes aéroportées. Il montre une certaine aptitude à la tâche et au commandement mais refuse d'assumer de plus hautes responsabilités. Il fréquente une des plieuses de parachutes de sa base, Penny Gardner (Susan Stephen). Le major Snow (Leo Genn), qui perçoit le potentiel de McKendrick, n'arrive cependant pas à le faire envoyer dans une école d'officiers. Une fois formés, les parachutistes sont désignés pour effectuer un raid particulièrement audacieux, à Bruneval, en France occupée...

Red Beret (Paratrooper en version américaine, comme le montre l'affiche ci-contre) est inspiré d'un livre sur l'opération Biting (le raid sur Bruneval) écrit en 1940 par Hilary Saint George Saunders. Le rôle principal était dévolu au départ à l'acteur britannique Richard Tood, ancien para (qui incarne le major Howard dans Le jour le plus long), mais celui-ci déclina l'offre. C'est donc l'acteur américain Alan Ladd qui prit le rôle, et il a fallu réécrire entièrement le scénario.



Le Parachute Regiment de l'armée britannique a facilité la production du film en fournissant armes, matériels et lieux de tournage, notamment des bases aériennes. Si le début du film, qui se concentre sur l'entraînement des parachutistes, vise à l'authenticité, il n'en va plus de même dès qu'on aborde les opérations des parachutistes. Les scènes d'action manquent singulièrement de souffle, d'autant que les Allemands sont encore équipés d'armes et de véhicules britanniques (!), ce qui nuit singulièrement à la crédibilité de l'ensemble. Le film semble surtout être taillé pour Alan Ladd et les états d'âme de son personnage, en réalité un Américain, ce que l'on découvre au fur et à mesure du film. Pas le meilleur film de Terence Young.


Patrice ORDAS, Patrick COTHIAS et Jack MANINI, S.O.S. Lusitania, tomes 1 et 2, Grand Angle, Bamboo Editions, 2013-2014

1915. Le jeune  Mickael Morisson quitte le pays de Galles pour trouver du travail en Amérique. Pendant ce temps, à New York, le capitaine Anderson, commandant du paquebot Lusitania, apprend que son navire est transformé en croiseur auxiliaire, donc armé. En outre, il transporte un prototype ultramoderne de locomotive pour les Britanniques, conçu par la société Vanderbilt. Alfred Vanderbilt Junior en personne fait également le voyage à bord du Lusitania...



La collection Grand Angle, chez Bamboo Editions, a sorti un nombre important de titres liés à la Première Guerre mondiale, centenaire oblige. On retrouve les deux scénaristes de la série Ambulance 13, dont le premier tome était remarquable. Ici, pas de guerres de tranchées, mais un scénario centré sur les enjeux politiques et industriels, et l'espionnage, avec le drame du Lusitania, dont le naufrage remua sérieusement les Etats-Unis avant leur entrée en guerre en 1917. La force du propos tient à l'évocation de l'histoire avec un grand H vue à travers des destinées individuelles, à la fois de personnages ayant réellement existé ou de personnages fictifs. Quant à l'histoire, elle est évoquée dans un petit supplément de 6 pages à la fin du premier volume. Comme le rappelle Patrice Ordas, la Cunard avait des liens étroits avec le gouvernement britannique, et ce dès la guerre de Crimée où elle assure le transport de troupes. Malheureusement aucune référence n'est citée à la fin du supplément. Je suis moi même incapable de dire si la BD s'inscrit bien dans l'historiographie récente du sujet, faute de lectures -à corriger, donc.

Le deuxième tome passe aux choses sérieuses avec le torpillage du bateau. Néanmoins, les auteurs développement vraiment leur scénario à partir des personnages et de l'espionnage, non à partir de la "grande histoire". Il y a donc un suspense maintenu pour le troisième tome. Néanmoins, Grand Angle livre à nouveau une BD plus qu'intéressante sur un des événements marquants de la Première Guerre mondiale.


dimanche 22 février 2015

Marshall L. MICHEL III, The Eleven Days of Christmas. America's Last Vietnam Battle, Encounter Books, 2002, 325 p.

Marshall L. Michel est un spécialiste de la guerre aérienne du conflit viêtnamien. Lui-même a été pilote de F-4 Phantom en 1972, au moment de l'opération Linebacker II qu'il évoque dans ce livre. Il avait prévu d'évoquer cette opération, très débattue, dans son premier ouvrage consacré aux combats aériens au-dessus du Viêtnam, entre 1965 et 1972. La partie étant trop longue, il a finalement envisagé un ouvrage à part pour traiter de Linebacker II.

Cette opération a fini par incarner la puissance militaire américaine. Beaucoup d'Américains associent l'opération Linebacker II à la fin de la guerre du Viêtnam. Le récit de Michel s'écarte cependant des histoires officielles de l'USAF. Nixon avait envisagé une opération frappant les atouts nationaux du Nord-Viêtnam, pour provoquer un choc psychologique. Il s'agit de contraindre Hanoï à la paix alors que le Sénat américain menace de couper les fonds pour maintenir la présence militaire dès janvier 1973, que les négociations de paix approchent de leur terme et que l'opposition à la guerre enfle aux Etats-Unis. Les équipages de B-52 et les planificateurs ont eu tout le temps de mettre au point leurs tactiques de bombardement et anti-DCA pendant les sept années d'opérations Arc Light au Sud-Viêtnam. Malheureusement, le SAC, au lieu de mener une opération au niveau opératif, se présente comme une organisation hypercentralisée effectuant un "micromanagement" jusqu'au moindre détail tactique.


2ème Guerre Mondiale n°58 (février-mars 2015)

Outre le dossier, un article et la fiche cinéma, je propose aussi, p.4 de ce numéro, une lecture croisée (et critique) des trois récentes synthèses françaises sur le front de l'est, celle de Nicolas Bernard, celle de Philippe Richardot et celle de Boris Laurent, que j'ai toutes les trois fichées plus en détail ici même.

- la chronique Actualité de Vincent Bernard sur l'Afghanistan pendant la Seconde Guerre mondiale ressemble à celle que j'ai pu faire sur l'Irak dans le numéro précédent. Sauf que les sources, cette fois, ne sont pas citées.

- Benoît Rondeau fait une comparaison entre les Première et Seconde Guerres mondiales, influence et permanence. La place manque peut-être pour être plus complet sur certains aspects (armes, tactiques, etc). L'auteur connaît en outre mieux certains fronts que d'autres : s'il est vrai que l'armée tsariste comme l'Armée Rouge affichent un mépris prononcé pour la vie de leurs soldats (p.18), il n'en demeure pas moins que le constat n'est pas valable pour les deux forces sur l'ensemble des conflits correspondants. L'armée tsariste a évolué entre 1914 et 1917, tout comme l'Armée Rouge. Par ailleurs Benoît Rondeau ne mentionne pas ses sources : il a travaillé à partir de ses propres connaissances et de ses ouvrages, ce qui explique aussi le déséquilibre selon les fronts.

- je ne vois pas très bien où veut en venir Vincent Bernard dans la chronique Ecrire l'histoire en comparant les attentats du 11 janvier dernier et la défaite française de 1940. La France aurait renvoyé une image négative d'elle-même pendant des années avant le "sursaut" des manifestations après les attentats ? Je ne suis pas convaincu. De même, la réhabilitation (parfois probablement excessive) de la performance de l'armée française en 1940 semble désormais bien ancrée dans une partie du grand public, grâce à une myriade d'auteurs "surfant" sur le thème, alors qu'on ferait bien, sans doute, d'être un peu plus nuancé, à l'image d'un discours peut-être trop révisionnistes sur les performances de l'armée allemande au début de la Seconde Guerre mondiale.

- Philippe Listemann (anciennement auteur pour Aéro-Journal, je ne sais pas s'il y officie encore) évoque le parcours des Tchécoslovaques dans la RAF. La partie finale sur les contraintes politiques pesant sur ces pilotes, mériterait d'être développée. Que les Français aient mieux accueilli les Tchécoslovaques que les Polonais, c'est possible, mais contrairement à ce qui est affirmé p.63, le gouvernement français en 1938 est présidé par Daladier, radical de droite, et la France n'a pas forcément soutenu jusqu'au bout les républicains espagnols... c'est d'autant plus dommage que là encore, les sources du propos ne sont pas mentionnées, chose habituelle toutefois dans Aéro-Journal.

- la fiche Personnage du numéro, signée Vincent Bernard, est consacrée à Reinhard Heydrich.

- la fiche Uniformes est consacrée à un capitaine du 171ème RIF.