vendredi 12 février 2016

[Mathieu Morant] Janvier 2016, offensive de l'EI à Deir Ez Zor : quel butin pour l'organisation terroriste ?


Le 16 janvier 2016, quelques jours après s'être emparé des dernières positions du Régime au sein du quartier d'al-Sinaa, à l'est de la ville de Deir Ez-Zor (1), l'organisation terroriste EI repasse à l'offensive dans la wilayat d'al-Khayr : les objectifs se situent cette fois au nord-ouest de la ville.

Du 17 janvier au 20 janvier 2016, trois vidéos seront diffusées par l'agence a3maq, ainsi que trois séries de photographies, fournissant l'occasion de revenir sur les prises en matériels, munitions et blindés réalisées par l'EI.

Extrait d'une vidéo d' a3maq diffusée le 17 janvier, montrant un « Guntruck » armé d'un canon S-60 de 57 mm, monté sur le châssis d'un camion Daewoo. En encadré, le même véhicule, localisé au même endroit, mais utilisé par le général Issam Zahreddine, commandant les troupes du Régime à Deir Ez-Zor (photo diffusée en octobre 2015).


mercredi 10 février 2016

Mourir pour Assad 2/L'organisation Badr en Syrie

Merci pour l'aide précieuse de https://twitter.com/green_lemonnn qui a beaucoup contribué au contenu de cet article.

L'organisation Badr joue un rôle conséquent dans la survie du régime syrien. C'est l'un des relais les plus anciens de l'Iran en Irak puisque sa présence remonte à Saddam Hussein. Revenu sur le devant de la scène avec l'invasion américaine en 2003, le Badr a su se positionner comme "groupe spécial" iranien dominant en noyautant l'armée et les forces de sécurité irakienne tout en entrant dans le gouvernement de Nouri al-Maliki puis d'Abadi où il occupe des ministères clés. Dès 2012, le Badr s'engage dans le soutien au régime de Damas par l'envoi de combattants. Cette participation est reconnue, comme pour d'autres milices chiites, à l'été 2013. Elle se fait alors plus prononcée. Avec la percée de l'EIIL devenu Etat Islamique, en Irak, en juin 2014, le Badr joue un rôle d'autant plus fort qu'il prend à sa charge la défense d'une province entière (Diyala) par-dessus l'armée. Le groupe reste engagé en Syrie mais renouvelle son effort en 2015 et surtout en novembre-décembre en préparation de l'offensive à Alep coordonnée avec l'intervention russe. Actuellement le Badr a engagé plusieurs de ses unités militaires, et non plus un simple corps expéditionnaire, en Syrie : sa participation est massive et le flot de combattants continu.

vendredi 5 février 2016

L'Etat Islamique : Flèche tueuse-Wilayat Halab

Merci à https://twitter.com/green_lemonnn

En janvier 2016, le wilayat Halab (Alep) de l'EI met en avant ses tireurs d'élite dans une vidéo intitulée "Flèche tueuse". Dans l'introduction de la vidéo, l'organisation insiste sur le professionnalisme de ses snipers, habilement camouflés, opérant comme c'est la règle en tandem (observateur + tireur) et manipulant des M-16 à lunette ou des fusils de précision SVD Dragunov. On voit d'ailleurs un des observateurs manipuler un téléobjectif pour renseigner son sniper.





mercredi 3 février 2016

Myriam BENRAAD, Irak, la revanche de l'histoire. De l'occupation étrangère à l'Etat Islamique, Paris, Vendémiaire, 2015, 288 p.

Myriam Benraad est docteur en sciences politiques de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, spécialiste de l'Irak et du monde arabe. Elle est chercheuse associée au CERI Sciences-Po et à l'IREMAM. J'avais déjà commenté ici même il y a quelques années le volume qu'elle avait écrit chez Cavalier Bleu dans la collection "Idées reçues" sur l'Irak, justement, réédité récemment ; un livre écrit d'ailleurs bien avant la guerre en Syrie et l'apparition de l'Etat Islamique en 2014.

Cet ouvrage paru chez Vendémiaire l'an passé s'inscrit plus comme une réflexion sur l'histoire de l'Irak, notamment celle des sunnites, de la naissance de l'Irak après la Première Guerre mondiale jusqu'à l'apparition de l'Etat Islamique. La chercheuse s'inscrit en plein dans l'actualité en essayant de proposer des clés d'explication, in fine, sur la situation actuelle.





mardi 2 février 2016

Djihad au pays de Cham 6/Les Portugais

Le Portugal, qui n'est pas une cible de premier plan du terrorisme islamiste, a cependant renforcé ses mesures de sécurité après les attentats du 11 septembre 2001 et surtout après ceux de Madrid en mars 2004. Néanmoins, sa proximité avec l'Espagne et l'idée du djihad global en font une cible pour d'éventuelles attaques. La communauté musulmane portugaise a une présence ancienne : celle installée au Moyen Age fut expulsée par le roi Manuel Ier en 1496-1497. Aujourd'hui, elle comprendrait 40 à 50 000 personnes ce qui est peu (0,35% de la population). Entre 50 et 70°% d'entre elles sont des citoyens portugais. L'essentiel de cette population est venue au Portugal après 1974 et le processus de décolonisation, notamment de Guinée-Bissau, et s'est surtout installée à Lisbonne. Après l'adhésion à ce qui devient l'Union Européenne, des Marocains, Tunisiens, Algériens, Bengalis et Pakistanais rejoignent ces premiers arrivants, de même que des Sénégalais. De nombreux migrants sont naturalisés entre 1992 et 1997. La communauté musulmane portugaise, qui comprend beaucoup d'hommes jeunes, est donc très diverse, et s'est répandue progressivement dans tout le pays et pas seulement qu'à Lisbonne. Certains arrivants du Maghreb et du Pakistan ont pu créer des noyaux d'islam radical au-delà de la Communauté Musulmane de Lisbonne, organisme sunnite qui encadre les musulmans portugais. C'est le cas de Jamaat Islami et Tablighi Jamaat, le second mouvement utilisant le Portugal comme plate-forme de communication en portugais vers les pays d'Afrique subsaharienne et le Brésil. Deux membres d'une cellule terroriste démantelée à Barcelone en 2008 et un participant des attentats de Madrid en 2004 avaient suivi les prêches de ce mouvement portugais. Les autorités portugaises craignent l'influence de militants formés au Pakistan. L'imam de la mosquée centrale de Lisbonne avait fait part aux autorités d'une tentative de recrutement par une cellule qui n'a pas rencontré de succès, en raison de la bonne intégration des musulmans portugais1.

dimanche 31 janvier 2016

Djihad au pays de Cham 5/Les Irlandais

Si les Britanniques sont nombreux à rejoindre le djhad en Syrie et maintenant en Irak, le voisin irlandais contribue lui aussi à ce phénomène inédit dans l'histoire du djihad contemporain.

L'un des premiers Irlandais repérés en Syrie est Houssam Najjair, un Irlandais d'origine libyenne. « Irish Sam » est né d'un père libyen et d'une mère irlandaise (convertie à l'islam il y a 30 ans). Il combat d'abord en Libye contre le régime de Kadhafi, où il est surnommé « le sniper de Dublin » puis en Syrie. Ses motivations relèvent du « djihad défensif », mais on note aussi qu'il a pris goût à la vie de combattant. En Syrie, Irish Sam cherche à entraîner les rebelles contre le régime de Bachar el-Assad. Il parvient à gagner la province d'Idlib où opère une brigade dirigée par son beau-frère, Mehdi Harati. L'Irlandais forme des groupes de snipers (sa spécialité), participe à la maintenance des armes, conduit des convois de vivres vers Alep1. Houssam a écrit un livre sur son expérience en Libye.


Irish Sam sur un toit, près d'Alep, en août 2012, en mission d'escorte d'un convoi humanitaire.





Mehdi Harati, habitant de Dublin, est marié à une Irlandaise et père de quatre enfants. Il a participé à la flottille se dirigeant vers Gaza en mai 2010. En 2011, il crée la « brigade de Tripoli », une des premières unités à se diriger dans la capitale en août. Après la chute de la ville, il devient commandant adjoint du conseil militaire. Mais il est ensuite rétrogradé et redevient commandant de brigade. C'est alors qu'il effectue un premier voyage en Syrie, à des fins humanitaires. Il est contacté par des rebelles qui lui demandent d'établir une unité similaire sur place2.


A droite, Medhi al-Harati, avec Irish Sam à gauche, en Libye.


Shamseddin Gaidan, un jeune musulman de Dublin âgé de seulement 16 ans, est tué en février 2013. D'origine libyenne, le jeune homme avait profité d'un séjour en vacances en Libye en août 2012 pour gagner la Syrie via la Turquie. Il avait manifesté le désir de partir se battre aux côtés des rebelles libyens dès 2011. C'est le deuxième Irlandais à trouver la mort en Syrie, après Hudhaifa El Sayed, un Irlandais d'origine égyptienne venant de Drogheda, tué dans le nord du pays en décembre 20123. Alaa Ciymeh, un Irlandais d'origine jordanienne (et palestinienne), fils d'un habitant de Dublin, est tué en mai 2013. Il tenait depuis 2008 un petit commerce en Jordanie. Hisham Habash, un Libyen d'origine palestinienne ayant grandi en Irlande, diplômé de l'université de Dublin, est tué en juin 2013 dans le nord-est de la Syrie, près de Raqqa4.


Shamseddin Gaidan.

Hudhaifa el Sayed.
Alaa Ciymeh.


L'étude de l'ICSR d'avril 2013 précise que 26 Irlandais ont rejoint la Syrie depuis 2011. A cette date, l'Irlande est l'un des pays les plus concernés par le djihad syrien en raison de sa petite population. Peter Neumann confirme que la plupart des combattants irlandais sont d'origine libyenne. Ils appartiennent souvent à un groupe, Liwa al-Ummah, qui a combattu Khadaffi. Après leur retour en Irlande, ils sont repartis combattre le régime en Syrie. A ce moment, leurs motivations sont religieuses mais sans verser dans l'idéologie radicale d'al-Qaïda5.

En juin 2014, le chiffre des Irlandais impliqués dans le djihad n'a pas trop évolué puisqu'il plafonne à 30 personnes, selon les autorités6. En février 2015, un Irlandais de l'Etat Islamique qui a fait défection (il avait servi dans l'Armée Syrienne Libre avant d'être contraint à rejoindre l'EI) prétend que 40 Irlandais combattent au sein de l'Etat Islamique. Celui-ci rechercherait particulièrement les Irlandais comme tireurs d'élite7. Les Irlandais djihadistes sont souvent avec les Britanniques. Abou Omar affirme aussi que les Tchétchènes jouent un rôle important au sein de l'EI, servant de troupes de choc. Les Irlandais ont combattu à Kobane et seraient maintenant dans la province de Deir-es-Zor. Le département d'Etat américain estime quant à lui que 70 Irlandais ont déjà rejoint le djihad syrien. Abou Omar n'a pas connaissance de femmes irlandaises ayant rejoint la Syrie8.

James Brandon, qui a écrit en janvier 2016 un article sur le sujet pour la Jamestown Foundation, rappelle que pour un pays comptant 50 000 musulmans, l'Irlande a un taux de départ très élevé avec 30 à 50 personnes dont 3 tués, et 30 à 40 personnes parties rejoindre l'Etat Islamique (chiffres de novembre 2015), ce qui la place en proportion au même niveau qu'un pays comme la Finlande. L'Irlande servirait également de base logistique à l'EI, abritant les candidats au départ avant le vol vers la Turquie pour induire en erreur les autorités. Un expert évalue entre 20 et 50 le nombre de comptes Twitter irlandais supportant l'EI ; en juillet 2015, des musulmans manifestant contre l'EI ont été agressés près d'une mosquée de Dublin par deux hommes supporters de l'organisation. Outre l'effort de propagande, le terrain est fertile en raison de l'influence d'un islam très dur, représenté par le Centre Culturel Islamique d'Irlande basé à Clonskeagh, dans la banlieue de Dublin. Ce dernier a refusé par exemple de rejoindre une manifestation anti-EI organisée par des musulmans soufis en juillet 2015. La police irlandaise a créé en 2014 une unité spéciale chargée de suivre les militants et autres radicaux liés à l'Irlande. Mais les forces de sécurité irlandaises reconnaissent elle-mêmes leurs limites face à la menace9.


2Foreign fighters from Western countries in the ranks of the rebel organizations affiliated with Al-Qaeda and the global jihad in Syria, The Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center, janvier 2014.
4Foreign fighters from Western countries in the ranks of the rebel organizations affiliated with Al-Qaeda and the global jihad in Syria, The Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center, janvier 2014.
9http://www.jamestown.org/programs/tm/single/?tx_ttnews[tt_news]=44952&tx_ttnews[backPid]=26&cHash=cc225e2b73cea6bff372f1be5b057533#.Vq3MIjElvSs

Jean-Denis PENDANX et KRIS, Svoboda ! Carnet de guerre imaginaire d'un combattant de la Légion Tchèque, Futuropolis, 2011-2012

L'idée semble de primer abord originale. Kris, le scénariste de la fameuse série Notre mère la guerre, très réussie, décide d'imaginer un carnet de la légion tchèque. Comme le rappelle la petite introduction sous forme d'images, d'une carte et d'extraits fictifs de correspondance, des Tchèques de l'empire austro-hongrois se sont en effet rendus aux Russes dès 1915 en servant dans l'armée de cet empire multinational, puis sont passés au service des Russes. Ces Tchèques, organisés en unités constituées, se battent aux côtés du gouvernement provisoire en 1917. Après la prise du pouvoir par les bolcheviks, ils tiennent une partie de Transsibérien.

Le premier tome commence à Tcheliabinsk, en mai 1918, juste avant l'incident qui va précipiter les Tchèques contre les bolcheviks. La peinture de ce moment de la guerre civile russe est intéressante. Cependant, les flash-backs continuels désorientent un peu le récit et le personnage principal, Jaroslav, grande gueule, en fait peut-être un peu trop à côté de son ami le peintre, beaucoup plus effacé (même si c'est voulu). Le deuxième tome continue sur cette lancée en suivant le parcours erratique de la légion tchèque sur le Transsibérien, au fil des combats. L'album se termine sur une mission improbable à Iekateribourg, où est alors retenue la famille impériale russe par les bolcheviks.

L'histoire s'arrête à la fin du deuxième tome et laisse un goût d'inachevé, puisque l'histoire n'est pas véritablement terminée (la série semble s'être arrêtée en cours de route). Le propos est confus, on ne voit pas bien où les auteurs veulent en venir. Il faut noter aussi que le texte, parfois particulièrement dense, rend la lecture pénible par moments, sans compter que le dessin, loin d'être désagréable, n'est pas très dynamique. Le rythme n'est pas vraiment là, surtout dans le premier album où il faut un certain temps pour que le contexte de l'histoire, les personnages et leur vécu soient réellement posés. Bref, pas réellement convaincu par un traitement sur un thème qui était pourtant porteur.





samedi 30 janvier 2016

Clotilde BRUNEAU, Estéban MATHIEU, Julien LOISEAU et Cristi PACURIARU, Soliman, Ils ont fait l'histoire, Glénat/Fayard, 2015, 48 p.

Un des derniers volumes de l'excellente collection Ils ont fait l'histoire aborde le personnage de Soliman le Magnifique, sultan ottoman de renom.

On retrouve comme historien Julien Loiseau, qui avait déjà officié sur le Saladin de la même collection que je commentais récemment.

L'angle d'attaque choisi a consisté à ne pas évoquer le début du règne, les grands succès de légende, nimbés d'aura par ses historiographes, mais au contraire la fin du règne, qui selon l'historien offre une image plus contrastée et peut-être plus exacte de l'empire ottoman sous Soliman. Le choix est étayé et pourtant, il laisse un goût d'inachevé pour le lecteur : on aurait aimé un portrait d'ensemble comme pour Saladin, figure qui présentait pourtant le même problème comme l'expliquait Julien Loiseau dans le dossier de ce volume.

Soliman monte sur le trône en 1520 : son père Sélim Ier le Cruel a déblayé la voie devant lui en éliminant les autres prétendants au trône. Soliman s'en souviendra et n'hésitera pas sur le tard à faire tuer deux de ses fils rebelles pour n'en conserver qu'un seul pour la succession. L'empire ottoman s'est enraciné à l'ouest, dans les Balkans, d'où il tire sa troupe d'élite des janissaires et sa redoutable artillerie. Mais la légitimité des Ottomans est en Orient : Soliman incarne désormais le sunnisme officiel contre l'empire perse chiite des Safavides. Il prétend par ailleurs à lui seul au titre impérial. Le sultan passe sa vie sur les champs de bataille : 10 campagnes en Europe, 3 en Asie, et il meurt pendant la dernière en 1566. Les armées ottomanes trouvent leurs limites en raison des distances, trop considérables à supporter même pour un si formidable outil militaire. Bien renseigné, maître en communication politique, Soliman profite de la crise protestante dans l'Empire et noue des liens avec le royaume de France qui débouchent après sa mort sur les premières capitulations, privilèges octroyés aux Français dans l'Empire. Le sultan est aussi un grand bâtisseur, notamment à Istanbul : l'architecte Sinan bâtit le complexe de la Suleymaniye, alors même que le palais (Topkapi) n'est pas trop retouché. Soliman fait déplacer le sérail et son harem dans le palais ; il éprouve un amour profond pour la première de ses épouses, Hurrem Sultane. La fin du règne est assombrie par la mort de cette  dernière et de ses deux fils, par la défaite à Malte : un règne trop long qui se conclut sous la tente.

Le dessin est toujours aussi agréable : on trouve en fin de volume une chronologie et une bibliographie indicative au bout du dossier.



mercredi 27 janvier 2016

L'Etat Islamique : La victoire et la conquête imminente viennent de Dieu (3)-Wilayat al-Khayr

Merci à Mathieu Morant , Arnaud Delalande et https://twitter.com/green_lemonnn


Le 13 janvier, l'Etat Islamique a publié le troisième volet de sa série consacrée aux grandes opérations dans le wilayat d'al-Khayr (Deir es-Zor). J'avais commenté le deuxième volet dédié à l'attaque de positions au sud de l'aéroport en septembre 2015.

Dès le début de la vidéo, une carte satellite plongeante depuis l'espace nous montre que l'objectif de l'EI est l'aéroport de Deir-es-Zor, toujours tenu par le régime. Suit un défilé d'armes lourdes : ZSU 23/4 de prise, un camion portant un canon AA S-60 de 57 mm (qui est lui aussi une arme du régime retournée...), des bitubes AA de 23 mm ZU-23 ou de 14,5 mm KPV... une autre carte se focalise ensuite sur un quartier au nord-ouest de l'aéroport, à l'est du stade de foot, al-Sinaa. Un premier chef de groupe tient à discours pour motiver ses troupes : une vingtaine d'hommes, majoritairement armés d'AK-47 et d'au moins une mitrailleuse PK. Un autre chef de groupe s'adresse également à ses hommes. On peut voir ensuite une trentaine de combattants faire leur prière. L'EI filme ensuite des positions du régime, probablement près de l'aéroport. Un canon de l'enfer, le S-60 sur camion et au moins un canon sans recul SPG-9 entrent alors en action contre les positions du régime. On distingue un abri pour avion de l'aéroport sur les images : il est situé à l'angle est de l'aéroport, quasiment à l'extrémité des pistes. L'EI bombarde le secteur depuis, à une distance d'au moins 300 m. Les images semblent identiques à d'autres prises début novembre 2015.

Carte de Deir es-Zor. En bas, l'aéroport tenu par le régime. Le point noir représente le quartier d'al-Sinaa près du quartier industriel, où a lieu l'action finale de la vidéo.


lundi 25 janvier 2016

Djihad au pays de Cham 4/Les Libyens

Les Libyens sont, en 2011, alors que l'insurrection syrienne se militarise, encore occupés par leur propre guerre contre Kadhafi. Ce n'est qu'à la fin de l'année que les premières connexions entre la Libye et la Syrie se font jour. En novembre, après la chute de Kadhafi, le gouvernement provisoire libyen reconnaît en premier l'opposition politique syrienne comme seule interlocutrice et propose des armes, et même des combattants, au Conseil National Syrien. De nombreux Libyens souhaitent déjà à ce moment-là se battre contre le régime syrien, qui a soutenu Kadhafi1. Ce même mois, Abdulhakim Belhadj, ancien membre du Groupe Islamique Combattant en Libye, rencontre des représentants de l'Armée Syrienne Libre en Turquie. Il propose d'envoyer des combattants pour former les rebelles libyens2.

dimanche 24 janvier 2016

L'Etat Islamique : Wilayat Ninive

Merci à https://twitter.com/green_lemonnn

Cette vidéo du wilayat de Ninive de l'Etat Islamique a été publiée en décembre 2015. Elle montre des opérations contre les peshmergas kurdes.





samedi 23 janvier 2016

Mathieu MARIOLLE, Julien LOISEAU et Roberto "Dakar" MELI, Saladin, Ils ont fait l'histoire, Glénat/Fayard, 2015, 48 p.

Excellent choix de sujet que Saladin de la part de la collection Ils ont fait l'histoire de Glénat/Fayard. Le personnage, objet de nombre de récupérations contemporaines, reste finalement assez peu connu en langue française, et mérite probablement cet éclairage de vulgarisation.

On trouve à la manoeuvre, côté historien, Julien Loiseau, agrégé d'histoire, ancien membre de l'Ifao, maître de conférences en histoire de l'islam à l'université Montpellier-3.

La bande dessinée se présente au fond comme une "histoire-bataille" retravaillée, ainsi que l'indique le making of à la fin du dossier en fin de volume. La guerre est devenue un métier et charpente l'économie et la société. La difficulté d'un portrait historique de Saladin tient à ce que ses biographes l'ont présenté comme le souverain musulman idéal. C'est cette image que les historiens s'efforcent depuis de décortiquer.

La BD prend le parti de brosser l'ensemble de la vie de Saladin, ce qui est probablement la meilleure solution. Né à Tikrit, aujourd'hui en Irak, en 1137 ou 1138, Saladin vient au monde dans un monde musulman divisé. Le père et l'oncle sont au service de l'émir de Mossoul, Zengi, qui reprend en 1144 le comté d'Edesse aux croisés et dont le fils Nur-ad-Din poursuit son oeuvre. Saladin est un Kurde, à une époque où ce sont surtout les Turcs qui tiennent le haut du pavé dans le monde militaire musulman. La chance de Saladin, c'est l'affaiblissement du califat chiite du Caire. Envoyé avec son oncle, qui meurt prématurément, Saladin devient vizir puis élimine le dernier des califes fatimides. Il prend en main l'Egypte et continue de défendre l'orthodoxie sunnite, par exemple contre la secte des Assassins. Les chrétiens ne sont donc qu'un adversaire parmi d'autres. Nur ad-Din meurt en 1174 après avoir quasiment réunifié la Syrie, mais son héritage est dispersé. Saladin prend la suite du sultan en jouant sur le djihad pour fédérer les musulmans. Néanmoins, il lui faut dix années, jusqu'en 1185, pour s'emparer de l'ancienne capitale du sultan et de Mossoul, subissant entretemps plusieurs échecs contre les croisés (comme Montgisard en 1177). La campagne de 1187, la victoire de Hattin et la reconquête de Jérusalem font entrer Saladin dans la légende. Même les échecs ultérieurs ne l'estompent pas. Mort en 1193, l'héritage de Saladin est lui aussi fragmenté mais si les Ayyoubides règnent jusqu'en 1260. Saladin a néanmoins fait de l'Egypte la clé de la victoire en Syrie-Palestine.

Excellent volume qu'on ne se lasse pas de relire.



L'Etat Islamique : wilayat Salahuddine

Merci à https://twitter.com/green_lemonnn?lang=fr et https://twitter.com/MathieuMorant?lang=fr

Cette vidéo de la province de Salahuddine de l'Etat Islamique (Irak) a été mise en ligne en décembre 2015. Comme la précédente de la même province, elle montre des opérations à l'ouest de la ville de Samarra.

Le début de la vidéo, sur fond de nasheed (poèmes de guerre chantés), met en scène le discours d'un cadre devant une dizaine de combattants, avec des technicals au fond (dont un équipé d'un lance-roquettes artisanal bitube semble-t-il), le tout étant filmé par un deuxième cameraman que l'on voit à l'écran. Les technicals se mettent en branle et les hommes gagnent leurs positions, dans le brouillard. On voit le cadre qui parlait frappé à mort, son corps à côté des autres combattants. Un autre blessé agonise à quelque distance des positions de l'EI. Encore une fois, il est rare que l'EI montre la mort de ses combattants, sauf dans le cadre de la valorisation des "martyrs".

mercredi 20 janvier 2016

L'Etat Islamique : vidéo du wilayat al-Furat

Cette vidéo publiée par le wilayat al-Furat (que j'ai déjà présentédans un commentaire de vidéo précédent, je n'y reviens pas) en décembre 2015 montrerait des opérations à l'est de la ville de Haditha. Une autre partie de la vidéo se situerait à Albu Hayat. On est en tout cas dans la province irakienne d'Anbar, dans sa partie ouest, du côté de la frontière avec la Syrie. Des combats assez violents ont eu lieu à Albu Hayat fin novembre-début décembre 2015 ; la vidéo ayant été postée fin décembre, il est probable, vu le délai fréquent entre les opérations montrées et la mise en ligne des vidéos, que ce document de l'EI reflète ces opérations.

mardi 19 janvier 2016

Mathieu GABELLA, Etienne ANHEIM, Valérie THEIS et Christophe REGNAULT, Philippe le Bel, Ils ont fait l'histoire, Paris, Glénat/Fayard, 2014, 48 p.

Riche idée des éditions Glénat et Fayard d'avoir lancé cette collection Ils ont fait l'histoire, où des auteurs de bandes dessinées collaborent avec des historiens pour aborder de grands personnages historiques. Jusqu'à présent (d'autres fiches à venir), tous ceux que j'ai lus m'ont plu.

Sur le roi de France Philippe le Bel, on trouve à la manoeuvre, côté historiens, Valérie Theis, maître de conférences en histoire médiévale à l'université Paris-Est, et Etienne Anheim, maître de conférences à l'université de Versaille/Saint-Quentin-en-Yvelines.

Le choix narratif est de commencer et finir l'album par l'exécution, après la mort du roi, de son conseiller Enguerrand de Marigny. Histoire de sortir du lieu commun du persécuteur des Templiers et pour souligner l'importance de la question financière. De la même façon, l'épisode de "l'attentat d'Agnani" n'est pas dramatisé et l'album minore volontairement la dernière décennie du règne. L'influence des historiens se voit jusque dans le dessin : le moment du sacre à Reims montre une cathédrale encore inachevée, alors que l'assemblée de 1302 à Notre-Dame met en scène l'usage social du bâtiment, tandis que les basiliques et édifices religieux de Rome ne suivent pas le plan gothique. Autant d'informations précisées dans le dossier habituel qui accompagne la BD en fin de volume. Les historiens rappellent que les sources écrites, archéologiques ou archivistiques sur la période abonde, ce qui fait de Philippe le Bel un sujet de choix. Ils évoquent aussi les problèmes et les compromis dus au scénario d'une BD. Le tout complété par une chronologie indicative et une orientation bibliographique.

La BD souligne combien Philippe le Bel a été préparé à régner par son père, Philippe III, avec l'instruction fournie par des théologiens comme Gilles de Rome. Monté sur le trône en 1285, le roi sait s'entourer de conseillers spécialistes du droit ou des finances issus de la petite noblesse, tout en utilisant aussi les princes issus de sa famille pour d'autres tâches. Philippe le Bel privilégie la diplomatie et l'action indirecte mais n'hésite pas à se battre quand il le faut : contre le roi d'Angleterre Edouard Ier en 1296-1297, contre les Flamands surtout, jusqu'à la victoire de Mons-en-Pévèle (1304). C'est Philippe le Bel qui remporte son conflit contre le pape Boniface VIII, non sans mal. Ce faisant, son grand-père Saint Louis a été reconnu comme saint et le roi a amorcé ce qui préfigure les Etats Généraux du royaume (1302). La force de Philippe le Bel est d'avoir utilisé le droit, et parfois le droit extraordinaire comme la procédure inquisitoriale développé par l'Eglise lors de procès politiques, qui visent parfois l'Eglise, ou comme contre les Templiers. Pourtant Philippe le Bel reste un monarque féodal : et le roi n'a plus sous son règne les moyens de ses ambitions. Les revenus féodaux ne peuvent financer ce qui devient un Etat moderne, qui nécessite une fiscalité permanente qui n'est pas encore là. Philippe le Bel n'a pas créé l'Etat moderne en France mais son règne, à la charnière entre une période de prospérité et une période de crise, a poussé dans cette direction.

A lire sans modération, avec une finalité pédagogique évidente.